Grammaire du français

"Au final" et "au départ"

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Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    Hem... Je crois qu'on va s'en tenir là !
    Fin de la digression et reprenons le fil.
  • Jehan a écrit:
    Hem... Je crois qu'on va s'en tenir là !
    Fin de la digression et reprenons le fil.
    Sans doute. Pour ajouter une modeste contribution au fil, n'est-il pas remarquable que les Allemands, grand peuple musicien, aient adopté « Finale » (das) pour signifier la fin d'un morceau de musique, alors qu'ils n'ont même pas les mêmes noms de notes que nous...ou les Italiens ?
  • Concernant Au départ, je trouve ça incorrect quand on l'emploie à tort au lieu d'au début, dans un contexte qui n'a rien à voir.
    On ne dit pas le départ d'une grossesse, le départ d'un roman, le départ des vacances...mais le début d'une grossesse, d'un roman, des vacances, et le départ d'une course.
    Je pense que la réticence des certains professeurs vient de là, à force d'avoir lu des "au départ de l'histoire, au départ du roman, au départ le personnage voulait faire blabla".
    Les deux sont des expressions attestées, dont les sens sont proches, mais elles ne s'emploient tout de même pas comme des synonymes.

    De la même façon, au départ de la course ne veut pas dire la même chose qu'au début de la course. Départ contient étymologiquement une notion de séparation, de "départage" si l'on peut dire, comme quand les gens quittent leur maison pour partir en vacances, ou quand les concurrents d'une course se séparent après le coup de sifflet initial.

    (cela dit, ça vaut surtout pour l'expression écrite, à l'oral au départ ne choque pas grand monde et tant mieux)
  • AU FINAL, comme le dit si bien Proust, ne pas négliger les néologismes ni les dénigrer, puisque c'est eux qui ont formé et forment la belle langue française.
    Au final en fait partie, non?
  • "Au final" est un néologisme de journaliste. Il n'est ni issu d'un mouvement linguistique naturel (comme la plupart des mots et expressions françaises), ni formé par un esthète du langage, comme une licence littéraire. S'il suffit de comprendre le sens d'une phrase pour que ce soit du français, supprimons toutes nos règles inutiles, toutes nos exceptions, toutes les redondances et formons un vrai français simple, modeste, facile à apprendre, qui pourra un jour peut-être retrouver sa suprématie d'antan en overwhelmant l'anglais sous une efficacité à toute épreuve. Vive "au final", et que chacune des fautes que distribuent allègrement les médias soit vénérée et adoptée comme symbole d'un langage pratique.
  • Et cependant, ce que nous qualifions de "beau" dans le langage ne tient-il pas précisément d'un jeu sur la norme ? En supprimant cette norme, aussi arbitraire soit-elle, et en voulant faire de notre langage un objet pratique, ne tuons-nous pas simplement ce que l'on convient d'appeler "les arts littéraires" ? Somme toute : Superflu, chose nécessaire.
  • JehanJehan Modérateur
    Sans aller jusqu'à supprimer les normes, l'on peut les assouplir.
    Gardons-nous des anathèmes définitifs à propos de telle ou telle tournure.
    La richesse d'une langue est dans sa diversité d'expression.
    Et pour ce qui est du côté pratique, "au final", "au bout du compte", et "finalement"sont tous les trois parfaitement compréhensibles et ont tous les trois parfaitement droit de cité.
  • Un des aspects négatifs de cette expression est qu'elle a complètement écrasé les autres, plus nuancées par ailleurs. "Au final" est un pot-pourri de sens qui les affadit tous en un seul. Permettant ainsi de ne pas se casser la tête à chercher une idée un peu fine, tout le monde la tartine à toutes les confitures au détriment des autres, qui s'oublient.
    "Au final" n'a pas d'origine, et il est peu agréable à voir et à entendre, mais les amnésiques repoussants ont aussi le droit de servir, surtout lorsqu'on les comprend si facilement.
    Toutefois, s'il devient tyran, il sera, comme tel, le défenseur d'un appauvrissement culturel, non d'un enrichissement.
  • JehanJehan Modérateur
    Peu agréable à voir et à entendre, "au final" ? C'est une appréciation très subjective.
    Et subjectivité pour subjectivité... "Oboudukont" c'est beaucoup mieux ?

    "Pas d'origine" ? Sans blague...

