COD, COI, COS : pas d'accord avec un corrigé dans un bouquin

Voià, j'ai acheté un bouquin pour préparer un concours où il y aura des questions de grammaire. J'ai l'impression qu'il y a une erreur dans le corrigé...

L'exercice précise qu'il faut remplacer les groupes nominaux compléments d'objet indirectes par les pronoms personnels correspondants.

La phrase qui me pose soucis est la suivante : "Nous demanderons des renseignements à Sylvie et  Béatrice."

Ma réponse est : Nous leur demanderons des renseignements.

Et leur réponse est : Nous en demanderons à Sylvie et à Béatrice.

Qu'en pensez-vous? Merci de vos réponses!

2

COD, COI, COS : pas d'accord avec un corrigé dans un bouquin

A priori vous avez raison. Peut etre une erreur du livre. Le COI est bien "a Stéphanie et à Béatrice", qui remplacé par un pronom donne "leur". Votre proposition me parait donc exacte.

COD, COI, COS : pas d'accord avec un corrigé dans un bouquin

Merci bien Vivie-le-bas

4

COD, COI, COS : pas d'accord avec un corrigé dans un bouquin

Je suis également d'accord avec vous deux

5

COD, COI, COS : pas d'accord avec un corrigé dans un bouquin

Bonsoir Tous,

Je ne suis d'accord avec aucun d'entre vous.

Si l'exercice précise qu'il faut remplacer les groupes nominaux compléments d'objet indirects par les pronoms personnels correspondants, la phrase,  "Nous demanderons des renseignements à Sylvie et  Béatrice" ne répond pas à la consigne.

En effet, Sylvie et Béatrice sont des compléments d'attribution (ou compléments d'objet seconds selon les diverses terminologies) et non des COI.

La réponse du livre est correcte à ceci près que "renseignements" est COD et donc n'aurait pas dû figurer dans cet exercice d'application.
La réponse : Nous leur demanderons des renseignements, se borne à remplacer un COS.

COD, COI, COS : pas d'accord avec un corrigé dans un bouquin

La confusion du COI avec le COS est souvent rencontrée chez les apprenants. Même mes professeurs réchignent à en faire la distinction, sous prétexte que ce n'est pas la peine. Je ne suis pas d'accord, bien sûr, mais ce sont eux qui me notent. 

ip.

COD, COI, COS : pas d'accord avec un corrigé dans un bouquin

Bonsoir à tous !

J’ai bien tergiversé avant d’intervenir dans cette discussion franco-française : les grammaires belges ont toujours refusé de parler de complément d’attribution ; parmi les CO, nous avons notamment le COI, et celui-ci s’appelle COS lorsqu’il se trouve avec un COD dans un même énoncé. (Nous avons aussi la notion de complément d’objet interne.)

J’avais déjà constaté que les grammaires françaises répugnaient de plus en plus à parler de complément d’attribution, mais je pensais pas que j’aurais un jour à écrire sur cette notion.
Je voudrais, sans esprit de polémique, reproduire ce qui est écrit dans trois grammaires de France (les majuscules sont de moi). Pardonnez à un Belge de remettre vos pendules à l’heure !

1 La Grammaire Le Robert et Nathan,
2 La Grammaire d’aujourd’hui, de Arrivé et consorts,
3 La Grammaire méthodique de Riegel et consorts.

Le Robert et Nathan, n°262
Comme son nom l’indique, le complément d’attribution sert à désigner DES COS utilisés avec des verbes tels que donner, offrir, prêter, mais aussi dire, raconter… Avec des verbes du type donner, céder, offrir, prêter (quelque chose) à quelqu’un, le COI ou COS est PARFOIS appelé complément d’attribution, dans la mesure où il indique à qui s’adresse l’action ou qui elle concerne.
* Il a donné son manteau à un pauvre.
* La maîtresse raconte des histoires aux élèves.
Les compléments d’attribution sont TOUJOURS DES COS. L’inverse est faux :
* Je pense du bien de lui. (COS)

Arrivé. Rubriques : Attribution et Objet (complément d’objet)
Dans une langue comme le français, qui ignore la déclinaison, ce type de complément [d’attribution] correspond à un syntagme prépositionnel introduit par à (exemple : prêter quelque chose à quelqu’un), qui se place généralement après le complément d’objet. […]
En proposant le terme complément d’attribution, LES grammaires TRADITIONNELLES ont voulu IMPOSER L’IDEE D’UN PARALLELISME entre ces syntagmes et les constituants porteurs du cas datif dans les langues comme le latin et l’allemand ; si cette notion a quelque utilité lors de l’initiation aux exercices de thème, elle NE PEUT ETRE QUE TROMPEUSE sur le plan de la description du français : de nombreux syntagmes prépositionnels introduits par à – compléments d’un verbe qui admet également un objet direct – ne comportent pas la moindre idée d’attribution : on a confisqué le ballon aux élèves, j’ai ôté son chapeau à Paul. C’est pourquoi ON PREFERE parler dans ce cas de complément d’objet second.

