La vérité est-elle d'essence mystique ?

Tiens, ça me rappelle un dessin de Jean Effel, dans sa célèbre Création du monde.
On y voyait Adam examinant à la loupe le crâne du bon Dieu endormi sous un arbre.
La légende était : Métaphysique expérimentale... 

La vérité est-elle d'essence mystique ?

La vérité n'est rien d'autre qu'une propriété logique

Même Jésus-Christ, quand il déclare qu'il est la vérité ?

C'est une vision un peu étriquée à mon avis. Même si c'est la plus facilement compréhensible.
Veillons à distinguer vérité et exactitude...

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

J'ai l'impression que Jeremy confond Jean-Luc Germain avec Jean-Luc Picard. A peu de chose près, cela correspond à la différence entre répondre et rebondir.

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

Je parlais à Jean-Luc Picard 

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

A défaut de pouvoir qualifier la vérité, on peut au moins qualifier l'erreur, du moins dans certains cas. Ainsi, quand je lis:

et rien qu'à ce mot, je suis sûr que Putakli fourbit déjà le mot "fascisme"

je suis absolument certain d'une erreur, et j'affirme que ma certitude est beaucoup plus solide que celle qui tranche de la vérité en la qualifiant de "propriété logique, car "le premier qui ayant enclos un terrain s'est avisé de dire "Ceci est à moi" (c'est moi que je suis le prof) est le vrai fondateur de"....(un tas de choses).

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

Et voilà pourquoi je savais qu'il ne fallait mettre les pieds dans cette discussion... 
Mais maintenant que j'y suis, poursuivons...

1. Je suis d'accord que mes définitions sont restrictives (Comme peuvent l'être des garde-fous). Mais elles n'ont rien d'étriqué. Elles sont juste à leur place.

2. Quand Jésus dit "je suis la vérité", c'est au pire un vol de concept; au mieux, c'est un équivalent hasardeux (mais évidemment plus percutant) de "Dieu est la réalité".

3. @ Putakli: j'hésite sur le nombre de grains de sel avec lesquels je dois prendre votre réponse. Mais au cas où vous seriez sérieux: en donnant des définitions, je ne m'approprie rien, je rappelle juste les règles du jeu, règles que vous respectez vous-même d'ailleurs en toute circonstances (sauf peut-être certaines discussions philosophiques: il est tellement bon, comme le rappelle Jérémy, de s'affranchir du bon sens logique!).
Car de toute évidence, tout le monde emploie ordinairement le mot vérité dans le sens que j'ai dit. En revanche, c'est souvent le propre de certains philosophes que de changer un peu les règles du jeu pour se créer une sphère de compétences propre, à l'abri des contrariétés, tellement étriquées, de l'exactitude logique ou scientifique.
(Re-)Lisez "Pourquoi des philosophes" de Revel, et si ce n'est fait découvrez d'urgence "Impostures intellectuelles" de Sokal et Bricmont. Mes positions y sont expliquées à loisir, avec d'abondants exemples de ce que je décris (et à quoi je ne vous identifie pas!).

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

Bonsoir,

Je crois qu'Arthur a raison de distinguer les vérités de la Vérité.

Si l'on veut introduire le Christ dans cette discussion, il faudrait citer tout le propos : "Je suis la Voie, la Vérité et la Vie, nul ne vient au Père que par moi" Jean 14, 6
La trilogie montre assez que la référence ne se situe pas au niveau du concept mais bien de la totalité de l'existence. L'homme y est perçu comme une intelligence, un coeur et une volonté agissante. La Vérité dont parle le Christ est de l'ordre du comportement, du choix de vie. Si cette Vérité ne s'oppose pas à la raison, elle la dépasse au point que Paul expose le paradoxe de la folie et de la sagesse dans la 1re épître aux Corinthiens.

Confondre les vérités et la Vérité, c'est faire de l'homme la mesure de tout.

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

Bonjour AB,

Nous savons que tous les phénomènes des choses ne possèdent pas de soi. Cela veut dire que nulle chose ne contient en elle une identité absolue. Ce qui revient à rejeter le principe d’identité qui est la base de la logique formelle.

Selon ce principe, A doit être A – B doit être B – et A ne peut être B. La doctrine du non-soi dit : A n’est pas A – B n’est pas B – et A peut-être B.

C’est parce que tout est impermanent, en changement constant que cette doctrine qui choque les gens, les invite à se réexaminer eux-mêmes.

Etant composé, donc sans identité, A n’est plus le A précédent. L’impermanence ou le non-soi est la même chose. Dans le temps, les choses sont impermanentes et dans l’espace, les choses sont dépourvues d’identité.

Cette conversation vise uniquement à montrer les obstacles créés par la méthode conceptuelle, et en même temps, nous engage, nous humains avec notre conscience dualiste, dans une voie de réalisation non-discriminatoire.

