"Utilité" des études littéraires

( Le mot d'utilité n'est pas le bon)Bonjour à tous,
Je tiens d'avance à préciser que dans ce sujet je ne pose pas vraiment de question, j'attends simplement vos réponses et réactions aux petites réflexions qui me trottent dans la tête depuis un certain temps déjà.

Terminale littéraire je crois pouvoir dire être une bonne élève, mes notes sont en général très élevées. Je réussis bien en cours. Mon prof de français me conseille depuis quelques temps de faire une hypokhâgne et de tenter normale sup (je doute un peu mais bon...) tout du moins persévérer dans la filière littéraire.
Pourtant aujourd'hui je réfléchis de plus en plus à Science Po. Pourquoi? J'aime énormément lire et la littérature en général mais pourtant je ressens de plus en plus cette envie en moi de... me sentir utile? Faire un métier qui soit profitable aux autres et pas simplement centré sur moi et mes intérêts car quoi qu'on dise l'aboutissement typique des études littéraires n'est-ce pas l'agrégation? Je ne critique pas ici j'observe simplement et je m'excuse d'avance à ceux qui se sentiront attaqués car ce n'est certainement pas ce je souhaite.
Finalement c'est peut-être seulement de la culpabilité, le souhait pas si inconscient que ça de devenir un "héros" (à mon échelle bien sur ) plus qu'un sentiment d'altruisme mais comment combiner cela avec des études littéraires?
Hier une fille de mon âge m'a annoncé, des étoiles pleins les yeux, qu'elle souhaiterait devenir neurologue. Bien sur ce sera dur, très dur peut-être qu'elle n'y arrivera pas ou qu'elle se rabattra sur un autre métier mais je le lui souhaite tellement d'y parvenir... Et moi? Et bien je suis restée coite car n'est-ce pas un idéal quand même fantastique, non? Et à l'inévitable mais terrifiante question "qu'est-ce que tu vas faire toi?" j'ai répondu : "des études de lettres?" avec la certitude que décidément ça ne sa "valait pas"
Est-ce que j'ai déjà raté mon orientation? Avant même d'avoir choisi le lieu de mes futures études supérieures? Avant même d'avoir le bac? Est-ce que c'était un bac S ma "destinée"?

C'est sûrement idiot et puéril mais finalement ça me gêne toutes ces questions et j'avais envie d'avoir un avis objectif, pas celui des parents toujours trop rassurant ou des profs qui restent finalement généralement subjectif.

"Utilité" des études littéraires

Quelle que puisse être ta destinée, tu as encore le temps de trouver ta voie. Pour l'instant fais ce qu'il te plait, et si tu as LA révélation en cours d'études (ou plus tard d'ailleurs), rien ne saura t'empêcher de te donner les moyens d'y parvenir ou au minimum de t'en approcher.

Je sais ce que c'est d'être entourée de gens qui savent exactement ce qu'ils veulent que leur vie soit, et qui ont l'air d'être nés avec cette idée en tête. Malgré tout, ils sont rare, mais quand on a pas la même certitude c'est douloureux. J'ai eu exactement les mêmes interrogations que toi. Vouloir être utile, un genre de héros, pouvoir regarder en face les autres en étant certain de sa valeur (et reconnu pour!).
Et j'ai eu le déclic: je veux devenir prof. J'ai eu de la chance, je n'ai fais qu'une seule année dans une autre filière pour m'en rendre compte.

Si je peux te donner mon avis: va dans la filière qui te plait pour l'instant. Si tu as envie de tenter Sciences Po, va. Tu as les moyens de faire tout ce que tu veux. Il est évident que tu serais au bout d'un doctorat en médecine, je serais un poil plus réservée (j'admire ceux qui ont la motivation nécessaire pour tout recommencer, mais force est de constater que certains le font tout de même).

Tant que tu n'as pas ton déclic, tu ne peux pas dire que tu as raté ton orientation, d'autant plus si tu t'y épanouis et y excelle! Et quand bien même tu te rendrais compte maintenant que tu veux faire de la neurologie comme ton amie, qu'est-ce qui t'en empêche? On va me traiter d'utopiste, mais je sais pour l'avoir vu qu'un littéraire peut très bien réussir la fameuse première année de médecine (certes après un an de remise à niveau en sciences, mais tout de même! Quand on voit le nombre de S qui s'y cassent les dents!)

Excuse-moi si je suis à côté de la plaque (encore..."-_-) J'espère avoir pu être un peu utile.

