Fiches méthode Bac de français 2021

Bonjour à tous,

Je suis un nouveau venu :) attiré par l'entraide régnante sur ce forum, sur une matière qui n'est pa tellement mon point fort :/

J'ai une dissertation a rendre dans une semaine ( un peu plus ) traitant sur la devise de la comédie italienne :
Castigat ridendo mores
Le sujet étant :
Vous expliquerez et vous discuterez cette devise en vous appuyant sur les textes du corpus et les comédies étudiées au collège et au lycée
J'ai effectué quelques recherches sur le sujet, en commençant par traduire la devise : La comédie corrige(guérit) les moeurs par le rire.
Je pensais faire un plan thèse / antithèse et pourquoi pas synthèse... Mais apres lectures des textes de mon corpus
Caprices de Marianne, Acte I, Scène 1
L'école des femmes, Acte V, Scène 4
Le barbier de Séville, Acte I, Scène 3
Je n'arrive pas à trouver assez d'arguments pour mon plan, je sais qu'il va falloir parler des différents comiques, peut etre de l'origine et de la popularité de la comédie italienne, mais sinon je vois pas trop ... :(
Je sollicite donc une première fois votre aide :)

Merci d'avance.
«1

Réponses

  • Attention, l'origine de "castigat ridendo mores" reste assez floue. Elle est devenue la devise des Comédiens Italiens, mais Molière y fait déjà référence dans son placet sur Tartuffe. On la dit aussi inventée par Jean Santeuil poète du XVIIe écrivant en latin. Cependant, si elle n'est pas citée mot pout mot chez Horace, on trouve déjà l'idée de plaire et d'instruire en même temps dans son "Art poétique".

    Petite citation de Molière qui pourra servir :
    Dans son premier placet sur Tartuffe, Molière a rappelé la devise latine du poète Jean-Baptiste Senteuil "Castigat ridendo mores" (elle châtie les mœurs en riant) pour définir le but de la comédie : « Les plus beaux traits d'une sérieuse morale sont moins puissants, le plus souvent, que ceux de la satire; et rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. C'est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions; mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant; mais on ne veut point être ridicule.» (préface de Tartuffe).

    Bon courage !

    Marguerite
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Titou,

    En complément de Marguerite, je t'invite à réfléchir à quelques aspects complémentaires.

    D'abord au XVIIe siècle, époque probable où (re)apparaît cette devise, quel est le statut de la comédie ?
    Se rattachant aux fabliaux du moyen-âge, à la farce, elle est considérée comme un genre mineur. Le succès de la commedia dell'arte et de ses lazzi a ancré dans l'esprit du public qu'elle est un divertissement populaire sur des thèmes stéréotypés.
    Tout se passe donc comme si les auteurs comiques, voulant trouver une place au soleil, cherchaient à justifier leur art en trouvant de nouvelles voies, en particulier en recourant à une utilité sociale.
    De fait, la comédie se distingue du genre tragique noble par l'emploi de personnages communs et d'une fin heureuse. La trame privilégiée est celle des amours contrariées... A partir de cette approche historique, peux-tu définir les Caprices de Marianne comme une comédie ? Tu vas sans doute déboucher sur celle du drame romantique (qui mêle les genres grotesque et tragique). De même le Barbier de Séville doit quelque traits au drame bourgeois du XVIIIe siècle...

    Pour te remettre dans le climat littéraire de l'époque, je te joins la fin de la 1re partie de Psyché, où La Fontaine nous rapporte les propos de deux des quatre amis, qui ont engagé un débat sur les mérites respectifs de la comédie et de la tragédie.
    Ariste affirme que "la comédie touche moins les esprits que la tragédie", Gélaste finit par répondre : "comme la tragédie ne nous représente que des aventures extraordinaires et qui, vraisemblablement, ne nous arriveront jamais, nous n'y prenons point de part et nous sommes froids, à moins que l'ouvrage ne soit excellent... La comédie, n'employant que des aventures ordinaires, et qui peuvent nous arriver, nous touche toujours, plus ou moins, selon son degré de perfection."
    À l'époque de La Fontaine et de Molière, le siècle classique, les genres théâtraux sont bien codifiés.

