Faire + infinitif. Exposé.

FAIRE + INFINITIF

Sources : Riegel, Grevisse, Hanse, Larousse, Denis-Sancier.

* Ce mélodrame (sujet) fait + Margot (sujet) pleure.
Dans la construction CAUSATIVE OU FACTITIVE, l’enchâssement des deux segments entraîne deux modifications :
1 le sujet du second segment est POSTPOSÉ au verbe conjugué ;
2 son verbe se met à l’INFINITIF.
→ Ce mélodrame fait + PLEURER MARGOT.

Cette PÉRIPHRASE VERBALE « faire + infinitif » signifie que le sujet est la CAUSE de la réalisation du procès.
Elle a pour effet d’introduire un « actant » SUPPLÉMENTAIRE :
* Pierre tombe. → PAUL fait tomber PIERRE. 1 → 2 actants.
* Pierre donne un livre à Paul. → JE fais donner un livre à PIERRE par PAUL. 2 → 3 actants.

La séquence se comporte COMME une LOCUTION VERBALE :
* Il ne faut pas dire que la Révolution a créé l’égalité. Elle a FAIT DISPARAÎTRE le principe monstrueux de l’inégalité. (T. Bernard) → Elle a ABOLI l’inégalité.
Tout comme un autre SEMI-AUXILIAIRE :
→ L’inégalité VA disparaître / COMMENCE À disparaître, etc.

REMARQUES PRÉALABLES :
1- Les deux verbes ont nécessairement des SUJETS DISTINCTS :
* Ce mélodrame fait pleurer Margot. → Ce mélodrame fait que MARGOT PLEURE.
- le verbe conjugué a pour SUJET « Ce mélodrame » ;
- l’infinitif a pour SUJET « Margot ».

2- Les deux verbes NE PEUVENT PAS ÊTRE DISSOCIÉS ; le sujet de l’infinitif ne peut pas être INTERCALÉ.
* Jean FAIT RIRE Marie. Il la FAIT RIRE.
* FAIS SOIGNER Marie.
* Il FAIT RÉPARER sa voiture. Il la FAIT RÉPARER.
* Si vous voulez FAIRE ENRAGER votre femme, évitez de la contredire. (André Prévot)
* ° J’ai FAIT tout le monde SORTIR. → J’ai FAIT SORTIR tout le monde.

EXCEPTIONS : LA DISSOCIATION EST FAITE :
a- par le PRONOM PERSONNEL dans la phrase IMPÉRATIVE AFFIRMATIVE :
* FAIS-la SOIGNER. ? Ne la FAIS PAS SOIGNER.
b- par l’insertion d’un ADVERBE :
* Ce qu’il voit ne le FAIT PAS CHANGER d’avis. (Yourcenar)
* La peinture abstraite FAIT TRÈS SOUVENT BRAIRE les ânes, SE PÂMER les poules et bâiller les singes. (René Floriot)
* Il y a des moments où l’absence d’ogres SE FAIT CRUELLEMENT SENTIR. (Allais)

3- Ce type de CONSTRUCTION INFINITIVE n’est pas propre à FAIRE ; il y a aussi laisser, regarder, voir, entendre, sentir, etc.
Mais FAIRE (outre LAISSER) se singularise par le fait qu’il se comporte comme un QUASI-AUXILIAIRE ou un SEMI-AUXILIAIRE du second verbe : « Jean FAIRE RIRE Marie » peut en effet se transformer en « Jean DIVERTIT Marie ».

4- Il est impossible de faire une transformation en RELATIVE ou en COMPLÉTIVE comme on peut le faire ailleurs :
* J’entends les oiseaux chanter.
→ J’entends les oiseaux QUI chantent.
→ J’entends QUE le oiseaux chantent.

5- Sur le plan SÉMANTIQUE, faire se distingue de laisser :
- FAIRE suppose une participation ACTIVE du sujet : * Je vous FERAI rire.
- LAISSER suppose une participation passive, TOLÉRATIVE : * Je vous LAISSERAI rire.

