Faut-il se cultiver ?

C'est vrai, tout étudiant littéraire tend à diversifier, à amplifier sa culture, mais  est-ce nécessaire? La culture n'est-elle pas une alternative pour l'intelligence humaine trop largement limitée? Car finalement, se cultiver, c'est se donner une illusion de grandeur, de puissance, qui pourrait étouffer la pensée propre à celui qui se cultive. Alors, pourquoi lisez-vous?

Faut-il se cultiver ?

Tu sous-entends que la lecture n'aurait qu'un seul but, celui de se cultiver ;-)
Et le plaisir NE, et le plaisir !
Quand à la culture, elle ne restreint pas à la lecture seule.

Faut-il se cultiver ?

Bien sûr, j'ai restreint le champ de réflexion afin qu'il ne soit pas trop vaste. La lecture n'est pas le seul moyen, certes, mais il est l'un des plus privilégiés, de plus, nous sommes sur un forum littéraire.

Mais lire un livre historique, ou de géopolitique par exemple, ce n'est probablement pas une lecture qui a comme but premier le plaisir.

Faut-il se cultiver ?

C'était juste pour te "titiller" ! (je suis parfois joueuse).

La lecture a d'abord été, et pendant longtemps, un plaisir pour moi. Depuis un certain temps je recherche autre chose, ou plutôt, un autre plaisir. Au plaisir "immédiat" du divertissement offert par la lecture, s'est ajouté le plaisir de la lecture-culture.
Nulle illusion de grandeur, de puissance, mais le plaisir de mieux comprendre ce qui m'entoure, de pénétrer (enfin !) les mystères de la philosophie, de mieux percevoir le vaste champ des littératures...
Alternative à une intelligence trop limitée ? Non, pour moi la lecture est plutôt un outil qui permet à l'intelligence de se développer encore davantage.

Faut-il se cultiver ?

Je suis nouveau sur ce forum. Je m'appelle Mahmoud et je suis originaire de Tunisie (mais je suis français). Cela fait plus de 12 ans que j'habite en France. La culture y est très riche, et tout le monde y a accès. En retournant en Tunisie (où n'importe quel pays en voie de développement ou émergeant) on se rend compte qu'un fossé sépare la culture des deux pays. La culture française est principalement basée (à mon avis) sur la philosophie des lumière, le romantisme et les sciences. En Tunisie, la culture se base sur la superstition, sur des traditions qui remontent à une époque révolue. Cependant, la science y est présente puisque toutes les grandes villes tunisiennes ont leur université. Malgrès tout, les tunisiens sont très superstitieux et assez naïfs, quelque soit la classe sociale. Bien entendu, beaucoup de tunisiens ont étudié à l'étranger (et plus particulièrement en Europe) et ne partagent pas / plus les opinions de la majorité des tunisiens. 
La culture est très importante dans une société, et c'est un crime que de vouloir en interdire l'accès. C'est ce qui permet à une société d'avancer. En Tunisie, les gens cultivés sont souvent montrés du doigt et souvent fustigés. Ainsi personne n'ose aller dans une bibliothèque, et ce, afin d'éviter de se faire remarquer.
A mon avis, la volonté de se cultiver est un acte civique, qui permet de glorifier l'homme. Plus les hommes sont cultivés, plus ils tireront du même coté.
La culture est un reméde à la débauche, à la violence, à la peur, elle permet la remise en question, l'ouverture d'esprit. Les gens cultivés débattent, se battent et combattent verbalement, mais au fond, ils se respectent profondément (je voulais faire de la prose, mais c'est pas gagné ;-) ).
Celui qui ne peut pas se cultiver est perdu car incapable de distinguer le vrai du faux, et se fait donc facilement manipuler par un malfrat au doux langage. Alors qu'une personne sensée et qui nage dans la culture, se posera des questions et a les moyens de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux.
Je sais que je suis sorti du sujet d'origine, mais il me semblai judicieu de développer sur l'utilité de la culture.
Bien sûr, moins on est cultivé, et moins on veut se cultiver. L'inverse est encore plus vrai.

Faut-il se cultiver ?

