1 (Modifié par Invité 10/02/2019 à 18:40)

Comment la modernité s'exprime-t-elle dans ces poèmes ?

Bonjour à tous,
J'ai un corpus à rendre pour mardi sur la poésie et ayant comme problématique: Comment la modernité s'exprime dans le corpus suivant?
Seule petite chose, je n'arrive pas à trouver de plan adapté car nous ne pouvons pas différencier le fond de la forme...
Je sais déjà qu'il y a de la modernité car les poètes traitent de sujets peu comment ou dune façon peu communes et également sur la formes de différents sujets mais on ne peux pas faire une grande partie sur la forme et une grande parties sur le fond

Le corpus est constitué de Vénus Anadyomène et Oraison du soir de Rimbaud, Contraste de Cendras et Le cageot de Ponge

Merci de votre aide !

2 (Modifié par floreale 10/02/2019 à 18:38)

Comment la modernité s'exprime-t-elle dans ces poèmes ?

Oraison du soir

Je vis assis, tel qu'un ange aux mains d'un barbier,
Empoignant une chope à fortes cannelures,
L'hypogastre et le col cambrés, une Gambier
Aux dents, sous l'air gonflé d'impalpables voilures.

Tels que les excréments chauds d'un vieux colombier,
Mille Rêves en moi font de douces brûlures :
Puis par instants mon coeur triste est comme un aubier
Qu'ensanglante l'or jeune et sombre des coulures.

Puis, quand j'ai ravalé mes rêves avec soin,
Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes,
Et me recueille, pour lâcher l'âcre besoin :

Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes,
Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin,
Avec l'assentiment des grands héliotropes.

Vénus Anadyomène

Comme d’un cercueil vert en fer blanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor ;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;

L’échine est un peu rouge, et le tout sent un goût
Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu’il faut voir à la loupe…

Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
– Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.

Arthur Rimbaud

Blaise Cendrars, Dix-neuf poèmes élastiques

« Contrastes »

 

Les fenêtres de ma poésie sont grand’ouvertes sur les boulevards et dans ses vitrines
Brillent
Les pierreries de la lumière
Écoute les violons des limousines et les xylophones des linotypes
Le pocheur se lave dans l’essuie-main du ciel
Tout est taches de couleur
Et les chapeaux des femmes qui passent sont des comètes dans l’incendie du soir

L’unité
Il n’y a plus d’unité
Toutes les horloges marquent maintenant 24 heures après avoir été retardées de dix minutes
Il n’y a plus de temps.
II n’y a plus d’argent.
A la Chambre
On gâche les éléments merveilleux de la matière première


Chez le bistro
Les ouvriers en blouse bleue boivent du vin rouge
Tous les samedis poule au gibier
On joue
On parie
De temps en temps un bandit passe en automobile
Ou un enfant joue avec l’Arc de Triomphe...
Je conseille à M. Cochon de loger ses protégés à la Tour Eiffel.

Aujourd’hui
Changement de propriétaire
Le Saint-Esprit se détaille chez les plus petits boutiquiers
Je lis avec ravissement les bandes de calicot
De coquelicot
II n’y a que les pierres ponces de la Sorbonne qui ne sont jamais fleuries
L’enseigne de la Samaritaine laboure par contre la Seine
Et du côté de Saint-Séverin
J’entends
Les sonnettes acharnées des tramways

Il pleut les globes électriques
Montrouge Gare de l’Est Métro Nord-Sud bateaux-mouches monde
Tout est halo
Profondeur
Rue de Buci on crie L'Intransigeant et Paris-Sports
L’aérodrome du ciel est maintenant, embrasé, un tableau de Cimabue
Quand par devant
Les hommes sont
Longs
Noirs
Tristes
Et fument, cheminées d’usine

Le cageot


    A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.
     Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu'il enferme.
     A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l'éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques - sur le sort duquel il convient toutefois de ne s'appesantir longuement.

Francis Ponge - Le Parti pris des choses - 1942

La modernité dans les thèmes, dans la forme. L'implication ou l'apparente objectivité du poète.  Les registres. Le regard du poète sur le monde. Sensibilité ou insensibilité.

3 (Modifié par Invité 10/02/2019 à 18:41)

Comment la modernité s'exprime-t-elle dans ces poèmes ?

Je sais déjà qu'il y a de la modernité car les poètes traitent de sujets peu communs ou d'une façon peu commune et également sur la formes de différents sujets mais on ne peux pas faire une grande partie sur la forme et une grande parties sur le fond

4

Comment la modernité s'exprime-t-elle dans ces poèmes ?

J'ai bien compris. J'ai complété les pistes à explorer.
Il y a l'irruption du quotidien aussi.

Comment la modernité s'exprime-t-elle dans ces poèmes ?

Donc peut-on faire une grande partie sur la fonction et vision du poète et une sur le poème en lui même c'est-à-dire le fond et la forme?

6

Comment la modernité s'exprime-t-elle dans ces poèmes ?

Suggestion.

I. Le regard du poète sur le monde
La laideur, les visions, le quotidien du décor et des objets
Un renouvellement des thèmes


II. Des mots pour le dire
Le choix des mots : communs ou recherchés
Les images
Des formats différents, des mètres différents, des rimes ou pas, des vers ou de la prose poétique, de la ponctuation ou pas de ponctuation

Comment la modernité s'exprime-t-elle dans ces poèmes ?

D'accord merci beaucoup mais je dois intégrer deux oeuvres d'arts dans ce corpus qui sont: Champ de Mars: La Tour Rouge de Robert DELAUNAY et Fontaine de Marcel DUCHAMP.
je dois plutôt les intégrer dans le grand deux non?

8

Comment la modernité s'exprime-t-elle dans ces poèmes ?

Chez Delaunay, le tableau est composite et sollicite l'attention du spectateur pour retrouver les éléments associés même si les dominantes de couleur s'imposent. Quant à Duchamp, la part de provocation est illustrée par l'objet insolite élevé au rand "d' oeuvre d'art".
Surtout dans le grand I / Le quotidien est sollicité. Le peintre décompose, recompose, propose et choisit ce qu'il veut sortir de la banalité.
Dans le II. Il y a d'un côté une peinture, de l'autre côté un objet réel, un urinoir qui n'est plus un urinoir s'il perd sa fonction utilitaire pour accéder à l'art.

9 (Modifié par Invité 10/02/2019 à 19:37)

Comment la modernité s'exprime-t-elle dans ces poèmes ?

D'accord merci beaucoup
J'ai une dernière question concernant le I, vous parlez de visions mais ce n'est pas la même chose que le regard péjoratif du poète? et elle n'est donc pas présente dans le cageot car ce poème veut surtout valorisé un objet prosaïque du quotidien et pas en parler négativement

10

Comment la modernité s'exprime-t-elle dans ces poèmes ?

Quand on parle de regard du poète, on accepte de regarder ce qu'il nous montre, qu'il le valorise ou non.

Pense à Baudelaire qui , en partant du laid, veut accéder à la beauté par la création poétique.
Essaie d'apprécier aussi le rythme que propose Cendrars avec tous ces points de vue qui se succèdent, le mètre du verbe créant la cadence  même quand les rimes sont absentes.