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"D'autre...", un partitif barbare ?

Bonjour tout le monde. Mon homme a une habitude qui m'irrite particulièrement: par exemple, voyant mon verre d'eau presque vide, au lieu de me demander si je veux encore de l'eau, il me demande: "est-ce que tu veux d'autre eau?". C'est sans doute une sorte de partitif, je peux comprendre: "veux-tu de l'eau? En veux-tu d'autre?"... mais ça m'horripile! J'aimerais donc savoir si c'est un particularisme régional (berrichon, peut-être?), ou si cette formulation est purement et simplement incorrecte grammaticalement, auquel cas je pourrai joyeusement lui rentrer dans le lard!

Quel est votre avis? Avez-vous aussi à subir ce genre de phrase? Merci!

"D'autre...", un partitif barbare ?

Bonjour...

Puisque tu ne contestes sans doute pas la correction de "En veux-tu d'autre ?", tu ne devrais pas être horripilée par "Veux-tu d'autre eau ?", même si cela sonne bizarrement à cause de ce mot "eau" monosyllabique.

(article indéfini) Un caféUn autre café = un café supplémentaire, encore un café.

(article partitif) Du caféD'autre café = une quantité supplémentaire de café, encore du café.

Pour entrer dans le lard de ton homme, à mon avis, tu vas devoir trouver un autre prétexte...

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"D'autre...", un partitif barbare ?

Hum, ennuyeux... après moult réflexion, je pense que ce qui me dérange, c'est l'usage du partitif "de" avec "autre". Même "en veux-tu d'autre" m'agace, mais moins. "d'autre eau", "d'autre pain", "d'autre café", c'est au-dessus de mes forces! Surtout que ce n'est pas un(e) autre, puisque c'est toujours le/la même eau/pain/café!


Grmpf... bon ben je trouverai d'autres prétextes bidons pour bouder, je me fais confiance

"D'autre...", un partitif barbare ?

Bonnes bouderies bidon, alors...
Mais ne sois pas de mauvaise foi. 
"Autre" a plusieurs sens selon les cas, tu le sais bien !

Il veut dire "distinct", bien sûr :
Demain sera un autre jour.
Il veut dire "différent par quelque supériorité" :
"C'est un autre gaillard que son père !"
Il veut dire "qui n'est pas le même tout en étant très semblable" :
C'est un autre moi-même."
Et il veut dire aussi "supplémentaire", comme je l'ai déjà précisé :
"Je prendrais bien un autre café... ou alors d'autre eau."

"D'autre...", un partitif barbare ?

Admettons, au moins provisoirement, que Jehan a raison. Constatons toutefois qu’il affirme sans rien démontrer, qu’il ne fait référence à aucun ouvrage, qu’il ne cite aucun exemple tiré d’un livre. Le simple bon sens selon Jehan  .

Pourtant, moi aussi le tour me choque. Et pas qu’un peu !

Je pense qu’il faut revenir à la sempiternelle distinction entre choses comptables et choses non comptables.

Quand Jehan dit un café, il y a métonymie. En réalité, un café, c’est une tasse de café : on a désigné l’ensemble contenant/contenu par le nom du seul contenu. Qu’est-ce que ça change ? Ben tout ! Parce que un autre café, c’est une autre tasse de café (chose comptable à laquelle correspond une quantité déterminée de liquide café), tandis que d’autre café (dont je prétends que ça ne veut rien dire, sauf peut-être en Bambara ), disons du café, c’est une quantité indéterminée de liquide café, non comptable par nature, ou alors en centilitres, hi !hi !hi !, sans considération de récipient. Jehan compare des choses non comparables.

Dans un caféun autre café, comme le dit fort justement Jehan, un est article indéfini.
Dans du café, toujours comme le dit si justement Jehan, du est un article partitif, une sous-catégorie de déterminant indéfini. Il est employé devant les noms exprimant une quantité indénombrable (ex: de l'eau)  ou désignant une chose abstraite (ex : Vous avez du courage de vouloir vous en prendre à votre mec).

Mais la vraie question restant l’emploi de autre, et plus précisément de d’autre, qu’est-ce que tout cela démontre ? RIEN ! J’ai consulté Grevisse, le Gd Robert, Riegel & consorts, Wilmet, Arrivé & consorts, le TLF, et je n’ai rien trouvé : les grammaires et les dictionnaires disent ce qu’il faut dire/écrire, ce qu’on peut dire/écrire, ce qu’on trouve chez les auteurs (qui ne sont pas à l’abri des fautes les plus grossières), jamais ce que l’on ne peut pas écrire...

Il n’empêche. Je vais faire ricaner les Jehan et sans doute quelques autres : mon sens de la langue m’interdit de dire «  je veux d’autre eau vin, d’autre viande, d’autre salade, d’autre café », toutes choses non comptables. D’autres vins (au choix, que ce rosé infect) : oui, mais d’autre vin pour encore de cet excellent St-Émilion, non ! D’autres sardines grillées (outre les trois que j’ai déjà mangées), oui, mais d’autre poisson, non : encore du poisson.

Chère Aristofan,  ne t’occupe pas de Jehan, qui est pour l’instant bien seul, tandis que nous sommes deux – le double ! - et rentre joyeusement dans le lard de ton mec. Jusqu’à preuve formelle du contraire, on ne peut pas employer d’autre (singulier) devant les noms de choses non comptables.  Je veux une autre eau (de la San Pellegrino au lieu de l’eau de Vichy qui me rappelle trop de mauvais souvenirs), ou bien je veux encore de l’eau parce que j’ai encore soif, mais pas je veux d’autre eau

C’était le point de vue du locuteur lambda.

