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Molière, Le Misanthrope, acte II, scène 4

ALCESTE
Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour,
Vous n’en épargnez point, et chacun a son tour.
Cependant, aucun d’eux, à vos yeux, ne se montre,
Qu’on ne vous voie en hâte, aller à sa rencontre,
655  Lui présenter la main, et d’un baiser flatteur,
Appuyer les serments d’être son serviteur.


CLITANDRE
Pourquoi s’en prendre à nous ? Si ce qu’on dit, vous blesse,
Il faut que le reproche, à Madame, s’adresse.

ALCESTE
Non, morbleu, c’est à vous ; et vos ris complaisants
660 Tirent de son esprit, tous ces traits médisants ;
Son humeur satirique est sans cesse nourrie
Par le coupable encens de votre flatterie ;
Et son cœur, à railler, trouverait moins d’appas,
S’il avait observé qu’on ne l’applaudît pas.
665 C’est ainsi qu’aux flatteurs, on doit, partout, se prendre
Des vices où l’on voit les humains se répandre.

PHILINTE
Mais pourquoi, pour ces gens, un intérêt si grand,
Vous, qui condamneriez, ce qu’en eux on reprend ?

CÉLIMÈNE
Et ne faut-il pas bien que Monsieur contredise ?
670 À la commune voix, veut-on qu’il se réduise ?
Et qu’il ne fasse pas éclater, en tous lieux,
L’esprit contrariant, qu’il a reçu des cieux ?
Le sentiment d’autrui, n’est jamais, pour lui plaire,
Il prend, toujours, en main, l’opinion contraire ;
675 Et penserait paraître un homme du commun,
Si l’on voyait qu’il fût de l’avis de quelqu’un.
L’honneur de contredire, a, pour lui, tant de charmes,
Qu’il prend, contre lui-même, assez souvent, les armes ;
Et ses vrais sentiments sont combattus par lui,
680 Aussitôt qu’il les voit dans la bouche d’autrui.

ALCESTE
Les rieurs sont pour vous, Madame, c’est tout dire ;
Et vous pouvez pousser, contre moi, la satire.

PHILINTE
Mais il est véritable, aussi, que votre esprit
Se gendarme, toujours, contre tout ce qu’on dit ;
685 Et que, par un chagrin, que lui-même il avoue,
Il ne saurait souffrir qu’on blâme, ni qu’on loue.

ALCESTE
C’est que jamais, morbleu, les hommes n’ont raison,
Que le chagrin, contre eux, est toujours de saison,
Et que je vois qu’ils sont, sur toutes les affaires,
690 Loueurs impertinents, ou censeurs téméraires.

CÉLIMÈNE
Mais...

ALCESTE
Non, Madame, non, quand j’en devrais mourir,
Vous avez des plaisirs que je ne puis souffrir ;
Et l’on a tort, ici, de nourrir dans votre âme,
Ce grand attachement aux défauts qu’on y blâme.

CLITANDRE
695 Pour moi, je ne sais pas ; mais j’avouerai, tout haut,
Que j’ai cru, jusqu’ici, Madame sans défaut.

ACASTE
De grâces, et d’attraits, je vois qu’elle est pourvue ;
Mais les défauts qu’elle a, ne frappent point ma vue.

ALCESTE
Ils frappent tous la mienne, et loin de m’en cacher,
700 Elle sait que j’ai soin de les lui reprocher.
Plus on aime quelqu’un, moins il faut qu’on le flatte ;
À ne rien pardonner, le pur amour éclate ;
Et je bannirais, moi, tous ces lâches amants,
Que je verrais soumis à tous mes sentiments,
705 Et dont, à tous propos, les molles complaisances
Donneraient de l’encens à mes extravagances.

CÉLIMÈNE
Enfin, s’il faut qu’à vous, s’en rapportent les cœurs,
On doit, pour bien aimer, renoncer aux douceurs ;
Et du parfait amour, mettre l’honneur suprême,
710 À bien injurier les personnes qu’on aime.

Molière, Le Misanthrope, acte II, scène 4

Bonjour
-Le texte d'abord

-Le situer ensuite.

Alceste a gardé le silence, tout en écoutant une série de médisances et de moqueries à l'encontre de personnes connues de tous les acteurs de la scène.
Et quand il intervient, quel traits de son caractère montre-t-il ?
Voilà ce que tu dois montrer et ce qu'on te demande.
Regarde comment lui parle et comment on parle de lui.
Je te mets un peu de couleur, si cela peut t'aider.

ALCESTE
Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour,
Vous n’en épargnez point, et chacun a son tour.
Cependant, aucun d’eux, à vos yeux, ne se montre,
Qu’on ne vous voie en hâte, aller à sa rencontre,
655     Lui présenter la main, et d’un baiser flatteur,
Appuyer les serments d’être son serviteur.

CLITANDRE
    Pourquoi s’en prendre à nous ? Si ce qu’on dit, vous blesse,
Il faut que le reproche, à Madame, s’adresse.

ALCESTE
    Non, morbleu, c’est à vous ; et vos ris complaisants
Tirent de son esprit, tous ces traits médisants ;
Son humeur satirique est sans cesse nourrie
Par le coupable encens de votre flatterie ;
Et son cœur, à railler, trouverait moins d’appas,
S’il avait observé qu’on ne l’applaudît pas.
C’est ainsi qu’aux flatteurs, on doit, partout, se prendre
Des vices où l’on voit les humains se répandre.