    Les autres seraient plus nuancées ?
    J'aime bien analyser finement les nuances des mots...
    Mais là, pour que je les perçoive, j'ai besoin d'un dessin !
  • "Au final" et "au départ" sont des expressions journalistiques, héritées du langage des sports, qu'il est assez mal venu de coucher par écrit. Mes professeurs de lettres ne nous les pardonnent pas !
  • JehanJehan Modérateur
    Sauf qu'en sport, à l'origine, il est plutôt question de la finale que du final ...
    En revanche, en musique, on parle bien du final d'un morceau... Voir plus haut.
  • Cette origine ne me convainc toujours pas, même si elle est plausible. Quelle proportion d'expression vient de l'analyse et de la critique d'art ? Elle est de création récente, on devrait pouvoir prouver qu'elle a bien commencé à prendre ce sens dans ce milieu.

    Ne parlons pas de goût et de couleur, c'est absurde. Mais, pour montrer les subtilités qu'"au final(e)" a supprimées, j'ai une remarque simple : on voit, à l'oral comme à l'écrit, cette expression remplacer toutes les locutions synonymes, alors que l'inverse n'est pas vrai : aucune d'elles ne peut remplacer systématiquement "au final". Si tu n'es pas convaincu, je peux donner des exemples.
  • JehanJehan Modérateur
    Bonsoir, Captain.
    Ne parlons pas de goût et de couleur, c'est absurde.
    C'est bien vrai... Mais c'est toi-même qui as commencé en jugeant que "au final" était désagréable à voir et à entendre. Je n'ai fait que te répondre pour montrer combien c'était un argument subjectif.

    Pour ce qui est la spécificité de sens que tu décèles pour chacune des locutions, je suis prêt à examiner tes exemples et à les discuter.
  • Je passe sur l'"englobement" de sens de l'expression. Je perçois des nuances entre "au bout du compte", "finalement", ou "en définitive", mais j'aurais peine à les décrire clairement, et ce n'est pas important.
    Je tiens simplement à répéter qu'"au final" appauvrit la langue française dans la bouche de beaucoup, puisqu'y évinçant les autres formules. C'est ce que je crois avoir remarqué dans mon entourage et dans les médias.
  • DelisaDelisa Membre
    À l'arrivée, je dirais qu'au final évince les autres formules si on l'utilise sans cesse. Mais en variant son vocabulaire, pas de problème! ;)
  • Selon ma prof de linguistique, l'expression "au final" ne se dit pas. Elle nous a précisé qu'il s'agissait d'une invention des journalistes.

    En effet, "final" n'est pas un nom, sauf pour "le final" (vocabulaire de la danse qui est particulier).
    En revanche, "au départ" est tout à fait correcte.

    Mais je pense que, même si l'expression ne respecte pas la rigueur de la langue française, elle peut être correcte, car une langue est quelque chose qui évolue ;)
  • Je pense que "au final" peut se dire.Mais que le "au depart" pas trop . :)
  • JehanJehan Modérateur
    Pourquoi serait-ce plus incorrect que "au final" ?
    C'est tout à fait admis par les dictionnaires.
  • Il se trouve que c'est dans Libération (11 juin 2010 - page 20 - ligne 21)... Le toujours pédant Pierre Marcelle cite le peu recommandable Brice Hortefeux : "Notre objectif, au final..." en ajoutant, entre crochets, un "sic" désapprobateur. Bon, ça m'embête de défendre le sinistre de l'Intérieur, mais le coup de règle sur les doigts avec le regard méprisant de l'initié, merci bien.

    Chaque fois qu'elle est abusive (c'est-à-dire quand elle n'est plus capable que d'avancer un argument d'autorité), la police de la langue n'est rien d'autre qu'un rouage de l'exclusion sociale. On commence par "hors de l'Ecole des Mines, ceux qui n'ont pas été nourris, pendant le déjeuner dominical d'après-messe, au lait des oukases grammaticaux de l'Académie française" et on continue par "ils n'ont rien à faire en Auvergne, les rétifs au subjonctif"... Ce n'est certes pas le seul moyen qu'ont trouvé les élites pour se coopter à la direction de notre pauvre organisation sociale, mais ce n'est pas non plus le moindre.

    Au final, j'espère que mon emportement me vaudra quelques critiques formelles de ceux qui n'ont généralement rien à dire sur le fond : en me signalant d'éventuelles "expressions fautives" (voire des fautes d'orthographe !), ils m'aideront à améliorer mes futurs "coups de gueule" (désolé pour cette expression triviale : j'ai malheureusement été contaminé par des journalistes-fossoyeurs-de-notre-belle-langue à la Zola ou à la Balzac). Merci d'avance.
  • Voyez : si même ces rois du bon parler que sont les dirigeants ne savent plus dire qu'"au final" - qui, d'après ce qu'on a plus ou moins conclu, n'est pas "fautif" - c'est bien que le français parlé (et l'écrit, hélas) est en train de passer à la trappe maints autres mots de sens voisins.
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