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Anthologie poétique sur le thème de l'enfance

Merci Jehan mais vous n’en avez pas d’autres car je dois pouvoir en citer trois et j’ai beau chercher je ne trouve rien

112 (Modifié par floreale 14/03/2019 à 19:01)

Anthologie poétique sur le thème de l'enfance

VERS L’ENFANCE

Les passions d’éveil et de savoir ? — Vidées.

Alors, viens voir ton bel ange gardien, le tien,
Qui lentement s’assied sur tes tombeaux d’idées.

Il te parle, très doucement, de l’autrefois ;
Écoute : et les saluts, jadis, à l’oratoire,
Et les Noël et les Pâques et puis les Croix
Et les âmes des tiens qui sont en purgatoire.



Écoute : et les premiers alléluias chantés,
Et, le samedi soir, les bonnes litanies,
Et les psaumes, de nef en nef, répercutés
Et lents, au pas égaux de leurs monotonies.

Écoute : et les processions — et puis encor
Les ex-votos en Mai dressés sur des estrades,
Et la Vierge Marie, avec son Jésus d’or,
Et les enfants de chœur qui sont des camarades.

Écoute : et du petit village il s’en souvient
Ton cœur ; écoute : et puis, accueille en confiance,
À cette heure d’ennui, ton bon ange gardien,
Le tien, qui te rhabillera de ton enfance.

Hélas ! doux, tranquille et clair, il ne ferait
Qu’un bruit, sur mon cerveau, de blanches étincelles,
Que mon absurdité bougonneuse viendrait
Lui déchirer les yeux et lui casser les ailes.

Emile Verhaeren

On est venu dire,

     (Mon enfant, j’ai peur !)

On est venu dire,

     Qu’il allait partir…



Ma lampe allumée,

     (Mon enfant, j’ai peur !)

Ma lampe allumée,

     Me suis approchée…



A la première porte,

     (Mon enfant, j’ai peur !)

A la première porte,

     La lampe a tremblée…



A la seconde porte,

     (Mon enfant, j’ai peur !)

A la seconde porte,

     La flamme a parlé…



A la troisième porte,

     (Mon enfant, j’ai peur !)

A la troisième porte,

     La lumière est morte

Maurice Maeterlinck Douze chansons - 1896-

En voyant naître cet enfant
Je voyais du fin fond des siècles
Tous mes ancêtres, tous mes parents
Dans ce petit corps renaître
Je revoyais leurs maisons
Aujourd'hui en démolition
Et les buildings qui essayaient
De nous les faire oublier

Par quel hasard ce bel enfant
A survécu à toutes guerres
Guerre de Troie, guerre de Cent Ans
Échauffourées meurtrières ?
Par quelle fissure du temps
S'est-il glissé jusque maintenant
Défiant la mort, le fer, le vent
Hérode et les tueurs d'enfants ?

Que le vent souffle d'Afrique
Qu'il souffle du Nouveau Monde
Ce sont fusils qui crépitent
Bazookas pan-pan qui grondent
Échapperons-nous, dites-moi,
À cette grande razzia ?
Mon enfant, viens dans mes bras
Fais dodo tout contre moi

Toi qui cherches, toi qui doutes
La vérité s'étiole
À la croisée des sept routes
Y a le nouveau dieu pétrole
On sacrifie sur l'autel
Des petits enfants à la pelle
Le monde fait hara-kiri
Babel fait florès aujourd'hui

Le trac du monde se détraque
Je ne sais quel parti prendre
Face à la Grande Mitraque
D'un monde malade à pierre fendre
J'essaie vite, en cachette
Avant qu'on ne coupe l'herbette,
De bâtir une maison
Sur le sable de mes chansons

Julos Beaucarne, poète et chanteur

Aux mères qui battent leurs enfants

Mères, ne battez pas vos enfants ; laissez-les
Courir dans la demeure indulgente, et poursuivre
Cet idéal de bruit qui les grise, et qui livre
Aux caprices du vent leurs cheveux débouclés.
Aux portes de leurs cœurs ne brisez pas les clés !...
S’étourdir, trébucher, salir, pour eux c’est vivre ;
Car parmi ces rieurs plus d’un est encore ivre
Du paradis tout bleu dont ils sont exilés !...
Les enfants n’aiment plus les parents qui se fâchent,
Et leurs petits bras blancs lentement se détachent
De leur cou, comme un fruit quand l’arbre est secoué.
C’est mal couper ainsi les ailes aux colombes,
C’est mal faire pleurer après qu’on a joué :
Laissez-leur donc leurs pleurs pour en mouiller vos tombes.

Georges Rodenbach Les Tristesses (1879)

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