Un pronom peut-il être qualifié par un adjectif épithète ?

J'avoue avoir réfléchi à la question avant de lancer cette discussion, et que, pour moi, nous avons affaire à un adjectif apposé dans la proposition suivante :

malade, il resta au lit

Et à un adjectif attribut ici :

Lui malade, pourras-tu te débrouiller ?  ( Lui [étant] malade)

En revanche, je n'ai pas d'autre analyse que la vôtre concernant "je soussigné".

Un pronom peut-il être qualifié par un adjectif épithète ?

Oui, mais "adjectif apposé" n'est qu'une autre appellation (discutable) de "épithète détachée".

La véritable apposition  est constituée de noms ou GN, l'un étant posé comme l'équivalent de l'autre. Ainsi, dans Paul, mon frère,  "Mon frère" est une autre façon de désigner "Paul", et vice-versa.

L'adjectif dit abusivement "apposé" n'est pas une véritable apposition :
il ne s'agit pas d'un autre nom équivalent, mais d'un  adjectif qui qualifie.

Dans Tout content, mon frère , "content" n'est pas l'équivalent de "mon frère", une autre façon de nommer mon frère. C'est un adjectif qui le qualifie. C'est une "épithète détachée".

Il y a des épithètes détachées et des épithètes liées.

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Un pronom peut-il être qualifié par un adjectif épithète ?

La notion d'épithète détaché me gène un peu. Il me semblait que traditionnellement le terme d'épithète ne pouvait s'appliquer que si l'adjectif avait une valeur déterminative (non informative). Et donc pas comme dans l'exemple :

(a) Malade, le garçon resta au lit.

où "malade" a clairement des fonctions syntaxique et discursive différentes de :

(b) Le garçon malade resta au lit.

Malgré l'absence de copule dans (a), j'aurais tendance à parler d'attribut avec construction elliptique équivalente à :

(c) (Le garçon étant) malade, il resta au lit.

Un pronom peut-il être qualifié par un adjectif épithète ?

"Malade, le garçon resta au lit"
Malade ne pourrait pas être épithète parce qu'informatif et non déterminatif... mais il pourrait être attribut même sans copule exprimée ?!

Il est précisé depuis une quarantaine d'années au moins dans les grammaires que ce qui distingue l'épithète détachée (ou disjointe) de l'épithète liée (ou conjointe), c'est que l'épithète détachée exprime une qualité occasionnelle et passagère, avec une valeur circonstancielle plus ou moins nette, comme c'est le cas ici.

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Un pronom peut-il être qualifié par un adjectif épithète ?

J'ai l'impression que mes propos vous semblent obscurs. Aussi vais-je tenter de les développer et d'argumenter.

(a) Malade, le garçon resta au lit.
(b) Le garçon malade resta au lit.

Dans (a), "malade" a d'après moi une différence notable de comportement syntaxique par rapport à (b) : il est doué d'une mobilité qui fait qu'on peut exprimer le même contenu avec la phrase (c) ou (d).

(c) Le garçon, malade, resta au lit.
(d) Le garçon resta au lit, malade.

De fait j'ai tendance à y voir une fonction grammaticale distincte de (b), et l'expression "épithète détachée" me semble ne pas rendre compte suffisamment de cette différence. Par ailleurs, même si toutes ces phrases traduisent sémantiquement une même réalité, (b) ne s'analyse pas de la même façon sur le plan discursif.

En effet, dans (b), "malade" a valeur déterminative : il permet à l'interlocuteur de sélectionner parmi l'ensemble des entités référenciables dans le contexte de l'élocution par le terme "garçon", laquelle est concernée par la phrase (pas n'importe quel garçon, celui qui est malade).

Dans (a), (c) et (d) il n'en est rien :  le locuteur juge que dire "le garçon" est un indice suffisant dans le contexte pour que l'interlocuteur identifie de qui l'on parle. "Malade" a sur le plan discursif une valeur informative : il ne fait que véhiculer une information supplémentaire qu'on aurait pu donner dans une phrase séparée :

(e) Le garçon était malade. Il resta au lit.

