Verbes pronominaux. Exposé sur le sens et la syntaxe.

Bonsoir !

Comme promis, voici un exposé sur la SIGNIFICATION et la SYNTAXE DES FORMES PRONOMINALES DU VERBE.
Sa longueur s’explique à la fois par l’abondance des exemples, tirés de mon corpus, et par mon souci de creuser la question plus qu’on ne le fait d’ordinaire dans une seule grammaire.
Certains exemples sont difficilement classables ; il vous est loisible de suggérer un autre rattachement. Et de proposer l’une ou l’autre rectification. Merci déjà !
Il ne sera pas question de L’ACCORD DU PARTICIPE PASSÉ : la question a été vue ailleurs. Par parenthèse, ce problème d’accord a beaucoup contribué à l’étude des verbes pronominaux…
SOURCES : Grevisse, Riegel, Wagner et Pinchon, Bonnard, Denis-Sancier, Larousse, Baylon, Gardes-Tamine.

QUATRE CRITÈRES FORMELS CARACTÉRISENT LES FORMES VERBALES PRONOMINALES.

  1. Elles sont construites avec un PRONOM PERSONNEL COMPLÉMENT RÉFLÉCHI, c’est-à-dire qui s’identifie au sujet (= CORÉFÉRENTIEL au sujet, ayant le MÊME RÉFÉRENT, donc de la MÊME PERSONNE, DU MÊME RANG que le sujet).
    * LA SAGE sait SE vendre où LA SOTTE SE donne. (Régnier)
    * L’orgueilleux SE REGARDE dans un miroir ; le vaniteux SE CONTEMPLE dans les yeux des autres. (Mergeai)
    Elles se distinguent en cela de la forme NON PRONOMINALE.
    → La sage sait VENDRE SES CHARMES où la sotte LES DONNE. (Deux COD)
    → L’orgueilleux REGARDE SA PERSONNE dans un miroir ; le vaniteux CONTEMPLE LA SIENNE dans les yeux des autres. (Deux COD)

  2. PLACE de ce pronom complément : il PRÉCÈDE LE VERBE et son auxiliaire.
    * Je ME RASE tous les jours. Hier, je ne ME SUIS pas rasé.
    EXCEPTION : à l’impératif AFFIRMATIF, le verbe le précède, avec un trait d’union.
    * RASE-TOI. ≠ Ne TE RASE pas.

  3. LES VERBES DES TEMPS COMPOSÉS S’AUXILIENT TOUS AVEC ÊTRE.
    * Je me lave. → Je me SUIS LAVÉ.
    * Je me SUIS TROMPÉ. ≠ Je n’AI trompé que moi-même.
    * Il y a quelque temps, la quarantaine faisait fureur, mais je ME SUIS LAISSÉ DIRE que les dames voulaient lancer la cinquantaine pour l’hiver prochain. (Oliver Goldsmith)
    À l’inverse, les verbes non pronominaux s’auxilient les uns avec avoir et les autres avec être : * J’AI pénétré. * Je SUIS sorti.

  4. LA TRANSFORMATION PASSIVE est impossible, alors même qu’il y a un COD.
    * Je ME rase. → ° Je suis rasé par moi.

OBSERVATIONS PRÉALABLES

(a) La définition évoquée récemment « qui se conjugue avec deux pronoms personnels DE LA MÊME PERSONNE » est DOUBLEMENT INEXACTE :
1 Le sujet peut être autre chose qu’un pronom personnel, par exemple un ou plusieurs noms.
* L’HOMME ET LA FEMME SE prennent, SE déprennent, S’entreprennent, SE reprennent et SE surprennent, mais ILS ne SE comprennent pas. (Thiaudière)
2 elle aboutit à inclure des énoncés non pronominaux : ELLE LE lave.

(b) Le pronom complément doit donc être de la MÊME PERSONNE que le sujet.
* JE ME rase. TU TE laves. IL / ELLE SE peigne. NOUS NOUS dépêchons. Etc.

(c) Les formes CONJOINTES (TYPE : je, me, tu, te…) s’opposent aux formes DISJOINTES (TYPE : moi, toi, lui…). SEULES LES PREMIÈRES sont ici utilisées.
RAPPEL : il n’y a de pronom FORMELLEMENT réfléchi qu’à la troisième personne « SE » ; les autres pronoms servent également à la forme NON pronominale :
* IL / ELLE SE rase. ILS /ELLES SE rasent. ? IL LE /LA rase.

(d) COORDINATION de verbes pronominaux : le pronom est habituellement répété.
* Ils SE haïssent et SE craignent.
* Ces passagers passent le temps à SE calomnier, déchirer, torturer les uns les autres. (Maurois)

(e) LE PRONOM COMPLÉMENT PEUT ÊTRE :
1- COD,
* Une femme ne SE DONNE qu’à son premier amour ; à tous les autres elle SE REPREND. (Rivarol) (→ ° Elle donne elle. ° Elle reprend elle.)
* Le malchanceux, c’est celui qui prépare tranquillement un nœud coulant dans un bois pour SE PENDRE et qui SE FAIT ARRÊTER par le garde-champêtre pour pause illicite de collet. (Francis Blanche)

2- COI.
* Un secret, c’est une chose qu’on SE RACONTE à voix basse, et séparément. (Pagnol)
(→ l’un raconte À l’autre, ET l’autre raconte À l’un…)

(f) les verbes pronominaux sont
- TRANSITIFS DIRECTS,
* Le chat ne nous caresse pas, il SE CARESSE à nous. (Rivarol)
- TRANSITIFS INDIRECTS,
* SOUVENEZ-VOUS, avant d’écrire, DE la beauté du papier blanc. (Veuillot)
- OU INTRANSITIFS.
* L’eau potable de nos chasses d’eau S’EN VA en fumée. (Télé)

(g) La définition regroupe des verbes et des emplois DIFFÉRENTS, mais leur TRAIT COMMUN est, j’y insiste : le sujet et le complément sont CORÉFÉRENTIELS.
* JE ME soigne. = Réfléchi ou réflexif.
* ILS SE détestent. = Réciproque.
* LES JOURS SE suivent. = Successif.
* JE ME souviens. = Lexicalisé. Essentiellement pronominal.
* JE ME promène. = Lexicalisé. Accidentellement pronominal.
* ÇA SE vend bien. = Sens passif.

