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Faut-il se cultiver ?

Il faut cultiver notre Jardin

Mahms, je partage ton point de vue ; je profite aussi du message defdesade89 pour aborder un point (même deux) liés à l'inculture .

Les jeunes communistes et les jeunes nazis ne connaissaient pas d'autres idéologies que celle de leurs régimes politiques, peut être ne savaient-ils même pas qu'il existait des gens qui pouvaient penser différemment qu'eux car les livres philosophiques étaient confisqués . Jamais ils n'ont eu de culture ouverte. Et c'est ce manque qui a fait de ces régimes politiques ce qu'ils ont été .

Faut-il se cultiver ?

Les jeunes étaient peut-être ainsi, Theophilius, mais ce n'était pas toujours le cas des plus vieux. Certains procès ont révélés des gens très cultivés parmi les dirigeants nazis. Voir celui d'Eichmann, par exemple : pétris de culture juive, lecteur de Kant... responsable du transport des juifs vers les camps de la mort. Arendt en a fait l'exemple même de la "banalité du mal", il porte du moins un coup à l'antique concordance entre le mal et l'ignorance.

Pour apporter un peu de matière philosophico-littéraire au sujet, la lecture que fait Nietzsche de l'Oedipe Roi me semble intéressante : Oedipe serait la figure de l'homme punit par la nature pour avoir été trop savant. C'est parce qu'il en sait assez pour répondre au Sphinx que les malheures prédits se réalisent.
[je pense, en écrivant cela, qu'il conviendrait d'établir une distinction entre érudition et culture.]

On peut alors se demander si, effectivement, trop connaître et trop réfléchir ne peuvent pas devenir source de souffrance. Paradoxalement, la culture d'un individu peut le porter moins vers des convictions que vers le scepticisme, qui point déjà dans le fameux "je sais que je ne sais rien" de Socrate, et qui peut aller jusqu'au nihilisme. Si on en restait là, on pourrait être tenté de rejoindre l'adage : "heureux les simples d'esprit..."

Un autre exemple littéraire anti-culture est Rousseau, lequel, je crois, n'était pas franchement en faveur de la lecture ou des spectacles. Mais je ne connais pas assez : je suis preneur d'explications, si quelqu'un ici en sait davantage.

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Faut-il se cultiver ?

Paradoxalement, la culture d'un individu peut le porter moins vers des convictions que vers le scepticisme, qui point déjà dans le fameux "je (ne) sais (qu'une chose, c'est) que je ne sais rien" de Socrate

Certes, mais gardons-nous cependant de rapprochements trop hâtifs.

Faut-il se cultiver ?

"je (ne) sais (qu'une chose, c'est) que je ne sais rien"

C'est une traduction plus littérale, oui, mais ce n'est pas la seule.

Certes, mais gardons-nous cependant de rapprochements trop hâtifs.

De la hâte ? Je parlerais plutôt de légèreté, et je ne trouve pas qu'elle soit à mettre de côté tant qu'on est encore au seuil de la réflexion (le seul endroit où je prétends être pour le moment). 

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Faut-il se cultiver ?

J'aime le littéral : je n'ai pas pu m'en empêcher .
Je suis tout à fait d'accord, le rapprochement est fondé, mais je lis souvent , sur internet ou ailleurs, de ce type de propos des interprétations assez libres, du genre, "Socrate était un sceptique".

Juste histoire de remettre les choses au point.

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Faut-il se cultiver ?

Cher Ursus,

Le peuple est bien plus modelable avant la maturité, le but de l'embrigadement de la jeunesse dans lesdits régimes  avait pour but de créer, à long terme, une population ne connaissant pas d'autres idées que les idées nazies/communistes ; après je comprends que l'homme que tu cites soit cultivé, car, sans trop vouloir m'avancer dans le sujet, peut-être n'a-t-il jamais ou très peu connu les Jeunesses Hitlériennes étant petit ?
De plus, je ne dis pas que l'inculture est provoquée par... mais, au contraire qu'elle provoque, et, pour avoir lu Kant, ton homme doit déjà avoir un minimum de culture...

Faut-il se cultiver ?

