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La Bruyère, Les Caractères, Du souverain ou de la République - La science des détails, ou une...

Bonjour,

J'étudie actuellement la bruyère et je dois faire une commentaire composé des remarque 24 à 35 du souverain et de la république.
Je suis partie sur une idée de faire un plan en 2 parties, ou dans l'une je montrerais que la bruyère ne fait que décrire ( observateur) le rôle du souverain puis montrer que les remarques malgré le ton général permettent à la bruyère de donner son avis…
je ne sais pas trop si je m'y prends bien, si je suis bien dans le sujet! par contre pour ce qui est des sous parties je sèche pour l'instant.

Pouvez vous m'éclairer ?
Merci d'avance de vos réponses


24 (IV)
La science des détails, ou une diligente attention aux moindres besoins de la république, est une partie essentielle au bon gouvernement, trop négligée à la vérité dans les derniers temps par les rois ou par les ministres, mais qu'on ne peut trop souhaiter dans le souverain qui l'ignore, ni assez estimer dans celui qui la possède. Que sert en effet au bien des peuples et à la douceur de leurs jours, que le prince place les bornes de son empire au delà des terres de ses ennemis, qu'il fasse de leurs souverainetés des provinces de son royaume; qu'il leur soit également supérieur par les sièges et par les batailles, et qu'ils ne soient devant lui en sûreté ni dans les plaines ni dans les plus forts bastions; que les nations s'appellent les unes les autres, se liguent ensemble pour se défendre et pour l'arrêter; qu'elles se liguent en vain, qu'il marche toujours et qu'il triomphe toujours; que leurs dernières espérances soient tombées par le raffermissement d'une santé qui donnera au monarque le plaisir de voir les princes ses petits-fils soutenir ou accroître ses destinées, se mettre en campagne, s'emparer de redoutables forteresses, et conquérir de nouveaux Etats; commander de vieux et expérimentés capitaines, moins par leur rang et leur naissance que par leur génie et leur sagesse; suivre les traces augustes de leur victorieux père; imiter sa bonté sa docilité, son équité, sa vigilance, son intrépidité? Que me servirait en un mot, comme à tout le peuple, que le prince fût heureux et comblé de gloire par lui-même et par les siens, que ma patrie fût puissante et formidable, si, triste et inquiet, j'y vivais dans l'oppression ou dans l'indigence; si, à couvert des courses de l'ennemi, je me trouvais exposé dans les places ou dans les rues d'une ville au fer d'un assassin, et que je craignisse moins dans l'horreur de la nuit d'être pillé ou massacré dans d'épaisses forêts que dans ses carrefours; si la sûreté, l'ordre et la propreté ne rendaient pas le séjour des villes si délicieux, et n'y avaient pas amené, avec l'abondance, la douceur de la société; si, faible et seul de mon parti, j'avais à souffrir dans ma métairie du voisinage d'un grand, et si l'on avait moins pourvu à me faire justice de ses entreprises; si je n'avais pas sous ma main autant de maîtres, et d'excellents maîtres, pour élever mes enfants dans les sciences ou dans les arts qui feront un jour leur établissement; si, par la facilité du commerce, il m'était moins ordinaire de m'habiller de bonnes étoffes, et de me nourrir de viandes saines, et de les acheter peu; si enfin, par les soins du prince, je n'étais pas aussi content de ma fortune, qu'il doit lui-même par ses vertus l'être de la sienne?
25 (VII)
Les huit ou les dix mille hommes sont au souverain comme une monnaie dont il achète une place ou une victoire: s'il fait qu'il lui en coûte moins, s'il épargne les hommes, il ressemble à celui qui marchande et qui connaît mieux qu'un autre le prix de l'argent.
26 (VII)
Tout prospère dans une monarchie où l'on confond les intérêts de l'Etat avec ceux du prince.
27 (VII)
Nommer un roi Père du peuple est moins faire son éloge que l'appeler par son nom, ou faire sa définition.
28 (VII)