* ON S’ENLACE. Puis, un jour, ON S’en LASSE, c’est l’amour. (Victorien Sardou)
* Après l’amour, dix pour cent des hommes SE RETOURNENT sur leur côté droit et S’ENDORMENT ; dix pour cent font de même sur leur côté gauche ; les autres SE RHABILLENT et rentrent chez eux. (Francis Blanche)
* Hier, les héros de votre feuilleton SE DISAIENT vous ; aujourd’hui ils SE TUTOIENT. C’est scandaleux ! - Cher lecteur, nous ne sommes pas responsables de ce qui SE FAIT entre deux éditions de notre journal. (Anonyme)
* En amour, on ne S’EXPLIQUE pas, on SE FAIT COMPRENDRE. (Pontich)

(h) VOIX MOYENNE OU TOPICALISATION MOYENNE
Cette terminologie occasionnelle fait ressortir que « Je me rase » se situe ENTRE :
- la voix active : Je rase.
- et la voix passive : Je suis rasé.
Certains parlent de VOIX PRONOMINALE, alors qu’il n’y a en réalité que deux voix : la voix active et la voix passive. Cette prétendue voix n’a d’ailleurs pas de spécificité : ni sur le plan morphologique, ni quant aux pronoms (fonction positive ou fonction nulle), ni quant au sens des verbes. On y reviendra.
On parle surtout de FORME OU DE CONSTRUCTION PRONOMINALE.

(i) Certains verbes admettent PLUSIEURS CONSTRUCTIONS.
* Il aperçoit LE CLOCHER. (Non pronominale : verbe + COD)
* Je M’aperçois dans la vitrine. (Réflexif)
* Les armées SE sont aperçues de loin. (Réciproque)
* Je M’en suis aperçu. (Lexicalisé)
* Le clocher S’aperçoit de loin. (Sens passif)

* Je LE vois dans la glace. (LE est analysable : COD, non réfléchi.)
* Je ME vois dans la glace. (ME est analysable : COD, réfléchi.)
* Nous NOUS verrons dimanche. (NOUS est analysable : COD, réciproque.)
* L’incendie SE voit de loin. (SE n’est pas analysable : sens passif « EST VU ».)

(A) LES VERBES DONT LE PRONOM PERSONNEL COMPLÉMENT EST ANALYSABLE
La construction n’est, en réalité, qu’une forme particulière de la phrase TRANSITIVE, celle où le sujet et le CO sont coréférentiels.
* JE LE regarde. (Pas de coréférence) → JE ME regarde. (Coréférence : Je = ME)

(1)- LES PRONOMINAUX DE SENS RÉFLÉCHI OU RÉFLEXIF :
- l’action du sujet se réfléchit sur lui ;
- le sujet est à la fois la source et le terme du procès.
Pensez à : se blesser, se tuer, se suicider, se détruire, se brûler, s’excuser.

LE PRONOM COMPLÉMENT peut être :
(a)- un COD,

  • Narcisse SE REGARDE.

  • C’est le miroir qui SE MIRE dans la femme. (Forneret)

  • Une femme qui SE DONNE n’est pas toujours une femme qui SE PERD. (Scholl)

  • L’optimiste est celui qui S’ABRITE sous une fourchette le jour où il va pleuvoir des petits pois. (Cami)

  • Partout où l’homme veut SE VENDRE, il trouve des acheteurs. (Lacordaire)

  • Quand elles SE CONFESSENT, les femmes disent toujours ce qu’elles n’ont pas fait. (Proverbe italien)

  • Ceux qui croient au progrès S’EXPOSENT au regret d’être nés trop tôt. (Oscar Forel)

  • SE SOUMETTRE ou SE DÉMETTRE. (Gambetta)

  • Un port est un endroit où les bateaux venus S’ABRITER de la tempête S’EXPOSENT à la fureur des douaniers. (Bierce)

  • Un imbécile ne S’ENNUIE (accident. pronom.) jamais ; il SE CONTEMPLE. (Gourmont)

  • À la prochaine guerre, le civil qui S’ENGAGERA, ce sera pour SE PLANQUER. (Fernand Raynaud)

  • Je ME CITE souvent : cela apporte du piment à ma conversation. (Bernard Shaw)

  • Être seul, c’est S’ENTRAÎNER à mourir. (Céline)

  • L’histoire ne SE RÉPÈTE pas, mais elle SE PLAGIE. (Jacques Deval)

  • Le seul point sur lequel les Anglais S’ACCORDENT parfaitement avec les Français, c’est de conduire sur la file de gauche. (Anonyme)

  • L’humour est une façon de SE TIRER d’embarras sans SE TIRER d’affaire. (Scutenaire)

  • Qui S’AFFECTE d’une insulte S’INFECTE. (Cocteau)

  • Les plaisirs sont faits pour les gens qui ne S’AMUSENT pas. (Duvernois)

  • Les femmes ressemblent aux girouettes : elles SE FIXENT quand elles SE ROUILLENT (sens passif). (Voltaire)

  • L’Angleterre S’ÉCROULE (essent. pronom.) dans l’ordre, et la France SE RELÈVE dans le désordre. (Churchill)

  • L’âge où l’on SE DÉCIDE à être jeune importe peu. (Duvernois)

Éventuellement avec un attribut du COD :

  • Savoir SE RENDRE ANTIPATHIQUE, c’est bien ; SE RENDRE ODIEUX, c’est mieux. (Pierre Dac)

  • Tu devrais TE (réflexif) MARIER. Chercher à faire le bonheur d’un autre être. Tu verrais comme on S’y REND MALHEUREUX tous les deux. Mais ça instruit. (Gide)

