Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné, chapitre 13 - Peut-on parler de comédie ?

Bonjour tout le monde,
Dans le chapitre 13 du livre de Victor Hugo: Le Dernier Jour d'un condamné, une mise en scène d'un évènement tragique se profile au fil de la lecture, celle du ferrement des forçats. Mais est-ce qu'on peut parler de la comédie qui s'achemine vers la tragédie dans la mesure où le lexique employé le confirme, abstraction faite du thème à caractère tragique et qui n'a rien avoir avec la comédie.

Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné, chapitre 13 - Peut-on parler de comédie ?

Effectivement, le texte est explicite : les forçats sont des "acteurs" qui préparent leur "spectacle" pour un "public". Leurs gestes et paroles relèvent de la comédie, et ils sont perçus comme tels par les autres prisonniers… sauf le narrateur, qui voit là tout sauf une comédie. Il faudrait analyser soigneusement ce décalage qui donne toute sa force au récit, décalage entre la joie des forçats et l'horreur qu'éprouve la narrateur —par exemple dans une expression telle que "les spectateurs des fenêtres (…) éclatèrent en cris de joie, en chansons, en menaces, en imprécations mêlées d'éclats de rire poignants à entendre. On eût cru voir des masques de démons." Je parlerais donc de "comédie terrifiante du crime" à propos de cet extrait.
La dimension spectaculaire de l'appareil judiciaire est souvent mise en valeur dans le livre, né de l'observation par Hugo du spectacle d'une condamnation à mort —rappelons qu'à l'époque, la foule se massait pour voir l'exécution, des loueurs de chaise circulaient, les hôteliers vendaient très cher l'occupation de la chambre qui avait vue sur la guillotine… C'est ce spectacle qui scandalise Hugo, parce qu'il symbolise l'opposition absolue que la société voit entre "les honnêtes gens" et "les criminels" —opposition que les forçats, dans cet extrait, revendiquent avec fierté. L'anonymat du narrateur a justement pour fonction de briser cette opposition et de redonner à l'humanité son unité.