Platon, Gorgias - Mais ce qui selon la nature est beau et juste...

Mais ce qui selon la nature est beau et juste, c'est ce que j'ai la franchise de te dire à présent : que celui qui veut vivre droitement sa vie, doit, d'une part, laisser les passions qui sont les siennes être les plus grandes possibles, et ne point les mutiler ; être capable, d'autre part, de mettre au service de ces passions, qui sont aussi grandes que possible, les forces de son énergie et de son intelligence ; bref, donner à chaque désir qui pourra lui venir la plénitude des satisfactions. Mais c'est, je pense, ce qui n'est pas possible à la plupart des hommes. Voilà pourquoi ils blâment les gens de cette trempe ; la honte les pousse à dissimuler leur propre impuissance. Ils disent donc de la licence que c'est une vilaine chose, réduisant en esclavage, tout ainsi que je le disais précédemment, les hommes qui selont* la nature valent davantage et, impuissants eux-même à procurer à leurs plaisirs un plein assouvissement, ils vantent une sage modération et la justice : effet de leur manque de virilité ! Oui, en effet, pour ceux qui ont eu l'avantage ou d'être fils de rois ou d'avoir été capable, par les ressources de leur propre naturel, de se procurer une autorité quelconque, soit tyrannie, soit souveraineté, pour ces hommes qu'y aurait-il véritablement de plus laid et de plus mal qu'une sage modération ?

*Le « t » est sûrement une faute ; je le met quand même, on ne sait jamais !Platon, Gorgias 491 e - 492 b

Je suis en Terminale L, j'ai un commentaire de ce texte à faire pour lundi.
J'y ai réfléchie toute la semaine, et j'ai posé pas mal de trucs au brouillon...

Je ne veux pas que vous le fassiez à ma place, simplement me dire ce que vous pensez de ce que je pense et m'apprête à écrire sur ma copie :

Le problème que pose le texte :
Peut-on défendre comme étant légitime le plein assouvissement des passions ?

La thèse défendue :
Spontanément, l'homme cherche à satisfaire ses passions ; et la morale est un prétexte servant les hommes incapables de les satisfaire.
ou
Ce qu'enseigne la nature s'oppose à ce qu'enseigne la morale.*

*Cette deuxième possibilité revient finalement à la première ; je pourrais la fondre avec dans l'introduction — qu'en pensez-vous ?


Bref, que pensez-vous de mon « brouillon », c'est-à-dire des grandes idées qui vont constituer l'intro ?

(Par ailleurs, la prof nous a dit qu'il s'agissait du propos de Calliceles face à Socrate et rapporter par Platon... c'est donc l'avis contraire de celui de Platon... il faut le dire ? ou pas.)

S'agissant de mon plan, je pense faire ceci :

1 • Défendre la thèse du texte, en la développant. (2/3 de la copie)
2 • Ouvrir, conclure = répondre à l'enjeux. (1/3)

Qu'en pensez-vous ?
Des conseils ?

Grand merci d'avance !

Platon, Gorgias - Mais ce qui selon la nature est beau et juste...

Bonsoir,
ton approche me semble être la bonne (sauf pour "j'y est réfléchie", préfère peut-être j'y ai réfléchi ). La deuxième formulation de la thèse que tu proposes est intéressante, parce qu'il faut bien souligner en quoi calliclès s'oppose profondément à la morale "traditionnelle" et en particulier à celle défendue par Socrate, par un retournement du concept de nature: pour Socrate la morale revient à se calquer sur l'enseignement de la nature pensée comme harmonie, alors que pour C la morale s'oppose à la nature pensée comme rapport de forces et violence.
Pour ton ouverture il serait intéressant d'aller voir ce que répond Socrate à calliclès dans le Gorgias mais aussi peut-être de s'intéresser à la conception morale d'un auteur que l'on a souvent rapproché de Calliclès sur ce point: Nietzsche.
Pour le reste je pense que tu es vraiment sur la bonne voie.

Platon, Gorgias - Mais ce qui selon la nature est beau et juste...

Mince j'y est pas fait attention 

Merci beaucoup pour ta réponse, tu as l'aire de savoir de quoi tu parles.

Oui, justement j'avais pensé à parler de Nitcheuh dans mon ouverture !

Je repasse demain pour reprendre les réponses et m'en servir, là mes yeux se ferment...

Merci et merci aux prochains.