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Grammaire et conjugaison

Mais je doute qu'il y ait vraiment une explication logique pour tous les verbes (minoritaires) qui ne doublaient pas la consonne.

Tu veux dire qu'avant la norme était de provoquer le son /3/ en doublant la consonne et non en employant l'accent grave comme on le fait aujourd'hui ?

Grammaire et conjugaison

Avant, je ne sais pas. Mais il y a à peu près 90 verbes en -eler en français, et seuls 24 d'entre eux ne devaient pas redoubler le l, avant la proposition de 1990.
À peu près autant de verbes en -eter,  et seuls une dizaine d'entre eux ne devaient pas redoubler le t. Le non-redoublement était bien minoritaire.

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Grammaire et conjugaison

D'accord. J'en déduis donc qu'au moment de fixer l'orthographe, on a privilégié le doublement de la consonne suivant le "e" en guise d'écriture du son /3/, par rapport à l'usage de l'accent grave. Mais je vais peut-être un peu vite en besogne.

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Jehan a écrit :

je ne sais pas.

On va te croire, sans doute ! À quoi joues-tu ?

45 (Modifié par Jehan 15/12/2018 à 23:44)

Grammaire et conjugaison

Je confirme. Pour l'ancien français, je préfère laisser la parole à Jacques !

Une piste quand même. Il semble que l'accent grave n'ait été créé et employé qu'au XVIe siècle.

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Grammaire et conjugaison

Ah ok. Et donc du coup, si  je comprends bien, on employait auparavant le doublement de la consonne suivant la lettre "e" pour transcrire le son /3/, d'où la domination jusqu'à une certaine époque de cette graphie. Après, si c'est bien ça, je me demande bien pourquoi ils n'ont pas remplacé toutes les graphies en "ell", "emm", "ett" etc. en "è" dès le XVIème siècle. Ça nous aurait simplifié pas mal la tâche aujourd'hui. Enfin, Druon est passé par là en 1990, c'est déjà ça.
Merci Jehan pour tes réponses.

Grammaire et conjugaison

Non, l'ancien français n'aime pas les géminées latines, et il les a réduites sauf par réaction savante. C'est en moyen français que l'habitude va être prise de doubler la consonne derrière le /ɛ/.

Avant, on écrit apeler /apele, cette dernière forme correspondant aussi bien à "appelle" qu'à "appelé". C'est pourquoi les éditeurs modernes laissent apele, mais accentuent apelé.

On a la preuve de la prononciation de apele grâce aux assonances et éventuellement aux rimes.

Dans la laisse 65 de la CdR, apelet (le -t est muet) assone  avec tere, tertres, perdet, faire, etc...

48 (Modifié par Jehan 16/12/2018 à 17:02)

Grammaire et conjugaison

Bonjour,

Moyen français c'est-à-dire ? XVème ? XVIème siècle ?
SI c'est ça, l'accent grave apparaît peu après l'habitude prise à doubler les consonnes.
Moi, ce qui m'étonne c'est qu'on ait pu rester durant des siècles avec ces deux orthographes concurrentes que sont les consonnes géminées et l'accent grave, cette dernière orthographe me semblant pourtant tellement plus pratique. Il doit aussi y avoir une explication à cela j'imagine.

Merci pour la réponse.

49 (Modifié par Yvain 16/12/2018 à 17:49)

Grammaire et conjugaison

Normalement, on met les -ll si l'étymon les comportait : appellare (appelle)/cancellare (chancelle) vs pilare(pèle)/gelare(gèle)...
Mais il y a sûrement des contre-exemples.

Il me semble bien que dans les années 70, l'Académie avait permis qu'on écrivît "j'appèle".

Les linguistes font débuter le moyen français vers 1350, assez justement.
Pour la fin de la période, c'est plus délicat :
- Certains étendent la période jusqu'au début de l'époque classique (premier quart du XVIIème) (cf. wikipédia)
- D'autres, moins nombreux, considèrent que le français moderne commence avec Marot (tout début du XVIème). Le siècle litigieux est donc le XVIème...
Il y a des arguments dans les deux cas, d'ordre interne et d'ordre externe.

Mais tout dépend de ce qu'on entend par "français moderne"...

Un dernier mot, mais j'y tiens : historiquement, ce ne sont évidemment pas la gémination ou son absence qui ont déterminé le timbre de la voyelle, mais l'accentuation différente de l'étymon latin au cours du paradigme.

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Oui, plus l'évolution est lente et plus le tuilage entre deux époques est long et subtil. On n'en voit donc pas toujours les traces d'un début ou d'une fin. Je retiens XVIème. Je ne suis pas assez versé dans ce domaine pour raffiner à ce point.

Normalement, on met les -ll si l'étymon les comportait : appellare (appelle)/cancellare (chancelle) vs pilare(pèle)/gelare(gèle)...
Mais il y a sûrement des contre-exemples.

Ok, super, merci. C'est ce type de réponse dont j'avais besoin. Comme quoi il y a encore une bonne part d'élitisme dans l'orthographe française d'aujourd'hui. Qui peut se targuer de savoir qu'il y a deux "t" mais un seul "p" à "attraper" parce que c'était comme ça dans l'étymon... ? Les doubles-consonnes, l'un des pires trucs de notre orthographe je trouve. Je sèche encore très souvent malgré ma volonté de bien faire et le temps que je passe à essayer de comprendre.