(b)- un COI,

  • Je ME SUIS OFFERT un Grevisse. (Me = à moi)

  • Je vais donc enfin vivre seul ! Et déjà, je ME DEMANDE avec qui. (Sacha Guitry)

  • Mon mari me trompe, et je ME DEMANDE bien avec quoi. (Anonyme)

  • Il faut S’AMUSER (COD) à mentir aux femmes : on a l’impression qu’on SE REMBOURSE (COI ou COD). (Sacha Guitry)

  • Je ne peux pas ME PERMETTRE d’avoir des héritiers, seulement des enfants. (Jean-Charles)

  • Ma réputation ! Le triste effort que je suis obligé de faire pour imiter l’image fausse que vous VOUS FAITES de moi. (Valéry)

  • Je ME RÉSERVE avec fermeté le droit de ME contredire (COD). (Claudel)

(c)- un datif (COI).
La construction dative remplace : « ? Je n’AI pas lavé MES mains ». Elle est valable pour les parties du corps et les vêtements.

  • Je ne ME SUIS pas LAVÉ les mains depuis Ponce Pilate. (Renard)

  • Depuis que je ME SUIS RASÉ la barbe, je ne reconnais plus personne. (Cami)

  • Les Bonaparte, c’est tout de même un clan qui SE REMPLIT les poches (= remplit SES poches), SE DISTRIBUE (réciproque) les couronnes, et qui, en 1851, S’ATTABLE (réflexif) pour le deuxième service. (Mauriac)

  • Au temps du carnaval, l’homme SE MET sur son masque un visage en carton. (Forneret)

Forme RENFORCÉE :

  • Connais-TOI TOI-MÊME et n’en dis rien à personne. (Jones)

La RÉFLEXIVITÉ peut être exclue par le sens du verbe : se rencontrer, se battre en duel, se congratuler, s’embrasser.

Un sujet peut exercer une action SUR LE GROUPE dont IL fait partie.

  • Que j’étais loin de lui quand JE NOUS croyais si proches ! (Simone de Beauvoir)

  • TU NOUS vois la main dans la main ? (Colette)

Ou un groupe SUR UN DE SES MEMBRES :

  • J’aime assez que ce soir / NOUS ME fassions cocu tous les deux. (La Fontaine faisant la cour à sa propre femme.)

(2)- LES PRONOMINAUX DE SENS RÉCIPROQUE :
- l’action des sujets se porte de l’un sur l’autre et vice versa ; relation symétrique ;
- chaque sujet est à la fois agent et patient du verbe ;
- chacun des référents fonctionne comme source et comme terme du procès.
* Des logements si petits qu’on n’y peut que S’EMBRASSER ou SE BATTRE. (Renard)
→ S’embrasser et se battre RÉCIPROQUEMENT.
* En amour, quand deux yeux SE RENCONTRENT, ils SE TUTOIENT. (Karr)
→ Se rencontrent et se tutoient LES UNS LES AUTRES.

Le sujet DOIT DONC ÊTRE :
(a)- un PLURIEL,
* DEUX ÉPOUX doivent SE GARDER de SE QUERELLER quand ils ne S’AIMENT plus assez pour les réconciliations. (Jean Rostand)
* Si tu veux, NOUS NOUS AIMERONS / Avec tes lèvres sans le dire. (Mallarmé)

(b)- un nom COLLECTIF
* Le spectacle insolent d’UN COUPLE qui SE CONNAÎT à vingt ans, S’AIME, SE L’AVOUE, SE le RÉPÈTE et meurt heureux, remplit d’aigreur la plupart des gens. (Déon)
* UN COUPLE heureux qui SE RECONNAÎT dans l’amour défie l’univers et le temps : il SE (COI) SUFFIT, il réalise l’absolu. (Beauvoir)

(c)- une ADDITION DE SINGULIERS.
* ELLE ET LUI S’EMBRASSENT. (= ° Elle embrasse lui et lui embrasse elle.)

« ON » PEUT AVOIR LE SENS D’UN PLURIEL.
* ON ne baise plus, ON S’AIME. (Reiser) (On = nous.)
* Venez dimanche, ON SE TUTOIERA au dessert. (Labiche)

* ON S’ÉTUDIE trois semaines, ON S’AIME trois mois, ON SE DISPUTE trois ans, ON SE TOLÈRE trente ans ; et les enfants recommencent. (Taine)
* ON ne SE MARIE jamais très bien du premier coup, il faut S’y REPRENDRE. (Capus)
* On SE VEUT, puis ON S’en VEUT, c’est l’amour.
* Et si ON SE FAISAIT un petit caprice ? (Pub)
* ON S’AIMAIT, ON ne S’ÉTAIT rien PROMIS, mais ON S’ÉTAIT tout DONNÉ. (Jeanson)
* D’ordinaire, ON SE DIT au revoir quand on espère bien qu’ON ne SE REVERRA jamais, tandis qu’en général ON SE REVOIT volontiers quand ON S’EST DIT adieu. (Sacha Guitry)

LA RÉCIPROCITÉ EST PARFOIS EXPLICITÉE.
* AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES, a dit le Christ, mais il n’a pas interdit les préférences. (Normand)
* Les repas de famille ne consistent pas à SE MANGER ENTRE PARENTS. (Jouy)
* Elles ne S’AIMENT pas ENTRE ELLES. Elles SE HAÏSSENT, mais elles SE PROTÈGENT. (Diderot)
* Il ne faut pas SE REGARDER trop en face ENTRE ÉPOUX, si l’on veut éviter les découvertes. (Giraudoux)
* Mais les républicains, nés bons et vertueux, / N’en sont pas moins sujets à S’ÉGORGER ENTRE EUX. (Berchoux)   
* Il en est des baisers comme des confidences : ils S’ATTIRENT, ils S’ACCÉLÈRENT, ils S’ÉCHAUFFENT LES UNS PAR LES AUTRES. (Denon) 
AUTRES MOYENS : réciproquement, mutuellement, le préfixe entre- (s’entre-dévorer).

