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Lisez-vous de la poésie pour vous évader du quotidien ?

Je crois que la réponse est dans la question. Choisir "inconnu" comme pseudonyme me parait très voisin du propos qui s'étonne qu'on puisse aimer la poésie.
Pour ma part, je récuse complètement l'idée d'évasion car je pense que la poésie est exactement le contraire: un approfondissement. Celui qui ne met pas de poésie dans son travail s'embête énormément. Il faut trouver le biais qui permet d'en mettre. Cela ne permet pas seulement de supporter son travail mais aussi de s'y épanouir.
Ce serait déjà faire un pas vers la poésie que de remplacer le pseuconyme "Inconnu" par quelquechose d'autre parce que cet autre mot serait déjà choisi pour une raison poétique.

Lisez-vous de la poésie pour vous évader du quotidien ?

Bonjour.

Le 23 avril, JSC a écrit :

S'évader, s'évader, s'évader.........mais de quoi enfin? Échapper? de qui? La littérature fait partie de la réalité de l'existence. Pour la comprendre au mieux, il faut y mettre de l'analyse, de l'étude, de la connaissance. Ce sont des facettes bien concrètes! On n'a pas besoin de la littérature pour simplement rêver.

La littérature fait partie de la réalité de l'existence... Oui, c'est sûr : de l'existence de ceux qui s'y intéressent, en tout cas. Et ceux qui s'y intéressent ne le font pas forcément dans l'unique but de la comprendre, de l'analyser et de l'étudier. Certes, il y en a qui  ressentent ce besoin, besoin fort légitime au demeurant. Et il y en a d'autres qui , tout aussi légitimement, se contentent de "ressentir" intensément ce qu'ils lisent. Sans forcément que cela constitue une fuite hors du réel... Peut-être même en tireront-ils, par empathie avec l'oeuvre,  une perception plus riche et plus profonde du monde  qui les entoure. Bien sûr qu'on peut rêver sans littérature. Mais la littérature (poétique ou non) est à même de réveiller ou d'enrichir sacrément notre imaginaire ! Et rien n'empêche une même personne d'avoir à la fois une approche analytique et une approche sensitive des oeuvres... Heureusement !

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Lisez-vous de la poésie pour vous évader du quotidien ?

Bonjour,

Pourquoi chercher une unique réponse à cette question, si personnelle ? Chacun trouve des réponses en fonction de ses besoins, je pense. Si l'amie d'Inconnu est sensible à la poésie, elle a pu y trouver une réponse à son besoin de s'évader du quotidien. Elle aurait pu trouver autre chose.
J'aime la poésie et je ne peux expliquer mon rapport avec cet "art" que de façon personnelle : la poésie est pour moi un autre moyen d'appréhender le quotidien. Je rejoins en partie l'idée d'approfondissement de Putakli (bien que je trouve que le mot "inconnu" n'est pas moins poétique qu'un autre ), mais en partie seulement : car pour moi, la poésie est également un moyen de se lier différemment au quotidien, aux êtres et aux choses qui nous entourent.
C'est difficile à expliquer, car c'est viscéral.

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Lisez-vous de la poésie pour vous évader du quotidien ?


Tu l'as très bien dit, Marine

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Lisez-vous de la poésie pour vous évader du quotidien ?

Marine 2008 a écrit:

la poésie est également un moyen de se lier différemment au quotidien, aux êtres et aux choses qui nous entourent.
C'est difficile à expliquer, car c'est viscéral.

En essayant de comprendre quand même, je me demande si cela n'a pas quelquechose à voir avec l'humour.
En fait ce qui m'a conduit à cette hypothèse, c'est l'indication de présentation "juriste" que j'ai interprétée comme appartenance au monde du Palais, un monde où sans humour on ne peut pas vivre et où on communique beaucoup sur le mode de l'étonnement, un monde où une extraordinaire rigidité logique à base d'attendus et de nonobstants est plaquée sur une réalité si sauvage qu'à moins de la voir cocasse, on ne peut pas la supporter, le monde de La Fontaine.

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Lisez-vous de la poésie pour vous évader du quotidien ?

Merci Léah   
Je suis sûre qu'on pourrait disserter sur la question pendant toute une vie... à moins bien sûr, de ne pas être passionné par le sujet 
Pour ma part, je dirais que cette idée de lien au quotidien m'est apparue très clairement à la lecture de poètes comme Max Jacob qui, à mon avis, paraît "faire de la poésie" (si je puis dire) sous forme presque anecdotique. Mais elle n'est pas moins présente (à mon avis, encore une fois), chez Baudelaire qui fait ressortir la beauté de ce qui est perçu comme laid et vile à son époque. Et même chez des poètes moins "abordables", comme Mallarmé, qui mettent les mots au service de leur vision bien particulière de la vie...
En quelque sorte, leur poésie n'engage qu'eux au moment où ils l'écrivent mais est susceptible de rencontrer des échos personnels chez le lecteur et à lui ouvrir d'autres horizons, tout aussi personnels.


