Le comique est tragique, et la tragédie de l'homme est dérisoire

Bonjour,
J'ai étudié en oeuvre intégrale Dom Juan de Molière, et j'ai décidé de lire La leçon de Ionesco en lecture cursive. En vue de l'entretien, ou on va surement me demander de comparer les deux oeuvres, j'ai reflechi aux points communs et différences de ces deux oeuvres. Le seul point commun que j'ai pu trouver est la tension entre tragque et comique dans ces deux pièces ( Le dénouement de Dom Juan notamment et le fait que Ionesco ai appelé ces oeuvres Farces tragiques). Pensez vous qu'il existe d'autres rapprochements possibles?
Merci!

Le comique est tragique, et la tragédie de l'homme est dérisoire

Et comment !

Pardon de n'avoir pas le temps de structurer mieux ma réponse. Je n'avais jamais encore lu la leçon de Ionesco _ ta question m'en a donné l'envie immédiate. J'ai commencé à regarder sur you tube la pièce jouée et je dois dire que j'ai déjà quantité de rapprochements à faire ! Les voici, en vrac et sans hiérerchie. Tout n'est pas bon à prendre : j'espère que tu sauras à même de faire le tri

A propos des postures d'abord.
Tout d'abord, les rapports de la leçon sont d'emblés inscrits dans un cadre de postures bien définies. On sait qui est le maître, on sait qui est l'élève. On connaît la personne qui a le droit d'interroger et celle qui est sommée de répondre. On sait que le maître peut renvoyer la domestique dans sa cuisine comme don juan, d'un mot peut faire taire Sganarelle. On se trouve donc dans un espace de représentation où toute la danse est menée par celui qui sait et interroge (l'homme cultivé), celui qui ordonne et qu'on obéi (le maître) celui qui orne son langage et applatit, par son éloquence, les timides tentatives de ses interlocuteurs, tous inférieurs ou moins cultivés que lui. Le fantôme de Charlotte et de la naïve Mathurine ne se retrouvent--ils pas par moment derrière le jeune enthousiasme de l'élève, qui oscille entre l'émerveillement que lui inspire cet homme au savoir universel et la joie toute naîve d'être flattée par lui, remarquée de lui, louée de lui ? Tel don juan, le professeur mène cette enfant par le bout du nez. Et tous les désequillibres de postures de la pièce (des pièces) viennent moins de ce qu'il y a des maître honorables et des valets obéissants, mais de ce qu'au centre se trouve un homme qui maîtrise absolument le pouvoir de la parole, et en use à l'insu des autres : les emberlificotte, les interrompt, les assome de monologues et de mots compliqués, auxquels il sotn bien en peine de répondre, distribue les temps de paroles, accélère un rythme ou freine une intersession, enfin il peut se taire et les laisser alors se prendre à leur propre ignorance, qui n'en apparaît que plus.

L'ambiguité érotique est présente d'emblée : timide, ou plutôt intimidé par la jeunesse et la fraîcheur de son élève, le professeur multiplie en début de pièce les indices de son attirance. Il s'agit tout de même d'un homme mur et d'une jeune fille laissés seul à seule dans une pièce close, l'un ordonnant et l'autre s'exécutant _ merveilleuse posture érotique à laquelle j'en suis sûre la littérature et les gravures libertines du XVIIIème siècle ont grandement rendu homage. Voir Fragonnard :
http://2.bp.blogspot.com/_x6oN28pMDZg/S … -Paris.jpg

Or quelles sont les forces en présence ? Quel magnétisme peut faire jouer notre professeur décati ? S'il n'est pas séducteur comme don juan il possède la maturité, la suppériorité intellectuelle et oratoire dont celui-ci usait en fourbe adroit pour ployer l'innocence et la crédulité sous son joug. D'ailleurs don juan ne se pose-t-il pas en professeur, lorsqu'il entend "apprendre à Charlotte qu'elle est belle".  Professeur du corps _ mais notre jeune ingénue convoite les richesses de l'esprit. (son doctorat total ...) Il y a donc un parallèle énorme entre les techniques de "vampirisation" de notre don juan et du professeur. Leur stratégie est identique, à ceci près que la possession de don juan est d'arracher une promesse de mariage, une promesse charnelle  _ celle du professeur est purement spirituelle.