Donc, vivons dans « l’unique temps » et il n’y a pas d’autre temps, qui précède le moment où le vase se brise ! Voilà le voyage authentique !

Cordialement,

AB

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

"Si j'aurais su, j'aurais pas venu".
Soit!
Mais puisque cela crèe une situation à la Pirandello, il faut la traiter comme telle, et on peut identifier le principe de non contradiction avec la règle du jeu, mais pas avec la vérité car la mystique et la vérité sont en jeu: la question débattue étant "La vérité est-elle d'essence mystique ?" si on déclare que non, il reste à régler deux questions qui en soulèvent une troisième:

1 - Qu'est-ce que devient la mystique ? On ne peut pas soutenir que la mystique n'existe pas parce qu'alors le sujet n'existe pas, la question n'a pas de sens. Et si la mystique existe mais n'a rien à voir avec la vérité, qu'est-ce que c'est et comment çà marche ?

2 - Mais aussi, comment marche la vérité privée de mystique. Il y a bien un début de réponse dans ce passage:

Il est très excitant de parler de mysticisme et je comprends les aspirations de Jérémy et des autres à déployer largement leurs ailes pour se laisser emporter vers les espaces éthérés des révélations supérieures. Malheureusement, la réalité est souvent un peu basse. Et c'est mon sort de professeur de rappeler aux jeunes qu'avant de vouloir voler, il est bon d'apprendre d'abord à marcher (je n'ai pas dit "au pas!").

Et plus loin, quand le vol est pris dans un autre sens, en parlant de déconseiller aux jeunes de faire usage des avantages du vol sur le travail honnête, je crois comprendre qu'il s'agit de réagir contre les abus de l'émulation, des mirages d'avenir abusivement exaltés, ou du culte de la réussite, nourris de fantasmes. Il s'agit bien de mettre de l'ordre en modérant certains mouvements désordonnés et intempestifs. Mais cela ne supprime pas la question du mouvement. Pour la marche, Balint distinguait les ocnophiles qui avaient appris à marcher pas à pas en s'appuyant sur les meubles, des philobates qui avaient appris à marcher en se lançant dans les bras de leur mère, et leur prédisait des destinées différentes. Mais, de toutes façons, il faut avoir envie de se déplacer et la vérité n'existerait pas si on ne la cherchait pas.

3 - C'est à propos de Baudelaire que Paul Bourget aborde ce problème de façon incisive. Je cite:

"La foi s'en ira, mais le mysticisme, même expulsé de l'intelligence, demeurera dans la sensation..."Si l'homme n'a plus le même besoin intellectuel de croire, il a conservé le besoin de sentir comme aux temps où il croyait. Les docteurs en mysticisme avaient constaté ces permanences de la sensibilité religieuse dans la défaillance de la pensée religieuse. Ils appelaient aussi culte de latrie, - idolalatrie, d'où idolatrie, - l'élan passionné par lequel l'homme reporte sur telle ou telle créature, sur tel ou tel objet, l'ardeur exaltée qui se détourne de Dieu."

On peut dire qu'en choisissant Baudelaire, Paul Bourget se place à un moment de l'histoire, mais de façon plus générale Durckheim arrive à la même conclusion dans "Le suicide", à propos du suicide anomique en écrivant :

"Quelque plaisir que l'homme éprouve à agir, à se mouvoir, à faire effort, encore faut-il qu'il sente qu'il avance. Or, on n'avance pas quand on ne marche vers aucun but ou, ce qui revient au même, quand le but vers lequel on marche est à l'infini. la distance à laquelle on en reste éloigné étant toujours la même quelque chemin qu'on ait fait, tout se passe comme si l'on était stérilement agité sur place. Même les regards jetés derrière soi et le sentiment de fierté qu'on peut éprouver en apercevant l'espace déjà parcouru ne sauraient causer qu'une bien illusoire satisfaction, puisque l'espace à parcourir n'est pas diminué pour autant. Poursuivre une fin inacessible par hypothèse, c'est donc se condamner à un perpétuel état de mécontentement."

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La vérité est-elle d'essence mystique ?

Maître Jôshu demanda à Nansen : "Qu'est-ce que la voie ?"
[Nan]sen répondit : "L'esprit ordinaire est la voie."
Le maître dit : "Faut-il alors la poursuivre ?"
[Nan]sen dit : "Décider de s'y diriger va à son encontre."
Le maître dit : "Sans décision, comment sait-on encore qu'il s'agit de la voie."
[Nan]sen dit : "La voie ne relève pas d'un savoir ou d'un non-savoir. Le savoir n'est que mécompréhension ; le non-savoir, indéfinition. Lorsqu'on pénètre parfaitement la voie de l'indécision, elle ressemble à l'espace, vide et ouvert. Comment pourrait-on la réduire à un 'c'est' ou un 'ce n'est pas' ?"
À ces mots, le maître s'éveilla soudainement au principe profond.