PHILINTE
    Mais pourquoi, pour ces gens, un intérêt si grand,
Vous, qui condamneriez, ce qu’en eux on reprend ?

CÉLIMÈNE
    Et ne faut-il pas bien que Monsieur contredise ?
À la commune voix, veut-on qu’il se réduise ?
Et qu’il ne fasse pas éclater, en tous lieux,
L’esprit contrariant, qu’il a reçu des cieux ?
Le sentiment d’autrui, n’est jamais, pour lui plaire,
Il prend, toujours, en main, l’opinion contraire ;
Et penserait paraître un homme du commun,
Si l’on voyait qu’il fût de l’avis de quelqu’un.
L’honneur de contredire, a, pour lui, tant de charmes,
Qu’il prend, contre lui-même, assez souvent, les armes ;
Et ses vrais sentiments sont combattus par lui,
Aussitôt qu’il les voit dans la bouche d’autrui.

ALCESTE
Les rieurs sont pour vous, Madame, c’est tout dire ;
Et vous pouvez pousser, contre moi, la satire.

PHILINTE
Mais il est véritable, aussi, que votre esprit
Se gendarme, toujours, contre tout ce qu’on dit ;

Et que, par un chagrin, que lui-même il avoue,
Il ne saurait souffrir qu’on blâme, ni qu’on loue.

ALCESTE
C’est que jamais, morbleu, les hommes n’ont raison,
Que le chagrin, contre eux, est toujours de saison,
Et que je vois qu’ils sont, sur toutes les affaires,
Loueurs impertinents, ou censeurs téméraires.

CÉLIMÈNE
    Mais...

ALCESTE
    Non, Madame, non, quand j’en devrais mourir,
Vous avez des plaisirs que je ne puis souffrir ;
Et l’on a tort, ici, de nourrir dans votre âme,
Ce grand attachement aux défauts qu’on y blâme .

CLITANDRE
Pour moi, je ne sais pas ; mais j’avouerai, tout haut,
Que j’ai cru, jusqu’ici, Madame sans défaut.

ACASTE
    De grâces, et d’attraits, je vois qu’elle est pourvue ;
Mais les défauts qu’elle a, ne frappent point ma vue.

ALCESTE
    Ils frappent tous la mienne, et loin de m’en cacher,
Elle sait que j’ai soin de les lui reprocher.
Plus on aime quelqu’un, moins il faut qu’on le flatte ;

À ne rien pardonner, le pur amour éclate ;
Et je bannirais, moi, tous ces lâches amants,
Que je verrais soumis à tous mes sentiments,
Et dont, à tous propos, les molles complaisances
Donneraient de l’encens à mes extravagances.

CÉLIMÈNE
Enfin, s’il faut qu’à vous, s’en rapportent les cœurs,
On doit, pour bien aimer, renoncer aux douceurs ;
Et du parfait amour, mettre l’honneur suprême,
À bien injurier les personnes qu’on aime.

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Molière, Le Misanthrope, acte II, scène 4

Au debut je pensais prendre ce plan :

I Le portrait d'un misanthrope
II Le portrait de quelqu'un d'amoureux ( en contradiction avec le grand I )

Mais je ne sais pas si ca peut convenir

Molière, Le Misanthrope, acte II, scène 4

Oui, pourquoi pas ?
C'est sans nul doute de voir l'élue de son coeur se prêter à des pratiques qu'il déteste qui augmente sa fureur.

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Molière, Le Misanthrope, acte II, scène 4

D'accord je pense  utilser le plan que vous m'avez proposé car il me semble plus riche en exemple mais je vais quand même utiliser le fait qu'il soit amoureux pour justifier ses interventions dans le dialogue Merci beaucoup pour votre aide !!!!!  

26 (Modifié par Laoshi 15/02/2015 à 13:21)

Molière, Le Misanthrope, acte II, scène 4

Euh, je ne t'ai pas proposé de plan (je suis très nulle en plans ); J'ai seulement mis en couleur des éléments qui me paraissent, dans le texte, susceptibles de déterminer les spécificités d'Alceste.
Bon travail à toi !

Molière, Le Misanthrope, acte II, scène 4

Ne pas oublier le sous-titre de Molière : l'Atrabilaire amoureux.
C'est toute la problématique.

Molière, Le Misanthrope, acte II, scène 4

- Le Misanthrope.
- Oh ! oh ! voilà une pièce sérieuse...
- L'Atrabilaire amoureux.
- Ah ! non, c'est une comédie.

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Molière, Le Misanthrope, acte II, scène 4

Bonjour tout le monde,

Je suis en seconde, j'ai un devoir à rendre pour mardi prochain en français et je n'arrive pas à trouver des idées à mettre dans ma composition. Notre prof nous a demandé de faire deux paragraphes de composition sur l'intérêt de la scène 4 de l'acte II du Misanthrope de Molière, et à vrai dire je ne trouve absolument pas l'intérêt de ce passage ^^

Après avoir lu quinze mille fois la scène, je vous demande un petit peu d'aide ou une explication de comment trouver l'intérêt d'un texte.

Dylan

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Molière, Le Misanthrope, acte II, scène 4

Molière (dans la bouche de Célimène) nous propose une galerie de portraits.

Alceste va taxer ses amis d'hypocrisie et de médisance.

Célimène reproche à Alceste son esprit contrariant.

Curieuse déclaration d'amour d'Alceste :
vers 701-702 :
"Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte
A ne rien pardonner le pur amour éclate".