6- Le COMPLÉMENT D’AGENT ne se limite pas à la voix passive.
À propos de la PROPOSITION INFINITIVE, Grevisse écrit en effet :
« Dans l’exposé qui va suivre, on emploiera, pour plus de commodité, les mots de DATIF et d’ACCUSATIF ; le sujet, OU PLUTÔT L’AGENT, de la proposition infinitive est au DATIF quand il prend la forme d’un c.o.i. :
* Je fais bâtir ma maison À CET ARCHITECTE. Je LUI fais bâtir ma maison.
Il est à l’ACCUSATIF quand il prend la forme d’un c.o.d. :
* Je vois venir MON PÈRE. Je LE vois venir. » (FIN DE CITATION)
→ Je fais venir MON PÈRE. Je LE fais venir.

7- Le PARTICIPE PASSÉ « fait » est toujours invariable, quelle que soit l’analyse.
* Je les ai FAIT jurer sur la Bible.
* La maison que j’ai FAIT construire.

PARTICULARITÉS SYNTAXIQUES : SIX « CAS DE FIGURE »

(A) L’ INFINITIF EST INTRANSITIF ; IL N’A PAS DE C.O.D.
Son sujet se met à L’ACCUSATIF.
→ Ce mélodrame fait pleurer MARGOT. → Il LA fait pleurer.

(1) Le NOM SUJET est POSTPOSÉ à l’infinitif, évidemment sans préposition :
* Je ferai venir LES ENFANTS.
* La vérité fait rougir LE DIABLE. (Shakespeare)
* Je ferai renoncer CET HOMME à ses prétentions. (Littré)
* La musique sert peut-être en ce qu’elle fait estimer LE SILENCE à son prix. (Goncourt)
* La morale consiste à faire prévaloir LES INSTINCTS SYMPATHIQUES sur les impulsions égoïstes. (Comte)
* Le meilleur moyen de faire cesser LA TENTATION, c’est d’y succomber. (T. Bernard)
* La difficulté pour un chasseur est de faire lever LE GIBIER et de faire coucher LES FEMMES. (Delacour)
* Il y a des présences qui font paraître LE CIEL toujours gris. (Grépon)
* Les femmes font marcher LES HOMMES et LE COMMERCE. (Willemetz)
Construction ANORMALE :
* La crainte de tomber fit ALAIN se ressaisir. (Cesbron) → fit se ressaisir ALAIN.

(2) C’est également vrai pour les PRONOMS AUTRES QUE PERSONNELS :
* On a trouvé, en bonne politique, le secret de faire mourir de faim CEUX qui, en cultivant la terre, font vivre LES AUTRES. (Voltaire)

(3) Mais le PRONOM PERSONNEL ACCUSATIF est ANTÉPOSÉ au verbe CONJUGUÉ : 
→ Ce mélodrame LA fait pleurer.
* Dans le monde, tout tend à ME faire descendre ; dans la solitude, tout tend à ME faire monter. (Chamfort)
* On peut juger souvent de l’esprit d’une femme sur ce qui LA fait rire, mais aussi sur ce qui ne LA fait pas rire. (Capus)
* Pour éteindre le remords, il n’est que de renouveler l’acte qui L’a fait naître. (Shaw)
* On lave son linge sale en famille et on LE fait sécher en public. (Bourliaguet)
* Personne au monde ne LE fera changer d’avis. (Cocteau)
* Il n’y a pas eu moyen de LE faire renoncer à son mystère ridicule. (Robbe-Grillet)
* Les intellectuels sont comme les femmes, les militaires LES font rêver. (Malraux)
* La femme ne blague les larmes des hommes que si elle LES a elle-même fait couler. (Courteline)
* Faites-LE entrer. 

EXEMPLES avec un NOM (postposé) ET un PRONOM PERSONNEL (antéposé) :
* Un oignon suffit à faire pleurer LES GENS, mais on n’a pas encore inventé le légume qui LES ferait rire. (Will Rogers)
* Il est très difficile de faire entrer UNE FEMME dans sa quarantième année. Et plus difficile encore de L’en faire sortir. (Roussin)
* Il vaut mieux faire rougir UNE FEMME que de LA faire rire. (Karr)
* Il y a mille inventions pour faire parler LES FEMMES, mais pas une seule pour LES faire taire. (Bouchet)
* C’est la superstition qui a fait immoler DES VICTIMES HUMAINES, c’est la nécessité qui LES a fait manger. (Voltaire)