LE PRONOM COMPLÉMENT PEUT ÊTRE :
(a)- un COD,
* Les hommes sont cause que les femmes ne S’AIMENT point. (La Bruyère)
* Ils SE SALUÈRENT comme des gens qui craindraient de S’ENRHUMER. (Scudéry)
* Mes parents, malgré le bruit de la rue, S’ENTENDAIENT bien. (Pierre Dac)
* Ils pourraient fort bien SE (COI) FAIRE l’amitié de S’ÉPOUSER par amour. (Marivaux)
* C’est déjà une preuve d’attachement que de pouvoir SE SUPPORTER. (Barney)
* S’ESSAYER, ce n’est pas S’ADOPTER. (Dieudonné)
* Un amour platonique, où les cœurs SE TUTOIENT. (Renard)
* Souvent deux époux SE HAÏSSENT d’autant plus qu’ils ne SE TRAHISSENT pas. (Jean Rostand)
* L’amour et l’argent sont comme ces personnes qui feignent de ne pas SE CONNAÎTRE et qui SE RETROUVENT sans cesse dans des rendez-vous secrets. (Bonnard)
* La sympathie éclate surtout entre deux vanités qui ne SE CONTRARIENT pas encore. (Renard)
* L’amour est un fleuve où les eaux de deux rivières SE MÊLENT sans SE CONFONDRE. (Bourbon-Busset)

(b)- un COI.
* Ils ne SE PARLENT plus.
* L’amour naquit entre deux êtres qui SE DEMANDAIENT le même plaisir. (Rivarol)
* Il y a une minute où toutes les femmes SE RESSEMBLENT, c’est quand elles tombent. (Capus)
* Deux femmes qui S’EMBRASSENT (COD) me feront toujours penser à deux boxeurs qui SE SERRENT (datif) la main. (Sacha Guitry)

Dans la réciprocité, IL PEUT Y AVOIR EN OUTRE :
a)- une alternance : * Ils SE RENVOIENT l’ascenseur.
b)- une convergence :
* Quand dix personnes qui pensent la même chose SE RÉUNISSENT, elles ne pensent plus. (Alain)
c)- une divergence : * La manifestants SE DISPERSENT.
d)- une opposition : * Les armées S’AFFRONTENT.

(3)- LES PRONOMINAUX DE SENS SUCCESSIF :
Ces verbes, peu nombreux, expriment des relations de succession spatiale ou temporelle : s’enchaîner, se succéder, se suivre.
* Les mots d’une phrase S’ENCHAÎNENT comme des wagons.
* Les présidents SE SUCCÈDENT tous les cinq ans.
* Les jours SE SUIVENT.
Cette catégorie est souvent absorbée par celle des pronominaux réciproques.

REMARQUES
(a-) * Il S’EST LAISSÉ / FAIT PRENDRE.
Le pronom réfléchi est sémantiquement un COD de l’infinitif (→ ° Il a laissé / fait prendre lui), mais, formellement, il est traité comme un CO du verbe conjugué, devant lequel il est placé.
Ce genre de construction se trouve AUSSI avec des verbes de perception (voir, regarder, écouter, entendre, sentir), et avec envoyer, mener.
* Il S’EST VU DÉCORER. (→ ° Il a vu décorer lui.)
* C’est pour S’ENTENDRE DIRE qu’on est parfait et SE VOIR ADORER qu’on veut être aimé. (Vigny) (→ ° entendre dire à soi, voir adorer soi)

Après ces verbes, le pronom complément est généralement EFFACÉ :
1) À L’IMPÉRATIF ;
* Envoie-le (se) promener. (= Envoie-le au diable)
Si ambiguïté : * Laisse-la SE déshabiller.

2) ET MÊME AUX AUTRES MODES.
* Le vieux mène son chien (se) promener. (Camus)
Y compris pour les verbes lexicalisés :
* Vous me feriez (me) repentir. (Flaubert)
* On a laissé (s’) échapper le prisonnier. (Académie)

(b-) Des AMBIGUÏTÉS sont possibles.
* Les soldats SE SONT BLESSÉS.
= Ils se sont blessés EUX-MÊMES.
= Ils se sont blessés RÉCIPROQUEMENT, mutuellement, les uns les autres, entre eux.

(c-) Dans la RÉCIPROCITÉ, la coréférence est moins stricte que dans la réflexivité : le pronom complément peut être remplacé par autre chose.
* En province, tout le monde observe TOUT LE MONDE.
* Le médecin observe son patient, ET RÉCIPROQUEMENT.
* Les Français parlent AUX FRANÇAIS.

(B) CEUX DONT LE PRONOM PERSONNEL N’EST PAS ANALYSABLE

(1)- LES PRONOMINAUX SUBJECTIFS OU LEXICALISÉS :
Ils sont indiqués comme tels dans les dictionnaires.
Ils expriment des attitudes ou des mouvements physiques et des activités intellectuelles qui modifient la façon d’être du sujet ; ils indiquent que le sujet est concerné par le procès.

(a)- LES VERBES ESSENTIELLEMENT (OU INTRINSÈQUEMENT) PRONOMINAUX : ceux qui n’existent pas sous la forme non pronominale.
Parmi la soixantaine de verbes, on note :
1)- des INTRANSITIFS :
se démener, s’écrier, s’écrouler, s’enfuir, s’envoler, s’évanouir, se pâmer,
2)- un TRANSITIF DIRECT : s’arroger (un droit),
3)- des TRANSITIFS INDIRECTS :
s’abstenir, se blottir, se désister, s’emparer, s’enfuir, s’enquérir, s’éprendre, se fier, se méfier, se méprendre, se repentir, se souvenir, se tapir.