Il y a un commerce ou un retour de devoirs du souverain à ses sujets, et de ceux-ci au souverain: quels sont les plus assujettissants et les plus pénibles, je ne le déciderai pas. Il s'agit de juger, d'un côté, entre les étroits engagements du respect, des secours, des services, de l'obéissance, de la dépendance; et d'un autre, les obligations indispensables de bonté, de justice, de soins, de défense, de protection. Dire qu'un prince est arbitre de la vie des hommes, c'est dire seulement que les hommes par leurs crimes deviennent naturellement soumis aux lois et à la justice, dont le prince est le dépositaire: ajouter qu'il est maître absolu de tous les biens de ses sujets, sans égards, sans compte ni discussion, c'est le langage de la flatterie, c'est l'opinion d'un favori qui se dédira à l'agonie.
29 (VII)
Quand vous voyez quelquefois un nombreux troupeau, qui répandu sur une colline vers le déclin d'un beau jour, paît tranquillement le thym et le serpolet, ou qui broute dans une prairie une herbe menue et tendre qui a échappé à la faux du moissonneur, le berger, soigneux et attentif, est debout auprès de ses brebis; il ne les perd pas de vue, il les suit, il les conduit, il les change de pâturage; si elles se dispersent, il les rassemble; si un loup avide paraît, il lâche son chien, qui le met en fuite; il les nourrit, il les défend; l'aurore le trouve déjà en pleine campagne, d'où il ne se retire qu'avec le soleil: quels soins! quelle vigilance! quelle servitude! Quelle condition vous paraît la plus délicieuse et la plus libre, ou du berger ou des brebis? le troupeau est-il fait pour le berger, ou le berger pour le troupeau? Image naïve des peuples et du prince qui les gouverne, s'il est bon prince.
Le faste et le luxe dans un souverain, c'est le berger habillé d'or et de pierreries, la houlette d'or en ses mains; son chien a un collier d'or, il est attaché avec une laisse d'or et de soie. Que sert tant d'or à son troupeau ou contre les loups?
30 (VII)
Quelle heureuse place que celle qui fournit dans tous les instants l'occasion à un homme de faire du bien à tant de milliers d'hommes! Quel dangereux poste que celui qui expose à tous moments un homme à nuire à un million d'hommes!
3I (VII)
Si les hommes ne sont point capables sur la terre d'une joie plus naturelle, plus flatteuse et plus sensible, que de connaître qu'ils sont aimés, et si les rois sont hommes, peuvent-ils jamais trop acheter le cœur de leurs peuples?
32 (I)
Il y a peu de règles générales et de mesures certaines pour bien gouverner; l'on suit le temps et les conjonctures, et cela roule sur la prudence et sur les vues de ceux qui règnent: aussi le chef-d'œuvre de l'esprit, c'est le parfait gouvernement; et ce ne serait peut-être pas une chose possible, si les peuples, par l'habitude où ils sont de la dépendance et de la soumission, ne faisaient la moitié de l'ouvrage.
33 (I)
Sous un très grand roi, ceux qui tiennent les premières places n'ont que des devoirs faciles, et que l'on remplit sans nulle peine: tout coule de source; l'autorité et le génie du prince leur aplanissent les chemins, leur épargnent les difficultés, et font tout prospérer au delà de leur attente: ils ont le mérite de subalternes.
34 (V)
Si c'est trop de se trouver chargé d'une seule famille, si c'est assez d'avoir à répondre de soi seul, quel poids, quel accablement, que celui de tout un royaume! Un souverain est-il payé de ses peines par le plaisir que semble donner une puissance absolue, par toutes les prosternations des courtisans? Je songe aux pénibles, douteux et dangereux chemins qu'il est quelquefois obligé de suivre pour arriver à la tranquillité publique; je repasse les moyens extrêmes, mais nécessaires, dont il use souvent pour une bonne fin; je sais qu'il doit répondre à Dieu même de la félicité de ses peuples, que le bien et le mal est en ses mains, et que toute ignorance ne l'excuse pas; et je me dis à moi-même: "Voudrais-je régner? " Un homme un peu heureux dans une condition privée devrait-il y renoncer pour une monarchie? N'est-ce pas beaucoup, pour celui qui se trouve en place par un droit héréditaire, de supporter d'être né roi?
35 (I)