    Qu'est-ce que la «reprise des mœurs» ? La Fontaine fait justement allusion à la devise classique de la comédie "castigat ridendo mores", ce qui peut se traduire par elle châtie les mœurs en faisant rire, en les rendant ridicules. Bien entendu la tragédie ne fait pas rire mais elle a toutes les capacités pour dénoncer les dérives morales : Racine a peint les ravages de la passion. Finalement le projet reste le même, ce sont les moyens qui diffèrent : pour la comédie il s'agit d'instruire en plaisant; pour la tragédie, d'émouvoir le spectateur en excitant « la terreur et la pitié ». La Fontaine fait allusion aussi implicitement à un genre réputé difficile par opposition à un genre plus facile.

    Molière a choisi une voie qu'il va magnifier par son art de dramaturge en assimilant et en intégrant plusieurs traditions, mais surtout en donnant à des situations convenues une autre épaisseur humaine.
    Il va ainsi passer de la moquerie d'un hurluberlu (je peux rire d'un individu qui en aucun cas ne saurait être moi) à la satire d'un type social à la fois contemporain et universel (il devient alors plus difficile d'échapper à l'identification avec ce type qui peut être ma propre personne ou un de mes proches). Les réactions et les cabales montrent combien Molière avait visé juste en passant de l'Avare ou de l'Ecole des femmes à Tartuffe ou Dom Juan...

    C'est que Molière est passé insensiblement d'un statut d'auteur comique à celui de moraliste : Un vice n'est jamais innocent, le ridiculiser peut conduire à une prise de conscience salvatrice. Son art rejoint celui de La Bruyère par des procédés différents : Tartuffe et Onuphre sont comme frères.

    Ton sujet t'invite donc à vérifier si le comique n'est jamais gratuit, s'il a toujours une visée morale, s'il veut être plus qu'un simple divertissement facile pour atteindre la critique des travers psychologiques : l'avarice, l'entêtement, l'orgueil… et des comportements sociaux : préciosité, hypocrisie, refus de la loi… Le comique devient alors grinçant. Le ridicule sert à la prise de conscience et cherche à désolidariser le public de "vices" à la mode…

    Mais après Molière, la comédie va parfois réintégrer des larmes avec le drame bourgeois, puis le drame romantique. Au XIXe siècle, elle épuisera, avec le vaudeville, le triangle femme, époux et amant, avant de s'engager parfois au XXe siècle dans les voies surprenantes de l'absurde... S'agit-il encore de comédie ? Il existe donc une tradition constante de la comédie qui tourne autour de la stratégie amoureuse et des échappées en des voies novatrices...

    Aujourd'hui encore le cinéma utilise le genre comique pour provoquer la prise de conscience de nos contemporains devant des situations inacceptables. Si tu as vu un film comme « La vie est belle » demande-toi pourquoi le rire (même jaune) peut être plus efficace qu'une dénonciation immédiate et indignée... Pense au Dictateur, aux Temps modernes de Chaplin, au Docteur Folamour de Kubrick...
  • Merci pour vos réponses, elles m'ont aidées à trouver quelques pistes, il faut maintenant que je trouve le rapport avec les textes de mon corpus.

    Je pourrais donc m'orienter vers un plan comme celui là :

    - L'utilité et la popularité de la comédie à travers les âges
    - Un genre pas toujours apprécié
    - Les limites de la comédie
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Non Titou,

    Relis ton sujet.
    Tu dois dans une première partie expliquer.
    Puis dans deux autres discuter ce que tu as compris : d'accord, pas d'accord (ou reformulation d'un accord corrigé).
  • Bonjour Titou !
    Jean Luc m'a enlevé les mots de la bouche... enfin du clavier. Ta première partie ne peut être formulée ainsi : le but d'une dissertation n'est pas de faire un "cours" sur la comédie, mais de proposer une réflexion personnelle qui intègre ces données historiques essentielles. De la même manière, ta deuxième partie est pratiquement hors sujet : elle ne correspond en rien au sujet donné. Pense, pour chacune de tes parties et sous-parties, à toujours te demander si elles correspondent parfaitement au sujet. Par contre, la troisième me semble plus intéressante : il faudrait sans doute, comme te le suggérait Jean-Luc, te demander si la comédie ne risque pas de se perdre en voulant être trop moralisatrice... Peut-être ta difficulté à trouver un plan alors que tu sembles avoir des idées vient-elle du fait que tu ne fais pas de problématique. Essaye peut-être de reformuler ton sujet, sous forme d'une question suffisamment large pour pouvoir englober toutes tes idées, mais suffisamment précise aussi pour bien correspondre au sujet. Ensuite, il te restera à voir comment tu peux répondre à cette question, en trois parties, et en vérifiant que chacune de ces parties offre bien un nouvel éclairage.
    Bon courage !
  • D'accord, je parlerais alors plutôt de "l'origine" de la devise, c'est-à-dire qui l'a utilisé à travers les différents siècles, que veut elle dire... puis je dirais tout d'abord qu'elle est juste, popularité de la comédie ... (thèse), mais qu'elle à ses limites (antithèse).
    Dites-moi si je suis sur la bonne voie parce que je dois absolument rattraper mon 9.5 de moyenne du second trimestre :(

