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Le plus beau vers de la langue française

Pour ma part je citerai la première strophe du poème Clotilde d'Apollinaire, une quintessence de beauté à mon sens!

L’anémone et l’ancolie
Ont poussé dans le jardin
Où dort la mélancolie
Entre l’amour et le dédain

Il y en aurait tant d'autres à citer, de Chantre en passant par l'ultime vers de Zone.

Néanmoins, pour respecter au mieux la consigne je vous propose ce fameux vers de Lautréamont:

Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie.

Le plus beau vers de la langue française

« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.

Victor Hugo

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Le plus beau vers de la langue française

Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés. Madame de Pompadour. Le plus beau de tous, un miracle.

Et les flots pour jamais l’ont ravie à nos yeux. Racine.

Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres. Mallarmé.

Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons ! Baudelaire.

La mer gelée au soleil. Détournement personnel de Rimbaud. Ceux qui ont vu ce spectacle me comprennent.

Feuilles mortes, souci. Céline.

- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir. Verlaine.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change ! Valéry.

Où sont-ils, où sont-ils ? - Sombrés dans la mer noire. Vieux détournement de Hugo.

Clown admirable, en vérité !...
De la pesanteur affranchi,...
Plus haut ! plus loin ! de l'air ! du bleu !
Des ailes ! des ailes ! des ailes !
....
Alla rouler dans les étoiles.
Banville.

— Seras-tu plus heureux ? du moins es-tu content ?
— Plus triste que jamais.
Vigny.

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre. Villon.


Deux strophes pour finir :


Puis prend son temps, fond sur le cou
            Du Lion, qu'il rend presque fou.
Le Quadrupède écume, et son œil étincelle ;
Il rugit, on se cache, on tremble à l'environ ;
La Fontaine.

Oiseaux qui passez, nos chaumières,
Vents qui passez, nos soeurs, nos mères
Sont là-bas, pleurant nuit et jour.
Oiseaux, dites-leur nos misères !
Ô vents, portez-leur notre amour !
Hugo.

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Le plus beau vers de la langue française

Quelle magnifique conversation ! Merci, ô merci !
Tout de même, j'aurais TELLEMENT aimé être le premier à citer l'Harmonie du soir de Baudelaire ! Mais malheureusement, cette carte a déjà été jouée tant de fois ! (J'ai ratissé les 29 pages pour ne pas qu'on se répète, allons ! la littérature est si large !)
Mais bon, bien que le poème Correspondance de Baudelaire a été cité, l'un des vers de ce poème ne l'a pas été alors qu'il est pour moi l'un des plus beaux du poète (il ne se comprend pas tant que ça lorsque sorti de son quatrain mais j'y trouve une si belle musique par la répétition des sons)
"Comme de longs échos qui de loins se confondent" - Correspondance
Il le fait rimer avec "Les parfums, les couleurs et les sons se répondent" qui est également un assez beau et profond vers, premier exemple qu'on pioche lorsqu'on explique la synesthésie.

Au XVe siècle était Villon, quel malfrat ! Il a gagné contre le poète, grand seigneur (fils et père de roi de France), Charles d'Orléan sur le thème : "Je meurs de soif auprès d'une fontaine", incipit d'une puissance littéraire insoutenable - toute la contradiction de l'homme y est, à mon sens.

Au XVIe était Ronsard, le plus complet des poètes ! Difficiles à trouver un seul vers chez cet homme chez qui tous les vers doivent se suivre mais il y en a deux qui retiennent l'attention, surtout aujourd'hui dans ces temps difficiles pour la nature ; "Vous, chênes, héritiers du silence des bois / Entendez les soupirs de ma dernière voix" (Sonnets pour Hélène)

Au XVIIe était Corneille, grand auteur ! On pensait que Racine était meilleur versificateur mais c'est bien Corneille qui a parlé de "Cette obscure clarté qui tombe des étoiles" (Le Cid) - vers qui n'a pas été cité mais qui est si pure, doux et sombre ! Sa pièce "Horace" est absolument à lire si vous voulez du bon théâtre !

Au XVIIIe siècle était Rousseau, bien plus poète qu'on ne le pense ! Dans ses Reveries d'un promeneur solitaire (à lire absolument), il confesse que
"Mon âme erre et plane dans l'univers sur les ailes de l'imagination dans des extases qui passe toute autre jouissance"
c'est de la prose, certes, mais elle est la plus belle phrase que j'ai pu trouver de Rousseau, voire de la littérature française.

Au XXe siècle, Aragon. Dont je ne citerai pas l'Épilogue mais qui mériterait d'être dans cette conversation. Aragon, dans le Paysan de Paris (que je n'ai pu finir, à mon grand regret) dit d'une prose surement plus poétique qu'il ne le pensa "Il y a dans le trouble des lieux de semblables serrures qui ferment mal sur l'infini" (à la page 20 chez Folio classique, exactement).

Il manque un siècle, oui, car comme le dit les imbéciles, le meilleur est pour la fin ; le XIXe siècle (qui était en incipit avec Baudelaire, je l'accorde, le meilleur peut arriver dans les préliminaires) où je prendrai Victor Hugo - qui, ne vous méprenez pas, n'a pas seulement écrit "Demain dès l'aube", beaucoup trop cité dans la conversation à mon goût - mais a écrit, ce qui pour moi est son plus beau vers et le plus beau de la littérature française, le premier vers que j'ai repéré seul comme relevant d'une divine plume :
Ce vers m'a frappé. La première fois que je l'ai lu je me suis dis que c'était ça la Poésie. Et quand je me le répète je reste encore transcendé.

"L'homme n'est qu'un atome en l'ombre infinie" (Poème à Villequier).

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Le plus beau vers de la langue française

J'espère ne pas être inconvenant en remontant ce sujet qui compte parmi les plus agréables à lire du site !

Pour ma part je tiens beaucoup, dans "La mort des amants", à ces passages en particulier :

Des divans profonds comme des tombeaux
[…]
Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

Même à côté de "L'Invitation au voyage", je trouve que ces vers sont un ballottement plus sublime encore entre éternité et finitude...

Ou encore...

Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant

...des Illuminations rimbaldiennes. Absolument poignant, terrifiant, et plein d'une espérance bizarre...

En espérant ne pas avoir trop radoté par rapport aux pages que j'aurais sautées, et donner envie à d'autres de renchérir !

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Le plus beau vers de la langue française

Celui-là m'a bien fait rire :  des lotus fiers d’avoir Loti pour génitif (Georges Fourest)

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Le plus beau vers de la langue française

Tout Fourest fait bien rire, si je me rappelle bien la Négresse blonde et le Géranium ovipare.