1 (Modifié par Maxime Drx 28/07/2018 à 21:24)

Éventuel prospectif ou concessive ?

Bonsoir,

Je me permets (encore) de soumettre à votre expertise une question que je me pose en étudiant mon cours de grec ancien.

Voici une phrase qui figure dans mon cours de syntaxe grecque sur les propositions conditionnelles et concessives (qui sont, semble-t-il, étroitement liées).

Ξενοφῶν καταλαμβάνων τοὺς πίπτοντας τῶν ἀνθρώπων ἠγνόει ὅ τι τὸ πάθος εἴη. [8] Ἐπειδὴ δὲ εἶπέ τις αὐτῷ ὅτι σαφῶς βουλιμιῶσι κἄν τι φάγωσιν ἀναστήσονται, περιιὼν περὶ τὰ ὑποζύγια, εἴ πού τι ὁρῴη βρωτόν, διεδίδου

J'ai bien compris la traduction de cette phrase : "Xénophon surprenant certains de ses hommes étant couchés ignorait quelle était leur maladie (interrogation indirecte avec optatif oblique). Après que quelqu'un lui dit qu'ils souffraient manifestement de boulimie et que si ils mangeaient (subjonctif aoriste actif ἐσθίω) quelque chose ils se lèveraient (indicatif futur), faisant le tour des bêtes de somme, chaque fois qu'il voyait quelque chose de comestible, il le leur donnait (Itératif du passé avec Ei + optatif sans an).

Ma question est la suivante : il me semblait (d'après mon cours) que le KAN était la conjonction qui introduisait une proposition CONCESSIVE (même si). Or ici, elle semble - sauf erreur de ma part - introduire une éventuelle prospective (ean + subjonctif, indicatif futur : si ils mangent quelque chose, ils se lèveront - je m'étonne d'ailleurs qu'après un temps passé, ça ne soit pas remplacé par un ei + optatif oblique, mais j'imagine qu'il s'agit d'éviter la confusion avec un optatif itératif). Dans ce même cours, au chapitre de l'éventuel figure cet éventuel prospectif : Οἱ γὰρ στρατιῶται οὗτοι πάντες πρὸς ὑμᾶς βλέπουσι, κἂν μὲν ὑμᾶς ὁρῶσιν ἀθύμους, πάντες κακοὶ ἔσονται

Car tous ces soldats vous voient et s'ils vous voient (subjonctif de oraw) sans courage, ils seront tous mauvais.

Ma question est la suivante : la conjonction KAN n'introduit donc pas uniquement des propositions strictement concessives (même si) ? Elle peut introduire aussi un proposition éventuelle ?
Donc la conjonction kan correspond soit à "même si" (strictement concessive) soit à "et, si" (éventuel prospectif) ?

La question est sans doute alambiquée, je me coupe peut-être un peu les cheveux en quatre mais dans la mesure où mon cours affirme que kan introduit une concessive à traduire par "même si" et que je retrouve un kan dans ce qui me semble un éventuel prospectif, je m'interroge un peu.


Cordialement,

Maxime.

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Éventuel prospectif ou concessive ?

Bonjour,

1) Les propositions concessives grecques peuvent être introduites des manières suivantes.

εἰ καί,  ἐὰν καί : quoique, bien que.

  καὶ εἰ ,  καὶ ἐάν, κἄν : même si ;

οὺδ' εἰ, οὺδ'ἐάν , μηδ'ει, μηδ' ἐάν   : pas même si.   

Καίπερ et participe : quoique, bien que.

2) κἄν  n’est PAS réservé aux concessives et peut simplement signifier « et si ».

3) L’optatif oblique
a)    PEUT (NE DOIT PAS) remplacer .
b)    NE remplace JAMAIS un potentiel ou un irréel
c)    S’emploie fréquemment lorsqu’il s’agit de remplacer un subjonctif, presque toujours lorsqu’il s’agit de remplacer un subjonctif avec ἄν

L’optatif oblique n’est jamais de rigueur dans le style indirect.

Bonne journée

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Éventuel prospectif ou concessive ?

Merci pour cette réponse d'une très grande clarté !  Cette petite synthèse sur les conjonctions qui introduisent les concessives m'est très utile. 

Éventuel prospectif ou concessive ?

Voilà bien le danger d'une approche purement grammaticale du grec !

Je ne dis pas cela pour vous, Maxime, mais pour illustrer un message que j'ai écrit ailleurs sur l'apprentissage des langues anciennes.

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Éventuel prospectif ou concessive ?

Oui oui j'ai bien fait le lien avec votre message sur l'apprentissage des langues anciennes. Vous parvenez à lire les langues anciennes dans le texte ? Effectivement, en fac où j'étudie (j'ignore ce qu'il en est en prépa)  les cours sont très centrés sur la description syntaxique (et la mémorisation de ces structures dans une approche plus normative pour le thème) mais malgré tous les tableaux morphologiques et toutes les règles syntaxiques étudiées, sans avoir recours à des traductions juxtalinéaires (et en lisant donc le français) je peinerais à m'en sortir.

Éventuel prospectif ou concessive ?

Je constate que l'enseignement est resté très traditionaliste.
Cela dit, il faut aussi que l'étudiant ait des notions grammaticales poussées dans le cas où il poursuivrait des études de grammaire historique, ou pour l'enseignement.
Oui, je lis couramment la prose grecque ; le grec est la langue pour laquelle j'ai toujours eu le plus d'affinité et de facilités. Il peut m'arriver de "caler" sur certains passages, mais c'est plus à cause du fond que de la forme, chez Aristote, par exemple, mais aussi chez Platon. Avec la poésie lyrique et les tragédies, c'est une autre paire de manches, mais à force de lire et de relire... Thucydide me crée aussi bien des misères.


Vous faites bien de recourir à des traductions, c'est comme cela qu'il faut faire.
Tout dépend aussi de ce que vous voulez faire de la connaissance des langues anciennes : dans mon cas, même si je m'intéresse à la grammaire, surtout historique, la connaissance du grec et du latin constitue essentiellement un moyen d'accéder directement aux textes antiques, par plaisir, et aussi pour mes recherches personnelles (soit dit sans prétention).