1 (Modifié par anais.lestrange 06/01/2019 à 23:05)

Milieu social, confiance et études

Bonjour / Bonsoir,

Je me permets d'ouvrir un sujet pour exposer une interrogation qui me revient sans cesse à l'esprit et qui m'est presque capitale...

Je viens d'un milieu pas forcément avantagé, vivant seule avec mon père qui est ouvrier, aucun de mes parents n'ont le bac, mon frère non plus... Je me passionne pour les études, surtout la littérature. Je suis pour l'instant en TL, et je compte partir en prépa l'année prochaine si possible sur Paris (mon dossier pourrait me le permettre, je pense)
Je pense avoir des lacunes dans certains domaines (la mythologie par exemple) ce qui pourrait être handicapant et j'ai l'impression de tout découvrir... De plus, quand je parle des prépas parisiennes, on me dit que là n'est pas ma place, avec des clichés (qui n'en sont peut-être pas) sur les élèves... des enfants d'un tout autre monde ?

C'est presque une remise en question de mes perspectives d'avenir... enfin... si je ne vais pas à Paris, ce n'est pas grave : je serais heureuse ailleurs ! Mais juste... Pourquoi ne pourrais-je pas tenter cela ? Est-ce si difficile de sortir de son milieu ? C'est comme si ce que je faisais n'était pas légitime...

Je me suis posée des questions quand un prof m'a incitée à aller dans un lycée privé, pour la terminale. Je pense qu'il y a un problème quelque part de ce côté aussi...

Milieu social, confiance et études

Je suis pour l'instant en TL, et je compte partir en prépa l'année prochaine si possible sur Paris (mon dossier pourrait me le permettre, je pense)

Si tu n’es pas la seule à penser que ton dossier peut te permettre d’être acceptée dans une classe préparatoire, si tes professeurs, qui te connaissent,  t’y encouragent, pourquoi pas ?
Il est vrai que les enfants d’ouvriers ont toujours été, et sont peut-être aujourd’hui de plus en plus minoritaires dans les classes préparatoires aux grandes écoles.
Mais avec un excellent niveau, une bonne capacité d’adaptation, et la volonté de réussir, on peut sortir de son milieu et poursuivre des études même si on est le premier de sa famille à le faire.
Cela est plus facile pour certains que pour d’autres. La confiance en soi et en ses capacités est primordiale. Pas de complexe de classe.
Je suppose que tu habites la région parisienne, puisque tu souhaites aller « sur » (« à » suffirait) Paris.
Sinon il faudra songer en plus au coût de l’hébergement.

3 (Modifié par Hippocampe 07/01/2019 à 14:35)

Milieu social, confiance et études

Bonjour,

Il me semble, mais je serais bien incapable de le prouver, qu'en étant enfant d'ouvrier, on a plus de mal à arriver en terminale générale et à y avoir de bonnes notes qu'en étant issu de familles où les parents ont fait des études après le bac. Mais une fois qu'on y est, en terminale générale, et qu'on y a de bonnes notes, alors les portes sont ouvertes pour tout le monde de la même façon.
(Sauf pour les études commerciales qui coûtent très cher.)
J'avais un copain, en prépa, qui partageait son appartement d'une pièce avec sa mère, travailleuse pauvre (le père était parti quand la mère était tombée enceinte).
J'ai eu plusieurs copains fils de smicards qui touchaient une bourse... ils avaient plus d'argent que moi qui n'étais pas boursier.

Je crois aussi que dans les familles d'ouvrier on a tendance à moins lire que dans les familles de diplômés, ce qui diminue les chances de réussir pour les enfants attirés par les études littéraires où l'on a besoin de culture générale. (Pour les enfants attirés par les études scientifiques, le problème ne se pose pas : en maths sup, par exemple, il suffit d'avoir la bonne forme d'esprit et de travailler pour réussir. Pas besoin de culture générale.) Mais si tu as de bonnes notes, c'est sans doute que tu as commencé à te forger cette culture.

