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Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 135

Bonjour,

J'ai un travail à faire sur la lettre CXXXV " La présidente de Tourvel à madame de Rosemonde", des liaisons dangereuses

J'ai déjà pas mal de pistes, en tout cas assez pour construire un commentaire à deux parties:

I. La sensibilité exacerbée de Mme de Tourvel
a/ champ lexical des sentiments, sensations, émotions
b/ un discours chaotique, points de suspension, gradation, répétition ( valmont, valmont) etc..
c/ des émotions paralysantes ( qui l'empêchent de s'exprimer par des mots, expression du corps..)
d/ fais des sentiments la valeur suprême ( refus du masque, innocence: crois dessuite Valmont, car il utilise les sentiments...)

II. La Présidente comme figure tragique
a/ Son style: lyrique, poétique (cf: Phèdre de Racine, et les héroides) tragique. + scène de L'opéra lié au drame ?
b/ Culpabilité de mme de Tourvel ( se charge de ttes les responsabilités, dédouane Valmont- remords - elle se rend coupable)
c/ Ambiguïté de mme de Tourvel, ( du aux lettres, elle ne dit pas comment il lui rendra les lettres, espoir qu'il revienne les lui donner en mains propre comme la prmeière fois? exprime aussi l'espoir qu'il pourrait se justifier etc..)

Mais il me semble qu'un plan à trois parties serait mieux, et je n'arrive pas à le construire, peut-être que j'ai fais l'impasse de pistes à analyser?
Je fais donc appel à votre aide : )

Merci.

Voici le texte:

"La présidente Tourvel à madame de Rosemonde

Paris, 15 novembre 17.

J'essaie de vous écrire, sans savoir encore si je le pourrai. Ah Dieu! quand je songe qu'à ma dernière lettre c'était l'excès de mon bonheur qui m'empêchait de la continuer! C'est celui de mon désespoir qui m'accable à présent; qui ne me laisse de force que pour sentir mes douleurs, et m'ôte celle de les exprimer.

Valmont... Valmont ne m'aime plus, il ne m'a jamais aimée. L'amour ne s'en va pas ainsi. Il me trompe, il me trahit, il m'outrage. Tout ce qu'on peut réunir d'infortune, d'humiliations, je les éprouve, et c'est de lui qu'elles me viennent!

Et ne croyez pas que ce soit un simple soupçon: j'étais si loin d'en avoir! Je n'ai pas le bonheur de pouvoir douter. Je l'ai vu: que pourrait-il me dire pour se justifier?... Mais que lui importe! il ne le tentera seulement pas... Malheureuse! que lui feront tes reproches et tes larmes? c'est bien de toi qu'il s'occupe!...

Il est donc vrai qu'il m'a sacrifiée, livrée même... et à qui? une vile créature... Mais que dis-je? Ah! j'ai perdu jusqu'au droit de la mépriser. Elle a trahi moins de devoirs, elle est moins coupable que moi. Oh! que la peine est douloureuse, quand elle s'appuie sur le remords! Je sens mes tourments qui redoublent. Adieu, ma chère amie; quelque indigne que je me sois rendue de toute pitié, vous en aurez cependant pour moi, si vous pouvez vous former l'idée de ce que je souffre.

Je viens de relire ma lettre, et je m'aperçois qu'elle ne peut vous instruire de rien; je vais donc tâcher d'avoir le courage de vous raconter ce cruel événement. C'était hier; je devais, pour la première fois, depuis mon retour, souper hors de chez moi. Valmont vint me voir à cinq heures; jamais il ne m'avait paru si tendre. Il me fit connaître que mon projet de sortir le contrariait, et vous jugez que j'eus bientôt celui de rester chez moi. Cependant, deux heures après, et tout à coup, son air et son ton changèrent sensiblement. Je ne sais s'il me sera échappé quelque chose qui aura pu lui déplaire; quoi qu'il en soit, peu de temps après, il prétendit se rappeler une affaire qui l'obligeait de me quitter, et il s'en alla: ce ne fut pourtant pas sans m'avoir témoigné des regrets très vifs, qui me parurent tendres, et qu'alors je crus sincères.

Rendue à moi-même, je jugeai plus convenable de ne pas me dispenser de mes premiers engagements, puisque j'étais libre de les remplir. Je finis ma toilette, et montai en voiture. Malheureusement mon cocher me fit passer devant l'Opéra, et je me trouvai dans l'embarras de la sortie; j'aperçus à quatre pas devant moi, et dans la file à côté de la mienne, la voiture de Valmont. Le coeur me battit aussitôt, mais ce n'était pas de crainte; et la seule idée qui m'occupait était le désir que ma voiture avançât. Au lieu de cela, ce fut la sienne qui fut forcée de reculer, et qui se trouva à côté de la mienne. Je m'avançai sur-le-champ: quel fut mon étonnement, de trouver à ses côtés une fille, bien connue pour telle! Je me retirai, comme vous pouvez penser, et c'en était déjà bien assez pour navrer mon coeur; mais ce que vous aurez peine à croire, c'est que cette même fille, apparemment instruite par une odieuse confidence, n'a pas quitté la portière de la voiture, ni cessé de me regarder, avec des éclats de rire à faire scène.

Dans l'anéantissement où j'en fus, je me laissai pourtant conduire dans la maison où je devais souper: mais il me fut impossible d'y rester; je me sentais, à chaque instant, prête à m'évanouir, et surtout je ne pouvais retenir mes larmes.