Concernant la question de l'attribut, je ne crois pas que ce soit très choquant de considérer qu'il peut y avoir ellipse (ce n'est qu'une hypothèse). Cela dit, je conçois tout à fait qu'il s'agit d'un argument à manier avec précaution : il est souvent tentant en linguistique de vouloir assimiler des constructions syntaxiques en affirmant que l'une est une version elliptique de l'autre, ce qui n'est parfois ni explicatif, ni fonctionnel dans tous les exemples.

Il est précisé depuis une quarantaine d'années au moins dans les grammaires que ...

Entre nous, ceci pourrait tout à fait être une raison supplémentaire pour que je doute de l'intérêt de l'"épithète détaché". Les grammaires traditionnelles, croulant sous le poids de la tradition gréco-latine et voulant à tout prix la mimer, ont depuis toujours dit tellement de bêtises et d'inexactitudes. La prise en compte des théories linguistiques commence à se faire, bien sûr, mais trop lentement à mon goût.

L'explication que vous fournissez me semble être une intuition un peu floue et maladroite des concepts développés ci-dessus, et du coup ne me convainc pas. On pourrait trouver, je crois, de nombreux contre-exemples :

Gentil et serviable, cet enfant ne manque jamais une occasion d'aider ses parents.
La mer, immense et pleine de dangers, le terrifiait depuis toujours.

Vous conviendrez que les qualités décrites ici n'ont rien de passager. D'une manière générale, tenter de définir une propriété syntaxique avec des critères purement sémantique est un chausse-trappe dans laquelle les grammairiens traditionnels se sont abondamment fait piéger.

Tout cela n'est peut-être bien sûr qu'une question de terminologie. Mais encore une fois, je trouve la désignation "épithète détachée" peu convaincante, car sous-entendant une proximité de fonctionnement avec la fonction d'épithète "classique" qu'elle n'a pourtant pas.

Juste un avis.

Un pronom peut-il être qualifié par un adjectif épithète ?

Bonjour.

La nomenclature de la grammaire traditionnelle comporte pas mal de de bêtises et d'inexactitudes, je le concède. Et ce n'est pas Wilmet qui dira le contraire. Encore qu' "inexactitude" soit peut-être inapproprié... Je me demande si la grammaire, même avec l'appui de la linguistique, peut prétendre au statut de "science exacte".

Cette nomenclature "épithète détachée" n'est pas spécialement traditionnelle : voir par exemple Denis-Sancier et Riegel, qui pourtant prennent largement en compte les théories linguistiques récentes.

Bien sûr que l'épithète détachée, du fait même de ce détachement, est beaucoup plus mobile qu'une épithète liée. Et contrairement à ce que vous avez cru, je saisis bien la différence entre "informatif" et "déterminatif". Je concède que j'aurais dû parler de qualité occasionnelle et / ou circonstancielle (et non "et")... nuance circonstancielle de cause dans les exemples par vous cités.

Je ne trouve pas que ce soient des raisons suffisantes pour proscrire le terme "épithète", du moment que l'on sait faire les différences syntaxiques et sémantiques entre "épithète liée" et "épithète détachée".
Peut-être, justement, faudrait-il dépasser la stricte définition traditionnelle de l'épithète, toujours forcément collée au nom qu'elle qualifie.

Notons que l'épithète liée elle-même, dans certains cas, est modérément mobile, et avec des nuances sémantiques appréciables : un grand homme n'est pas forcément un homme grand, de même  qu'une pauvre femme n'est pas forcément une femme pauvre.

