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Valeur du passé simple

Sur le site de poésie auquel je participe je viens de lire ce tercet. Le passé simple utilisé ici me dérange. Qu'en penser ?

Au bord de mes cils clos, une larme vint de naître
Mes yeux au fond des tiens, y puisent mon pardon,
A cet amour naissant, se donne tout mon être.

Valeur du passé simple

Ce passé simple ne me génerait pas si la construction était vint à naître. Là on a l'impression qu'il s'agit d'une coquille vient de naître.

Valeur du passé simple

Bonjour Impolitis,

Je suis d'accord avec Anne, et pour les mêmes raisons.

Muriel

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Valeur du passé simple

Merci. J'ai fait part de cette proposition à l'auteur qui a modifié ainsi : une larme vint à naître.

J'en suis en pleurenaissance...

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Valeur du passé simple

J'ai fait part de cette proposition à l'auteur qui a modifié ainsi : une larme vint à naître.

C'est ainsi grammaticalement correct, mais ce vers de treize pieds est boiteux ; pourquoi ne pas revenir à un bon et sain alexandrin, respectant la métrique sans violer la grammaire, en écrivant : « Au bord de mes cils clos une larme vint naître. » ?

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Valeur du passé simple

Oui, je suis bien d'accord, mais c'est le choix de l'auteur.

Peut-être que cette syllabe supplémentaire est l'image d'une petite larme qui coule... fort à propos.

En tous cas, elle fera pleurer quelque lecteur attentif.

Valeur du passé simple

C'est bien joli ce que vous dites Impolitis...

Valeur du passé simple

Je serais pour "une larme naquit"

Valeur du passé simple

Bonjour,

Étant actuellement en train de préparer l'oral du CAPES de Lettres, je suis des cours de grammaire et le thème du moment, c'est la valeur des temps de l'indicatif. Durant un cours, notre prof nous a parlé du passé simple dans les copies des élèves, dans une sorte d'aparté grammaire descriptive. Son propos était que le passé simple était de moins en moins employé à l'oral, donc que ses valeurs étaient de moins en moins faciles à identifier par les élèves de collège à qui l'on tente d'inculquer le bon usage (et là, on est dans le prescriptif...). Or, les exercices de rédaction imposent parfois l'emploi de ce temps et c'est là qu'on trouve des choses curieuses.

Pour faire bref, la conclusion a été que le passé simple a tendance aujourd'hui à être remplacé, à l'oral, par le passé composé, qui présente lui aussi une valeur d'accomplissement et qui peut donc s'opposer à l'imparfait. Cela dit, le passé composé se distingue quand même du passé simple* de par le lien très fort entre passé et présent qu'il met en évidence. Ce dernier point explique qu'il persiste à l'écrit, dans le cadre du récit, qui tend à faire disparaître l'émetteur du discours (cf Benveniste, discours et récit).

Partant de là, j'ai commencé à écouter ce qu'il se disait avec un peu plus d'attention. Par chance, il se trouve que je donne des cours de soutien à des collégiens et que le programme, en ce moment, n'est autre que imparfait et passé simple. Durant ces cours, il m'a semblé qu'elle avait vu juste mais que, dans certains cas, les petits locuteurs que j'avais face à moi cherchaient à produire un autre effet en employant le passé simple.

Pas plus tard qu'il y a un quart d'heure, eurêka, je suis tombée sur une vidéo (sans grand intérêt par ailleurs, sauf si vous êtes un homme trop maigre qui cherche de la motivation pour prendre des muscles...). Cette vidéo raconte, sur le mode autobiographique, la reprise en main, pardon, en muscles, d'un jeune homme apparemment très fier de son nouveau corps. Le texte se veut travaillé et en même temps, on sent qu'il n'est pas une grande plume, bref, c'est un locuteur moyen / moyen - (à l'écrit en tout cas). Il présente donc l'avantage de ne rien avoir d'académique.

On y trouve de nombreuses occurrences du passé simple telles que :
« J'ai eu encore plus honte de moi et n'en sortis pas pendant deux jours. Et c'est alors qu'une petite voix à moi-même me dit : "Mais arrête de te plaindre sur ton sort et bouge-toi les fesses !" […] et je décidais (/décidai ?) de changer ma vie. Et c'est là que tout changea. » (à partir de 4:30)

Il me semble, dans ce type de phrase, que le lien passé-présent pose problème et qu'effectivement, l'inscription dans une énonciation de type historique est motivée par le genre ainsi que par la situation (il nous raconte une partie honteuse de sa vie) : il y a donc une recherche de mise à distance. Cela dit, et j'y retrouve quelque chose de ce que j'ai pu lire dans les copies des élèves, il me semble aussi que le recours au récit peut être un moyen, assez subtil en fait, pour héroïser une expérience.

En racontant une expérience donnée comme mise à distance, le locuteur historicise son vécu, passant de l'anecdote au... mythe ? Partant de là, l'auteur-narrateur-personnage se scinde : sa voix est celle d'un narrateur et le personnage est montré comme indépendant, ce qui légitime les manifestations de l'auteur dans le discours (via un choix parfois très orienté du lexique, qui s'engage sur certaines valeurs). Ainsi, on peut, à loisir, dire tout le bien que l'on pense de son personnage sans outrepasser les règles du discours, qui prévoient une certaine modestie du locuteur. Le passé simple me semble intervenir comme un des outils de réalisation de la scission entre le narrateur et le personnage.

J'en arrive donc à ma question :

Grammairiennes, grammairiens, avez-vous déjà entendu parler d'une valeur d'héroïsation du passé simple ?

Merci d'avoir lu ce pavé, dont j'espère qu'il ne vous aura causé aucune indigestion.

Valeur du passé simple

Effectivement,  le passé composé  exprime le retentissement du passé dans le présent du narrateur, tandis que le passé simple prend du recul  et "coupe" le passé par rapport à ce présent... C'est sans  doute ce que tu as voulu dire.
Cela donne au passé simple cette tonalité d'apparence plus objective qu'affectionnent les historiens. Et de présenter les choses quasiment comme des faits historiques à les présenter comme de hauts faits, il n'y a parfois qu'un pas. C'est sans doute ce que tu appelles "valeur d'héroïsation", avec effacement du narrateur en tant que tel. Même si le narrateur parle de lui...