Le DATIF (c.o.i.) du PRONOM PERSONNEL se rencontre AUSSI :
* Si vous croyez que c’est commode de LUI faire changer d’idée. (Benoit)
* … pour LUI faire renoncer à son projet. (Robbe-Grillet)
* On LUI faisait parler de la mort de sa mère. (Sabatier)
* Des jeunes filles LUI faisaient penser à Marie-Louise. (B. Clavel)
* L’épousant, je LUI fis renoncer au théâtre. (Anouilh)
* De tels honneurs LUI faisaient penser à ceux qui… (Yourcenar)
* Vous LUI ferez changer de chemin. (Butor)
* La raison est donnée à l’homme pour LUI faire reconnaître qu’elle ne sert à rien. (Remarque)
* Un cours de Bergson LEUR aurait fait changer d’avis. (Green)
Les CLASSIQUES utilisaient le datif même pour le NOM :
* Faites votre devoir, et laissez faire AUX DIEUX. (Pierre Corneille)

(B) L’INFINITIF EST TRANSITIF.
* Pierre a relu MON TRAVAIL (c.o.d.). → J’ai fait relire MON TRAVAIL PAR Pierre.

L’AGENT :
(1) EST INTRODUIT PAR LA PRÉPOSITION PAR ou À ;
Lorsque l’infinitif est employé transitivement, son sujet (AUTRE que pronom personnel) prend la forme d’un complément prépositionnel en PAR ou en À.
Il apparaît « comme UNE SORTE DE COMPLÉMENT D’AGENT » (Riegel).
→ J’ai fait relire mon travail PAR Pierre / À Pierre. (AU CHOIX)
→ … PAR / À quelques-uns. / … PAR / À tout le monde.
* Je ferai bâtir ma maison À ou PAR cet architecte. (Littré)
* L’architecte À qui / PAR qui j’ai fait bâtir ma maison.
* Je ferai examiner l’affaire À / PAR celui-ci. … À / PAR chacun d’eux.
* Je ferai visiter le parc PAR les enfants / AUX enfants.
* … en train de faire lire À ses philosophes le sonnet de Keats. (Butor)
* Et l’on fit traverser Paris À ces femmes. (Hugo)
* Le cinéma est l’art de faire faire de jolies choses À de jolies femmes. (Jean Auriol)
Dans une langue LITTÉRAIRE RECHERCHÉE : antéposition du nom.
* Les profondes raisons qui ont fait RACINE rejeter tout ce qui fut tant recherché avant lui. (Valéry)
* Je ne ferai pas LAFCADIO raconter mon roman. (Gide)
* Le courage […] qui fait L’HOMME dominer sa peur. (Ikor)
→ qui fait dominer sa peur PAR l’homme.
→ qui fait À l’homme dominer sa peur.

(2) se met, en antéposition, au DATIF lorsqu’il est un PRONOM PERSONNEL :
→ Je LUI ai fait relire mon travail.
* Je ne TE le fais pas dire !
* Je LUI ferai vider ses poches.
* La romance que je LUI ai fait chanter.
* Cessez de vous défendre de ce que vos regards M’ont souvent fait entendre. (Molière)
* Maintenant, les femmes mariées VOUS font promettre de les épouser. (Capus)
* Le grand avantage de la passion, c’est qu’elle NOUS fait passer le temps. (T. Bernard)
* Quand une femme aime vraiment un homme, il peut LUI faire faire tout ce qu’elle veut. (Proverbe)

Le PRONOM PERSONNEL de la TROISIÈME personne se met AUSSI à L’ACCUSATIF :
* Il m’est impossible de LE faire aborder ce sujet. (Duhamel)
* L’angoisse LA faisait plier les genoux. (Mallet-Joris)
* Un rêve qui LA fit ébaucher un sourire douloureux. (B. Clavel)
* Je L’ai fait relire mon travail.
* Je L’avais fait jurer qu’il viendrait. (Billy)
* Des nouvelles un peu moins bonne LES firent précipiter leur départ. (Gide)
* L’inquiétude naturelle aux malades qui LES fait essayer sans cesse de nouveaux régimes. (Bourget)
* Les femmes les plus naïves ont un sens merveilleux qui LES fait ressaisir bientôt tout l’empire qu’elles ont laissé perdre. (R. Martin du Gard)
Déjà à l’époque CLASSIQUE :
* Les vrais juifs et les vrais chrétiens ont toujours attendu un Messie qui LES ferait aimer Dieu. (Pascal)

Lorsque l’agent ET l’objet de l’infinitif sont DES PRONOMS PERSONNELS, le pronom AGENT :
a- SE MET AU DATIF quand ILS sont JOINTS DEVANT le verbe principal :
* Ce devoir, je LE LUI ferai recommencer. (C’est LUI qui recommencera.)

b- SE MET À L’ACCUSATIF quand ILS NE SONT PAS JOINTS DEVANT le verbe principal :
* Ce mot d’estime LA faisait ME remercier. (Sainte-Beuve) (C’est ELLE qui remercie.)