Admettons que "Malade, le garçon" comporte un attribut à copule elliptique.  Sa syntaxe et son sémantisme sont pourtant différents de ceux de  l'attribut "classique", tout comme l'épithète détachée est distincte sémantiquement et syntaxiquement de l'épithète liée traditionnelle. Alors, doit-on le nommer encore "attribut" tout court, ou  bien nuancer, là aussi ?

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Un pronom peut-il être qualifié par un adjectif épithète ?

Au final, il semble que nous soyons d'accord sur un grand nombre de points.

Par contre, je ne crois pas qu'en supposant qu'il s'agisse d'un attribut elliptique, on aurait un mot "malade" ayant des propriétés très différentes de l'attribut classique.

En y repensant, les caractéristiques morphosyntaxiques de la fonction qui nous intéresse me semblent éclairées par une mise en parallèle avec des propositions participiales :

(a1) Pierre se rendait compte de la distance qu'il restait à parcourir et refusait catégoriquement de repartir.
(a2) Se rendant compte de la distance qu'il restait à parcourir, Pierre refusait catégoriquement de repartir.

(b1) Pierre était insatisfait et refusait catégoriquement de repartir.
(b2) Etant insatisfait, Pierre refusait catégoriquement de repartir.
(b3) Insatisfait, Pierre refusait catégoriquement de repartir.

Dans (b1) et (b2), il ne me semble pas faire de doute qu'on analyserait "insatisfait" comme attribut introduit par le copule être, ici sous sa forme de participe présent. Le fait de supposer que "étant" est sous-entendu dans (b3) ne remet en rien en cause les propriétés de l'attribut.

Si l'on tient à tout prix à voir dans "insatisfait" de (b3) un élément indépendant ne faisant pas partie d'une construction elliptique, tout me porte à croire qu'on doit alors nécessairement admettre que la fonction syntaxique de "insatisfait" dans (b3) est la même que celle des propositions participiales "étant insatisfait" dans (b2) et "se rendant compte ... parcourir" dans (a2). Ces éléments sont en effet substituables les uns aux autres et bénéficient de la même mobilité. Quel nom donner à une telle fonction ? Je ne sais pas. Mais, syntaxiquement, elle ne met pas en correspondance les syntagmes concernés avec le syntagme nominal Pierre, mais bien avec l'ensemble de la phrase. On commence donc à s'éloigner sérieusement tout à la fois de l'épithète et de l'attribut. Cette analyse me parait possible. Mais il manque alors un terme pour désigner la fonction ...

Vous parlez du sémantisme de l'attribut ! Je trouve ceci dangereux ! Comme toute notion syntaxique, les sens que peut porter la fonction d'attribut sont très divers et, à mon avis, ne permettent pas d'opérer une distinction sémantique avec l'épithète. Par ailleurs, je considère (et vous partagez peut être mon opinion) que le niveau discursif est bien distinct du niveau sémantique (ainsi que du niveau syntaxique).

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Un pronom peut-il être qualifié par un adjectif épithète ?

Bonsoir à tous,

J'ai un problème avec le mot "aucun".

J'ai compris que les pronoms indéfinis peuvent être déterminés par un adjectif, mais il faut mettre "de", comme " Il n'y a personne d'efficace".

Mais est-ce qu'on peut mettre une préposition "de " plus un adjectif après le pronom "aucun" ? Comme aucun d'efficace ?

Merci d'avance.

Un pronom peut-il être qualifié par un adjectif épithète ?

Oui, on peut :
Parmi ces remèdes, il n'y en a aucun d'efficace.
Des champignons, j'en ai trouvé. Mais aucun de bon !

Comme précisé plus haut dans cette discussion, en raison du "de" obligatoire, on parlera d'épithète indirecte.

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Un pronom peut-il être qualifié par un adjectif épithète ?

Merci beacoup Jehan, pourla réponse.

Pour cette phrase avec les champignons, est-ce qu'on peut dire "Je n'ai trouvé aucun de bon." ou bien "Je n'en ai trouvé aucun de bon."?

Merci beaucoup !