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Corpus poésie et modernité : la ville - En quoi peut-on parler de poèmes modernes ?

Bonjour.
Voici un corpus qui m'a été donné à faire.

Question transversale : En quoi peut-on parler de poèmes modernes ?

Baudelaire, Les Fleurs du Mal, section de "Tableaux parisiens", "Crépuscule du matin" (1868)

La diane chantait dans les cours des casernes,
Et le vent du matin soufflait sur les lanternes.

C'était l'heure où l'essaim des rêves malfaisants
Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents ;
Où, comme un oeil sanglant qui palpite et qui bouge,
La lampe sur le jour fait une tache rouge ;
Où l'âme, sous le poids du corps revêche et lourd,
Imite les combats de la lampe et du jour.
Comme un visage en pleurs que les brises essuient,
L'air est plein du frisson des choses qui s'enfuient,
Et l'homme est las d'écrire et la femme d'aimer.

Les maisons çà et là commençaient à fumer.
Les femmes de plaisir, la paupière livide,
Bouche ouverte, dormaient de leur sommeil stupide ;
Les pauvresses, traînant leurs seins maigres et froids,
Soufflaient sur leurs tisons et soufflaient sur leurs doigts.
C'était l'heure où parmi le froid et la lésine
S'aggravent les douleurs des femmes en gésine ;
Comme un sanglot coupé par un sang écumeux
Le chant du coq au loin déchirait l'air brumeux ;
Une mer de brouillards baignait les édifices,
Et les agonisants dans le fond des hospices
Poussaient leur dernier râle en hoquets inégaux.
Les débauchés rentraient, brisés par leurs travaux.

L'aurore grelottante en robe rose et verte
S'avançait lentement sur la Seine déserte,
Et le sombre Paris, en se frottant les yeux,
Empoignait ses outils, vieillard laborieux.

Baudelaire, Le Spleen de Paris, "Le joujou du pauvre" (1869)*

Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu d'amusements qui ne soient pas coupables!

Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions d'un sol, - telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l'enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, - et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseront pas prendre; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s'enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme.

Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie. Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté. A côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait :

De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, pâle, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.

Emile Verhaeren, Les Villes tentaculaires, "Les Usines" (1895), extrait.

Automatiques et minutieux,
Des ouvriers silencieux
Règlent le mouvement
D'universel tictacquement
Qui fermente de fièvre et de folie
Et déchiquette, avec ses dents d'entêtement,
La parole humaine abolie.

Plus loin, un vacarme tonnant de chocs
Monte de l'ombre et s'érige par blocs ;
Et, tout à coup, cassant l'élan des violences,
Des murs de bruit semblent tomber
Et se taire, dans une mare de silence,
Tandis que les appels exacerbés
Des sifflets crus et des signaux
Hurlent soudain vers les fanaux,
Dressant leurs feux sauvages,
En buissons d'or, vers les nuages.

Et tout autour, ainsi qu'une ceinture,
Là-bas, de nocturnes architectures,
Voici les docks, les ports, les ponts, les phares
Et les gares folles de tintamarres ;
Et plus lointains encor des toits d'autres usines
Et des cuves et des forges et des cuisines
Formidables de naphte et de résines
Dont les meutes de feu et de lueurs grandies
Mordent parfois le ciel, à coups d'abois et d'incendies.

Apollinaire, Alcools, "Zone" (1913), extrait.

A la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine

Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D'entrer dan une église et de t'y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d'aventure policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers

Et Francis PONGE, Le parti pris des choses, "Le compliment fait à l'industriel"

Sire, votre cerveau peut paraître pauvre, meublé de tables plates, de lumières coniques tirant sur des fils verticaux, de musiques à cribler l'esprit commercial,

mais votre voiture, autour de la terre, promène visiblement Paris, comme un gilet convexe, barré d'un fleuve de platine, où pend la tour Eiffel avec d'autres breloques célèbres,

et lorsque, revenant de vos usines, déposées au creux des campagnes comme autant de merdes puantes,
vous soulevez une tapisserie et pénétrez dans vos salons,

plusieurs femmes viennent à vous, vêtues de soie, comme des mouches vertes.

Dans chaque poème, comme l'indique le nom du corpus, il y a une ou plusieurs référence à la ville moderne.
Pour le "Crépuscule du matin" et "Le joujou du pauvre", poèmes en vers et en prose de Baudelaire, il y a un point commun qu'est la pauvreté, mais en quoi cela peut-il être rapproché de la ville moderne ou du poème moderne ? Puisque les pauvres existaient déjà avant le Romantisme, donc je ne sais pas si c'est un élément important par rapport à la question, mais si ces deux poèmes ont été ainsi choisi, ce n'est pas par hasard... du coup je suis un peu perdue pour ces deux textes.