Putakli, fort heureusement, les juristes sont des gens capables d'une certaine forme d'humour dans le cadre professionnel (nonobstant certains exemples qui pourraient laisser penser le contraire) ; c'est un peu comme partout, la difficulté de certaines espèces et leur risque d'implication sur le plan personnel conduisent parfois à perdre un peu son sang froid.
En ce qui me concerne, je n'ai pas mes entrées près du roi et ne sévis pas au palais (ou à la cour), mais je ne crois pas que cela changerait grand chose . J'ose aussi penser que si j'avais choisi une autre voie professionnelle, elle n'aurait pas non plus modifié ma vision de la poésie, car c'est une vision que j'ai depuis... très longtemps (dois-je déduire quelque chose du dicton : il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ?  ).

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La question initiale nous mène à supposer que la vie quotidienne est si insupportable qu'on devra chercher des "trucs" pour l'adoucir ou l'oublier.

Prenons Gervaise (L'Assommoir) comme exemple. Au lieu de se laisser aller, il lui aurait fallu lire les Fables de La Fontaine.  ou Assister à une représentation des Noces de Figaro.
En fait, même si elle sort (trop rarement) au Cabaret, la vie ne peut que lui sembler plus dure par la suite de cette "évasion".

Ce dont on a vraiment besoin est une panoplie de "trucs" pour nous aider de faire face à la vie quotidienne, et, si possible, en réjouir.


Nous vivons, nous, de ce loisir,
Lune et soleil, frein ou fouet,
Dans un ordre halluciné.

René CHAR
D'un même lien.

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Lisez-vous de la poésie pour vous évader du quotidien ?

René Char... Merveilleux poète ! J'aurais dû écrire "merveilleux homme" tant son personnage est à l'image de la poésie qu'il a écrite (c'est comme ça avec tous les merveilleux poètes, mais j'ai une affection particulière pour Char).
J'ai l'impression que Char a écrit les "Feuillets d'Hypsos" comme s'il respirait. C'est une présentation personnelle de ce qu'il a vécu, où l'on peut trouver une réelle dimension universelle (lutte contre l'oppression, pour la liberté, course à la survie, crainte de la mort). Le lecteur s'y retrouve, même celui qui n'a pas fait cette guerre !
Je pense que Char est une belle illustration de ce lien qui unit la poésie et la vision personnelle des choses ; d'ailleurs, c'est un homme qui a bien souvent refusé de s'intégrer dans des activités idéologiques où l'individu perdait son identité.

Lisez-vous de la poésie pour vous évader du quotidien ?

Quand on dit qu'il faut trouver le biais qui permette d'ajouter de la poésie au réel, pour moi c'est déjà une façon de fuir. S'accommoder de la réalité, c'est biaiser. C'est le signe qu'on ne peut pas s'habituer à la vie telle quelle. Il faut composer avec des expédients qui la transforme. Remplacer les hommes par des animaux dans les fables de La Fontaine, par exemple, rend la réalité plus supportable. Les rapports humains, même cruels, deviennent réjouissants. On se met donc à désirer ce que dans la réalité on fuirait.

Plus je vieillis, plus je m'aperçois qu'au moment même où je pensais lire pour m'approcher de l'essence de la réalité, j'en réchappais encore. D'une façon plus subtile que par la fuite déclarée. Quand on lit un poème sur le voyage, il faut reconnaître que si l'esprit s'aère, le corps, lui, reste assis sur le fauteuil, ne prend pas les courants d'air et ne subit pas le jetlag ni ne court le risque des naufrages. En somme, la poésie, comme les romans, c'est la réalité sans la réalité. C'est la réalité sans ce qui, en elle, nous indispose - à savoir qu'elle existe vraiment (?). La poésie ce serait pour les amoureux de la réalité, mais d'une réalité qui, tout de même, reste dans la tête (et il y a peut-être des gens ici qui vont se récrier, parce qu'ils auraient honte d'avouer ça - alors que c'est très légitime et tout à fait normal). Voilà l'avantage de la poésie: nous rapprocher de ce qu'il y a d'essentiel dans la réalité (en bien comme en mal) mais sans avoir à la subir. Mélange d'approche et de fuite en somme. Une approche plus heureuse, plus positive que par le contact cru avec le monde, (peut-être plus saine parfois), parce qu'elle préserve en nous le sourire.

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Lisez-vous de la poésie pour vous évader du quotidien ?

Trouver le biais, exercice de haute couture...