La vérité est-elle d'essence mystique ?

Bonsoir.

Je ressort d'une composition de philosophie, fort intéressante, il est vrai, mais quelque peu déroutante. Rien d'un sujet classique, mais cela ne m'étonne pas, bien au contraire.

En vérité, si je vous interroge sur ce point, ce n'est pas tant pour me rassurer moi-même sur mon interprétation (de toute manière, je n'ai pu que proposer un plan rafistolé au possible, et assez rebutant), que par vif intérêt sur le sujet.

La vérité est-elle d'essence mystique ?

L'essence mystique dont nous sommes en présence ici me semble très obscure. Le lien avec Bergson et son mysticisme est patent, mais qu'y comprendre ? Il me semble que nous avions définit le mysticisme comme un niveau de compréhension supérieur à celui de la raison. Vous voyez mon orientation, avec une problématique classique, de fait : la Vérité constitue-t-elle un niveau de compréhension supérieur à celui de la raison ?

Mais il me semble avoir trop restreint ce sujet, qui invitait à une possibilité, une richesse dans l'interprétation que, sans doute, j'ai négligé outre mesure. Je l'ai bien évidemment compris du point de vue de l'exigence démonstrative, dans laquelle toute la vérité n'est pas consommée, mais comment, vous, le comprenez-vous ? Comment auriez-vous traité ledit sujet ?

Amicalement.

P.-S. Je file travailler .

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

J'ai envie de dire "oui".

Le mysticisme est l'expérience de la divinité, et en cela, de l'absolu.

C'est, dans le fond, la recherche de l'homme depuis toujours. Parce qu'il n'a peut-être pas toutes les preuves selon lui (ou qu'il oublie facilement)...

La vérité est-elle d'essence mystique ?

bonjour,

je vous propose dans ce lien une réflexion de S. De Bona (auteur, essayiste) à partir de Nietzsche :

http://debonastephane.blog.mongenie.com … 6/06/97916

Plus court et radical une citation de L. Latourre (poète, essayiste) :

"Il n'y a que la vérité qui trompe."
Commentaire : La vérité est le seul mensonge durable, le seul dont l'homme ne se soit jamais dépris du souci d'écarter les ombres.

La vérité est-elle d'essence mystique ?

Peut-être le terme de mystique en désarme-t-il plus d'un ?
Pour rendre nos enquêteurs plus loquace, un extrait qui était proposé en parallèle.
Bergson tente de caractériser l'évolution du mouvement philosophique, en analysant son rapport avec le mysticisme. Il dégage deux interprétations :

