Comment chaque texte définit-il l'activité du lecteur ?

Bonjour, je suis en seconde et j'ai un DM à faire et je dois avouer que je suis complètement perdue... J'aurais besoin d'aide pour comprendre les textes et la question.

Tout d'abord, voici la question qui me pose problème et ensuite viennent les textes : 
« Comment chaque texte définit-il l'activité du lecteur ? Mettez en évidence les points communs et les différences ; votre réponse sera organisée sous une forme organisée (plan) et fera entre 20 et 25 lignes. »

Voici les textes :

1°) François Rabelais, prologue de Gargantua (édition de 1542) :

Buveurs très illustres et vous, vérolés très précieux (c'est à vous, à personne d'autre que sont dédiés mes écrits) [ ... ]
N'avez-vous jamais attaqué une bouteille au tire-bouchon ? Nom d'un chien ! Rappelez-vous la contenance que vous aviez. Mais n'avez-vous jamais vu un chien rencontrant quelque os à moelle ? C'est, comme le dit Platon au Livre II de La République, la bête la plus philosophe du monde. Si vous en avez vu un, vous avez pu remarquer avec quelle sollicitude il guette son os, avec quel soin il le garde, avec quelle ferveur il le tient, avec quelles précautions il l'entame, avec quelle passion il le brise, avec quelle diligence il le suce. Quel instinct le pousse ? Qu'espère-t-il de son travail, à quel fruit prétend-il ? A rien de plus qu'à un peu de moelle. Il est vrai que ce peu est plus délicieux que le beaucoup de toute autre nourriture, parce que la moelle est un aliment élaboré jusqu'à sa perfection naturelle, selon Galien au livre III des Facultés naturelles et au livre XI de L'Usage des parties du corps.
A l'exemple de ce chien, il vous convient d'avoir, légers à la poursuite et hardis à l'attaque, le discernement de humer, sentir et apprécier ces beaux livres de haute graisse ; puis, par une lecture attentive et une réflexion assidue, rompre l'os et sucer la substantifique moelle (c'est-à-dire ce que je comprends par ces symboles pythagoriques) avec le ferme espoir de devenir avisés et vertueux grâce à cette lecture : vous y trouverez un goût plus subtil et une philosophie cachée qui vous révélera de très hauts arcanes et d'horrifiques mystères, en ce qui concerne tant notre religion que, aussi, la situation politique et la gestion des affaires.

2°) François de Rosser, Histoires tragiques (1619)

AU LECTEUR
Ce que Polibe a remarqué, parlant de l’Histoire, est très véritable, Lecteur. Elle est, dit-il, la parfaite académie où nous apprenons l’état du gouvernement politique, les volages révolutions du monde et l’entière connaissance de nous –même ; car il faut avouer que les accidents tragiques et lamentables sont d’excellentes leçons à l’instruction de la vie. Ceux que la nature a fait naître avec la moindre inclinaison aux actions honorables peuvent difficilement voir ou lire les changements des grandes fortunes et n’apprendre pas qu’ils sont hommes, c'est-à-dire sujets aux disgrâces et aux malheurs. Ainsi le même loi, qui leur défend de sortir hors des bornes de la raison, les oblige à s’instruire par l’exemple d’autrui. Ces histoires, Lecteur, sont advenues de notre temps et ne doivent rien à celles de l’Antiquité en matières d’admiration. La France en a été le théâtre où l’amour et l’Ambition, principaux acteurs de la scène, ont représenté divers personnages. Or, comme d’une mauvaise cause ne peut naître un bon effet, cette venimeuse engeance a produit une infinité de ruines en la personne de ceux qui en ont donné le sujet. Il m’a semblé à propos d’en déguiser les noms, afin de n’affliger leur famille, puisqu’elles en sont assez affligées. Aussi, mon dessein n’est pas de publier les hommes pour les rendre déshonorés mais bien plutôt de faire paraître les défauts, afin qu’ils les corrigent eux-mêmes. C’est à quoi je rapporte le principal fruit de ces histoires que je vous donne, Lecteurs, corrigées entre cette dernière édition, plus exactes que les précédentes et augmentées de six nouvelles pièces que j’ai écrites fidèlement, et sans m’éloigner de la vérité. Adieu.

