Apollinaire, 1909

Bonjour,

Je suis en 1ère année de Licence de lettres modernes et suis actuellement en train d'étudier un poème d'Apollinaire : "1909" de l'ouvrage Alcools. Je suis censée trouver son rythme, or je coince sur certains vers :

"Les yeux dansants comme des anges"

J'ai compté 8 syllabes, mais je m'interroge s'il faut ou non mettre une diérèse sur le mot "yeux", qui donnerait donc "y/eux" et ajouterai ainsi une syllabe.

"Elle avait un visage aux couleurs de France"

Pour ce vers je me demande tout simplement si une liaision entre deux mots peut créer une syllabe? Ainsi faut-il lire : "aux/cou/leurs/de/France"
ou "aux/cou/leurs/e/de/France"
Et donc déboucher sur un alexandrin?

"La dame en robe d'ottoman violine"

Je bute sur "violine" : dois-je compter "vi/o/line" ou "vio/line"? et donc passer de 11 à 10 syllabes?

"J'aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes"

Ma question est simple, je compte 13 syllabes, est-ce juste?

Merci d'avance pour vos réponses!

Apollinaire, 1909

Bonjour medick,

A mon avis il faut scander comme ça : Les yeux/dansants/comme/des anges, ce qui donne un rythme dansant 2-2-2-2

Et: Elle avait un visage aux couleurs de France bien rythmé aussi

La rupture dans le rythme arrive avec La dame en robe d'ottoman violine (j'ai une nette préférence pour la diérèse dans violine), le vers évoque un long tirato de violoncelle

J'ai/mais /les/ fem/mes/ a/tro/ces /dans /les /quar/ti/ers/ é/normes, une bonne quinzaine de syllabes, non ? Rupture rythmique ! D'un côté femmes angéliques qu'il n'ose pas aimer, de l'autre poufiasses des quartiers chauds ? Celles-là il les "aimait", il en avait l'habitude. La femme angélique l'intimide, Apo dit pourquoi : il connaît pas ce genre de femme, elle le déstabilise. Le rythme traduit cela.

Ce n'est qu'une suggestion.

Apollinaire, 1909

Je crois que vous vous fatiguez pour rien, car les poèmes du recueil Alcools sont écrits en vers libre, c'est-à-dire que le nombre de syllabes dans chaque vers n'a pas été mesuré; seules les rimes ont été employées. 
Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut omettre les e finaux prononcés avant une consonne. Et on ne peut absolument pas prononcer "aux/cou/leurs/e/de/France" : on ne place pas des e là où il n'y en a pas.

Apollinaire, 1909

Bien sûr, mais ce n'est pas pour autant que le rythme est absent ! Il y a un rythme voulu, c'est évident. Un seul exemple flagrant : le vers de la dame en robe d'ottoman, qui était coupé en deux au début du poème, est devenu vers unique pour ralentir le ryhtme.

Apollinaire, 1909

Bonjour,

Noël a écrit :
J'ai/mais /les/ fem/mes/ a/tro/ces /dans /les /quar/ti/ers/ é/normes, une bonne quinzaine de syllabes, non ? Rupture rythmique ! D'un côté femmes angéliques qu'il n'ose pas aimer, de l'autre poufiasses des quartiers chauds ? Celles-là il les "aimait", il en avait l'habitude. La femme angélique l'intimide, Apo dit pourquoi : il connaît pas ce genre de femme, elle le déstabilise. Le rythme traduit cela.

Ce n'est qu'une suggestion.

Voici le texte du poème :

La dame avait une robe
En ottoman violine
Et sa tunique brodée d’or
Était composée de deux panneaux
S’attachant sur l’épaule

Les yeux dansants comme des anges
Elle riait elle riait
Elle avait un visage aux couleurs de France
Les yeux bleus les dents blanches et les lèvres très rouges
Elle avait un visage aux couleurs de France

Elle était décolletée en rond
Et coiffée à la Récamier
Avec de beaux bras nus

N’entendra-t-on jamais sonner minuit

La dame en robe d’ottoman violine
Et en tunique brodée d’or
Décolletée en rond
Promenait ses boucles
Son bandeau d’or
Et traînait ses petits souliers à boucles

Elle était si belle
Que tu n’aurais pas osé l’aimer

J’aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes
Où naissaient chaque jour quelques êtres nouveaux
Le fer était leur sang la flamme leur cerveau
J’aimais j’aimais le peuple habile des machines
Le luxe et la beauté ne sont que son écume
Cette femme était si belle
Qu’elle me faisait peur

On peut effectivement lire ce vers en comptant jusqu'à 15 syllabes. Mais rien n'interdit d'en faire un alexandrin.
J’ai/mais/ les/ femm'/ (z)a/tross' //dans/ les/ quar/tiers/ (z)é/normes
Où/ nai/ssaient/ cha/que/ jour// quel/ques/ (z)ê/tres/ nou/veaux
Le/ fer/ é/tait/ leur/ sang// la/ flam/me/ leur/ cer/veau
J’ai/mais/ j’ai/mais/ le/ peupl'// ha/bi/le/ des/ ma/chines
Le/ lu/xe et/ la/ beau/té// ne/ sont/ que/ son/ é/cume

Il me semble que l'hypothèse de lecture à 14-15 syllabes l'enlaidit terriblement : tous ces -e martelés et sinistres ne correspondent pas au reste de la strophe. (A moins qu'ils évoquent l'attrait, la sensualité ?)

J'ai la nette impression que la "belle" n'a droit qu'à un rythme irrégulier et décousu, qu'à un lexique futile, qu'à des sonorités plutôt désagréables ; certains vers évoquant même une  idée de laideur, de vulgarité.
En revanche, les femmes du peuple, de la rue, ont droit à l'alexandrin et à un lexique bien plus élevé ! Les figures de style y sont nombreuses et leur confèrent un tour très classique. C'est la femme de la rue qui est célébrée, par la poésie.

Muriel

Apollinaire, 1909

Oui, c'est mon avis aussi, mais je ne sais pas l'exprimer aussi bien !

7

Apollinaire, 1909

Bonjour je suis en classe de première ES, j'ai des problèmes de pour créer des plans  et en Français je dois répondre à cette question:
Comment Apollinaire oppose t-il  deux figures de la féminité dans 1909?
Si vous avez des idée merci de me les soumettre

1909

La dame avait une robe
En ottoman violine
Et sa tunique brodée d’or
Était composée de deux panneaux
S’attachant sur l’épaule

Les yeux dansants comme des anges
Elle riait elle riait
Elle avait un visage aux couleurs de France
Les yeux bleus les dents blanches et les lèvres très rouges
Elle avait un visage aux couleurs de France

Elle était décolletée en rond
Et coiffée à la Récamier
Avec de beaux bras nus

N’entendra-t-on jamais sonner minuit

La dame en robe d’ottoman violine
Et en tunique brodée d’or
Décolletée en rond
Promenait ses boucles
Son bandeau d’or
Et traînait ses petits souliers à boucles

Elle était si belle
Que tu n’aurais pas osé l’aimer

J’aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes
Où naissaient chaque jour quelques êtres nouveaux
Le fer était leur sang la flamme leur cerveau
J’aimais j’aimais le peuple habile des machines
Le luxe et la beauté ne sont que son écume
Cette femme était si belle
Qu’elle me faisait peur

Rappel des règles
Seuls les élèves ayant effectué un travail personnel préalable sur leur sujet peuvent obtenir une aide ponctuelle. Vous devez donc indiquer vos pistes de recherches personnelles.