On a LONGTEMPS appelé ce second complément « complément d’attribution ». Cette étiquette présente DEUX INCONVENIENTS :
- le contenant sémantique qu’elle véhicule suggère, d’une part, un rapprochement avec les compléments circonstanciels et, d’autre part, ne recouvre pas l’ensemble des significations de ce type de complément ;
- il n’y a pas la moindre attribution dans : j’ai confisqué un jouet à mon fils ; il a caché la nouvelle à son frère ; l’Etat refuse son aide aux non-résidents.
Sa SEULE JUSTIFICATION pourrait être liée à l’identification des compléments qui reçoivent l’affixe du datif DANS LES LANGUES A FLEXION […].

La Grammaire Bescherelle n’en parle pas. C’est pareil pour les grammaires de Gardes-Tamine, de Denis et Sancier et de Wagner et Pinchon.

Je terminerai par Riegel, la plus récente de mes grammaires de France.
La TRADITION grammaticale appelle complément d’attribution L’OBJET SECOND introduit par à, BIEN QUE ce rapport ne caractérise pas tous les objets seconds construits avec cette préposition (certains comme ôter, confisquer, arracher, etc. sont même l’objet du procès inverse de dépossession).
PLUS INTERESSANTE est la classe des constructions dites datives, dont le second complément introduit par à se pronominalise en lui/leur et s’interprète comme le bénéficiaire ou le destinataire du reste du procès verbal.
[L’auteur distingue ensuite quatre types de datifs. Ce n’est plus le sujet. J’y reviendrai, car c’est une vision intéressante.]

En dernière minute, je lis ceci dans la grammaire Larousse de Chevalier et consorts.
Le PRETENDU [sic] complément d’attribution.
Il désigne SOUVENT la personne à qui l’on donne ou à qui l’on dit quelque chose. […] C’est ce qui a poussé certains grammairiens [à mon avis, allusion à Bonnard] à lui donner ce nom FACHEUX de complément d’attribution ET MEME A IMPOSER ce terme dans l’enseignement primaire et secondaire. Il est fréquent qu’il ait un sens exactement opposé. […] C’est au prix de difficiles subtilités que l’on parvient [dans ce cas] à justifier ce terme. L’emploi du terme COMPLEMENT D’OBJET SECOND (fondé sur une interprétation structurale) éviterait ces VAINS efforts.

Grammaticalement et cordialement vôtre,
Edy

COD, COI, COS : pas d'accord avec un corrigé dans un bouquin

Pour qu'on me comprenne bien, je reproduis ici un extrait de la Grammaire Le Robert et Nathan :

Le COI prend le nom de COS lorsqu'il est employé dans une phrase comportant déjà un COD ou un COI :
* Pierre a hérité une maison de son oncle. (COD + COS)

Conclusion :
Le COS est un COI, une variété de COI.

9

COD, COI, COS : pas d'accord avec un corrigé dans un bouquin

Bonsoir Edy,

Merci pour ce brillant exposé sur le COS. Je l'ai trouvé convaincant surtout dans cette partie où le à n'a pas de sens attributif. J'ai donc appris à revoir l'enseignement de mes maîtres français.

En revanche je ne suivrai pas le dernier avis de Le Robert et Nathan.

Pourquoi ?

Parce qu'en saine logique grammaticale un verbe transitif ne peut être au même moment construit directement et indirectement.

Je peux dire "aimer rêver" ou "aimer à rêver". Les deux constructions sont exclusives.
Dans "donner quelque chose à quelqu'un", "quelque chose" est COD, "à quelqu'un" est COS (mais ne peut-être une variété de COI).

Comme dirait ma grand-mère à moi (allusion aux Femmes savantes), cette définition (ou cette inclusion dans le COI) du COS est abusive.

Amicalement

COD, COI, COS : pas d'accord avec un corrigé dans un bouquin

Cher ami Jean-Luc,

Notre divergence semble purement terminologique.
Avant d’essayer de vous convaincre, je voudrais d’abord relever ce qui est apparemment un lapsus : lorsque vous dites qu’un verbe transitif ne peut être au même moment construit directement et indirectement. Vous n’êtes évidemment pas sans savoir qu’il existe des verbes à double complémentation : un objet direct et un objet indirect. C’est d’ailleurs le lieu de notre discussion.
* Il a hérité une maison DE SON ONCLE (COS).