Cette évolution fut purement rationnelle. Elle porta la pensée humaine à son plus haut degré d’abstraction et de généralité. Elle donna aux fonctions dialectiques de l’esprit tant de force et de souplesse qu’aujourd’hui encore, pour les exercer, c’est à l’école des Grecs que nous nous mettons. Deux points sont pourtant à noter. Le premier est qu’à l’origine de ce grand mouvement il y eut une impulsion ou une secousse qui ne fut pas d’ordre philosophique. Le second est que la doctrine à laquelle le mouvement aboutit, et où la pensée hellénique trouva son achèvement, prétendit dépasser la pure raison. Il n’est pas douteux, en effet, que l’enthousiasme dionysiaque se soit prolongé dans l’orphisme, et que l’orphisme se soit prolongé en pythagorisme : or c’est à celui-ci, peut-être même à celui-là, que remonte l’inspiration première du platonisme. On sait dans quelle atmosphère de mystère, au sens orphique du mot, baignent les mythes platoniciens, et comment la théorie des Idées elle-même inclina par une sympathie secrète vers la théorie pythagoricienne des nombres. Sans doute aucune influence de ce genre n’est sensible chez Aristote et ses successeurs immédiats ; mais la philosophie de Plotin, à laquelle ce développement aboutit, et qui doit autant à Aristote qu’à Platon, est incontestablement mystique. Si elle a subi l’action de la pensée orientale, très vivante dans le monde alexandrin, ce fut à l’insu de Plotin lui-même, qui a cru ne faire autre chose que condenser toute la philosophie grecque, pour l’opposer précisément aux doctrines étrangères. Ainsi, en résumé, il y eut à l’origine une pénétration de l’orphisme, et, à la fin, un épanouissement de la dialectique en mystique. De là on pourrait conclure que c’est une force extra-rationnelle qui suscita ce développement rationnel et qui le conduisit à son terme, au delà de la raison. C’est ainsi que les phénomènes lents et réguliers de sédimentation, seuls apparents, sont conditionnés par d’invisibles forces éruptives qui, en soulevant a certains moments l’écorce terrestre, impriment sa direction à l’activité sédimentaire. Mais une autre interprétation est possible ; et elle serait, à notre sens, plus vraisemblable. On peut supposer que le développement de la pensée grecque fut l’œuvre de la seule raison, et qu’à côté de lui, indépendamment de lui, se produisit de loin en loin chez quelques âmes prédisposées un effort pour aller chercher, par delà l’intelligence, une vision, un contact, la révélation d’une réalité transcendante. Cet effort n’aurait jamais atteint le but ; mais chaque fois, au moment de s’épuiser, il aurait confié à la dialectique ce qui restait de lui-même plutôt que de disparaître tout entier; et ainsi, avec la même dépense de force, une nouvelle tentative pouvait ne s’arrêter que plus loin, l’intelligence se trouvant rejointe en un point plus avancé d’un développement philosophique qui avait, dans l’intervalle, acquis plus d’élasticité et comportait plus de mysticité. Par le fait, nous voyons une première vague, purement dionysiaque, venir se perdre dans l’orphisme, qui était d’une intellectualité supérieure ; une seconde, qu’on pourrait appeler orphique, aboutit au pythagorisme, c’est-à-dire à une philosophie ; à son tour le pythagorisme communiqua quelque chose de son esprit au platonisme ; et celui-ci, l’ayant recueilli, s’ouvrit naturellement plus tard au mysticisme alexandrin. Mais de quelque manière qu’on se représente le rapport entre les deux courants, l’un intellectuel, l’autre extra-intellectuel, c’est seulement en se plaçant au terme qu’on peut qualifier celui-ci de supra-intellectuel ou de mystique, et tenir pour mystique une impulsion qui partit des mystères.

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

Bonjour Zadek et Jérémy,

Ce sujet posait les rapports souvent conflictuels entre les deux ordres de la connaissance : raison et foi (intuition bergsonienne ?). S'ils ont été opposés et antinomiques, il existe aujourd'hui des tentatives de réconciliation. Il fallait sans doute aborder aussi la prééminence de l'expérience mystique sur la simple intelligence. On sait combien le pur rationalisme s'est montré desséchant par le passé car incapable de nourrir le désir d'absolu humain. Il y avait donc les vérités et la Vérité. Cette dernière n'est accessible que par un effort de tout l'être et pas seulement par l'intelligence, même si le monde reste intelligible mais non entièrement explicable. J'oserai me référer au mythe de Prométhée pour suggérer que les vérités se conquièrent tandis que la Vérité se reçoit.

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

Jean-Luc a écrit :

les vérités se conquièrent tandis que la Vérité se reçoit.

Superbe phrase ! 

A ce sujet, je ne peux que conseiller la lecture "des choses cachées depuis la fondation du monde", René Girard , où il (ré)concilie la parole biblique avec le logos.
En fait, il y a deux logos : le logos grec qui a besoin de violence pour exister (Nietzsche l'a bien montré) et le logos johannique qui expulse la violence.

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

L’expérience mystique, essence d’une Vérité qui est perception directe et intuitive de l’Universalité.