Si le verbe principal est à L’IMPÉRATIF, l’agent, selon la tournure, peut être :
1 au DATIF :
* Ce livre, fais-le-LUI lire.
* Ce devoir, faites-le-LEUR recommencer. 
* Ce livre, ne le LEUR faites pas lire.
2 ou à l’ACCUSATIF :
* Ce livre, faisons-LES le lire.
* Ne LES fais pas nous injurier.

RIEGEL CONSIDÈRE :
a- que la construction en PAR équivaut à une construction PASSIVE ; il dit : « le complément en PAR a les propriétés du complément d’AGENT de la voix passive ».
* J’ai fait relire mon travail PAR Pierre.
→ Mon travail été relu PAR Pierre.
→ J’ai OBLIGÉ Pierre à relire mon travail. (J’agis directement sur Pierre)
* Il fait réparer sa voiture PAR un mécanicien.
* Il fait étudier le latin PAR sa fille.
* Deux visages semblables, dont aucun ne FAIT RIRE en particulier, FONT RIRE ensemble PAR leur ressemblance. (Pascal) → Leur ressemblance fait rire.

b- que la construction en À équivaut à un C.O.I. :  Riegel dit : « le groupe prépositionnel introduit par À se comporte COMME un complément de verbe ».
* J’ai fait relire mon travail À Pierre.
→ J’ai proposé À Pierre de relire mon travail.
→ J’ai fait en sorte que Pierre relise mon travail. (Je suis à l’origine du procès, sans plus.)
* Il fait réparer sa voiture À un mécanicien. → Il la LUI fait réparer.
* Il fait étudier le latin À sa fille. → Il le LUI fait étudier.
* Vous faites dire À CICÉRON une chose qu’il n’a jamais dite. (Littré) → Vous LUI faites dire.

Avec À, il peut y avoir AMBIGUÏTÉ lorsque l’infinitif admet aussi un c.o.i. :
* J’ai fait écrire une lettre À ses parents.
Écrire une lettre à ses parents ? Ses parents ont dû écrire une lettre ?
→ J’ai fait écrire une lettre PAR ses parents. (Seule solution)
* Il faisait lire le journal PAR son fils. (À son fils serait ambigu.).
* J’ai fait ouvrir la porte PAR les enfants. (AUX enfants serait ambigu.)

(C) L’INFINITIF N’A PAS DE SUJET
L’agent est alors indéterminé.
* Ce produit FAIT DORMIR. + ceux qui le prennent.
* J’ai FAIT REPEINDRE ma chambre. + par quelqu’un.
* Philosophons un peu, cela FAIT DIGÉRER. (Victor Hugo)
* J’ai FAIT GRAVER chez moi, à l’intérieur de ma porte : Sortie libre. (Guitry)
* La vraie pudeur, c’est de cacher ce qui n’est pas beau à FAIRE VOIR. (Courteline)

Si un verbe TRANSITIF est suivi d’un NOM complément, celui-ci peut être compris :
1- soit comme le sujet de l’infinitif, sans complément ;
* J’ai fait lire LES ENFANTS. → Les enfants lisent.
2- soit comme le complément de l’infinitif, avec sujet indéterminé.
* J’ai fait lire CE LIVRE. → On lit ce livre.
Si l’infinitif peut admettre aussi bien un sujet qu’un objet, la phrase sera ambiguë.
* L’ogre a fait manger LES ENFANTS. L’ogre LES a fait manger.
Les enfants doivent manger ? Les enfants sont mangés par quelqu’un ?
→ L’ogre a fait en sorte que LES ENFANTS MANGENT.

(D) LE SUJET DE FAIRE ET L’OBJET DE L’INFINITIF SONT CORÉFÉRENTIELS
L’objet se réalise sous la forme d’un pronom RÉFLÉCHI antéposé.
* Il S’est fait nommer à ce poste. → ° IL a fait nommer LUI à ce poste.
Mais la construction causative est EXCLUE :
1- pour les constructions pronominales passives,
* ° Son intervention a fait SE calmer les perturbateurs.
→ Son intervention A CALMÉ les perturbateurs.
2- pour les verbes qui intègrent déjà un sens causatif.
* ° Le concierge a fait S’ouvrir la porte.
→ Le concierge A OUVERT la porte. / A FAIT OUVRIR la porte.