Le pronom n’a pas de fonction ; il n’est qu’une particule préfixée qui redouble le sujet ; il fait partie intégrante du verbe.
* Je ME SUIS ENFUI. Tu T’ES ENFUI. Il S’EST CARAPATÉ (argotique).
* On ne SE REPENT bien que des fautes que l’on n’est plus en état de commettre. (France)
* L’homme prend, la femme S’ÉPREND. (Toesca)
* Un bon mari ne SE SOUCIE jamais de l’âge de sa femme, mais de son anniversaire toujours. (Audiberti)
* Quand on SE MÉFIE, on SE TROMPE (accident. pronom.) ; quand on ne SE MÉFIE pas, on est trompé. (Comtesse Diane)

RAPPEL
SE SOUVENIR + DE + nom. SE RAPPELER (réfléchi COI) + nom.
* Je ME SOUVIENS DU traité d’Azincourt. – Et moi, je ME RAPPELLE LA bataille de Westphalie.

(b)- LES VERBES ACCIDENTELLEMENT PRONOMINAUX : ceux qui existent AUSSI sous la forme non pronominale, mais avec une SIGNIFICATION DIFFÉRENTE :
s’acharner, s’agir, s’en aller, s’apercevoir, s’approprier, s’attaquer, s’attendre, s’y connaître, se défier, se douter, s’endormir, s’ennuyer, se foutre, se garder, se jouer, se languir, se mêler, se moquer, se mourir, se plaindre, se plier, se prévaloir, s’en retourner, se soucier, se taire, se tromper, etc.
Outre des verbes populaires ou argotiques : se casser.
Le verbe renvoie à des processus dont le sujet est le siège ; le sujet est concerné par la réalisation du procès.
Le procès a comme source le sujet et comme aboutissement le COD (s’approprier quelque chose) ou le COI (se douter DE quelque chose).
Le passage à la forme pronominale enlève au verbe un de ces actants : s’il est bivalent, le verbe devient monovalent : Il lève un poids → Il se lève.

QUELQUES EXEMPLES
1 S’APERCEVOIR, c’est remarquer ce qui n’avait pas frappé le regard ou l’esprit ; APERCEVOIR, c’est simplement voir.
* Elle écrit apercevoir avec deux p. Même moi, je M’en APERÇOIS. (Bedos)
2 SE LANGUIR, c’est notamment s’ennuyer ; LANGUIR, c’est manquer d’entrain.
3 SE MOURIR indique un état en cours qui aboutit à MOURIR.
* Madame se meurt, Madame est morte. (Bossuet)
4 SE PLAINDRE exprime un mécontentement ; PLAINDRE exprime un sentiment de pitié.
5 S’OUBLIER signifie, entre autres, ne pas penser à soi ; OUBLIER, c’est ne plus avoir en mémoire.
6 SE DOUTER, c’est considérer comme probable ; DOUTER, c’est être dans l’incertitude.
7 SE TAIRE, c’est garder le silence ; TAIRE, c’est cacher quelque chose.

* Certaines femmes font le malheur de dizaines d’hommes. D’autres S’ACHARNENT sur un seul : ce sont les femmes fidèles. (Achard) (Acharner existe comme tel.)
* Lorsque l’enfant paraît, je prends mon chapeau et je M’EN VAIS. (Léautaud)
* Quelle belle fin ! Il S’EN VA comme un cigare. (Capus, à la crémation de Moréas)
* On a de l’humour dans la mesure où l’autre ne S’APERÇOIT de rien. (Perros)
* Mon ironie ne S’ATTAQUE pas aux opinions, mais aux vices, aux faiblesses inhérentes à la nature humaine. (Eliot)
* Quand un vieil homme épouse une jeune femme, il doit S’ATTENDRE à tout ; mais quand une vieille femme prend un jeune mari, elle ne doit S’ATTENDRE à rien. (Un chansonnier)
* Dans le tango, on ne voit que des figures qui S’ENNUIENT et des derrières qui S’AMUSENT. (Clemenceau)
* Le théâtre est l’endroit où je M’ENNUIE le plus, mais où j’aime le plus à M’ENNUYER. (Renard)
* Long comme un jour sans peine, me disait un ami qui S’ENNUYAIT de ne plus S’ENNUYER. (Picabia)
* Si tu continues à TE MOQUER de toi-même, tu pourras bientôt TE MOQUER de tout le monde. (Balzac) (Moquer existe comme tel.)
* Rien ne vaut d’être dit en poésie que l’indicible : c’est pourquoi l’on compte beaucoup sur ce qui SE PASSE entre les lignes. (Reverdy)
* Je viens d’un pays ensoleillé où l’on ne SE RÉVEILLE (réflexif) que pour SE REPOSER d’avoir domi. (Jeanson)
* L’allemand est la langue dans laquelle je ME TAIS de préférence. (Renard)
* L’avantage d’être célibataire, c’est que, lorsqu’on SE TROUVE devant une très jolie femme, on n’a pas à SE CHAGRINER (réflexif) d’en avoir une laide chez soi. (Léautaud)
* Un homme compétent est un homme qui SE TROMPE selon les règles. (Valéry)
* Quand l’érudit SE TROMPE, il SE TROMPE avec érudition. (Proverbe médiéval)
* La tête, le cœur font mille bêtises ; les mains SE TROMPENT rarement. (Anouilh)
* Tous les êtres humains pensent. Seuls les intellectuels S’en VANTENT. (Bouvard)
* Il me semble que je vous ai déjà rencontré à Vienne. - Je n’y suis jamais allé. - Mon non plus. – Alors, il doit S’AGIR de deux autres personnes. (Anonyme)

(2)- LES VERBES PRONOMINAUX DE SENS PASSIF : ceux dont le sens équivaut à la voix passive. Le sujet ne fait pas l’action, il la subit.
UNE CONDITION : le verbe doit être transitif direct.

* On ramasse les feuilles mortes à la pelle.
→ Les feuilles mortes SONT RAMASSÉES à la pelle.
→ Les feuilles mortes SE RAMASSENT à la pelle. (Prévert)
* On a vendu deux exemplaires.
→ Deux exemplaires ONT ÉTÉ VENDUS.
→ Deux exemplaires SE SONT VENDUS.
→ IL S’EST VENDU deux exemplaires.