    Merci pour toutes ces réponses.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Titou,

    Tu t'écartes encore du sujet. Comme te l'a dit Cassandra, il te faut d'abord reformuler la problématique. Ce n'est qu'à ce moment-là que tu pourras argumenter en faveur ou à l'encontre de la thèse.
    La problématique tourne exclusivement autour d'une fonction de la comédie, sa capacité à réformer les comportements individuels et sociaux. Est-ce que la comédie peut se définir exclusivement à partir de son utilité sociale de censeur ?
  • Dans le sujet, il y a deux dimensions essentielles à traiter : rire et corriger. Rire, c'est l'essence de la comédie. Corriger, qu'est-ce que ça veut dire ? Rectifier, transformer, effacer, réparer... etc. Dans le "castigat" d'origine, il y a aussi la notion de réprimander. Dans quelle mesure un pièce châtie-t-elle ? Peut-être en se moquant. Dans cette acception, la plupart des comédies corrige. Mais si l'on considère la notion de rectifier, on risque de trouver beaucoup moins de pièces qui aient vraiment rectifier un travers de la société ou autre.
    J'essaierais donc de voir dans quelle mesure la comédie "corrige" véritablement "les moeurs". Elle les critique, d'accord, mais la critique entraîne-t-elle forcément un changement ? Le Bourgeois Gentilhomme, par exemple, est toujours joué au XXIe siècle, ce qui veut dire que d'une certaine façon, il est toujours d'actualité. A l'inverse, "Hernani", qui a été la cause d'une révolution littéraire (cf. la bataille d'Hernani), n'est plus tellement joué aujourd'hui, d'une part, et a "corrigé" quelque chose dans la façon d'écrire le théâtre, d'autre part. Le drame romantique (bon d'accord, ce n'est pas une comédie pure, mais il y a des scènes comiques) a d'un certain point de vue corrigé les moeurs littéraires et la façon de voir les puissants. En gros : si une pièce fait son boulot (corriger les moeurs), cesse-t-elle d'être utile ? donc représentée ? Mais alors, est-ce qu'une comédie doit être utile ?

    Il ne faut pas oublier la dimension propre au genre théâtrale qui est celle de la représentation, le fait que le texte est joué sur scène par des comédiens, dans une mise en scène et devant un public. Cela a certainement un impact plus fort lorsqu'il s'agit de corriger les moeurs, comme le cinéma a plus d'impact qu'un roman.

    Bon, ce sont des idées en vrac. Fais-en ce que tu veux.

    Bon courage !

    Marguerite
  • Bonjours à tous,

    Je bosse pas mal sur le sujet, j'ai bien défini ma problématique :) qui serait :

    "La comédie a-t-elle une fonction de censeur efficace ?"

    Avec un plan qui, comme l'a suggéré Jean-luc (et les autres) serait :

    - Dans quelle mesure, comment la comédie peut-elle guérir les mœurs ?
    - La comédie a une fonction de censeur très efficace
    - Les limites de la comédie

    Voilà j'espère ne pas me tromper de route encore une fois :/
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Titou,

    C'est mieux.
    Je me poserais deux questions :
    - l'ordre des deux premières parties, faut-il te demander comment la comédie réussit à réformer les mœurs pour ensuite affirmer qu'elle y réussit ou à procéder de manière inverse, montrer que la comédie classique est une réussite en ce domaine et ensuite en démontrer les raisons.
    - Pourquoi examiner les limites de la comédie (attention toutefois de ne pas l'examiner en général, mais bien dans son seul rôle de critique des mœurs) alors que tu pourrais réfléchir à ses autres fonctions ?
  • Ben j'ai fait ce plan par rapport au sujet qui me demande :
    d'expliquer la devise, et de la discuter.