Quant aux prépas parisiennes, ce ne sont pas des écoles magiques réservées aux élèves magiques. Quelques prépas parisiennes sont les meilleures de France quand on calcule les réussites aux différents concours mais on trouve, toujours à Paris, des lycées moyens plus, des lycées moyens moins et des lycées moins que moyens. Ces lycées sont moins bons que le Parc à Lyon ou Chateaubriand à Rennes ou etc. (La liste est longue de ces très bons lycées de province). Les quelques prépas parisiennes qui sont prestigieuses n'ont pas une machine à transformer les élèves moyens en élèves excellents. Si ces prépas ont de bons résultats aux concours, c'est surtout dû au fait que de nombreux bons élèves y entrent. Les profs aussi y sont bons, c'est sûr, mais nombreux sont les bons profs dans les lycées de province.

Bref, le fait est que tu es en TL avec de bonnes notes, avec sans doute la culture souhaitable, tu as donc les qualités qu'il faut pour aller en prépa, fille d'ouvrier ou non, à Paris ou non.

Laoshi a écrit :

poursuivre des études même si on est le premier de sa famille à le faire

Dans les familles de diplômés, il y a dans l'arbre généalogique au moins une personne ayant été la première à faire de bonnes études. À l'époque de Vercingétorix il n'y avait pas d'école normale supérieure.

Milieu social, confiance et études

Dans ma prépa parisienne , plutôt bonne mais pas la meilleure, il y avait une certaine mixité sociale .
Ma meilleure amie venait d'un quartier difficile de Seine-Saint-Denis, elle s'est bien intégrée et a fait 2 années tout à fait convenables mais il est vrai que si ses origines étaient modestes, elle était très cultivée, passionnée de théâtre .
Je sais que des élèves qui intègrent des cursus prestigieux ne se sentent parfois pas à leur place, trop en décalage avec les autres plus privilégiés . Cependant je trouverais vraiment dommage que tu ne tentes pas une hypokhâgne et si les meilleures te font peur, il me semble qu'au niveau un peu en dessous tu ne devrais pas te sentir si décalée .

Milieu social, confiance et études

Dans les familles de diplômés, il y a dans l'arbre généalogique au moins une personne ayant été la première à faire de bonnes études.

Je ne prétendais pas remonter au déluge, je pensais seulement à un exemple personnel.

Quant aux prépas parisiennes, ce ne sont pas des écoles magiques réservées aux élèves magiques. Quelques prépas parisiennes sont les meilleures de France quand on calcule les réussites aux différents concours mais on trouve, toujours à Paris, des lycées moyens plus, des lycées moyen moins et des lycées moins que moyens. Ces lycées sont moins bons que le Parc à Lyon ou Chateaubriand à Rennes ou etc. (La liste est longue de ces très bons lycées de province).Les quelques prépas parisiennes qui sont prestigieuses n'ont pas une machine à transformer les élèves moyens en élèves excellents.

Voilà aussi un point que j'avais oublié de signaler.

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Milieu social, confiance et études

Je me permets une petite digression au sujet de la confiance.

Le fait d'être dans le gros de la troupe, c'est-à-dire pas dans les meilleurs de sa classe, motive certains élèves mais en démoralise d'autres.
Le fait d'être dans les tout meilleurs de sa classe motive certains élèves qui veulent devenir encore meilleurs (c'est agréable d'être celui avec qui le prof discute en cours) alors que ça en pousse d'autres à se la couler douce.

Dit autrement, je veux dire que si on hésite entre une prépa très sélective et un moins sélective, on se trouve devant un choix qui peut éventuellement avoir les conséquences que voici :
_ être dans un excellent lycée peuplé d'excellents élèves et se retrouver moyen voire largué,
_ être dans un lycée moyen et se retrouver dans le trio de tête de la classe.
Ces deux positions sont bénéfiques pour certains élèves mais décourageantes pour d'autres.
À toi de voir dans quelles circonstances tu bosserais le mieux.

7 (Modifié par CCCC 07/01/2019 à 15:48)

Milieu social, confiance et études

Je n'arrive plus à remettre la main sur un article que j'avais lu selon lequel la mixité sociale dans les prépas était moindre aujourd'hui que dans les années 60... Je continue à chercher.

Le milieu des prépas parisiennes, c'est vaste et ça peut recouvrir des réalités bien differentes !