TROIS CONSTRUCTIONS :
(1) les verbes ne s’emploient qu’à la TROISIÈME PERSONNE, surtout pour des choses :
a)- pour des CHOSES ;
* En Allemagne, les médiocrités S’ADDITIONNENT. En France, les supériorités SE NEUTRALISENT. (Claudel)
* Ce qui SE TROUVE le moins dans la galanterie, c’est de l’amour. (La Rochefoucauld)
* Le pouvoir doit SE DÉFINIR par la possibilité d’en abuser. (Malraux)

b)- pour des PERSONNES.
* La recrue est celui qui SE DISTINGUE d’un civil par son uniforme et d’un soldat par sa démarche. (Bierce)

(2) les verbes (du type S’APPELER) s’emploient AVEC UN ATTRIBUT à tous les rangs de personnes ;
* Le premier lampiste S’APPELAIT Adam. (Prévert)
* Ce qui S’APPELLE un homme fait S’OBTIENT au prix de quelles mutilations ! (Mauriac)

(3) les formes IMPERSONNELLES peuvent s’appliquer aussi à des PERSONNES.
* Jamais IL ne S’EST VU de tels changements en si peu de temps. (Sévigné)
* IL DUT SE FAIRE beaucoup d’enfants cette nuit-là. (Zola)
* IL SE PENSE toujours beaucoup plus de choses qu’IL ne S’en EST DIT. (Henriot)

* L’amour humain ne SE DISTINGUE du rut stupide des animaux que par deux fonctions divine : la caresse et le baiser. (Louÿs)
* Entre truands, les bénéfices, ça SE PARTAGE ; la réclusion, ça S’ADDITIONNE. (Audiard)
* Mourir est le seul verbe qui SE CONJUGUE au passé décomposé. (Aillaud)
* Le néant SE NIE s’il SE NOMME. (Chapelan)
* Il y a des gens qui croient que tout ce qui SE DIT avec un visage sérieux est raisonnable. (Lichtenberg)
* Le talent, c’est ce qui SE PARDONNE le moins. (France)
* Un snob a ceci de particulier qu’il SE RENCONTRE partout, et qu’il ne SE RECONNAÎT nulle part. (Daninos)

INTERPRÉTATION
* Le soleil ni la mort ne SE peuvent REGARDER fixement. (La Rochefoucauld)
La réflexivité et la réciprocité sont exclues par le sens ; seule la signification passive est acceptable : → Le soleil et la mort ne peuvent pas ÊTRE REGARDÉS fixement.

SIGNIFICATION
En principe, la forme pronominale a le MÊME SENS QUE LA VOIX PASSIVE.
* Ce médicament doit ÊTRE PRIS à jeun. = Ce médicament doit SE PRENDRE à jeun.
= On doit prendre ce médicament à jeun.
* Cette pièce EST JOUÉE partout. = Cette pièce SE JOUE partout.
= On joue cette pièce partout.
CEPENDANT :
* Mille étudiants SE SONT INSCRITS. ? Mille étudiants ONT ÉTÉ INSCRITS.
* Le vin EST BU. ? Le vin SE BOIT. (+ est buvable, est agréable)

MAIS le verbe indique SOUVENT UNE ACTION EN COURS, DONC NON ACCOMPLIE.
* Cette maison SE CONSTRUIT. ? Cette maison EST CONSTRUITE (résultat).
* Le délibéré SE FAIT en ce moment. ? Le délibéré EST FAIT (accompli).

* Une biographie, ça S’INVENTE. (Céline)
* Il avait appris de son père les choses qui S’APPRENNENT et de sa mère celles qui ne S’APPRENNENT pas. (Renan)
* Il n’y a rien de plus ridicule que ces galanteries qui SE FONT à la vue de tout le monde. (Scudéry)
* Les femmes qui rient avec un bruit de carafe qui SE VIDE. (Morand)
* La réputation d’une femme peut SE RENOUVELER. (Maintenon)
* L’autorité, ça SE PREND, ça ne SE RÉCLAME pas comme des billes perdues. (Bazin)
* Quand une fonction SE DÉVALORISE, elle SE FÉMINISE ; quand une fonction SE FÉMINISE, elle SE DÉVALORISE. (Sullerot)
* La perversité commence là où S’ACHÈVE le plaisir. (Jean-Claude Carrière)
* La raison d’État est une raison mystérieuse inventée par la politique pour autoriser ce qui SE FAIT sans raison. (Saint-Évremond)
* Tous ceux qui S’ACQUITTENT des devoirs de la reconnaissance ne peuvent pas pour cela SE FLATTER d’être reconnaissants. (La Rochefoucauld)

ACTION NON ACCOMPLIE
Dès lors, la pronominalisation à sens passif exprime souvent :
(a)- UNE IDÉE GÉNÉRALE (vraie ou fausse),
* Le verbe aimer SE CONJUGUE par tous les temps.
* Le vin SE CUVE, la bêtise jamais. (Proverbe russe)
* Le soupir d’une jolie fille S’ENTEND de plus loin que le rugissement du lion. (Proverbe arabe)
* Vertu des filles, vertu mineure et secrète, qui SE PERD en SE PROUVANT. (Crommelynck) (→ qui est perdue lorsqu’elle est prouvée)
* L’amour conjugal SE CONSERVE avec un grain de haine. (Jean Rostand)
* La stratégie amoureuse ne peut S’EMPLOYER que lorsqu’on n’est pas amoureux. (Pavese)
* Tout pouvoir vient d’une discipline et SE CORROMPT dès qu’on en néglige les contraintes. (Caillois)
* L’érection ne SE DIT qu’en parlant des monuments. (Flaubert)
* La solitude est un plat qui SE MANGE seul. (Chavée)
* En littérature, le vol ne SE JUSTIFIE que par l’assassinat. (Rivarol)
* Et le désir S’ACCROÎT quand l’effet SE RECULE. (Pierre Corneille)
* L’insomnie est une maladie contagieuse qui SE TRANSMET des jeunes enfants à leurs parents. (Anonyme)
* L’amour est le seul rêve qui ne SE RÊVE pas. (Fort)
* Un bon rêveur ne SE RÉVEILLE pas. (Pessoa)
* Tout SE PROUVE, même ce qui est vrai. (Wilde)
* L’ignorance ne S’APPREND pas. (Nerval)
* Un empire fondé sur les armes a besoin de SE SOUTENIR par les armes. (Montesquieu)