    Étant donné que ma thèse est de savoir si la comédie a un rôle efficace de censeur, dans ma troisième partie je dois contredire ma thèse c'est-à-dire démontrer qu'elle a ses limites dans son rôle de censeur.
  • J'ai une dissertation à rendre pour bientôt et je n'ai aucune idée du plan à utiliser ni des arguments que je pourrais utiliser. Voici mon sujet :
    Dans son "Premier Placet présenté au roi sur la comédie de Tartuffe", Molière écrit que "le devoir de la comédie" est de "corriger les hommes en les divertissant". Expliquez et commentez cette affirmation.
    Est-ce que quelqu'un peut m'aider ?
  • J'ai peur que tu n'aies pas assez donné de matière personnelle pour que l'on puisse t'aider. Il est nécessaire de définir les termes du sujet et d'élaborer une problématique.
    Qu'a voulu dire Molière ? Comment l'a-t'il réalisé dans son oeuvre ?
    Est-ce que tous les auteurs de comédies ont usé de ce principe ?
    A toi, nous te guiderons au mieux par la suite....
  • Bonjour tout le monde !

    J'ai fait des recherches et j'ai trouvé beaucoup d'éléments sur châtier (corriger), la comédie, de quoi rions-nous, dans quel contexte ?....

    Mais je n'arrive pas à faire un plan correct.
    Est-ce que je dois parler des moeurs corrigées et ensuite du rire et de la comédie ?
    Dois-je parler de la Comedia dell'arte ?

    Si vous avez des conseils à me donner ou des astuces n'hésitez pas parce que là j'avoue que je suis perdue ! :/
    J'attends votre aide le plus vite possible s'il vous plaît !
    merci.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Natha,

    Si ton sujet consiste purement à commenter la citation en l'appliquant au théâtre de Molière, tu pourrais te contenter d'un plan analytique.

    Explication de la formule
    Illustration de la formule
    Commentaires et limites

    Un plan dialectique reste toujours possible :

    La comédie qui corrige
    Le rire gratuit
    "C'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens"(Molière)
  • Merci Jean-Luc pour ton aide !
    À bientôt.
  • Bonjour,

    J’ai une dissertation à faire pour la semaine qui arrive.
    Le sujet est :
    Dans L'impromptu de Versailles, Molière écrit : "l'affaire de la comédie est de représenter en général tous les défauts des hommes".
    Commenter le point de vue en fondant notre analyse sur notre étude du Don Juan de Molière.
    S’il vous plaît, aidez-moi, je vous en supplie.
    Merci.
  • modusmodus Membre
    Bonjour tout le monde !!

    Voilà, j'ai approximativement le même sujet de dissertation que toi ("il s'agit de corriger les vices des hommes en les divertissant", Molière. Discutez cette affirmation...)

    J'ai choisi le plan dialectique mais le problème c'est que je ne trouve vraiment pas d'arguments pour ma disertation ce qui pose un probleme (sans blague ') . Est-ce que vous pourriez me suggérer quelques arguments ?

    Je viens de voir que tu as eu ce sujet le 20 avril. Tu l'as sûrement corrigé en cours ou du moins votre professeur vous a aiguillé. Tu pourrais peut-être m'aider ?

    Merci d'avance.
  • J'imagine que ce sujet revient assez souvent sur le forum, car c'est un objet d'étude incontournable au lycée. J'ai une dissertation à faire sur le sujet suivant : Molière a écrit que le devoir de la comédie est de "corriger les hommes en les divertissant". Discutez ce point de vue en vous appuyant sur les deux textes (en fait il s'apgit d'un extrait du Tartuffe et d'un autre de Dom Juan), et vos lectures personnelles.

    Pour le plan, j'ai choisi en premier lieu de montrer quelle est la fonction de la comédie (faire rire), puis expliquer en quoi le rire a une fonction cathartique, morale et sociale. C'est la première dissertation que j'aie jamais fait, c'est pourquoi j'ai l'impression d'avoir été l'auteur de quelque chose de très mauvais (vous êtes prévenus ).