Et une fois de plus ce personnage de maître se retrouve tiré par la manche par son domestique. Sganarelle, ou Marie comme elle s'appelle ici, appelle à la modération, lance de timides avertissements à la jeune fille qu'elle sait une victime désignée, et rapelle les scrupules de la moralité : "il ne faut pas monsieur". Comme Sganarelle elle "connaît son don Juan sur les bout des doigts", elle connaît cette scène pour l'avoir déjà vu se dérouler dans ce même salon d'études cent fois. Elle sait à quel dénouement cela est promis, elle entrevois la fin, cette malheureuse jeune fille ployée et possédée par un tyran _ maniant l'autocratie non plus des sens, mais du psychisme.


Et à présent j'attire une attention spéciale sur la scène où Don Juan discute connaissances et métaphysique avec son valet. N'est ce pas le même schéma ? N'y a -t-il pas un clin d'oeil gigantesque, de cette jeune fille à la sagesse populaire, issue de son bon sens, de ce qu'elle observe, palpe et touche, et  parfois invoque en argument les lieux communs les plus évidents ("la neige tombe en hivers"), et de ce professeur qui tire lui son savoir de l'exprérience, d'une longue vie, et de ce qu'il a raisonné usant des matéiraux intellectuels les plus substantiellement compliqués ?  ("oh, je m'excuse mademoiselle, mais vous apprendrez que l'on peut s'attendre à tout" .) De part et d'autre c'est le même schisme, le même fossé sur les l'essence des réflexions. Et la morale populaire et naϨve de Sganarelle se heurte à l'hédonisme aristocrate et blasé de notre homme des boudoirs. Finalement leur incompréhension mutuelle s'articule bien autours du même point de discorde, de la même équation dissenssiatoire  : l'arithmétique. Quand la jeune demoiselle peine à comprendre qu'on lui arrache un nez fictif parce qu'elle n'en a qu'un, nous ne sommes pas loin du "je crois que deux et deux font quatre, Sganarelle et que quatre et quatre font huit". 

rhâ, je continuerai cela lundi. La coupe du monde m'appelle !
Bon week end à tous.

23 (Modifié par Neoka 13/01/2016 à 15:18)

Le comique est tragique, et la tragédie de l'homme est dérisoire

Bonjour à tous,
Je viens vous demander de l'aide car notre prof' nous a donné une dissertation vendredi dernier pour demain donc le 14/01. J'y ai passé tout mon week-end et mon lundi soir dessus sans parvenir à écrire ne serait-ce que trois mots. Je ne suis pas la seule de ma classe dans mon cas et quand je suis allée voir la prof', c'est limite si elle m'a pas envoyé boulé...
Le sujet en gros je l'ai à peu près compris mais c'est comment commencer et quoi écrire qui me pose problème, on doit faire notre dissert' en "plan analytique" c'est à dire le contraire de OUI/NON/Conclusion.
C'est notre première dissertation et même les terminales L à qui j'ai demandé de l'aide ne comprennent rien...

Voici le sujet:
"J’ai intitulé mes comédies “anti-pièces”, “drames comiques”, et mes drames “pseudo-drames”, ou “farces tragiques”, car, me semble-t-il, le comique est tragique, et la tragédie de l’homme, dérisoire. Pour l’esprit critique moderne, rien ne peut être pris tout à fait au sérieux, rien tout à fait à la légère." Ionesco, Notes et Contrenotes, 1962.

Vous apprécierez la justesse de ce propos sur le théâtre à la lumière des 2 pièces de votre corpus, Ubu-Roi d'Alfred Jarry et Macbeth de Shakespeare.

Merci d'avance

24 (Modifié par floreale 13/01/2016 à 15:59)

Le comique est tragique, et la tragédie de l'homme est dérisoire

Grotesque, absurde, dérisoire, burlesque chez Jarry avec des thèmes comme l'obsession du pouvoir, le thème de la lâcheté, de la bêtise qui peuvent faire rire certes mais d'un rire grinçant. Miroir déformant, miroir de l'homme.

Les forces obscures, le mal, la mort dans Macbeth. Miroir du destin.

Oui, il est un théâtre qui montre les défauts, les caricatures et révèle  la part obscure de l'homme.
Il traite sur un mode badin, fantastique, absurde  ou tragique des sujets existentiels et sérieux. Catharsis.