Que de dons du ciel ne faut-il pas pour bien régner! Une naissance auguste, un air d'empire et d'autorité, un visage qui remplisse la curiosité des peuples empressés de voir le prince, et qui conserve le respect dans le courtisan; une parfaite égalité d'humeur; un grand éloignement pour la raillerie piquante, ou assez de raison pour ne se la permettre point; ne faire jamais ni menaces ni reproches; ne point céder à la colère, et être toujours obéi; l'esprit facile, insinuant; le cœur ouvert, sincère, et dont on croit voir le fond, et ainsi très propre à se faire des amis, des créatures et des alliés; être secret toutefois, profond et impénétrable dans ses motifs et dans ses projets; du sérieux et de la gravité dans le public; de la brièveté, jointe à beaucoup de justesse et de dignité, soit dans les réponses aux ambassadeurs des princes, soit dans les conseils; une manière de faire des grâces qui est comme un second bienfait; le choix des personnes que l'on gratifie; le discernement des esprits, des talents, et des complexions pour la distribution des postes et des emplois; le choix des généraux et des ministres; un jugement ferme, solide, décisif dans les affaires, qui fait que l'on connaît le meilleur parti et le plus juste; un esprit de droiture et d'équité qui fait qu'on le suit jusques à prononcer quelquefois contre soi-même en faveur du peuple, des alliés, des ennemis; une mémoire heureuse et très présente, qui rappelle les besoins des sujets, leurs visages, leurs noms, leurs requêtes; une vaste capacité, qui s'étende non seulement aux affaires de dehors, au commerce, aux maximes d'Etat, aux vues de la politique, au reculement des frontières par la conquête de nouvelles provinces, et à leur sûreté par un grand nombre de forteresses inaccessibles; mais qui sache aussi se renfermer au dedans, et comme dans les détails de tout un royaume; qui en bannisse un culte faux, suspect et ennemi de la souveraineté, s'il s'y rencontre; qui abolisse des usages cruels et impies, s'ils y règnent; qui réforme les lois et les coutumes, si elles étaient remplies d'abus; qui donne aux villes plus de sûreté et plus de commodités par le renouvellement d'une exacte police, plus d'éclat et plus de majesté par des édifices somptueux; punir sévèrement les vices scandaleux; donner par son autorité et par son exemple du crédit à la piété et à la vertu; protéger l'Eglise, ses ministres, ses droits, ses libertés, ménager ses peuples comme ses enfants; être toujours occupé de la pensée de les soulager, de rendre les subsides légers, et tels qu'ils se lèvent sur les provinces sans les appauvrir; de grands talents pour la guerre; être vigilant, appliqué, laborieux; avoir des armées nombreuses, les commander en personne; être froid dans le péril, ne ménager sa vie que pour le bien de son Etat; aimer le bien de son Etat et sa gloire plus que sa vie; une puissance très absolue, qui ne laisse point d'occasion aux brigues, à l'intrigue et à la cabale; qui ôte cette distance infinie qui est quelquefois entre les grands et les petits, qui les rapproche, et sous laquelle tous plient également; une étendue de connaissance qui fait que le prince voit tout par ses yeux, qu'il agit immédiatement et par lui-même, que ses généraux ne sont, quoique éloignés de lui, que ses lieutenants, et les ministres que ses ministres; une profonde sagesse, qui sait déclarer la guerre, qui sait vaincre et user de la victoire; qui sait faire la paix, qui sait la rompre; qui sait quelquefois, et selon les divers intérêts, contraindre les ennemis à la recevoir; qui donne des règles à une vaste ambition, et sait jusques où l'on doit conquérir; au milieu d'ennemis couverts ou déclarés, se procurer le loisir des jeux, des fêtes, des spectacles; cultiver les arts et les sciences; former et exécuter des projets d'édifices surprenants; un génie enfin supérieur et puissant, qui se fait aimer et révérer des siens, craindre des étrangers; qui fait d'une cour, et même de tout un royaume, comme une seule famille, unie parfaitement sous un même chef, dont l'union et la bonne intelligence est redoutable au reste du monde: ces admirables vertus me semblent refermées dans l'idée du souverain; il est vrai qu'il est rare de les voir réunies dans un même sujet: il faut que trop de choses concourent à la fois, l'esprit, le cœur, les dehors, le tempérament; et il me paraît qu'un monarque qui les rassemble toutes en sa personne est bien digne du nom de Grand.