3°) Lautréamont, Les Chants de Maldoror (chant premier), 1869

Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu
momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se
désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les
marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison ;
car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique
rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins à sa
défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont
son âme comme l'eau le sucre. Il n'est pas bon que tout le
monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls
savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme
timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes
inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant.
Écoute bien ce que je te dis : dirige tes talons en arrière
et non en avant, comme les yeux d'un fils qui se détourne
respectueusement de la contemplation auguste de la face
maternelle ; ou, plutôt, comme un angle à perte de vue de
grues frileuses méditant beaucoup, qui, pendant l'hiver,
vole puissamment à travers le silence, toutes voiles
tendues, vers un point déterminé de l'horizon, d'où tout à
coup part un vent étrange et fort, précurseur de la tempête.
La grue la plus vieille et qui forme à elle seule
l'avant-garde, voyant cela, branle la tête comme une
personne raisonnable, conséquemment son bec aussi qu'elle
fait claquer, et n'est pas contente (moi, non plus, je ne le
serais pas à sa place), tandis que son vieux cou, dégarni de
plumes et contemporain de trois générations de grues, se
remue en ondulations irritées qui présagent l'orage qui
s'approche de plus en plus. Après avoir de sang-froid
regardé plusieurs fois de tous les côtés avec des yeux qui
renferment l'expérience, prudemment, la première (car,
c'est elle qui a le privilége de montrer les plumes de sa
queue aux autres grues inférieures en intelligence), avec
son cri vigilant de mélancolique sentinelle, pour repousser
l'ennemi commun, elle vire avec flexibilité la pointe de
la figure géométrique (c'est peut-être un triangle, mais on
ne voit pas le troisième côté que forment dans l'espace ces
curieux oiseaux de passage), soit à bâbord, soit à tribord,
comme un habile capitaine ; et, manœuvrant avec des ailes
qui ne paraissent pas plus grandes que celles d'un moineau,
parce qu'elle n'est pas bête, elle prend ainsi un autre
chemin philosophique et plus sûr.

Je vous remercie d'avance pour votre aide si précieuse.
Sarou

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Comment chaque texte définit-il l'activité du lecteur ?

Bonjour Sarou,

Il te faudra argumenter les quelques propositions suivantes avec des extraits judicieux des textes:

Ces trois extraits présentent des points communs : ils demandent du lecteur une attitude active, une lecture intelligente, pour en tirer un éventuel profit.
· Rabelais demande la persévérance pour aller au-delà des apparences burlesques.
· François de Rosser prévient qu'il ne faut pas chercher l'attrait du scandale dans le fait divers contemporain sous peine de ne pas accéder à la vérité morale capable de permettre la réforme de sa propre vie.
· Enfin Lautréamont recommande la lecture de son œuvre aux seuls esprits forts capables de ne pas se laisser empoisonner par sa littérature sulfureuse.

Mais leur tonalité et leur visée sont bien différentes :
· Rabelais entend faire réfléchir à des sujets si sérieux que pour échapper à une éventuelle censure il est obligé de se dissimuler derrière des joyeusetés gaillardes.
· François de Rosser vise un enseignement moral comme les grands maîtres de l'Antiquité.
· Lautréamont est dans la révolte satanique, ses propos sont un poison pour l'âme ordinaire. A la différence des autres textes, le sien ne recommande pas sa lecture, bien au contraire, il la déconseille vivement et ironiquement.

Comment chaque texte définit-il l'activité du lecteur ?

Je vous remercie pour votre réponse qui m'a énormément aidée et qui m'a permise de comprendre les textes.