En rentrant, j'écrivis à M. de Valmont et lui envoyai ma lettre aussitôt; il n'était pas chez lui. Voulant, à quelque prix que ce fût, sortir de cet état de mort, ou le confirmer à jamais, je renvoyai avec ordre de l'attendre: mais avant minuit mon domestique revint, en me disant que le cocher, qui était de retour, lui avait dit que son maître ne rentrerait pas de la nuit. J'ai cru ce matin n'avoir plus autre chose à faire qu'à lui redemander mes lettres, et le prier de ne plus venir chez moi. J'ai en effet donné des ordres en conséquence; mais, sans doute, ils étaient inutiles. Il est plus de midi; il ne s'est point encore présenté, et je n'ai pas même reçu un mot de lui.

A présent, ma chère amie, je n'ai plus rien à ajouter: vous voilà instruite et vous connaissez mon coeur. Mon seul espoir est de n'avoir pas longtemps encore à affliger votre sensible amitié."

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Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 135

Bonjour Cyboulette,

Pourquoi ne reprendrais-tu pas ton analyse et ton plan pour les redistribuer à l'aide d'une troisième partie qui serait : un regard de moraliste ou la folie (aliénation, aveuglement) de la passion. Cette folie est à prendre d'ailleurs au pied de la lettre.

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Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 135

Bonjour Jean-Luc,

oui, c'est vrai qu'on peut aller plus loin en parlant du sens de cette défaite (de mme de Tourvel),
défaite de la vertu face au vice.  Cela montre peut-être la vanité d'une autre croyance, celle de la vertu?

Mais cette troisième partie va donc au-delà du texte, et prend en compte le sens de l'oeuvre,  le but d'un commentaire n'est pas de se concentrer uniquement sur l'extrait?

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Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 135

Il s'agit bien de montrer dans cet extrait comment Mme de Tourvel est aveuglée, aliénée.
Par ex. au début de sa lettre, elle a oublié qu'elle s'adresse à Mme de Rosemonde, elle vit les tourments de l'enfer, elle se comporte de manière déraisonnable...
Ce sont les prémices de sa folie future, ce qui constituera une excellente ouverture finale.
Mme de Tourvel est littéralement folle d'amour et de douleur.
Les moralistes du XVIIe siècle avaient bien dénoncé les dangers de la passion comme la fin de la paix intérieure. Regarde la Princesse de Clèves. Laclos s'inscrit aussi dans cette tradition.
Mme de Tourvel, bien que généreuse, s'est montrée très imprudente en faisant confiance à Valmont. Elle aussi est une victime de ces liaisons dangereuses.

Regarde ce qu'écrit Mme de Volanges à la fin du roman lorsque, détrompée, elle tire la leçon des événements :

Qui pourrait ne pas frémir en songeant aux malheurs que peut causer une seule liaison dangereuse! et quelles peines ne s'éviterait-on point en y réfléchissant davantage! Quelle femme ne fuirait pas au premier propos d'un séducteur? Quelle mère pourrait, sans trembler, voir une autre personne qu'elle parler à sa fille? Mais ces réflexions tardives n'arrivent jamais qu'après l'événement; et l'une des plus importantes vérités, comme aussi peut-être des plus généralement reconnues, reste étouffée et sans usage dans le tourbillon de nos mœurs inconséquentes.

C'est bien le moraliste qui parle alors.

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Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 135

Mais ce serait placer une morale qui aujourd'hui paraît un peu "dépassé" (si je peux me permettre) .. Ne serait-ce pas plus judicieux de l'actualiser?

Je cherche peut-être un peu trop loin, je me complique sûrement trop la chose. Mais cette morale me paraît un peu pauvre face à la complexité du roman de Laclos.

J'ai fais beaucoup de recherches, et notamment dans les diverses ouvrages qui étudient l'oeuvre, je m'y perds un peu, et surtout je perds le texte de vue.  : /
Et du coup j'ai du mal à fignoler mon plan.

Merci en tout cas pour votre aide, je vais tenter d'utiliser votre analyse. Ou chercher à l'actualiser...

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Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 135

Bonsoir Cyboulette,

Je ne prétends pas avoir tiré la morale des Liaisons dangereuses.
Je me suis contenté de rattacher ce texte à une des intentions de Laclos.
Il est évident qu'il nourrissait d'autres ambitions en peignant le libertinage.

Mme de Tourvel est avec Mme de Rosemonde un des rares personnages attachants du roman. Elle est généreuse, soucieuse de son entourage, c'est une vraie chrétienne qui met en pratique sa foi, mais elle est imprudente en faisant confiance à Valmont et présomptueuse en croyant pouvoir le changer. La leçon est dure à entendre. Tu as peut-être l'impression que c'est condamner la victime. Valmont a abusé de la charité de la présidente, c'est abominable ! Mme de Tourvel s'est laissée aller à sa passion, elle a cru naïvement convertir Valmont par l'abandon de sa propre vertu malgré les mises en garde. Finalement elle a tout perdu, y compris l'estime de soi.

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Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 135

Bizarrement, Sade lui aussi conclut souvent ses romans par des leçons de morale:

O vous qui lirez cette histoire, puissiez-vous en tirer le même profit que cette femme mondaine et corrigée, puissiez-vous vous convaincre avec elle que le véritable bonheur n'est que dans le sein de la vertu et que si Dieu permet qu'elle soit persécutée sur la terre, c'est pour lui préparer dans le ciel une plus flatteuse récompense. (Les Infortunes de la vertu)

Je trouve ça très drôle.