Bonsoir à tous,
strictu sensu, il n'y a aucun sens pour la culture en soi, parce qu'elle existe en fonction de ceux qui la produisent. C'est à ceux d'inventer le sens qu'ils veulent bien donner à leur vie, y comprise la délimitation de ce qui doit appartenir ou non à la catégorie "culture".
J'aime le principe existentialiste selon lequel l'existence précède l'essence, et qu'on est, par conséquent, seulement à partir du moment où l'on peut et veut, par l'usage de la liberté, être quelque chose, voire se définir, en définissant au même temps les choix qui particularisent son existence dans un monde, dans une vie sans aucun sens prédéfini, sortant ainsi du délaissement originel de l'existence humaine nue.
Cela étant, si l'individu comprend la culture comme outil pour faire de son existence nue une essence, alors il lui faut acquérir de la culture. S'il ne la considère point nécessaire, il ne la cherchera pas. Cela ne veut pas dire non plus qu'il ne se cultivera pas, car chacun peut cultiver, même hors la culture traditionnelle de nos sociétés, une manière de vivre.
La question qui se pose à ceux qui rejettent la culture qui nous est donné par notre histoire, c'est celle de savoir pourquoi se priver volontairement de cette culture et des engagements qu'elle peut susciter. Si leur explication pour cette privation peut vraiment leur satisfaire, qu'il vivent comme ils voudront !
Quant aux exemples apportés par Mahmoud sur la culture en Tunisie, je me demande s'il n'est pas possible pour un tunisien de cultiver une culture propre. Je crains que la description donnée cache une idéalisation de la culture française, européenne, bonne et raisonnée, qu'il faudrait exporter aux peuples qui ne la partagent pas pour les aider à se développer. Immédiatement, nous sommes au coeur de l'idéologie coloniale: La France "éduquant" la "primitivité" des pays arabes...
Adorno a bien démontre le paradoxe de cette culture "supérieure", qui n'a point évité les événements d'Ausschwitz et d'Algérie. Si cette culture a vraiment le but d'éclairer et civiliser le monde, il faut reconnaître qu'elle est échouée dans tous les sens, dans les mêmes pays d'où elle est venue.
En outre, j'oserais demander aux penseurs d'origine arabe: faut-il chercher en France les sources et le paradigme de la culture? Certes, il y a superstition, mais il y en a partout, même a Paris. La culture arabe n'a-t-elle point elle même les moyens de combattre les superstitions sans appeler à la France et au passé colonial? Il ne faut pas cultiver la France si elle peut se cultiver elle-même.

Faut-il se cultiver ?

La culture arabe moderne n'est plus aussi riche et ouverte qu'elle ne l'était entre le IXe et le XIIe siècle. Nous sommes (les arabes en général) certainement à un carrefour puisque dans une période de remise en question du débat religieux, et de la place des hommes dans leur société.
Actuellement la culture arabe est fragilisée, enrte autres, pour des raisons politiques. Si un peuple, ou plutôt une élite était cultivée et volontaire, ce serait une menace pour les hommes au pouvoir. Or, actuellement, c'est ce qui a commencé à se passer avant les attentats du 11 septembre. Les hommes de pouvoir dans les pays arabes ont alors entamé une chasse aux sorcières contre les éventuels terroristes; qu'ils soient ou non des terroristes. Les hommes cultivés, les hommes ouverts d'esprit ne peuvent plus parler librement, même en famille, par peur d'être considérés par certains comme terroristes.
Quoi qu'il en soit, la culture occidentale s'est largement inspirée de la culture arabe (Avicenne, Averroès, Maïmonide, ...) qui elle même s'est inspirée de la culture grecque. Je ne crois pas en la supériorité de telle ou telle culture, mais l'ouverture d'esprit se trouve en Europe, comme elle s'était trouvée, à une certaine époque à Cordoue ou à Bagdad ! Actuellement, en Europe, on a accès à un univers de connaissance bien plus important que n'importe où ailleurs. C'est à partir de là qu'un homme peut se développer en tant qu'homme.
Beethoven a appris la musique en écoutant Mozart, mais la musique de Beethoven a le style de Beethoven et non celui de Mozart. Ce que je veux dire, c'est qu'on apprend beaucoup de la culture européenne, mais ce n'est pas pour ça qu'une personne ne développera pas sa propre culture.

Faut-il se cultiver ?

Eh bien !

Si ce que tu dis est vrai, je te donne raison. Maintenant, les choses sont présentées avec moins d'idéologie. L'exemple de Beethoven, je l'avoue, m'a bien touché, car j'aime beaucoup sa musique. Néanmoins, je crois que, même dans la religion, dans le Coran, on pourrait trouver des moyens pour combattre l'extrémisme. Mais, comme je respecte toutes les  sociétés et toutes notions de culture et d'élite, que chacun se cultive comme il veut !