J'enseigne dans une prépa de banlieue, ou les profils sont très divers et où la mixité sociale est souhaitée. Nous avons d'ailleurs du mal à recruter autant de boursiers que nous le souhaiterions. Mais en en discutant avec des collègues de lycée je me suis rendue compte avec effroi que certains d'entre eux recommandent aux élèves venant de foyers moins favorisés de faire plutôt des études courtes, estimant que "ce n'est pas leur rendre service que de les orienter vers une prépa littéraire". J'ai pour ma part l'avis inverse, et je pense que l'avis de ces collègues n'est fondé que sur des préjugés (tant au sujet de la prépa littéraire qu'à celui des attentes des familles).
Mes deux anciens élèves ayant recemment réussi les concours (lyon et cachan) sont d'ailleurs tous deux boursiers et sont bien contents qu'on les ait encouragés dans leurs ambitions.
Tous mes anciens élèves à qui j'ai posé la question sont d'accord pour dire, plusieurs années après leur prépa, qu'à cause de leurs origines (famille, quartier, lycée...) ils se sont autocensurés sans même s'en rendre compte, et avec plusieurs années de recul ils voient comme c'est dommage, et certains regrettent de ne pas avoir osé avoir de l'ambition.

Modif.  : faute de grammaire 

Milieu social, confiance et études

Mais en en discutant avec des collègues de lycée je me suis rendue compte avec effroi que certains d'entre eux recommandent aux élèves venant de foyers moins favorisés de faire plutôt des études courtes, estimant que "ce n'est pas leur rendre service que de les orienter vers une prépa littéraire".

Non mais quelle honte !
On recule au lieu d’avancer !
C’est révoltant.
Comme si l’intelligence ou le don (oui, j’y crois) étaient réservés à ceux qui ont du pognon ! Pardonnez-moi l’expression, mais je suis révoltée ; ces collègues-là, je voudrais bien les avoir en face de moi.

Milieu social, confiance et études

Non mais quelle honte !
On recule au lieu d’avancer !
C’est révoltant.
Comme si l’intelligence ou le don (oui, j’y crois) étaient réservés à ceux qui ont du pognon ! Pardonnez-moi l’expression, mais je suis révoltée ; ces collègues-là, je voudrais bien les avoir en face de moi.

Oui, je suis d'accord avec toi. C'était lors d'une rencontre entre notre équipe de prépa et les enseignants d'histoire-géographie du bassin. L'un d'entre eux a dit ça. Je ne sais pas si c'est une idée qui était partagée par d'autres présents, et je n'étais pas sûre de bien l'avoir compris sur le moment (ça me semblait tellement aberrant !) la conversation a vite pris un autre cours donc je n'ai pas répondu immédiatement. Mais en en reparlant avec mes collègues, nous avons constaté que nous avions tous compris la même chose.

Je pense qu'en fait cette idée est assez répandue, avec en filigrane ce préjugé que les filières littéraires, même les plus exigeantes, et les métiers sur lesquels elles débouchent, ne correspondent pas à l'idée que se font certains de "réussite sociale". En gros le collègue pensait : si tu veux aider les boursiers, oriente-les vers des BTS ou des IUT qui leur permettront de trouver du travail rapidement. Voilà, dans son discours, l'élève boursier était réduit à sa condition sociale, c'est triste.
Donc des fois je me sens un peu démoralisée : à quoi sert-il de dire aux élèves "soyez ambitieux" si des collègues viennent saper ce travail et dire "ouh la la vous êtes boursier / vos parents ne parlent pas français / (autre excuse à la noix), il vaudrait mieux faire n'importe quelle formation courte plutôt que de poursuivre des études qui vous plaisent !" Beurk...

Chère anais.lestrange (fan de HP?), quel déluge de réponses... tu vois, la question que tu poses n'est pas simple, provoque des réactions et il est tout à fait légitime de te la poser. J'espère que nos réponses t'éclaireront un peu (je sens les miennes peut-être un peu hors sujet... tu viens avec tes questions, je viens avec mes réponses, comme disait l'autre !)

Je suis persuadée que ta place est là où tu veux être. Si tu te sens prête à faire une prépa parisienne, alors fonce. Si ça marche et que tu t'adaptes bien, c'est formidable. Si ça ne marche pas et que tu t'y sens mal, il sera toujours temps d'aviser et de demander à finir ton hypo ou a faire ta khâgne ailleurs. On a le droit de tâtonner !

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Milieu social, confiance et études

Si vraiment, tu as des problèmes à cause de ton milieu d'origine, tu peux te renseigner sur les CPES ( (Classes préparatoires aux études supérieures).