    J'aimerais vous soumettre mon travail (seulement le développement, car je n'ai pas encore rédigé l'introduction ni la conclusion). Vous seriez très aimable de me donner votre avis sur cette dissertation, avec des remarques sur le plan, l'enchaînement logique des arguments (là ça cloche souvent), et les exemples en général... Bref, toutes les remarques sont les bienvenues, les bonnes comme les mauvaises !

    Dissertation


    La comédie est traditionnellement définie par trois critères qui l'opposent à la tragédie : les personnages y sont de condition inférieure, le dénouement en est heureux, et sa finalité est de déclencher le rire chez le spectateur.
    La comédie trouve son origine dans la littérature grecque. Elle se rattache au culte de Dionysos, dieu de la fécondité et de la puissance, que les Grecs célébraient par des fêtes annuelles, les Dionysies. C'étaient au départ des sortes d'« illustrations » du culte, en présence de ses prêtres. Le genre se développe à travers différentes préiodes : la " comédie anciennce " avec Aristophane, et dans la " comédie nouvelle ", avec Ménandre.
    Cet héritage constitue le fond du théâtre comique latin, apparu à Rome au IIIé siècle avant Jésus Christ. L'on peut citer, parmi les auteurs dont nous possédons autre chose que des fragments épars, Plaute et Térence, dont l'oeuvre appartient au genre appelé la " comoedia palliata ", jouée par des acteurs portant le manteau grec, le " pallium ". Les caractères eux-mêmes s'inspirent de la " comédie nouvelle " : chez Plaute comme chez Ménandre abondent les esclaves rusés, les marchands fripons et voleurs, les vieillards débauchés, les parasites toujours affamés.
    Au Moyen Âge, toutes les occasions de rencontres (les foires, par exemple) donnent lieu à des représentations de pièces d'une grande diversité : farces, sotties, moralités. Le comique de ces petites pièces repose sur des jeux de mots (des plaisanteries grivoises, un langage déformé ou inventé), sur des jeux de scène tels que les poursuites ou les coups de bâton, et sur des intrigues qui placent les personnages dans des situations particulièrement ridicules.
    Très vite, la comédie italienne s'en détache, avec la " commedia dell'arte ", forme théâtrale basée sur l'improvisation (acrobaties, pantomimes, lazzi, etc. ), à partir d'une trame fixée d'avance. Elle comporte des personnages conventionnels, des types humains dont le caractère et le costume sont fixés de manière permanente : Arlequin et Colombine, Pierrot, Scaramouche, Polichinelle...
    Dans le théâtre classique français, la comédie hérite de la double tradition de la farce moyenageuse et de la comédie latine. De même que pour la tragédie, le respect de la règle de trois unités est imposé : l'action doit se dérouler en vingt-quatre heures, dans un même lieu, et comporter une seule intrigue en cinq actes. C'est la comédie de Molière qui domine toutes les autres à cette époque. Ses personnages, comme le vieux barbon ou le valet astucieux, sont inspirés de la " commedia dell'arte ", mais la personnalité de ces caractères a été influencée par la tragédie. Un exemple incontestable en est Dom Juan, dont le héros éponyme possède une personnalité complexe, d'une profondeur et d'une gravité qui n'ont rien à envier à la tragédie. Véritable génie du genre comique, Molière fut l'auteur d'une oeuvre qui retentit jusqu'à notre époque. L'une de ses plus grandes réussites fut de définir la comédie comme un instrument destiné à la correction des moeurs.
    De tous temps en effet, assister à des représentations théâtrales ne fut pas un simple divertissement. Dans le Grèce Antique, la comédie était déjà une satire violente de l'actualité : elle transmettait un message politique ou moral. Aristophane, par exemple, a violemment raillé tous les chefs du peuple, qu'il nomme « ces lascars-là » (dans Les Guêpes), le Sénat, l'Assemblée, les magistrats, les tribunaux, les sophistes, « ces beaux parleurs faisant passer le mal pour le bien », et enfin le peuple, éternelle victime des politiciens et démagogues.