Tout à fait d'accord : en parlant des plus vieux, je parlais de ceux qui ont été jeunes avant les Jeunesses.
Mais je ne crois pas t'avoir fait dire que l'inculture était "provoquée par"...

pour avoir lu Kant, ton homme doit déjà avoir un minimum de culture...

Oui... Je ne comprends pas ce que tu veux dire là, en fait.

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Faut-il se cultiver ?

...ce n'est donc pas un exemple d'inculture .

Faut-il se cultiver ?

...ce n'est donc pas un exemple d'inculture .

Non, ce n'est pas un exemple d'inculture... Aurais-je dit le contraire ?

J'ai seulement tenté d'illustrer, avec Eichman, que la culture ne préserve pas du crime. Je ne te fais pas dire le contraire, d'ailleurs je ne te contredis pas.

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Faut-il se cultiver ?

Bonjour
J'ai l'impression qu'on s'éloigne progressivement du sujet.
Avant de s'intéresser à l'intérêt de la culture, il faut définir le mot culture. La culture revient-elle à la connaissance ?

A priori le mot proviendrait des racines cultura (travail de la terre) et colere (cultiver, vénérer). La culture n'est donc pas un bête apprentissage de connaissance, cité sous la forme de pensums, mais bien une intégration progressive et continue de tout ce que la vie nous apporte. Je pense qu'on peut la distinguer de l'expérience dans la mesure où elle désigne autant un résultat de ce dernier que les normes de chaque pays.
Ainsi, si on a retrouver la bibliothèque d'Hitler (l'exemple vaut également, je pense, pour les nazis cités précédemment) voici peu et qu'il lisait des esprits "éclairés", n'était-il pas forcément cultivé pour autant. Il avait à sa disposition des connaissances, mais il les a mal "intégrées", mal comprises dans le processus naturel d'assimilation qu'est la lecture. Un être rempli simplement de connaissance et "vide d'âme" est pédant. Comme dit Montaigne : "mieux vaut une tête bien fait que bien pleine".

On en arrive donc à l'intérêt de la culture : la culture vise à modérer l'individu, l'aider dans ses choix. En "côtoyant" quotidiennement des pensées d'auteurs "classiques", l'esprit apprend à penser par lui-même et peut ainsi se déterminer en tant qu'homme individuel de façon à modeler sa propre opinion avec un certain recul.
De plus, elle permet de "se souvenir". Pour Condorcet, les bons professeurs ne sont pas suffisants pour former un homme, mais des siècles de civilisation semblent nécessaires. Il rappelle par là l'importance de la culture nationale. Même si l'idée semble injuste envers ceux que nous avons "oubliés", il me semble important de rendre hommage à la pensée des "Grands".

Tout cela pour arriver aux "mauvais côtés" de la culture.
Effectivement, elle crée des inégalités, que ce soit au niveau territorial (comme le prouve les différentes interventions sur la culture arabes de la discussion), ou simplement social et ethnique. En effet, elle aurait tendance à cloisonner "ceux qui ne savent pas", les incultes. Ainsi sera la pensée de Levis Strauss pour qui l'appartenance sociale induit dans bien des cas "le niveau de culture". On pourrait également relever l'exemple du colonialisme : les européens, puisque leur culture semblait supérieure, ont décidés de "civiliser" les "autres races".
C'est cependant oublier plusieurs choses qu'en déduire tout de suite la nocivité de la culture... D'abord, parce que les cloisonnements qui s'opère sont le fait des individus et non de leur savoir : la culture n'est qu'un instrument qui a une fonction utilitaire, mais tout facteur de progrès peut-être utilisé à de mauvaises fins. Ensuite, il convient de distinguer les différents types de culture : parce que la culture n'est pas figée, qu'elle évolue avec son temps et les hommes qui la façonne, et enfin qu'elle touche toutes les choses de la vie (aussi bien la géopolitique, le droit, que la musique, les films ou les spécialités culinaires), on ne peut absolument pas ériger, selon moi, une culture supérieure à toutes les autres. Toute échelle qui s'y essaierait relèverait de critères plus que sélectifs... Ce n'est donc pas la culture en soi qui est mauvaise, mais bien ce que les hommes (et ceux qui s'en décide les détenteurs) en font...

Pardonnez mon long monologue, mais la question ne me semblait pas facile et nécessitait d'abord un recadrage du sujet, puis une réponse nuancée.