(b)- UNE HABITUDE,
* Mes dents SE DÉCHAUSSENT quand je visite une mosquée. (San-Antonio)
* Une femme mariée : un livre qui S’OUVRE toujours à la même page. (Dictionnaire de l’amour)
* Entre la femme et moi, il y a toujours une fermeture éclair qui SE COINCE. (Woody Allen)
* Les maris SE CHOISISSENT toujours les yeux ouverts, et les amants les yeux fermés. (Jeanson)

(c)- UNE PROPRIÉTÉ.
* Les préservatifs qui ont servi, ça ne SE LAVE pas, ça ne SE REPASSE pas, ça SE JETTE. (Radio)
* La vie SE CRÉE dans le délire et SE DÉFAIT dans l’ennui. (Cioran)
* La vie n’est pas raffinée ; la vie ne SE PREND pas avec des gants. (Rolland)
* La culture ne S’HÉRITE pas, elle SE CONQUIERT. (Malraux)
* Une invention révolutionnaire : la voiture qui SE REPLIE dans son coffre arrière. (Pawlowski)
* La moquerie est de toutes les injures celle qui SE PARDONNE le moins. (La Bruyère)

TRANSFORMATION PRONOMINALE
1 Même avec un verbe transitif, le passage à la forme pronominale PEUT être impossible.
* On JETTERA le coupable à l’eau. → Le coupable SE JETTERA à l’eau.
* On PENDRA le coupable. → Le coupable SE PENDRA.
MAIS : * On VEND bien les scandales. → Les scandales SE VENDENT bien.

2 Lorsque le passif indique un état ACCOMPLI, la forme pronominale n’est pas possible.
* C’est une chose qui EST DITE. ? C’est une chose qui SE DIT.

EXPRESSIVITÉ DE LA FORME À SENS PASSIF
1 Mise en évidence d’un COD
* LA MAISON ne se louait pas et ne se vendait pas. (Flaubert)
2 Mise en évidence du verbe, dans un tour impersonnel
* IL SE FAIT en ce moment une austère épuration des toutes les œuvres de Paul Féval. (Goncourt)
3 Élimination de l’agent
* Comme la dix-huitième Provinciale ne se relit guère, […] (Mauriac)
4 Caractère duratif du procès
* Ma bourse se vide […] (Rousseau)

COMPLÉMENT D’AGENT
Habituellement, l’agent est implicite. Néanmoins, il peut être explicité :
* Cette secte SE FORTIFIE PAR ses ennemis plus que PAR ses amis. (Pascal)
* L’amour est une folie temporaire qui SE GUÉRIT PAR le mariage. (Bierce)
* Un homme SE DÉFINIT aussi bien PAR ses comédies que PAR ses élans sincères. (Camus)
* Le plaisir de faire l’amour S’AUGMENTE DE l’indifférence éprouvée à l’égard du partenaire. (Lardinois)
Il est OBLIGATOIRE avec la négation restrictive NE… QUE.
→ L’amour NE se guérit QUE PAR le mariage.

COMPATIBILITÉ
LA FORME EST COMPATIBLE AVEC un adverbe ou un complément d’instrument ou de manière, qui impliquent un « agent fantôme », auteur du procès :
* Une lettre d’amour SE LIT amoureusement.
* Ce plat SE MANGE avec des baguettes.
* Une rupture ne SE FAIT pas de gaieté de cœur.

DES AMBIGUÏTÉS
* Les auteurs SE FLATTENT. (Eux-mêmes ? Mutuellement ? Passif : sont flattés ?)
* Un orateur ne S’INTERROMPT pas. (Lui-même ? Passif : ne peut être interrompu ?)
Mais elles peuvent être levées par le contexte ou par l’expérience.
* Le président SE DÉSIGNE à la majorité absolue. (→ est désigné)
* Les bébés SE CHANGENT plusieurs fois par jour. (→ sont changés)

POLYVALENCE
Selon sa signification, UN MÊME VERBE PEUT RESSORTIR À DEUX CATÉGORIES.
* Comment VOUS APPELEZ-VOUS ? (= Comment êtes-vous appelé ?) – Je ne M’APPELLE (réfléchi) jamais puisque je suis toujours là. (Prévert)
* La fidélité SE TROUVE (accident. pronom. = est) au chenil. Elle ne SE TROUVE (passif) pas toujours.

(3) LES CONSTRUCTIONS NEUTRES
Cette catégorie [trouvée seulement dans Riegel] est souvent FUSIONNÉE avec celle des essentiellement et des accidentellement pronominaux.
Pour beaucoup de verbes transitifs, la forme pronominale est intransitive.
* Il promène son chien. → Il SE PROMÈNE.
La réflexivité étant exclue (on ne se promène pas soi-même), c’est comme si le sujet et le pronom réfléchi étaient fusionnés.