"D'autre...", un partitif barbare ?

Héhé... Le célèbre locuteur lambda a encore frappé !

Le partitif ne s'applique bien évidemment qu'aux choses non comptables, que l'on mette "autre" ou non.  Bien sûr que les choses comptables, les cafés, les tasses de café... sont en nombre déterminé. Et que les choses non comptables ne le sont pas. Et alors ?
Mais quand "autre" a le sens de "supplémentaire", comme je me tue à le répéter, peu importe que le supplément soit comptable ou non, il reste un supplément, exprimé par "autre".

Un café, un autre café, dix autres cafés... Supplément comptable.
Du café, d'autre café... Supplément non comptable. Une certaine quantité supplémentaire.
Cette expression est la plus neutre.
Bien sûr, "encore du café" est un équivalent très correct,
mais moins neutre, à coloration plus subjective :
Chic ! Encore du café !
Encore du café ? Tu exagères...

Cela dit, la discussion est intéressante.
Mais il se fait tard.
Demain, j'essaierai de trouver des références pour être moins seul.
Si je réussis à trouver un ouvrage que tu n'as pas encore consulté...

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"D'autre...", un partitif barbare ?

Jehan a écrit :

Mais quand "autre" a le sens de "supplémentaire", comme je me tue à le répéter, peu importe que le supplément soit comptable ou non

C'est là le coeur du débat, mais sur quoi t'appuies-tu?

Je vérifierai dans le Grevisse ce soir. En attendant merci à Volapuk pour son soutien!

"D'autre...", un partitif barbare ?

J'emploie aussi cette tournure, je suis de la même région que Jehan. C'est peut-être un régionalisme. 
Il est de quelle région ton homme ?

"D'autre...", un partitif barbare ?

Jehan a écrit :

[…] quand "autre" a le sens de "supplémentaire", comme je me tue à le répéter, peu importe que le supplément soit comptable ou non, il reste un supplément, exprimé par "autre".
Un café, un autre café, dix autres cafés... Supplément comptable.
Du café, d'autre café... Supplément non comptable. Une certaine quantité supplémentaire.

C’est très bien de brandir ce sens de supplémentaire qu’aurait, entre autres (!!!), autre. Il y a tout de même un petit problème : ce sens n’est explicitement donné dans aucun des dictionnaires que j’ai consultés. Sauf ton respect, Jehan, et sauf erreur de ma part, il pourrait par conséquent n’être qu’une extrapolation personnelle. 

Que dit le Tlf, toujours très complet ? AUTRE :
I.- Permet de distinguer, de différencier, par rapport à une première partie donnée ou connue (un, les uns) servant de point de référence, une ou plusieurs personnes, un ou plusieurs éléments à l'intérieur d'une seconde partie.
A.- 1. Avec une simple idée de différence.
   -  2. Avec une idée de différence à laquelle s’ajoute une idée de comptage (souligné par moi, hein, pas par le Tlf !)
a) (Précédé de l’article indéfini […]) ? Adjectif
Et là, on trouve soit des exemples avec un autre, soit des exemples avec d’autres.

On pourra toujours objecter que l’absence d’exemple(s) avec d’autre (sing.) ne prouve rien. Mais ce n’est pas non plus prouver que le tour est recevable.

Mais poursuivons la lecture du Tlf, afin qu’il ne me soit pas reproché de n’en retenir que ce qui m’arrange.

B.? [Désignant une chose]
    1. Loc. [Dans ces loc., autres, le plus souvent au plur., est mis pour autres choses]
     Pour mémoire.
    2. PSYCHANAL. L'Autre.
     Pour mémoire.
C.? Loc. nom. Autre chose
     Pour mémoire.

Je suis au bout de l’article. Autrement dit, rien... d’autre  .
ALORS ?

P.S. Je réfute de la même façon « En veux-tu d'autre ? » (1er message d'Aristofan), sur quoi Jehan s'est évidemment jeté pour relever la contradiction et étayer son argumentation.

"D'autre...", un partitif barbare ?

Bonjour,

Je pense que le sens de cet « autre » n'est pas supplémentaire ou encore , mais second(e) ; c'est-à-dire, par exemple : « voulez-vous une seconde chose identique à celle que vous avez ou aviez ? ».

Voyez ici (Littré) :


[…] Le second par une certaine similitude. Il le regarde comme un autre lui-même.
Il fallut réveiller d'un profond sommeil cet autre Alexandre
, BOSSUET, Louis de Bourbon.

Il parle comme un autre Élie Devant cette autre Jézabel, RAC. Ath. II, 9. […]
http://littre.reverso.net/dictionnaire- … tion/autre

Et ici (Académie) :

[…] Il se dit aussi dans le sens de Second, pour exprimer la ressemblance, l'égalité, la conformité qu'il y a entre deux personnes ou entre deux choses. C'est un autre Alexandre, un autre César. Il le regarde comme un autre lui-même. Cette ville est un autre Paris. […]
http://www.cnrtl.fr/definition/academie8/autre

J'ai l'impression qu'on ne peut pas employer le partitif avec ce sens.

Muriel