Ensuite, pour "Les Usines" et "Zone", j'ai remarqué que la ponctuation était plus ou moins absente (totalement dans "Zone") ce qui fait que les poèmes ont un rythme rapide et vont droit au but. Pour "Les Usines", il y a un mot qui n'existe pas, et il y a sûrement une raison à sa présence dans le poème : "tictaquement", et je n'arrive pas à comprendre ce que vient faire ce mot dans le poème...



Et j'ai un peu de mal à trouver une problématique générale au corpus... si vous aviez quelques pistes à apporter à mes remarques... je vous en remercie d'avance.



EDIT: En faisant quelques recherches, j'ai constaté que la poésie moderne était ce qui se détachait du Sacré, que c'était une remise en question du concept de Réalité, et "une forme de méditation verbale destinée à nous reconnecter à l'univers.

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Corpus poésie et modernité : la ville - En quoi peut-on parler de poèmes modernes ?

Bonjour Rufus Shinra,

Avant de répondre à des questions d'inégale importance, essayons de trouver le fil conducteur de tous ces poèmes : la modernité poétique.

Première remarque : dans "le joujou du pauvre", la ville est quasi inexistante. Elle pourrait apparaître avec le mot "cabarets" : c'est bien peu.

Le point commun n'est donc pas la ville. En revanche, la modernité est signifiée par l'accès à l'existence poétique, c'est-à-dire comme sujets de poème, de choses ou d'êtres que le regard des poètes n'avait point daigné considérer jusqu'alors. De plus la modernité cherche à découvrir une "beauté" dans cette laideur ou ce manque d'intérêt ou ce refus d'examiner...

Il y a donc rupture, refus des valeurs bourgeoises, de l'esthétique classique ou romantique... Chez Baudelaire, c'est le culte du "bizarre", l'apitoiement pour la misère sordide ; pour Verhaeren, c'est plutôt l'inhumanité cruelle ; chez Apollinaire, l'émerveillement devant la vie exubérante ; Pour Ponge, c'est une satire de l'esprit bourgeois...

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Corpus poésie et modernité : la ville - En quoi peut-on parler de poèmes modernes ?

Merci beaucoup pour ton message Jean-Luc, ça m'aide beaucoup. Je vais tenter une analyse plus poussée des textes encore.
Merci encore, au plaisir.
Bonjour.
Désolée du double post, j'aurais une question assez importante à laquelle je ne trouve aucune réponse.

Effectivement, je n'arrive pas à comprendre ce qu'est la poésie moderne ou le poème moderne. J'ai beau chercher je ne trouve rien de très convaincant... en quoi consiste le poème moderne ? Qu'est ce qui le différencie des autres formes de poèmes ?
J'ai cherché dans tous mes livres de littérature, ils n'en parlent pas ou n'y font que de simples allusions... si vous pouviez m'apporter quelques renseignements provenant de sources sûres, s'il vous plaît. Sans ce renseignement, je ne peux répondre à ma question transversale...

Je vous remercie encore d'avance. A bientôt.

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Corpus poésie et modernité : la ville - En quoi peut-on parler de poèmes modernes ?

Ce que tu demandes est très compliqué. Je ne peux que t'indiquer quelques pistes :

- les sujets : on considère que c'est avec Baudelaire que la poésie entre dans la modernité malgré le classicisme apparent de la forme. Avec Baudelaire, la poésie s'engage dans la découverte de la surréalité poétique dans les spectacles, les images et les passions de la plus triviale réalité.
Ajoutons le goût pour le "bizarre", l'insolite à susciter par la magie suggestive du langage symbolique et allégorique. Baudelaire sera continué par le délire du voyant chez Rimbaud.
Avec Apollinaire, c'est la nouveauté...

- la forme : l'épuration du langage, le jeu avec les mots, le poème en prose, l'absence de ponctuation...

La poésie moderne, c'est donc l'autotélisme, le travail sur la langue pour exprimer un maximum de sens dans une concentration que n'a jamais présentée le langage ordinaire. Là, c'est la voie empruntée par Mallarmé.

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Corpus poésie et modernité : la ville - En quoi peut-on parler de poèmes modernes ?

D'accord, merci beaucoup, ça m'a déjà éclairé !
Désolée de toutes ces questions, mais bon... sinon mon devoir était quasi infaisable (du moins pour moi >_<).
Encore merci.

Sur ce, au plaisir et bon courage.

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Corpus poésie et modernité : la ville - En quoi peut-on parler de poèmes modernes ?

pouvez vous m'aider sur cette question en quoi peut on parler de poemes modernes?

et voici les texte pour s'aider baudelaire les fleur du mal section des "tableaux parisiens" "crepuscule du matin"

baudelaire le spleen de paris "le joujou du pauvre"
emile verhaeren les ville tentaculaires "les usines" vers 1 a 26
apollinaire alcools "zone" extarit vers 1a 14
francis ponge " le compliment fait a l'industriel"

merci beaucoup

Rappel des règles
Seuls les élèves ayant effectué un travail personnel préalable sur leur sujet peuvent obtenir une aide ponctuelle. Vous devez donc indiquer vos pistes de recherches personnelles.


aider moi svp