La focalisation interne

Mais enfin, pour apprécier - dans son sens fort - un texte, avons-nous besoin de parler de focalisation ??? La littérature n'a rien à voir avec l'écriture filmique, n'est-ce pas ?

Il se trouve que les fabricants de sujets pour les EAF sont friands de focalisation. Cette année même, l'un des exercices d'écriture d'invention portait sur la réécriture d'un récit à la première personne du point de vue d'un autre personnage. D'après leurs réactions, il me semble que bien des candidats n'ont pas cherché à savoir ce qu'avait vu et compris le personnage à qui ils devaient donner la parole...
Mais enfin, justifier par les sujets d'examen c'est une pétition de principe !

Pour analyser un texte romanesque, mettre en évidence ce qui fait son intérêt on a besoin de la focalisation, entre autres. Comment parler de Waterloo dans la Chartreuse sans démêler l'alternance de focalisation externe (la vision de Fabrice qui n'y comprend rien), de focalisation interne (les réactions de Fabrice) et de focalisation zéro (le regard surplombant de Stendhal) ?
Comment caractériser l'art de Stendhal sans mentionner que ce va-et-vient est systématique chez lui ?

La focalisation interne

On illustre souvent le narrateur omniscient par des extraits qui montrent qu'il connaît le passé de tous les personnages. Mais si c'est d'un seul personnage quand il n'y pense pas, je ne sais pas, je n'arrive pas à imaginer exactement à quoi ça ressemble...La nuance est délicate ! Tu n'aurais pas l'extrait en question ?

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La focalisation interne

Pour vous donnez un exemple Ammy, voici :

Il était fatigué. La journée, il l'avait passée à courir à droite et à gauche pour trouver un gâteau d'anniversaire....

Mais on dit que Narrateur=Personnage, donc logiquement, le narrateur peut citer tout le passé du personnage, cela n'a rien d'omniscient, non ?

La focalisation interne

Le narrateur omniscient connait tout : le passé, le présent, l'avenir, les pensées du personnage, celles qu'il s'avoue, et celles qu'il ne s'avoue pas.
Le narrateur omniscient sait tout, et parfois, pour ménager des surprises au lecteur, il ne dit pas tout ce qu'il sait.

Dans votre exemple :

Il était fatigué. La journée, il l'avait passée à courir à droite et à gauche pour trouver un gâteau d'anniversaire....

l'hésitation est permise entre focalisation interne au discours indirect libre, ou focalisation zéro :

J'étais fatigué. La journée, je l'avais passée à courir à droite et à gauche pour trouver un gâteau d'anniversaire....

Par contre :

Il était fatigué. Le cancer qui le dévorait sournoisement à son insu venait d'entrer en phase terminale...

phrase que je viens d'inventer, est en focalisation zéro : le personnage ne sait pas qu'il a un cancer.

La focalisation interne

On ne peut juger sur ces deux phrases isolées. les deux peuvent être vrais, c'est sur l'ensemble du paragraphe ou du passage qu'on pourrait affirmer que la focalisation est interne ou non.

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La focalisation interne

D'accord d'accord. Mais dire Narrateur=Personnage, cela équivaut à dire que tout ce qui est su par le personnage peut être cité par le narrateur non ?

Autre exemple:

Pierre rentra chez lui. Cela ne faisait que très peu de temps qu'il habitait la rue Claude. Sa jeunesse, il l'avait passé avenue Victor Hugo. Il vécut avec sa mère -son père l'ayant abandonnée- jusqu'à ce que celle-ci ne meure. Maintenant, il avait refait sa vie et se sentait bien dans sa nouvelle maison.

Merci!

La focalisation interne

Dans cet exemple précis en effet le point de vue est omniscient. Le narrateur nous renseigne sur le passé du personnage grâce à un flashback, sorte de parenthèse dans l'action.
Dans un point de vue interne, on suit l'action à travers les yeux du personnage, on suit ses pensées, ses regards, etc. Effectivement on peut se plonger dans son passé s'il est logique qu'à ce moment là il y repense, par exemple parce qu'un détail a fait resurgir des souvenirs. Sinon le narrateur peut (comme dans ton exemple précédent) ajouter un détail sur le passé du personnage, détail qui s'intègre dans le contexte (exemple du gâteau d'anniversaire).
Mais ici c'est différent : on n'a quasiment pas les pensées et sentiments du personnage, on a vraiment uniquement un flashback qui a pour but de renseigner le lecteur, en général en début de roman. Rien ne donne l'impression qu'il puisse s'agir d'une focalisation interne (sauf "il s'y sentait bien", mais c'est trop peu, cette info est fournie comme une autre par le narrateur omniscient)

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La focalisation interne

D'accord, ça confirme donc une de mes premières hypothèses: le narrateur est dans la tête du personnage au jour le jour, à la minute.

N'est-ce pas ?


Et donc on annule par la même occasion un éventuel "test de reconnaissance" qui consisterait à transposer un texte de focalisation interne écrit à la 3ème personne du singulier en un texte écrit à la 1ère personne du singulier.

Est-il probable de trouver dans un texte où la focalisation interne ressort le plus un passage omniscient similaire à l'exemple que j'ai donné ?

Encore merci Ammy !

La focalisation interne

Il ne faut pas être dupe de l'illusion référentielle :

D'accord d'accord. Mais dire Narrateur=Personnage, cela équivaut à dire que tout ce qui est su par le personnage peut être cité par le narrateur non ?

Narrateur = Personnage, cela équivaut à dire que le Narrateur ne narre que ce que le personnage peut savoir selon les données de l'intrigue.
La focalisation, c'est le point de vue adopté par le Narrateur : je sais tout, je ne sais que ce que sait Y, je ne sais rien.

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La focalisation interne

Ce n'est pas être dupe. On dit que le narrateur sait tout ce que sait le personnage. Or, l'exemple que j'ai donné est désigné comme omniscient dans mes cahiers d'école. Pourtant le personnage connaît son enfance, non !?

Omniscient qualifie donc le fait que le narrateur en sait beaucoup plus que n'en saurait quelqu'un de banal. N'est-ce pas ?