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"Eschyle de la Mangeaille"

Bonjour,
Victor Hugo qualifiait Rabelais d'"Eschyle de la Mangeaille". Selon mes sources, cette expression fut empruntée à Charles Nodier par Hugo. Et cette expression est une expression toute faite de l'époque. Je n'en sais pas plus, c'est pourquoi j'aurais grand besoin de votre aide pour obtenir le sens de cette phrase. Merci.

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"Eschyle de la Mangeaille"

Bonjour,

La difficulté avec ces alliances de termes est de deviner les intentions de leur auteur.

Ici il y a Eschyle, poète tragique grec considéré comme le créateur de la tragédie et mangeaille, terme dépréciatif de manger.

Ainsi Rabelais serait le créateur d'une tragédie bouffonne qui traiterait des débordements de la table. Qu'est-ce qui est le plus important Eschyle ? Ou mangeaille ? Dans le premier cas, ce serait la nouveauté du sujet et du style qui serait mise en valeur ; dans le second cas, la trivialité et le burlesque… Toutefois le critique reconnaît l'originalité de la démarche même s'il ne l'apprécie pas.

Notons enfin que Hugo doit y reconnaître une des lignes de force du drame romantique qu'il défendait dans la préface de Cromwell : le mélange des genres. Sous sa plume, il s'agit certainement d'une expression louangeuse. Dans cette préface, en même temps qu'il y combat les « deux unités » (temps et lieu), qu'il défend le mot propre et la couleur locale, Hugo affirme que le drame tel qu'il n'existe pas encore en France en 1827 a pour lui une tradition : celle d'une contre-culture, populaire et grotesque, qui « s'épanouit au XVIe siècle avec trois Homère grotesques, Rabelais, Shakespeare, Cervantes ».

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"Eschyle de la Mangeaille"

En complément de ma précédente réponse, je voudrais dissiper quelques malentendus possibles dans ta question.
L'expression est bien une création d'Hugo, elle figure dans William Shakespeare.
Il ne l'a pas empruntée à Nodier qui, lui, qualifiait Rabelais d'“Homère bouffon”.  Tout au plus l'a-t-il fait évoluer dans le sens indiqué dans ma première réponse.

Je t'indique le contexte : “Rabelais a fait cette trouvaille, le ventre. Le serpent est dans l'homme, c'est l'intestin. Il tente, trahit et punit” ;  “Il y a du gouffre dans le goinfre. Mangez donc, maîtres, et buvez, et finissez. Vivre est une chanson dont mourir est le refrain.” Hugo rejoint bien cette alliance du tragique et du bouffon défendue dans la préface de Cromwell.

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"Eschyle de la Mangeaille"

Mais quels sont d'après vous les jugements qu'exprime Hugo envers Rabelais ?

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"Eschyle de la Mangeaille"

En ce début du XIXe siècle, on redécouvre Rabelais jugé grossier par le siècle classique.
Hugo s'inscrit dans ce mouvement de réhabilitation en reconnaissant la trivialité de Rabelais mais en mettant en valeur le regard profond derrière la faconde : la tragédie n'est jamais loin du rire.

"Eschyle de la Mangeaille"

J'ai comme sujet de dissertation à rendre : Hugo qualifiait Rabelais "d'Eschyle de la mangeaille". Pouvez-vous m'aider comme dans vos dernières réponses. Je pense faire une partie qui débattrait sur le comique de Rabelais (mangeaille) et d'un autre côté sur son sérieux (Eschyle), car l'expression pour moi est coupée en deux parties. Mais je n'ai pas beaucoup d'arguments. Si vous pouvez me répondre rapidement, merci.

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"Eschyle de la Mangeaille"

Bonsoir Virginie,

Tu as bien saisi la valeur antithétique de l'expression.

Quelques pistes supplémentaires pour avancer :
La mangeaille n'est pas exactement équivalente aux aspects comiques.
Il faut d'abord la comprendre comme la réhabilitation des fonctions naturelles et tu peux élargir la notion à tous les appétits. La goinfrerie est bien présente au point que pantagruélique ou gargantuesque sont devenus des qualificatifs pour la désigner.
Mais Rabelais réhabilite aussi la sexualité, la scatologie : ces références sont parfois dissimulées derrière des calembours, des contrepèteries. Cherche du côté des interventions de Panurge et des références au monde estudiantin. Le monde de la Renaissance veut considérer l'homme dans toutes ses dimensions.

"Ouvert au surnaturel, l'homme de bonne volonté a aussi une vocation naturelle, la sagesse. La base de cette sagesse est le respect de ce corps qui est mis en valeur par le gigantisme. L'hygiène ou le sport ont une grande place dans l'éducation du jeune Gargantua ou dans la vie des Thélémites. Rabelais est à la fois un moine qui a souffert dans les couvents, un médecin qui n'ignore pas les mécanismes physiologiques, un père de famille dont on connaît au moins trois enfants naturels.