"Utilité" des études littéraires

Bonsoir,
Ce que j'ai attendu de mes profs, et quasiment en vain dès que j'ai mis le pied dans l'enseignement supérieur, c'est cet altruisme dont tu parles. Mes profs de fac étaient presque tous sans exception des gens d'un bon, voire excellent, niveau culturel, mais... aucun contact entre eux et les élèves. Peut-être justement serais-tu, toi, capable de cet altruisme, de cette envie de donner envie, de partager ta passion pour les lettres ? peux-tu envisager l'enseignement de cette façon-là ?
Sinon, comme tu le dit, tu peux envisager d'autres voies. Lorsque j'ai eu le bac (littéraire) je suis partie "naturellement" en fac, Lettres Modernes, puis réorientation en fac d'espagnol qui me plaisait plus... mais je me suis vite aperçue que l'espagnol littéraire ne me servirait pas à grand'chose et j'ai parallèlement entrepris des études de secrétariat en cours du soir, ce qui m'a en effet bien plus servi pour trouver un emploi. Bref, un BTS directement après le bac aurait été tout aussi judicieux.
Tu as encore une année pour mûrir ton envie. Tu peux toujours partir dans l'idée de t'inscrire à Sciences-Po, quitte à n'y faire qu'un an si tu t'aperçois que, finalement, tu aurais préféré les Lettres. Un parcours qui, dans l'autre sens (Lettres → S.P.) ne doit pas vraiment être possible.
Bon courage

"Utilité" des études littéraires

Kaeda a écrit :

( Le mot d'utilité n'est pas le bon)Bonjour à tous,
Je tiens d'avance à préciser que dans ce sujet je ne pose pas vraiment de question, j'attends simplement vos réponses et réactions aux petites réflexions qui me trottent dans la tête depuis un certain temps déjà.

Ce n'est pas pour rien que les conseillers d'orientation ont une formation en psychologie...  Souvent les deux sont liés.

Terminale littéraire je crois pouvoir dire être une bonne élève, mes notes sont en général très élevées. Je réussis bien en cours. Mon prof de français me conseille depuis quelques temps de faire une hypokhâgne et de tenter normale sup' (je doute un peu mais bon...) tout du moins persévérer dans la filière littéraire.

Votre professeur a raison si c'est ce que vous aimez et si vous réussissez.

Pourtant aujourd'hui je réfléchis de plus en plus à Science Po. Pourquoi? J'aime énormément lire et la littérature en général mais pourtant je ressens de plus en plus cette envie en moi de... me sentir utile? Faire un métier qui soit profitable aux autres et pas simplement centré sur moi et mes intérêts car quoi qu'on dise l'aboutissement typique des études littéraires n'est-ce pas l'agrégation?

L'enseignement de vos professeurs ne vous profite donc pas ?! 
Même dans la matière la plus abstraite, passée et capillotractrice qui soit (qui a dit : la grammaire ?  ), enseigner et/ou chercher est une activité fondamentalement tournée vers autrui (ce qui ne veut certes pas dire vers les masses, sauf exceptions ; et je ne nie pas non plus qu'en lettres tout particulièrement, la préparation des cours ou des recherches soit un sacerdoce souvent solitaire...).

Finalement c'est peut-être seulement de la culpabilité, le souhait pas si inconscient que ça de devenir un "héros" (à mon échelle bien sur ) plus qu'un sentiment d'altruisme mais comment combiner cela avec des études littéraires?

Il y a peu de "héros" littéraires, certes, mais beaucoup sont tout de même passés à la postérité, si c'est ce que vous souhaitez. Et des études littéraires ne vous condamnent pas à une carrière éternellement littéraire (cf. les hommes politiques, qui ont souvent une formation classique, ou juridique, de plus en plus souvent).

Hier une fille de mon âge m'a annoncé, des étoiles pleins les yeux, qu'elle souhaiterait devenir neurologue. Bien sur ce sera dur, très dur peut-être qu'elle n'y arrivera pas ou qu'elle se rabattra sur un autre métier mais je le lui souhaite tellement d'y parvenir... Et moi? Et bien je suis restée coite car n'est-ce pas un idéal quand même fantastique, non? Et à l'inévitable mais terrifiante question "qu'est-ce que tu vas faire toi?" j'ai répondu : "des études de lettres?" avec la certitude que décidément ça ne sa "valait pas"

[discours positiviste] Votre amie sauvera peut-être des vies. De votre côté, vous élèverez leurs esprits en leur apportant les lumières de l'Instruction publique.    [/discours positiviste]

Il y a sans doute des métiers plus utiles que d'autres, des métiers qui ont plus de sens que d'autres. Mais chacun a sa place (et chacun à sa place) : si votre passion est suffisamment forte pour que vous envisagiez d'en faire votre carrière, votre métier, votre vie, c'est sans doute qu'elle vaut la peine d'être approfondie et d'être communiquée.