voila pour l'instant mon intro, et le début de mon plan ! qu'en pensez vous ? 

La Bruyère publie une première édition des caractères en 1688. Il y aura par la suite 9 éditions ou apparaissent des changements quantitatifs  (les chapitres sont plus conséquents) et qualitatifs (la nature des remarques est différente) sans pour autant modifier la liste et l’ordre à travers toutes les éditions.
Nous allons nous concentrer sur le chapitre 10 du souverain ou de la république qui comporte dans la dernière édition 35 remarques de longueurs variables. Dans ce chapitre La Bruyère dépeind à tour de rôle la tyrannie, les dangers en politique, la guerre, les ministres, le machiavélisme politique, les bons serviteurs, la solitude et le rôle du monarque. Effectivement LB est assez proche des grands pour savoir les devoirs d’un prince et les vertus d’un bon monarque.
Notre étude porte sur les remarques 24 à 35 qui donnent le modèle  du monarque parfait, et une réflexion sur le personnage.
On peut donc se demander quelles valeurs attribuer à ces remarques alors que la surveillance des écrits par le roi est accrue ?

1-Une simple peinture de ses contemporains
       
2-Une volonté d’amélioration pour les hommes

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La Bruyère, Les Caractères, Du souverain ou de la République - La science des détails, ou une...

Bonjour,

Il me semble que La Bruyère se montre très critique à l'égard de la fin du règne de Louis XIV. La Fontaine s'était déjà livré à cet exercice dans "Un animal dans la Lune".
C'est pour lui l'occasion de formuler en contrepoint ce que doit être un monarque chrétien.
Le moraliste montre que les défauts ont plus de conséquences chez le souverain que chez un homme ordinaire.

Attention à l'erreur d'utiliser conséquent au sens d'important. Conséquent signifie dans un rapport de cause à effet.

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La Bruyère, Les Caractères, Du souverain ou de la République - La science des détails, ou une...

Merci pour la précision du terme Jean-Luc

Mon semble tenir la route si dans un premier temps je m'attache à montrer que ces remarques ont un aspect théorique au premier abord mais qu'en faite la bruyère fait une certain critique du souverain en dessinant le monarque parfait ?

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Bonjour.

Je suis au regret de devoir apporter des éléments qui contredisent ton projet d'analyse (et aussi la contribution de Jean-Luc, dont je tiens à dire que j'admire par ailleurs souvent, sur ce forum, la pertinence).

Attention d'abord à ne pas commettre d'erreurs d'appréciation historique. Premièrement, la remarque 24 appartient à la 4e édition, qui date de 1689. Nous sommes donc à l'apogée du règne, pas dans les sombres dernières années (que LB mort en 96 n'a pas connues).

Ensuite, La Bruyère ne peut pas faire la critique de Louis XIV, C'est une règle: un particulier ne blâme pas le souverain. Bossuet a pu le faire, parce que son aura religieuse le protégeait. Pas La Bruyère. On peut critiquer les bourgeois (Molière), à la rigueur, et avec beaucoup de prudence, les Grands - sauf bien sûr les proches du roi - mais pas le Roi.

SURTOUT, les Caractères frappent souvent par leur servilité à l'égard de Louis XIV.
La remarque 24, en dépit des apparences, est un éloge hyperbolique du roi, où l'oeil des contemporains reconnaît aussitôt le résumé de sa carrière militaire (début) et le tableau de ses "oeuvres de paix" (sécurité, prospérité) à la fin.
Le texte, certes, envisage les problèmes qui se poseraient SI le roi ne se souciait que de son prestige personnel. Mais La Bruyère dit explicitement que ce n'est pas le cas! (même s'il peut penser le contraire, bien sûr!).

La rem. 26 est une horreur absolue et il faut une âme de larbin pour prononcer une telle chose: elle fait l'éloge de la confusion entre intérêt personnel du prince et intérêt public. Justement, Louis XIV n'a cessé d'éroder la frontière entre les deux. Montesquieu montrera plus tard que la confusion des deux est la base de la tyrannie.

La remarque 27 est du stalinisme avant l'heure.

La remarque 33 exonère le roi du centralisme excessif et de la suppression des intermédiaires dans l'exercice du pouvoir.

Enfin la rem. 35 est à nouveau un éloge ampoulé et totalement transparent (l'adjectif "grand" à la fin) qui, sous couvert de généralité, ne parle en fait que de Louis XIV.

Hé oui, La Bruyère n'est pas entré à l'académie par son seul talent littéraire (si grand soit-il).

Cordialement.
JLP.

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La Bruyère, Les Caractères, Du souverain ou de la République - La science des détails, ou une...

Bonjour,

Merci pour le compliment.

Si je conviens volontiers que La Bruyère paraît flagorner sans discernement le pouvoir royal absolu (La Bruyère n'est pas un révolutionnaire), il ne s'en montre pas moins un moraliste subtil en rêvant de rois évangéliques qui renonceraient à leurs conquêtes, aux dépenses de prestige et à l'exercice de l'arbitraire.
Selon la manière de chausser ses lunettes, le lecteur peut découvrir un autre texte.
L'analyse des propos de La Bruyère selon des grilles actuelles fait courir le risque de l'anachronisme.
Ainsi voir dans l'expression "Père du Peuple" une allusion à Staline, le petit Père des peuples, c'est risquer de superposer un paternalisme manipulateur aux ardentes obligations morales du monarque de droit divin qui devrait se sacrifier pour son peuple. C'est une "définition" ontologique sous la plume de La Bruyère.