(E) L’INFINITIF EST PRONOMINAL : FAIRE + SE + INFINITIF.
L’agent de l’infinitif se met à l’ACCUSATIF :
* Une mollesse parfois LA faisait S’ÉTENDRE sur l’herbe drue d’une pente. (Maupassant)
* Ma belle-sœur L’a fait S’APERCEVOIR qu’il avait les cheveux d’une longueur démesurée. (Rolland)
* Une conversation qui LE fit rapidement S’ENFUIR. (Aragon)
Parfois au DATIF :
* Une résolution qui LUI fait SE DIRIGER vers la place de la Concorde. (Bourget)

L’EFFACEMENT DU PRONOM RÉFLÉCHI est selon les cas (souci de clarté ou d’euphonie) :
1- facultatif,
* Elle le fait (S’)ASSEOIR.
* Avez-vous fait ENVOLER de ces branches / Quelque aigle monstrueux ? (Hugo)
2- obligatoire,
* Il nous a fait TAIRE.
3- interdit.
* Il la fait S’ARRÊTER. ? Il la fait ARRÊTER.
* Le hasard les avait fait SE CONNAÎTRE. ? Le hasard les avait fait CONNAÎTRE.

(F) LE VERBE FAIRE EST PRONOMINAL : SE + FAIRE + INFINITIF.
1- Cette tournure est un équivalent sémantique (approximatif) de la VOIX PASSIVE.
* SE FAIRE enterrer un vendredi 13 ? Il faut vraiment ne pas être superstitieux. (Campion)
→ ÊTRE enterré un vendredi 13.
* J’avais peur de tomber ; maintenant j’ai peur de ME FAIRE descendre. (Bedos)
→ J’ai peur d’ÊTRE descendu.

* Pour ceux qui vont chercher midi à quatorze heures, la minute de vérité risque de SE FAIRE attendre longtemps. (Dac) → … risque d’ÊTRE attendue longtemps.
* L’opticien SE FAIT payer très cher ce que les autres ont à l’œil. (Jules Lévy)
* Ce n’est pas le tout de SE FAIRE admirer, il faut encore SE le FAIRE pardonner. (Comtesse Diane)
* La psychanalyse est un examen où on est sûr de SE FAIRE étendre. (Scipion)
* Si la forte voix servait à quelque chose, l’âne SE serait FAIT construire des palais. (Proverbe libanais)
* Dans le tumulte actuel, la voix qui SE FAIT le mieux entendre est celle qui parle bas. (Bourbon-Busset)
* Je ne crois que les histoires dont les témoins SE FERAIENT égorger. (Pascal)
* Dieu est un vieux monsieur qui adore SE FAIRE prier. (Breffort)
* Le premier devoir dans le mariage est de SE FAIRE pardonner d’être là. (Jean Rostand)
* J’aime les femmes qui ne parlent pas et qui ne SE FONT pas payer trop cher. (Mérimée)
* Mais il faut tant d’argent pour SE FAIRE soigner / Que, puisqu’il faut mourir, autant vaut l’épargner. (Regnard)

2- L’AGENT de l’infinitif est introduit au moyen de PAR ou de DE (selon les règles en usage pour le complément d’agent du VERBE PASSIF) :
* Il SE FAIT emporter PAR le courant.
* Elle SE FAISAIT aimer DE tous les hommes.
* La modestie est l’art de SE FAIRE dire PAR les autres le bien qu’on n’ose pas dire de soi-même. (Valyère)
* La médecine, c’est ingrat. Quand on SE FAIT honorer PAR les riches, on a l’air d’un larbin ; par les pauvres, on a tout du voleur. (Céline)

3- Avec faire et laisser, l’infinitif NE PEUT PAS être remplacé par un PARTICIPE PASSÉ  :
* Il se SENTAIT ENVAHIR / ENVAHI PAR une profonde tristesse. (Selon le sens : non accompli et accompli.)
* Il se FAISAIT / se LAISSAIT ENVAHIR PAR une profonde tristesse.

Faire + infinitif. Exposé.