Cependant

Il est aussi un théâtre du divertissement, de jubilation scénique, d'invention qui séduit par surprise, par innovation sonore, visuelle. Le langage théâtral évolue aussi. ...

25 (Modifié par Neoka 13/01/2016 à 16:52)

Le comique est tragique, et la tragédie de l'homme est dérisoire

Ça j'ai bien compris mais si je prends que deux axes, imaginons je fais simple comme tout le monde et je prends: I. Le tragique dans le comique et II. La tragédie est dérisoire/comique
Est-ce que ça serait bon ?

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Le comique est tragique, et la tragédie de l'homme est dérisoire

Tu organises comme tu le souhaites mais ce n'était pas ma suggestion :

I. Oui, il est un théâtre qui montre les défauts, les caricatures et révèle  la part obscure de l'homme.
Comique parfois tragique et tragique dérisoire.
Il traite sur un mode badin, fantastique, absurde  ou tragique des sujets existentiels et sérieux. Catharsis.
Grotesque, absurde, dérisoire, burlesque chez Jarry avec des thèmes comme l'obsession du pouvoir, le thème de la lâcheté, de la bêtise qui peuvent faire rire certes mais d'un rire grinçant. Miroir déformant, miroir de l'homme.

Les forces obscures, le mal, la mort dans Macbeth. Miroir du destin.



Cependant ce n'est pas là tout le théâtre.

II. Il est aussi un théâtre du divertissement, de jubilation scénique, d'invention qui séduit par surprise, par innovation sonore, visuelle. Le langage théâtral évolue aussi. ...

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Le comique est tragique, et la tragédie de l'homme est dérisoire

Floreale, qu'y aurait-il d'autre comme type de plan pour le sujet sur Ubu Roi et Macbeth ? Traiter dans une partie Ubu et dans une autre Macbeth ne serait pas une bonne approche n'est ce pas ?

Je ne trouve pas non plus de comique dans Macbeth et je ne vois pas comment faire le lien...

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Le comique est tragique, et la tragédie de l'homme est dérisoire

Qui es-tu, toi qui arrives sur ce fil dans le questionnement de Neoka ?

On organise la dissertation en fonction de ses idées, de ses recherches, de ses exemples et d'un problème soulevé.

On pourrait aussi, mais ce n'est qu'une suggestion, après le Ier axe sur cette remarque que le comique peut être tragique et le tragique dérisoire, aborder
un axe II. Montrant qu'il existe des pièces franchement comiques et des pièces tragiques qui élèvent.
Et un axe III. d'ouverture qui ferait remarquer que là n'est pas tout le théâtre.

29 (Modifié par Neoka 13/01/2016 à 18:07)

Le comique est tragique, et la tragédie de l'homme est dérisoire

Le problème c'est qu'avec ce que tu me proposes en axe, je ne m'y retrouve pas et je n'y arrive pas...
Alors J'ai commencé à écrire quelque chose sur la base du grand II que j'ai mis mais je ne sais pas si les arguments que je prends sont bons ou pas et je n'ai qu'un exemple pour chaque alors qu'il en faudrait deux je crois

En argument pour montrer que c'est "comique" j'ai:
-L'absurdité avec un exemple tiré de Macbeth -->quand les sorcières font le sort pour le tuer/maudire
-L'ironie du sort avec un autre exemple de Macbeth --> vers la fin, L.Macbeth devient folle à cause de ce qu'ils ont fait, tuer le roi, accuser les gardes... j'ai choisi ça car je trouvais ce passage ironique et parce qu'elle se moque de son mari au moment où ils lavent leurs mains du sang (au début)
-je sais pas trop comment appelé le dernier (dilemme/fin fatal dérisoire) quelque chose comme ça xD avec un exemple de UBU --> au tout début, il dit "non je ne peux pas le tuer gna gna gna..." donc il est dans un sorte de dilemme mais pour lui ça va être quelque chose de tragique car (mais c'est justement ça qui est comique/dérisoire) le dénouement "fatal" c'est soit il le tue soit il n'a pas assez d'andouille et justement il finit par choisir l'andouille

Je suis désolé que tu te sois embêter à trouver des axes, excuse moi

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Le comique est tragique, et la tragédie de l'homme est dérisoire

Pas de problème. Tu es maître du jeu.