Il est abusif de vouloir tirer des Caractères une philosophie politique : La Bruyère est un honnête homme et un chrétien qui juge le régime social dont il est le témoin. Il rêve de réhabiliter les mœurs d'Athènes y compris dans l'exercice du pouvoir.

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La Bruyère, Les Caractères, Du souverain ou de la République - La science des détails, ou une...

Jean-Luc a écrit :

L'analyse des propos de La Bruyère selon des grilles actuelles fait courir le risque de l'anachronisme.
Ainsi voir dans l'expression "Père du Peuple" une allusion à Staline, le petit Père des peuples, c'est risquer de superposer un paternalisme manipulateur aux ardentes obligations morales du monarque de droit divin qui devrait se sacrifier pour son peuple. C'est une "définition" ontologique sous la plume de La Bruyère.

Je reconnais volontiers avoir cédé au charme de la provocation. Mais cela s'y prêtait. Et le rapprochement, quoique forcé, n'est pas absurde.
Et je n'applique aucune grille, au contraire, je les déteste. Or, parmi les grilles les plus pénibles plaquées par maints collègues sur la littérature classique figure justement celle de l'artiste "critique de la société". On oublie trop souvent qu'avec la faible liberté dont ils disposaient, les écrivains devaient se limiter à des cibles autorisées. Il y aurait ainsi beaucoup à dire de Molière, qui s'en prend essentiellement aux ridicules bourgeois et ne remet nullement en question la société de son temps. Dès qu'il prend plus de risques (Tartuffe), les ennuis commencent.

Le problème de La Bruyère (un de mes auteurs préférés par ailleurs) est justement d'être, comme vous le dites, un honnête homme. Cela signifie que ses lumières ne s'étendent pas à tout. Or, l'exercice des Caractères le contraint à parler de tout. Sur les arts ou sur le "Coeur", il est des plus fins. Quand il s'aventure à parler politique ou religion, il s'égare quelquefois. Ainsi, le chapitre "des esprits forts" est tellement... faible, philosophiquement, que j'ai longtemps espéré qu'il s'agisse en fait d'une parodie. Hélas, non.

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La Bruyère, Les Caractères, Du souverain ou de la République - La science des détails, ou une...

Je partage bien volontiers ce refus de faire des écrivains classiques des contempteurs du pouvoir royal comme s'ils étaient des philosophes du siècle des Lumières.

Ajoutons à la toute-puissance de l'idéologie dominante le statut de l'écrivain au XVIIe siècle tributaire du mécénat quand il n'a pas de fortune personnelle.

Pourtant La Bruyère, comme La Fontaine, s'est exprimé contre les entreprises guerrières qui ont terni la renommée du royaume.

C'est bien par les généralités ou une réflexion sur l'homme que la critique peut affleurer parfois.

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La Bruyère, Les Caractères, Du souverain ou de la République - La science des détails, ou une...

et bien mon sujet fait débat et donne lieu à de nombreuses interprétation ! comme j'ai pu le lire LB fait ici un travail de moraliste , relever les fonctions et le rôle du roi de manière distancée mais il dépeind tt de même une perfection qui n'existe pas et montre donc son opinion de manière subtil …
je suis perdue après vos interventions quant à l'étude que je dois mener

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Ta synthèse montre que tu n'es pas si perdue que ça. Il s'agit plutôt d'oser affirmer un point de vue nuancé et des réactions personnelles nées à la lecture du texte.

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merci Jean Luc et bien je vais me lancer , le tout est de nuancer pour ne pas aller à l'inverse du prof!On peut donc se demander quelles valeurs attribuer à ces remarques alors que la surveillance des écrits par le roi est accrue ?
Nous commencerons par montrer dans un premier temps que La Bruyère est loin de l’étiquette du révolutionnaire que certains tentent de lui attribuer. Enfin nous tenterons de montrer que la subtilité de l’écriture des remarques permet à l’écrivain d’imposer son idéal.



1-Une simple peinture de ses contemporains d’un moraliste
     A- Une description théorique
     B-
       
       

2-Une volonté d’amélioration pour les hommes
     A- Des généralités subtiles (le dessin de la réalité)
     B- Du pragmatisme a l’idéalisme