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Du latin... de Luther

Bonjour à tous,

Voici deux vers que Luther a écrit en latin en introduction d'une charge versifiée en allemand contre les juristes.

Deux vers seulement et je m'y noie :

Composito late foetenti quaeso ciba te,
qui cupis exclusum crimen per temporis usum

Je devine bien qu'il a concocté une nourriture pas sympa pour "toi qui souhaites exclure le crime (i.e. l'hérésie) avec le temps (?)."

Le premier vers me donne des maux (mots) d'estomac ! pouvez-vous me donner un indice pour que je m'y retrouve ?

Merci à vous

Raphael
(vieux lycéen du temps du bac D, voyez...)

Du latin... de Luther

On pourrait traduire, par exemple, par :

De ce plat bien puant nourris-toi, je t'en prie,
Toi qui...

Edit.:  Le second vers pourrait donner : Toi qui veux que le temps détruise l'hérésie.

Il faudrait connaître le contexte. Luther avait son franc-parler en toute ocasion, c'est le moins qu'on puisse dire. (C'est lui qui a écrit en plusieurs passages "La raison est une pute".) Cela permettrait sans doute de lire quelques belles insultes et injures, auprès desquelles celles des héros de Rabelais feraient figure d'amabilités d'enfants de choeur. Mais surtout nous pourrions traduire votre passage avec plus de sûreté.

De ton plat nauséeux ressers-toi à souhait,
Toi qui crois que le temps peut le crime effacer.

De ton plat fort puant repais-toi, je t'en prie,
Toi qui veux que le temps abatte l'hérésie.

Toi qui crois que le temps abattra l'hérésie.

Le sens premier de crimen  est plutôt grief. A l'époque de Luther ce mot ne devait avoir qu'une seule syllabe, comme encore bief de nos jours. Nous pourrions actuellement l'employer ainsi : Toi qui veux grâce au temps le grief effacer. Cela n'a-t-il pas un petit air très Pléiade ?

Nous pouvons déplacer les mots et les membres de phrase à l'infini, comme au temps des poètes homériques, qui apprenaient par coeur, dit-on, quelques centaines de demi-hexamètres avec lesquels ils étaient capables de fabriquer toutes sortes de poèmes.

Zorah

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Du latin... de Luther

Merci à vous !

Voilà une pitance qui n'est guère ragoûtante. Ces deux vers ont en tout cas beaucoup plu à un lecteur du 16e siècle qui les a retranscrits sur un feuillet de son Pindare en se disant peut-être que ce plat là, il le resservirait.

Merci d'avoir passé de votre temps. Je vais maintenant ruminer vos appétentes suggestions.

RaphaelR

PS : Un joli bricolage d'hémi-vers virgiliens, si je me souviens bien, est le Centon nuptial d'Ausone, bien souvent caviardé dans les éditions anciennes car un peu cochon.

Du latin... de Luther

RaphaelR a écrit :

Je vais maintenant ruminer vos appétentes suggestions.

Le participe passé subsantitivé de componere est à l'origine des mots français compote et compost (prononcé traditionnelement compo). Ce dernier mot désigne, comme l'on sait, un tas de détritus laissé à pourrir, destiné à engraisser les cultures. Ce qui me semble permettre de remplacer plat, qui est faible, par fumier, par exemple, qui s'accorde sans doute mieux avec la violence du propos de Luther. Mais, pas plus que plat, il n'est la traduction fidèle de compositum (assemblage, mélange...).

De ton fumier puant repais-toi, je t'en prie...