Merci cher Edy c'est très complet et très clair
Nous n'avons plus droit aux fautes désormais   

3

Faire + infinitif. Exposé.

Bonsoir Edy,

Que pensez-vous de cette phrase par rapport à votre problématique : « Les filles du père Goriot se sont fait gruger par leurs amants respectifs »?

Merci.

Faire + infinitif. Exposé.

Bonsoir, Michel !

* Les filles du père Goriot SE SONT FAIT GRUGER PAR leurs amants respectifs.

L’énoncé illustre ce que j’ai écrit au point F :

1- Cette tournure est un ÉQUIVALENT SÉMANTIQUE (APPROXIMATIF) DE LA VOIX PASSIVE.
→ Les filles du père Goriot ONT ÉTÉ GRUGÉES PAR leurs amants respectifs.

C’est réel, mais c’est APPROXIMATIF :
SE SONT FAIT GRUGER insiste sur le fait que leurs amants ont été les acteurs d’un SYSTÈME, sûrement répétitif.

En remplaçant FAIRE PAR LAISSER, on indiquerait qu’elles ont eu un rôle tout à fait PASSIF, sans protestation ; tolératif, disent les grammairiens à propos de cette tournure.

2- L’AGENT de l’infinitif est introduit au moyen de PAR ou de DE (selon les règles en usage pour le complément d’agent du VERBE PASSIF).
La préposition PAR est correctement employée. On s’en serait douté.

5

Faire + infinitif. Exposé.

Bien, très bien tout cela.
Dans votre réponse vous utiliser un point virgule situé un espace après la lettre qui le précède.
Nous sommes en liaison via nos claviers, les subtilités de l'écrit ne peuvent donc pas y être vues.
Ceci pour vous pardonner...

En effet, j'aime voir le point virgule; collé à la dernière lettre ; plutôt qu'espacé.

Cordialement.

M. JEAN François.

Dussè-je y laisser une trace; les parfums anecdotiques de l'ironie resteront miens. (moi-même)

6

Faire + infinitif. Exposé.

zerealisateur a écrit :

Bien, très bien tout cela.
Dans votre réponse vous utiliser un point virgule situé un espace après la lettre qui le précède.
Nous sommes en liaison via nos claviers, les subtilités de l'écrit ne peuvent donc pas y être vues.
Ceci pour vous pardonner...

En effet, j'aime voir le point virgule; collé à la dernière lettre ; plutôt qu'espacé.

Cordialement.

M. JEAN François.

Dussè-je y laisser une trace; les parfums anecdotiques de l'ironie resteront miens. (moi-même)

Mais si vous n'aimez pas : c'est ainsi qu'il faut pratiquer, espace avant et après le point-virgule. Règle orthotypographique de base.

Faire + infinitif. Exposé.

Bonjour Cathreine,

Le problème, c'est que nos claviers limitent nos possibilités. Pour les puristes, le point-virgule doit être précédé d'une petite espace (d'imprimerie). Or, nous sommes condamnés à espace/pas d'espace...

Muriel

8

Faire + infinitif. Exposé.

Muriel H. a écrit :

Bonjour Cathreine,

Le problème, c'est que nos claviers limitent nos possibilités. Pour les puristes, le point-virgule doit être précédé d'une petite espace (d'imprimerie). Or, nous sommes condamnés à espace/pas d'espace...

Muriel

Oui, bien sûr, c'est mon problème également. Mais entre espace ou pas d'espace, je pense qu'il ne faut pas hésiter à préférer une espace normale (insécable, bien sûr) si l'on n'a pas la possibilité d'en faire une petite.

9

Faire + infinitif. Exposé.

Merci Edy pour ton excellent exposé !

En passant, j'ai une question à vous poser, à tous mes amis français.
Dans la construction CAUSATIVE OU FACTITIVE "faire + infinitif", quelle est la fonction(constituant de la phrase) de l'infinitif ?
Par exemple :
※ Ce mélodrame fait PLEURER Margot (Ce mélodrame la fait PLEURER).
   - Margot(la) : COD
   - PLEURER : ??? --- COI ?????  attribut du COD ?????
※ Je me fais DORMIR.
   - me : COD
   - DORMIR : ???

Merci, d'avance.

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Faire + infinitif. Exposé.

Faire pleurer et faire dormir sont deux périphrases verbales indissociables d'un point de vue syntaxique.