Le problème est de savoir si cet objet indirect, que l’on appelle souvent COS, peut être considéré comme un COI, ou du moins comme une sous-catégorie de COI.
Selon moi, la réponse est affirmative : il suffit d’effacer le COD pour s’en apercevoir,
* Il a hérité de son oncle (COI).
mais ce n’est pas toujours possible.
* Il a fourni des plans à l’ennemi. → ° Il a fourni à l’ennemi.

Je suis allé voir mes grammaires. (Je ne reviens pas sur celle de Robert et Nathan, avec laquelle vous êtes en désaccord.) Excusez-moi de livrer en vrac le résultat de ma recherche. Je n’ai pas le temps de faire des regroupements.

1 Grevisse-Goosse ne cite pas le COS. Il parle de complément d’objet direct ou indirect. A propos du second, il précise simplement qu’il peut accompagner un COD.
2 Le Bon usage de Grevisse : « Le COI peut accompagner un COD, que l’on appelle alors objet premier, tandis que l’objet INDIRECT est dit objet second ou secondaire. »
(Selon lui, le COS est donc un objet indirect COI.)
3 Denis-Sancier oppose le COS au COI : tous les deux ont la préposition exigée par le verbe, mais le premier implique la présence d’un COD.
4 Le Que sais-je ? « La syntaxe du français » de Soutet ABONDE DANS VOTRE SENS :
« On parlera de COS. On évitera de parler de COI, le terme étant déjà utilisé pour des complémentations prépositionnelles incompatibles avec des complémentations directes. »
5 La grammaire Bescherelle : « Le COS est UN CAS PARTICULIER  DU COI. C’EST UN COI qui apparaît lorsqu’il y a déjà un COD dans la phrase. »
Et plus loin : « Le COS FAIT PARTIE DES COI. […] Dans le cas où le verbe est suivi d’un COD et d’un COI, CE DERNIER est appelé COS. »
Elle ajoute : « Certaines grammaires, pour mieux préciser, utilisent le terme de complément d’objet INDIRECT SECOND (COIS). » (Cela, c’est nouveau !)
6 La grammaire Larousse se limite à parler de construction directe ou indirecte.
7 La Nouvelle grammaire du français (Larousse) : [Avec les verbes à double complément d’objet], « le complément introduit par la préposition est appelé complément d’objet second. »
8 Riegel parle de COS à propos des verbes à deux compléments, mais, afin de souligner que ce complément second n’est pas toujours en seconde position, il rappelle que l’ordre canonique est « COD + COI ».
9 Le Dictionnaire de linguistique Larousse ne parle que de COD et de COI, sans faire un sort spécial aux énoncés à double complémentation.
10 Le Wagner et Pinchon : « Le verbe est déterminé par deux compléments : l’un de construction directe, qui est complément d’objet, l’autre de construction indirecte. » (Le second ne porte pas de nom particulier.)
11 Gardes-Tamine, parlant du COI, se borne à dire qu’il existe des verbes à double complémenttation verbale.
12 La Grammaire d’aujourd’hui parle de COI, non de COS.
13 La Syntaxe du français de Maingueneau fait de même.

En fin de compte, on peut se demander pourquoi il a fallu, selon certaines grammaires, que le COI s’appelle COS lorsqu’il voisine avec un COD. C’est sans doute pour cela que certains professeurs disent que ça ne sert à rien. Allons voir !

1 COD et COI sont des compléments essentiels (par opposition aux compléments circonstanciels) et des compléments de verbe (par opposition aux compléments de phrase).
Ils ont ceci en commun :
- ils sont à droite du verbe,
- ils sont pronominalisables,
- ils sont une valeur nominale (= ils ne peuvent être des adjectifs).
Leurs différences :
- seul le COD peut intervenir dans la passivation,
- seul le COI (et le COS) est prépositionnel, et sa préposition dépend étroitement du verbe (contrairement aux CC, dont la préposition dépend du sens de l’énoncé).

2 Finalement, je ne trouve que ceci :
- le COS exige la présence d’un COD,
- malgré son nom, le COS peut précéder le COD soit pour des raisons stylistiques (longueur des compléments, par exemple), soit parce qu’il est pronominal (dans ce dernier cas, il précède même le verbe, mais ceci également vrai pour le COI),
- le COS est « PLUS FACILEMENT DEPLAÇABLE QUE LE COI » (Bescherelle).

Effectivement :
* Il a hérité une maison de son oncle.
→ De son oncle (COS), il a hérité une maison.
* Il a hérité de son oncle.
→ ° De son oncle (COI), il a hérité.

Au terme de cette longue réflexion utile, je pense :
1 que le terme COS n’est ni généralisé ni indispensable,
2 que la différence de déplaçabilité est bien mince,
3 que le COS n’est en réalité qu’un COI attelé à un COD.

Le débat est ouvert : « C’est de la discussion que jaillit la lumière. »

Amicalement vôtre,
Edy