Bonjour,

Je viens de lire une tribune du Monde où un prof d'Histoire-Géo développe son point de vue sur la réforme du CAPES. Cela a malheureusement rallumé la haine que j'éprouve envers Blanquer car il ne m'a pas seulement privée d'un bac L mais aussi d'un CAPES qui évaluerait véritablement mes compétences pédagogiques.

J'aimerais bien discuter, échanger à propos de cette réforme donc je voulais savoir ce que vous en pensiez.

Voici le lien de l'article (il comporte le lien de l'arrêté fixant les nouvelles modalités d'organisation du concours) : https://www.lemonde.fr/education/article/2021/02/02/reforme-de-la-formation-des-enseignants-non-un-professeur-n-est-pas-qu-un-transmetteur-de-competences-ou-de-valeurs_6068447_1473685.html

Réponses

  • Lucid_LynxLucid_Lynx Membre
    2 févr. modifié

    L'article est réservé aux abonnés du Monde.

    Cette évolution du CAPES, depuis longtemps dans les tuyaux, n'est pas une surprise. Le "savoir savant" est aujourd'hui politiquement et socialement incorrect.

    Cela dit, l'absence de formation (et d'évaluation) pédagogique constituait aussi une lacune des anciens concours. D'une conception essentiellement savante du métier à une conception exclusivement pédagogique - voire ludique - il semblerait que nous ayons basculés d'une extrême à l'autre du spectre. Le gouvernement et les "experts" qui gravitent autour de lui comme les mouches autour d'une charogne délicatement parfumée n'ont pas vraiment su doser cet équilibre subtil entre maîtrise disciplinaire et didactique.

    Le professeur devient peu à peu un animateur. C'est tragique pour la connaissance, pour l'expérience, pour la sensibilité, pour l'intelligence enfin, mais c'est tout à fait cohérent avec la fonction de garderie que tout le monde exige de l'école aujourd'hui. Félicitions-nous de cette harmonisation, qui renforce la cohérence du système éducatif public français.

  • sandm77sandm77 Membre
    2 févr. modifié

    Cette réforme du CAPES est bien évidemment malheureuse. A l'heure où l'on s'inquiète de la place des savoirs "fondamentaux" (l'expression n'est pas neutre, je ne suis pas certaine que la grammaire soit moins fondamentale que les arts plastiques ...), on s'apprête à recruter les professeurs non plus sur leur maîtrise des savoirs mais sur leurs motivations et leur capacité d'animation. J'y vois avec simplicité, peut-être même simplisme, une grande incohérence qui cache l'incapacité du politique à assumer ses positions. Derrière cette réforme se cache je crois une officialisation du statut (et des rémunérations qui tendent à s'aligner avant même que la réforme ne soit passée) des enseignants, désormais reconnus et attendus sur leur capacités d'animateur. En abaissant le niveau académique des concours, on espère sans doute aussi passer au-dessus des difficultés de recrutement. Plutôt que d'améliorer les conditions de travail (volumes horaires, taille des classes, et bien évidemment rémunération des professeurs), on abaisse les critères de recrutement. Incapacité du politique à assumer ses positions donc : ne pas investir dans l'éducation, mais quand même afficher auprès du grand public une ambition (de valorisation des capacités pédagogiques, d'adaptation à la multiplicité des profils des élèves, etc.) qui n'est pas celle réellement poursuivie derrière la réforme (faire des professeurs des animateurs plutôt que des enseignants).

    Si l'on voulait vraiment améliorer les capacités pédagogiques du corps des enseignants, peut-être faudrait-il commencer par leur donner les conditions de les exprimer ... plutôt que de revoir un mode de recrutement qui avait l'avantage d'exiger les savoirs justement "fondamentaux" que tout enseignant doit posséder pour accompagner et faire évoluer ses élèves.

    Akhmatova, il te sera cependant possible de présenter le concours d'agrégation dans ta discipline. Je n'ai pas encore entendu sérieusement parler de sa suppression ... pas encore ?