CES PROCESSUS INTERNES DÉNOTENT :
a)- DES MOUVEMENTS : s’amener, se baisser, s’étaler se plier, se précipiter, se promener ;
* Vous, Français, vous VOUS BATTEZ pour de l’argent. Et nous, Anglais, nous NOUS BATTONS pour l’honneur. - Chacun SE BAT pour ce qui lui manque. (Surcouf)
* Rien n’arrête le progrès. Il S’ARRÊTE tout seul. (Vialatte)
* La psychanalyse S’ARRÊTE quand le patient est ruiné. (Jung)
* Toutes les dernières mesures de Bach font penser à une scie qui S’ARRÊTE. (Maine)

b)- DES CHANGEMENTS D’ÉTAT : se coucher, s’élargir, s’endormir, se lever, se rapetisser, se rétrécir, se réveiller.
* La vieillesse, c’est le soleil qui SE COUCHE, mais qui SE COUCHE seul. (Willemetz)
* Je ne peux pas mourir d’aimer : je M’ENDORS toujours avant. (Wolinski)
* Le remords S’ENDORT devant un destin prospère, et S’AIGRIT dans l’adversité. (Rousseau)

Verbes pronominaux. Exposé sur le sens et la syntaxe.

Bonsoir Edy,

Merci pour cet exposé très complet (j'ai tout lu !) ; on en ressort enrichi !

Muriel

3

Verbes pronominaux. Exposé sur le sens et la syntaxe.

Bonjour.

J'ai une question sur la place des pronoms personnels compléments d'objet du verbe pronominal conjugué à un temps composé.

"Je me suis lavé la main. ==> Je me la suis lavée."
"Elle s'est lavé les mains. ==> Elle se les est lavées."

Cette transformation est-elle possible ?

Merci, d'avance.

Verbes pronominaux. Exposé sur le sens et la syntaxe.

Oui, c'est cela. Le pronom COD suit le pronom réfléchi.

5

Verbes pronominaux. Exposé sur le sens et la syntaxe.

Jehan a écrit :

Oui, c'est cela. Le pronom COD suit le pronom réfléchi.

Merci, Jehan !

Puisque tu es ici, et si cela ne te gène pas trop, j'aimerais avoir ton opinion sur ma nouvelle question sur 'datif' qui reste toujours sans réponse.

Cordialement.

Verbes pronominaux. Exposé sur le sens et la syntaxe.

Dans le fil sur le datif, si tu avais fait un nouveau message avec ta nouvelle question au lieu d'éditer simplement le dernier message, la discussion serait remontée dans la liste avec la date de ce matin, au lieu de rester datée à hier après-midi... Et on aurait pu la remarquer.

7

Verbes pronominaux. Exposé sur le sens et la syntaxe.

Jehan a écrit :

Dans le fil sur le datif, si tu avais fait un nouveau message avec ta nouvelle question au lieu d'éditer simplement le dernier message, la discussion serait remontée dans la liste avec la date de ce matin, au lieu de rester datée à hier après-midi... Et on aurait pu la remarquer.

Ah ! je n'ai pas fait de nouveau message mais j'ai édité simplement le dernier message dans le fil sur 'le datif étendu'...

Verbes pronominaux. Exposé sur le sens et la syntaxe.

C'est justement ce que je dis... En consultant la colonne des derniers messages des discussions et en lisant les dates de ces derniers messages, on ne pouvait pas deviner que tu avais rajouté quelque chose depuis hier après-midi. Si au contraire tu avais fait un nouveau message à la suite de celui d'hier, on aurait remarqué la nouvelle date.

Mais j'ai maintenant répondu.

9

Verbes pronominaux. Exposé sur le sens et la syntaxe.

Bonjour~~~~.

Les paroles de chanson me sont toujours difficiles à comprendre....
Voici une chanson dont je veux savoir l'emploi exact du verbe pronominal 'se reconnaître'.

Elle se reconnaîtra au regard qui nous a croisés
Aux yeux que je n’ai pas baissés
A l’éclat qu’elle y a laissé
Il se reconnaîtra à chaque battement de cœur
Au vide qui reste à l’intérieur
Quand il s’en va même pour une heure
Elle se reconnaîtra
Si c’est elle, elle saura
[…]

Il me semble que, ici, le verbe 'se reconnaître' est utilisé au sens réfléchi : elle(il) reconnaîtra elle(lui)-même.
Est-ce correct ?
Moi, je ne peux pas saisir le sens.
'Reconnaître soi-même', qu'est ce que ça veut dire ?
Au sens réfléchi, on se reconnaît, sauf amnésiques, naturellement et toujours, n'est-ce pas ?
J'aimerais bien que quelqu'un m'explique palpablement le sens de 'elle(il) se reconnaîtra'.

Souhaitant que ma question soit compréhensible, je vous remercie d'avance.

10

Verbes pronominaux. Exposé sur le sens et la syntaxe.

"Se reconnaître" c'est bien ici "reconnaître soi-même", c'est-à-dire pouvoir s'identifier devant une image, une description, une allusion.
Si un portrait de moi est fait assez ressemblant mais légèrement flatteur, je m'y reconnais.
Si on me décrit comme un garçon aimable, cultivé et modeste, je me reconnais ! 
Le TLFi donne ces deux exemples :
À présent, une apparence de froide politesse couvre à la fois caractère et actions. Aussi je n'estime pas que beaucoup puissent se reconnaître aux portraits effarés que l'on fait de nous (Vigny,Serv. et grand. milit., 1835, p. 134).
Quand il se regarda dans la glace, il ne se reconnut pas et salua (Éluard,Donner, 1939, p. 108).
Dans la chanson qui t'intéresse, le sens est que chacun des deux protagonistes peut se reconnaître (c'est-à-dire ici savoir que c'est lui ou elle l'être aimé, savoir que c'est bien de lui ou elle qu'il s'agit dans cette relation amoureuse) à un certain nombre de signes : le fait de n'avoir pas baissé les yeux d'un côté, les battements de cœur de l'autre. Il se reconnaîtra comme étant celui qu'elle aime ; elle se reconnaîtra comme étant celle qu'il aime !
Quelquefois, on ne se reconnaît pas. Ainsi, à la fin d'un poème célèbre en français, le Sonnet d'Arvers, la femme secrètement aimée lira les vers de l'amoureux :
À l’austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle
"Quelle est donc cette femme ?" et ne comprendra pas.

Elle ne s'est pas reconnue ; elle n'a pas compris qu'il s'agissait d'elle.