Est-ce que j'ai déjà raté mon orientation?

:roll:

Avant même d'avoir le bac? Est-ce que c'était un bac S ma "destinée"?

Si vous êtes en L tout en ayant les capacités nécessaires pour envisager une filière scientifique, c'est sans doute que vous avez déjà eu l'occasion d'affirmer vos préférences. Quant à savoir quel est votre destin, ni vous ni moi ne le savons pas : si vous êtes à cette place aujourd'hui, c'est probablement votre destin (on ne se trompe pas à tous les coups, tout de même ).

C'est sûrement idiot et puéril mais finalement ça me gêne toutes ces questions et j'avais envie d'avoir un avis objectif, pas celui des parents toujours trop rassurant ou des profs qui restent finalement généralement subjectif.

Je n'ai pas la prétention d'être objectif, mes désirs et mon propre parcours m'influencent sans doute tout autant que vos parents ou vos professeurs. La subjectivité est la vérité.

Bref, pour vous répondre en une parole : Venez et voyez...

Cordialement.

Acanthe a écrit :

Un parcours qui, dans l'autre sens (Lettres → S.P.) ne doit pas vraiment être possible.

Si, c'est possible (en master pour Sciences-Po - Paris -, dès la 2e année pour d'autres IEP), mais naturellement c'est moins évident (quoiqu'abandonner un IEP pour entrer en hypokhâgne nécessite une certaine motivation aussi).

"Utilité" des études littéraires

Peut-être que le mot d'utilité n'est pas le bon, mais comme c'est celui qui est écrit, je le retiens. parce qu'il a un sens pour moi, en matière d'orientation professionnelle, et même un sens essentiel, le sens du devoir, que je n'entends pas avec une connotation morale, mais tout simplement comme on parle de la vue, l'ouïe ou l'odorat, c'est-à-dire d'une perception à laquelle on est sensible, donc quelque chose de mobliisateur. Qu'est-ce qui serait utile et qui ne serait pas fait si je ne le faisais pas moi-même ? Si on trouve la réponse, on ne voit pas ce qu'on pourrait  faire d'autre, à partir de quoi la question qui se pose pour l'orientation des études porte à les conduire en sorte qu'on puisse se rendre utile.
Je ne parlerai que de mon expérience.

1 - En ce qui concerne les avis, il se trouve que mon fils m'avait demandé mon avis alors que d'autres influences le poussaient à des études d'ingénieur, et je lui avais conseillé plutôt la médecine au motif que, s'il le veut vraiment, un médecin peut réellement se rendre utile, alors que dans d'autres métiers, c'est déjà beau si on n'est pas un parasite, et parfois, la seule manière de se rendre réellement utile est d'éviter de nuire, ce qui suppose de trahir sa hiérarchie, donc de l'héroïsme. En médecine, on peut se rendre utile sans en passer par là.

2 - En ce qui me concerne moi-même, je voyais mon père chirurgien et mon grand-père magistrat se rendre utiles, mais après coup, pour réparer les pots cassés, ce qui m'avait donné envie d'être préventif donc de faire Sciences Po, puis l'ENA, pour devenir préfet, puis député vers 40 ans, car, à l'époque, la France était une république.
Le régime a changé, le jury de l'ENA m'a expliqué que ma copie était bonne mais qu'on n'avais pas besoin de gens comme moi, et j'ai essayé de me rendre utile, un peu à la manière d'un médecin, comme conseil extérieur, surtout dans les entreprises, mais pas seulement, et y ai réussi (c'étaient les trente glorieuses), jusqu'à ce que les entreprises se renferment sur elles-mêmes, s'isolent, se fassent la guerre entre elles pour se disputer le même marché, et tombent dans un cercle vicieux.

3 - Je pense qu'aujourd'hui, comme toujours, on peut se rendre utile quand on sait ce qui manque aux autres ou comprend ce qu'ils ne comprennent pas. Il faut s'ouvrir l'esprit, et pour cela, si on a la possiibité de faire une hypokhagne, il ne faut pas la laisser passer. Ensuite, se rendre utile sera transversal: un littéraire est utile à un scientifique et réciproquement. Quant aux filières, elles sont utiles aux gens qui ont besoin de rails pour se guider, mais pas forcément pour se rendre utile. Quand j'étais conseil d'entreprise, j'ai eu à embaucher des gens. Je ne m'occupais pas de la filière et ne regardais guère le curriculum vitæ. Je disais plutôt: Asseyez-vous et montrez moi ce que vous savez faire, donc en quoi vous pouvez vous rendre utile.