Si je peux retourner à la question principale, je voudrais ajouter que je trouve l'étude de l'histoire nécessaire pour comprendre qui nous sommes. La biographie de l'homme qui ne se cultive pas, se résume aux mots: "Je naquis et je vis. Me voici!" C'est une biographie parfaitement légitime, et pourtant nulle. Si cet homme veut savoir plus sur soi, il doit poser des questions au passé qui lui raconte des histoires. Réalité ou littérature, plaisir ou devoir, l'histoire donne au théâtre vide de notre existence du temps, de l'espace et des personnes - et parfois le sens.

Faut-il se cultiver ?

La question "Faut-il se cultiver ?" contient la notion de nécessité. La culture n'est pas vitale pour un homme seul, mais nécessaire à une civilisation pour exister. Mais l'homme cultivé, solitaire ou non, est un roi parmi les insectes. La culture, est un pouvoir, qu'on exerce sur soi ou sur les autres.

La culture ne se résume pas qu'aux écrits litéraires, mais aussi à la musique, la science, la gestuelle, ... La musique est l'exemple parfait du pouvoir égoïste. Je rebondi sur ce que tu as dit, Grégori. La musique de Beethoven est profonde, belle, romantique. Je m'étais toujours dit qu'avant de mourir, j'écouterais une dernière fois son concerto "l'Empereur", car il nous rapproche de la perfection et de la jouissance "intellectuelle" ou "spirituelle". C'est quelque chose que l'on ne peut partager, mais aussi quelque chose dont on ne peut se passer après y avoir gouté. La poésie, c'est la même chose ! Qui ne peut s'enthousiasmer devant ces vers : "Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne" ou "Le souvenir de la jouissance exercera son éternelle tyrannie" ? C'est un réel plaisir que de lire la poésie, qu'elle soit française, anglaise, arabe...
La science c'est tout le contraire. Il faut partager la connaissance avec le plus grand nombre, pour que chacun puisse s'échapper de l'obscurantisme, de l'ignorance et ainsi découvrir de nouvelles facettes du monde. Les mathématiques, la physique, la philosophie sont les piliers de cette science. Se cultiver est donc un choix, pas une obligation, qui tend vers le bonheur personnel dans un premier temps, et le bonheur collectif dans un second temps. Il ne faut pas voir le bonheur comme une fin en soi, la recherche de la vérité n'est pas une quête qui ne mène qu'à la béatitude. Ce peut être l'inverse.

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Faut-il se cultiver ?

Se cultiver est donc un choix, pas une obligation

Envisageons alors mon pays, Pologne: Cela dépend de la société et la famille où nous vivons et sommes élevés. Une société industrielle qu’il faut vivre dans les temps modernes postcommunistes ne voit plus d’un développement intérieur pour elle-même ; alors elle assure aux déscendants ce « progrès » : l’éducation. Durant la jeunesse de nos parents (les années 60, 70, 80) les pouvoirs ont lancé une devise : « Nie matura, lecz ch? szczera zrobi z ciebie oficera » (Pas de baccalauréat, mais un vouloir sincère - te fera un officier) – même ici on rime : ) Les mêmes pouvoirs communistes étaient méprisants en ce qui concerne l’éducation et on a battu contre les mouvements intellectuels et, en général, l’intélligence. Le travail seulement !
Aujourd’hui ceux qui regrettent les temps perdus ont lancé une devise qui s’oppose complètement à une telle d’antan. L’éducation c’est tout. Premièrement il faut étudier, suivre tous les cours, obtenir des dégrés etc. On ne pense plus – quoi après ? Les gens élevés ainsi savent que c’est un choix, mais réelement – ils ne peuvent pas en revenir, ou l’abandonner parce que le choix devient l’obligation et nous ne savons point pourquoi et comment ? Une seule alternative imposée défend les autres possibles dans l’avenir.

Les gens cultivés dédaignent-ils ceux incultes ?
Est-ce que la science – la matière que nous apprenons – est imposé ? Par qui ? Qui en décide ? Il faut se demander si les gens incultes possèdent une « sagesse vitale ». Elle peut un jour être mentionnée comme une des sciences. Cela va sans dire : qui présumerait que les échecs deviendront un sport olympique ? Echecs... le BRIDGE ! Impossible ? Tout est relatif, je pense.