La focalisation interne

Je te conseille de lire le premier chapitre de Bel Ami. Le narrateur alterne entre le point de vue interne, celui de Bel Ami, et le point de vue omniscient (comme dans tout le livre d'ailleurs). Oui il est très fréquent de passer de l'un à l'autre.

La focalisation interne

On dit que le narrateur sait tout ce que sait le personnage

Et pour cause : le narrateur est la voix que prend l'auteur, et l'auteur, qui a inventé de toutes pièces le personnage ne peut que savoir tout ce que sait le personnage, et parfois plus encore. Par exemple, le narrateur du Comte de Monte-Cristo sait pourquoi Edmond Dantès se retrouve au château d'If, le lecteur le sait, mais Edmond Dantès ne le sait pas...

Je parle d'erreur de perspective, car vous parlez comme si le personnage avait une existence indépendante de celle du narrateur.
Le personnage est une fiction, un être de papier, il ne sait évidemment rien, tout le jeu consiste à vous faire croire en son existence, et au fait qu'il sait des choses et en ignore d'autres.
La focalisation est une façon de faire vivre le personnage, soit en s'identifiant à lui (focalisation interne) soit en le surplombant (focalisation zéro), soit en en ignorant tout, (focalisation externe).

La focalisation est un jeu entre le narrateur et le lecteur.

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La focalisation interne

Merci Ammy !    Merci Delia !

Je suis tout à fait d'accord avec vous, Delia, sauf sur une chose: vous ne précisez pas que le narrateur est lui aussi un être fictif, donc qui dépend des personnages comme les personnages dépendent de lui même.

Dites moi s'il vous plait, Ammy et Delia, si cette définition est bonne:

Dans la focalisation interne, le narrateur est dans la tête du personnage. Ce qu'il sait, il le sait en même temps que le personnage.
Exemple:
Si le roman commence dans l'action, alors que le personnage à vingt ans, et que le narrateur nous parle de l'enfance du personnage (un peu de la même façon que dans un de mes précédents messages), on parle de focalisation omnisciente, car, le narrateur étant dans la tête du personnage dès le début du roman, il ne peut connaitre son passé.

Merci !!!!!

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le narrateur est lui aussi un être fictif, donc qui dépend des personnages

Très juste !
Mais le narrateur ne dépend pas des personnages, il dépend de l'auteur qui lui a délégué ses pouvoirs. Queneau narre dans le Vol d'Icare l'évasion d'un personnage hors du manuscrit de son auteur, de son auteur qui croit qu'un confrère lui a volé Icare. Le narrateur n'a plus de personnage, et il le cherche dans tout Paris, mais le jeu inverse n'est pas possible : si l'on efface le narrateur, il ne peut plus y avoir de narration.
Il y a bien les Six personnages en quête d'auteur de Pirandello, mais là, nous sommes au théâtre, où les personnages ont un corps.


Je ne me prononce pas à la place d'Ammy.
Voici mon avis:

Dans la focalisation interne, le narrateur est dans la tête du personnage. Ce qu'il sait, il le sait en même temps que le personnage.

Définition trop circonstanciée, et limitative. En focalisation interne, le narrateur est le personnage, comme le montre le petit schéma : N = P. Il sait, il voit, il sent, il entend ce que le personnage sait, voit, et entend.

Exemple: Si le roman commence dans l'action, alors que le personnage à vingt ans, et que le narrateur nous parle de l'enfance du personnage (un peu de la même façon que dans un de mes précédents messages), on parle de focalisation omnisciente, car, le narrateur étant dans la tête du personnage dès le début du roman, il ne peut connaitre son passé.

Si le Narrateur est le personnage, il a vécu le passé du personnage et il le connait donc. Le cas que vous évoquez est celui du personnage amnésique : il ne sait pas qui il est, ni où il est, il a perdu son passé... et le roman se passe à le reconquérir.
Retracer l'enfance d'un personnage qui a déjà vingt ans, c'est un retour en arrière. Focalisation interne si le personnage est censé se souvenir, focalisation zéro si le personnage est censé avoir oublié.

Très souvent, il y a hésitation entre focalisation zéro et focalisation interne. 

Ce n'est important de faire la distinction que pour interpréter convenablement les modalisateurs.
Une nouvelle de Maupassant s'intitule Ce cochon de Morin. Cette caractérisation est interne, ce sont les personnages qui traitent Morin de cochon. Le narrateur, en focalisation zéro, l'innocente totalement de cette accusation.
Bien voir la focalisation permet de mieux comprendre le texte.

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Très bien, Delia!

Mais ce que vous dites est valable dans un texte écrit à la 1ère personne du singulier ou même dans un texte écrit à la 3ème personne du singulier ?

Car prenons ce texte de Flaubert:

Elle avait eu, comme une autre, son histoire d'amour. Son père, un maçon, s'était tué en tombant d'un échafaudage. Puis sa mère mourut, ses soeurs se dispersèrent, un fermier la recueillit, et l'employa toute petite à garder les vaches dans la campagne.