La volonté de se rendre utile détermine toute la vie, donc une société où les gens se comprennent entre eux sans être compris par les autres. Il faut le savoir parce que cette société n'est pas très nombreuse, mais existe forcément, et qu'il n'est pas facile de trouver des gens sur qui on peut compter parce qu'ils ne confondent pas l'ordre avec le commandement.

"Utilité" des études littéraires

Et une société a besoin d'un peu d'inutile aussi, non ?

"Utilité" des études littéraires

Donc l'inutile est utile ! 

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Merci beaucoup pour vos réponses et vos avis, à tous.
Je crois que ma passion pour la littérature n'est pas assez grande pour que je m'oriente vers un métier de l'enseignement. Et ce même si le "discours positiviste" d'Arthur qui m'a fait sourire semble assez alléchant. Je respecte énormément les gens qui font ce choix mais pour moi de ma place aujourd'hui je crois que je cherche un métier avec plus d'"action" ou tout du moins avec une sphère d'influence qui dépasserait la littérature.

Griotte, tu as surement raison après tout il me reste encore un peu de temps pour tester mes envies et mes intérêts. Tu as de la chance d'avoir eu ce "déclic" comme tu dis et surement qu'il m'apparaitra un jour. On a le droit de se tromper et de recommencer je suppose, il faut juste avoir comme tu dis la motivation pour le faire et le jour (s'il arrive un jour) où je saurai avec certitude et bien j'espère avoir la force de me réorienter s'il le faut (je l'aurai j'en suis certaine)
Acanthe je ne me sens pas prête ou tentée de suivre deux formations à la suite comme tu l'as fait à part bien sur s'il s'agit de la "révélation" que fais-tu aujourd'hui? Le secrétariat est il aujourd'hui ta profession principale? Que penses-tu donc de tes années en fac de lettres espagnoles? Qu'en retiens-tu?

Arthur merci énormément pour votre réponse optimiste. C'est agréable à entendre et certainement vrai surtout que votre parcours laisse imaginer que vous avez une certaine expérience de la question Vous vous destinez à l'éducation? c'est cela votre passion?

"La volonté de se rendre utile détermine toute la vie, donc une société où les gens se comprennent entre eux sans être compris par les autres. Il faut le savoir parce que cette société n'est pas très nombreuse, mais existe forcément, et qu'il n'est pas facile de trouver des gens sur qui on peut compter parce qu'ils ne confondent pas l'ordre avec le commandement."  Je suppose que quand on lit quelque chose comme cela on ne peut que se dire "rien n'est perdu" n'est-ce pas? Je souhaite trouver ma place d'une manière ou du autre mais finalement on se définit presque toujours par rapport aux autres non? et je souhaite un jour pouvoir affirmer que ce que je fais est "utile" et "nécessaire" d'une certaine façon à la société. Si des études littéraires comprennent ces deux points il me semble toutefois que ce n'est pas ce que je cherche. Alors surement science po sera-t-il mon premier choix mais si le déclic vient ou si l'envie me reprend alors peut-être que je me réorienterai dans ce domaine.
De toute façon il me reste encore quelques mois mois pour réfléchir à la question et me demander si ma passion pour les livres est supérieure à mon envie d' "action"

Merci beaucoup de m'avoir répondu, cela m'a fait réfléchir
J'aime bien la tournure qu'a pris cette discussion

"Utilité" des études littéraires

Attention, si tu envisages d'entrer à Science po, tu passeras le concours cette année. Il ne faut donc pas tarder à t'y préparer...

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"Utilité" des études littéraires

Pour répondre à ta question : je suis aujourd'hui assistante dans un service informatique, je gère commandes et (un peu aussi) contrats nécessaires au bon fonctionnement de l'entreprise ds laquelle je travaille.
Je ne regrette pas mon passage en fac, qui m'a donné un niveau de culture générale que je n'aurais pas eu (du moins pas au même niveau) si j'avais directement fait un BTS de secrétariat par exemple. J'ai pu, en fac, étudier des choses qui ne me servent pas mais que j'aimais et qui me passionnent toujours telles que la linguistique par exemple ("vive l'inutilité", je plussoie !). Si ce genre de chose ne me sert pas du tout dans ma vie professionnelle, mes managers successifs ont toutefois toujours apprécié ma culture, et pas mal de mes collègues apprécient que je sois là pour les aider en matière d'orthographe et de rédaction (dans le monde du travail la messagerie mail est aujourd'hui un outil incontournable).