    Dans la comédie latine, on trouve dans l'Art Poétique d'Horace (né en soixante-cinq avant Jésus Christ) l'idée de plaire et d'instruire en même temps, résumée par le fameux précepte : « Castigat ridendo mores », ou « corriger les moeurs en riant ». Au XVIIé siècle, les auteurs s'en inspirent, et la comédie recourt a une utilité sociale : Molière dénonce dans ses pièces les vices de son temps, qui corrompent la Cour ou le peuple. Il s'attaque aux travers humains tels que l'avarice dans L'Avare, l'hypocrisie dans Le Tartuffe, la pédanterie dans Les Femmes savantes, et se moque de l'inefficacité des médecins de son époque dans plusieurs pièces telles que Le médecin malgré lui ou Le Malade imaginaire.
    La forme de la comédie est l'un des moyens mis au service de ce projet d'édification : la règle des trois unités a pour but de ne pas détourner l'attention du spectateur sur des détails superflus, afin de lui permettre de mieux se concentrer sur l'intrigue, pour le toucher et l'édifier. Elle contribue donc à rendre la pièce plus instructive.
    Contrairement à la tragédie, ce n'est guère par la terreur et la pitié mais par le rire que s'opère la correction des travers humains, dans la comédie. On peut reconnaître à cette dernière l'avantage de se rapprocher du spectateur, car ses personnages sont ceux que l'on rencontre quotidiennement autour de nous, ce qui renforce la prise de conscience. Ainsi, dans Psyché de La Fontaine, Gélaste rétorque à Ariste que « La comédie, n'employant que des aventures ordinaires et qui peuvent nous arriver, nous touche toujours. ».
    La dessein du rire dans la comédie est donc de provoquer la catharsis en tournant les vices en ridicule car, comme l'a affirmé Molière : « On veut bien être méchant, mais on ne veut point être ridicule. » Les procédés sont nombreux, et différents types de comique se réunissent pour démanteler l'archétype blâmable. Chez Molière par exemple, le quiproquo est très fréquent, ainsi que le principe de l'« arroseur arrosé », hérité de la farce. Ainsi, dans L'Ecole des femmes, où toute l'intrigue est basée sur un malentendu entre Arnolphe et l'amant de sa pupille, l'auteur révèle la misogynie, courante à son époque, et raille la jalousie, la lâcheté et la bêtise du barbon qui désire juguler la toute-puissante de la jeunesse et de l'amour, et rend à la femme le don de la ruse, de la subtilité et de l'intelligence.
    Le rôle de l'auteur rejoint par conséquent celui d'un moraliste : ridiculiser un vice peut conduire à une prise de conscience salvatrice. Son art opère une jonction avec celui de La Bruyère, par des procédés différents : on peut considérer, par exemple, le portrait d'Onuphre comme l'analogue de Tartuffe.
    Dans son oeuvre, Molière vise également ses ennemis personnels : ainsi, dans la tirade prononcée par Don Juan, de même que dans celle de Cléandre, le blâme de la compagnie du Saint-Sacrement, qui avait jeté la cabale sur l'oeuvre de l'écrivain, est sous-jacent. Molière se sert de la bouche de ses héros pour critiquer les dérives de la société et, implicitement, certaines personnes en particulier.
    Le comique n'est donc jamais gratuit : il a toujours une visée morale et veut laisser entendre une critique des travers psychologiques (l'avarice, l'entêtement) et des comportements sociaux (préciosité, hypocrisie).
  • Je comprends que vous ayez la flemme de lire, mais j'en ai vraiment besoin ! Merci d'avance !!!

    PS : j'ai rédigé une conclusion que voici :

    La comédie doit donc avant tout faire rire. Nonobstant, plus qu'un simple divertissement qui transporte le spectateur loin de son quotidien, elle a toujours été un moyen d'opérer une prise de conscience chez l'individu, car chaque détail de la comédie a son analogie dans la vie réelle. Mais est-elle toujours parvenue à son dessein ? Et qu'est-ce qui empêche les hommes de corriger leurs vices, alors qu'ils les connaissent et s'accordent à dire qu'ils sont exècrables ? D'après une formule du Siècle, « Le grand nombre de gens qui vont à la Bourse prouve que les livres, les réquisitoires et les romans de moeurs ne sont pas aussi efficaces qu'on aurait pu le croire pour corriger les travers d'une nation ; le résultat tend même à faire douter de cette vieille devise de la comédie : « Castigat ridendo mores ». » Et l'on en viendrait même à se demander si l'humour est véritablement le meilleur moyen de marquer l'esprit.
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.