Tout ce qui est cité là par le narrateur est bien connu par le personnage.

ET POURTANT, DANS MON LIVRE D'ECOLE, IL EST DIT QUE CE TEXTE EST DE FOCALISATION OMNISCIENTE

Alors que l'on a bien Narrateur=Personnage.

Je ne comprends pas !

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ll s'agit d'un Cœur simple, œuvre qui commence en focalisation zéro :


Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l’Évêque envièrent à Mme Aubain sa servante Félicité.

Tout le premier chapitre est en focalisation zéro, jusqu'à la dernière phrase :

Son visage était maigre et sa voix aiguë. À vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante ; dès la cinquantaine, elle ne marqua plus aucun âge ; — et, toujours silencieuse, la taille droite et les gestes mesurés, semblait une femme en bois, fonctionnant d’une manière automatique.

Ce ne peut pas être le point de vue du personnage qui s'exprime ici.

Le récit des amours avec Théodore est en focalisation interne, sauf ce pragraphe :

Elle n’était pas innocente à la manière des demoiselles, — les animaux l’avaient instruite ; — mais la raison et l’instinct de l’honneur l’empêchèrent de faillir. Cette résistance exaspéra l’amour de Théodore, si bien que pour le satisfaire (ou naïvement peut-être) il proposa de l’épouser. Elle hésitait à le croire. Il fit de grands serments.

J'ai mis en italiques deux passages qui ne peuvent pas être attribués à Félicité.

Le récit est donc majoritairement en focalisation zéro, avec parfois une focalisation externe comme ici :

Félicité tomba sur une chaise, en s’appuyant la tête à la cloison, et ferma ses paupières, qui devinrent roses tout à coup. Puis, le front baissé, les mains pendantes, l’œil fixe, elle répétait par intervalles :
— Pauvre petit gars ! pauvre petit gars !
Liébard la considérait en exhalant des soupirs. Mme Aubain tremblait un peu.
Elle lui proposa d’aller voir sa sœur, à Trouville.
Félicité répondit par un geste qu’elle n’en avait pas besoin.
Il y eut un silence. Le bonhomme Liébard jugea convenable de se retirer. Alors elle dit :
— Ça ne leur fait rien, à eux !

J'ai mis en italiques une phrase en focalisation zéro. Le reste de la scène est vu de l'extérieur.


Je ne vais pas tout copier...
Résumons-nous : le conte est majoritairement en focalisation zéro, mais certains passages peuvent être compris comme étant en focalisation interne, d'autres sont en focalisation externe.

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La focalisation interne

Oui oui Delia !

Mais dans notre cours, nous n'avons pas étudié ce conte de Flaubert, juste ce passage.
Et avec ces seules informations nous devions en déduire qu'il était de focalisation omnisciente.

Je veux simplement dire cela: dans cet extrait, on nous rapporte le passé de Félicité, son passé qu'elle connait. On a bien Narrateur=Personnage, et pourtant, il n'est pas de focalisation interne.

Ma question est: POURQUOI ?

Enfin, ma définition donnée est-elle correcte ????? :

Dans la focalisation interne, le narrateur est dans la tête du personnage. Ce qu'il sait, il le sait en même temps que le personnage.
Exemple: Si le roman commence dans l'action, alors que le personnage à vingt ans, et que le narrateur nous parle de l'enfance du personnage (un peu de la même façon que dans un de mes précédents messages), on parle de focalisation omnisciente, car, le narrateur étant dans la tête du personnage dès le début du roman, il ne peut connaitre son passé.

La focalisation interne

Dans la focalisation interne, le narrateur est dans la tête du personnage. Ce qu'il sait, il le sait en même temps que le personnage.

Pour moi, ceci est assez juste. Dans la suite tu te compliques la vie. Le problème n'est pas de savoir si le personnage connaît son propre passé ou non, évidemment qu'il le connaît, mais s'il est par exemple en train de se préparer pour aller à un dîner (exemple au hasard) dans un passage en point de vue interne (on est donc dans sa tête), il n'y a aucune raison pour que tout à coup on nous raconte son enfance et le métier de son père. On est dans la tête du personnage, et il a d'autres préoccupations à ce moment.
Si on trouve comme dans ton exemple tout un paragraphe qui se met à informer le lecteur sur le passé de ce personnage, on peut donc considérer que le narrateur est redevenu omniscient pendant un paragraphe pour informer son lecteur, pour qu'il comprenne mieux le personnage .
En focalisation interne, le narrateur sait tout ce que sait le personnage, c'est vrai, mais il n'y a aucune raison pour qu'il dise tout ce qu'il sait, si cela n'a aucun lien avec ce que le personnage est en train de faire, de voir, de penser.

La focalisation interne, c'est vraiment quand tu as l'impression d'être dans la tête du personnage et de tout vivre à travers ses perceptions.

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Merci beaucoup Ammy !

Tout est beaucoup plus clair à présent. 

La focalisation interne

J'allais le dire !
Ammy s'est exprimée bien plus clairement, bien plus nettement que moi.