Le non-jugement, l’Amour inconditionnel, l’Eveil, autant de suggestions d’une Immanence/transcendance spontanée dans l’Ici et Maintenant.

Car l’Illumination est belle et bien l’Essence de la Conscience.

La vérité est-elle d'essence mystique ?

Pour me situer à partir de deux phrases-clés: celle de Zadek

"La Vérité constitue-t-elle un niveau de compréhension supérieur à la raison ?"

et  celle de Jean Luc:

"Les vérités se conquièrent tandis que la Vérité se reçoit"

je dirai que la Vérité constitue un niveau de satisfaction supérieur à la raison, mais un niveau de compréhension inférieur.
On se lasse de quérir la vérité, en sorte qu'en considérant la séquence de Lacan:

"L'instant de voir, le temps de comprendre, le moment de conclure"

, le glissement qui se produit au moment de conclure correspond au mouvement d'alternance attention/inattention, éveil/sommeil, ce qui permet de le localiser comme celui où la quête de vérité n'a plus assez de ressort pour continuer à chercher. Fatigué de chercher, on capitule en se fiant provisoirement ou définitivement, pas forcément à la Foi avec un grand F, mais à ce dont on va provisoirement "faire sa religion", quitte à recommencer demain, à moins qu'on n'éprouve pas le besoin d'y revenir et préfère se replier pour vivre dans un espace familier.
Et quand Zadek écrit:

il me semble avoir trop restreint ce sujet, qui invitait à une possibilité, une richesse dans l'interprétation que, sans doute, j'ai négligé outre mesure

il me semble qu'il ne peut pas en aller autrement, même si c'est parfois bien embêtant.

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

Bonsoir à tous.

Je m'étais juré de ne pas entrer dans ce débat, mais mon instinct de prof m'incite à venir quand même y mettre un peu d'ordre. (et rien qu'à ce mot, je suis sûr que Putakli fourbit déjà le mot "fascisme" ).

Il est très excitant de parler de mysticisme et je comprends les aspirations de Jérémy et des autres à déployer largement leurs ailes pour se laisser emporter vers les espaces éthérés des révélations supérieures. Malheureusement, la réalité est souvent un peu basse. Et c'est mon sort de professeur de rappeler aux jeunes qu'avant de vouloir voler, il est bon d'apprendre d'abord à marcher (je n'ai pas dit "au pas!").

La vérité n'est rien d'autre qu'une propriété logique. Elle désigne le fait, pour un énoncé, d'être conforme
- soit à un autre énoncé, ou à un ensemble d'énoncés: on parle alors de "vérité-cohérence". C'est celle des mathématiques et de la logique. Ainsi, la proposition "2+2 = 4" est vraie parce qu'elle est déductible des propriétés de l'addition et de la définition de "deux".
- Soit à un état de fait. On parle alors de "vérité-correspondance". C'est le sens usuel. La proposition "Napoléon est mort en 1821" est vraie parce que c'est un fait qu'il est mort en 1821. (Cette conception apparemment simple pose en fait des problèmes épistémologiques compliqués, mais leur discussion nous entraînerait trop loin ici.)

Bref, dans un cas comme dans l'autre, aucune place pour le mysticisme.

Néanmoins, rien n'interdit d'étendre l'emploi du mot "vérité" jusqu'à englober d'autres notions, comme la notion de "révélation", par exemple. Et il est clair qu'on peut toujours soutenir une thèse quand on prend les mots dans un sens de nature à la rendre soutenable. Mais cette méthode a un peu les avantages du vol sur le travail honnête. Et je la déconseillerai vivement aux étudiants.

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

Je ne saurais que trop conseiller à "notre" prof' Jean-Luc la lecture de l'Eve Future de Villiers de l'Isle-Adam.

Jean-Luc a sûrement connaissance du désir métaphysique propre en chacun de nous qui, loin d'être un platonisme facile, permet d'expérimenter la divinité, tout au moins le sacré ?