    À ses yeux, l'être humain est essentiellement un organisme dominé par deux fonctions : se nourrir et se reproduire. Elles figurent non seulement dans le récit, mais aussi dans la trame métaphorique du texte, et contribuent à la valeur subversive de l'œuvre. En effet, si la critique récente fait de Rabelais un bon croyant et un chrétien sincère, il ne faut pas pour autant méconnaître cette rupture délibérée avec une certaine tradition du christianisme, c'est-à-dire le mépris du corps et le refus de prendre en compte ses exigences. Or Rabelais rappelle sans cesse la part d'animalité qu'il y a dans l'être humain. Les puissants, les savants et les saints sont renvoyés à leur chaise percée. Le vocabulaire du sexe ou de l'excrément a valeur de juron allègre : c'est appliquer à chacun les noms les plus brefs de notre langue... Le Quart Livre s'achève dans un déluge verbal et fécal, et le noble lecteur en sort tout embrené. Hardiesse souveraine d'un homme qui ne s'en laisse pas imposer. L'œuvre de Rabelais est avant celle de Montaigne une salutaire école d'irrespect, et Diogène le cynique est une des grandes figures de cette comédie humaine.

    La tradition des fabliaux et de la littérature narrative française et italienne est pour beaucoup dans ces rappels obsessionnels, mais ils correspondent surtout à une certaine vision de l'être humain et de sa condition. La sexualité est le seul remède à la mort, comme le rappelle Gargantua à son fils. Panurge n'a pas tort de songer à se prémunir en perpétuant sa race. Cette transmission par l'hérédité, notion aristotélicienne, est une forme de l'échange, cette loi célébrée par Panurge dans l'éloge des dettes, au début du Tiers Livre. Les pulsions de l'instinct traduisent en effet l'élan de l'individu vers le monde qui l'entoure. L'appétit est une des forces de l'espèce, et il est magnifié dans les scènes de ripailles ou dans les variations grivoises. Le héros Pantagruel est une divinité de la soif.

Dans la philosophie éclectique de Rabelais, ces bienfaits de l'instinct sont un thème épicurien. Mais, de façon plus générale, cette notion repose sur une confiance en la nature, ensemble de mécanismes bien réglés. Nature est l'ordre universel, la physis aristotélicienne, que le Quart Livre oppose à la monstrueuse antinature. C'est aussi le plan divin. De là vient que Rabelais, à la suite d'Érasme, et contrairement à Luther, qui croit la nature profondément viciée, exprime dans le mythe de Thélème sa foi en une liberté guidée par un instinct naturel. “Fay ce que voudras”, conclut l'auteur du Gargantua, qui nous renvoie à nos désirs et à notre volonté. Toutefois, cette confiance en l'autorégulation du vivant n'empêche pas Rabelais de redouter les excès auxquels peut conduire l'abandon à l'instinct. Les Gastrolâtres, dont le ventre est le dieu, incarnent dans le Quart Livre les dangers d'un épicurisme mal compris.

    La reconnaissance du corps, la pratique de l'échange, l'exercice de la liberté mènent à une sagesse allègre. En 1532, Rabelais définit cet idéal en ces termes : “vivre en paix, joie, santé, faisant toujours grande chère”. La sérénité de Pantagruel n'est jamais troublée : c'est l'ataraxie des stoïciens et des épicuriens".
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Cherche les références à une conception épicurienne de l'existence.
Enfin l'appétit des nourritures peut être lu comme une métaphore de l'appétit des connaissances.

Le tragique n'est jamais absent des propos : regarde par ex. du côté des guerres picrocholines. Surtout il se mêle étroitement au burlesque ou contre-épique comme pour être dynamité de l'intérieur. Ce qui resterait alors, contrairement aux propos d'Hugo, ce serait un optimisme indéracinable, une confiance dans la vie et l'intelligence humaine bien caractéristique de l'esprit de la Renaissance.

Il y a enfin le mélange des genres quasi systématique : L'invention d'un torchecul par le jeune Gargantua est célébrée avec une emphase digne de l'épopée, et l'épisode de la guerre contre les Andouilles devient une Iliade culinaire.

"Eschyle de la Mangeaille"

Bonjour,

J'ai le même sujet de français et je n'arrive même pas à démarrer je suis un peu perdu.
Déjà, avec vos réponses, j'ai mieux compris l'expression mais cela reste flou pour moi.
J'aurais besoin d'arguments fondés sur des exemples qui viendraient soutenir ce que dit Victor Hugo sur Rabelais.
Par exemple dans le livre de Gargantua ?

Merci de vos reponses .....

"Eschyle de la Mangeaille"

On reconnaît bien ici les gens de la 1re S1 

Écrire une copie double sur ce sujet, c'est vrai que c'est assez dur...

@ bientôt et merci pour les pistes données ...

~[ Antoine ]~

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"Eschyle de la Mangeaille"

Bonjour,
J'ai un sujet de littérature qui porte sur l'expression de Victor Hugo qui qualifie Rabelais de l' "Eschyle de la mangeaille". Il y a également une citation : "Tout génie a on invention ou sa découverte. Rabelais a fait cette trouvaille, le ventre […] Le ventre est pour l'humanité un poids redoutable; il rompt à chaque instant l'équilibre entre l'âme et le corps […] le ventre mange l'homme". La question est: En quoi ces réflexions éclairent-elle votre lecture de Gargantua?
Vos réponses précédentes m'ont légèrement éclairée mais je n'arrive pas à démarrer et à trouver des idées...
Ma professeur m'a donnée ce devoir pour Vendredi mais étant interne je n'ai pas accès à internet la semaine... J'imagine que vous comprenez l'urgence d'une réponse...
En tout cas merci d'avance aux personnes qui répondront car je crains de ne pas pouvoir m'en sortir seule.