  • Je suis d'accord avec vous.

    Lorsque j'évoquais la cohérence de cette réforme avec le reste du système éducatif, j'exprimais l'idée que l'école est aujourd'hui, mais c'est le cas depuis longtemps, une garderie. Son rôle n'est pas de transmettre quoi que ce soit, à l'exception de la soumission et de l'aliénation. Cette soumission n'est pas - pas encore - d'ordre dogmatique ou idéologique. Je ne suis pas assez pessimiste pour croire à un endoctrinement sous l'une ou l'autre théorie-épouvantail (fonction de votre couleur politique). Par contre, je perçois une aliénation, oui, d'ordre épistémologique : une façon de penser, de percevoir, de créer, qui enferme et stérilise.

    Le confinement nous a bien montré qu'un grand nombre de parents ne supportaient plus leur propre progéniture. C'est là le vrai motif des récriminations et des exigences à la ré-ouverture des écoles. C'est un signe des temps.

    Oui, je suis convaincu que l'école (maternelle, 1er cycle, 2nd cycle) est une garderie afin :

    • d'éviter des tensions et des crises au sein de familles qui ne peuvent plus cohabiter.
    • de permettre une disponibilité optimale des adultes au travail "productif".
    • de cristalliser les rancœurs de natures diverses contre un corps de fonctionnaires sous-payés, de plus en plus précarisés, que l'état utilise comme variable d'ajustement et bouc-émissaire avec la complicité des médias.

    Dans ces conditions, cette réforme du CAPES, nourrissant la conception d'un professeur-animateur-encadrant, me semble cohérente avec le reste du système éducatif, cohérente dans la médiocrité et la dégradation.

    Les discours de la classe politique à propos de l'éducation me laissent de marbre. Je pense que les politiciens et haut-fonctionnaires n'y croient pas eux-mêmes.

    Il y a évidemment une contradiction profonde entre les ambitions et principes affichés et les politiques de sape du service public, de déliquescence du système éducatif, de privatisation rampante, etc.

    Je crois aussi que cette simplification du concours est une tentative de lutter contre la pénurie de professeurs. C'est dérisoire et hors-sujet. Ce n'est pas l'accessibilité du métier qui pose problème, mais les conditions de son exercice.

    Cela étant dit, je dois faire amende honorable : durant mes premières années d'enseignement, j'estimais primordiale la pédagogie. Je pensais que la compétence pédagogique, notamment dans ses manifestations les plus ludiques ou "animatrices" (certains opposants écriraient ici : "démagogiques"), était indispensable à l'exercice du métier et tenait la première place parmi les compétences à acquérir pour le jeune enseignant. Il faut dire que j'étais quotidiennement édifié par certains vieux professeurs qui persistaient à pratiquer un cours magistral sévère et univoque dans leurs classes, méthode dont les résultats étaient terribles : des élèves perdus, effrayés, souvent dégoûtés par la matière.

    Après quelques années d'enseignement, après avoir été tuteur ou chargé de formation auprès de nouveaux recrutés (secteur privé), j'en suis revenu de cette perception. Une réalité très simple m'est apparu clairement : c'est la maîtrise disciplinaire, les connaissances brutes, qui garantissent l'aisance du professeur. C'est ce socle solide qui permet au professeur de mettre en place une pédagogie efficace, voire même d'improviser les dispositifs didactiques. Attention, je ne dis pas que les érudits font d'excellents pédagogues par la pure immanence de leur connaissance. En revanche, je n'ai jamais rencontré de professeur qui soit bon pédagogue sans une solide maîtrise disciplinaire. Non, jamais. Le vernis ne peut tenir longtemps. Le manque de maîtrise disciplinaire se manifeste sans délai et de façon toujours cruelle. Les élèves, particulièrement les lycéens, perçoivent très vite cette lacune, en tirent les conclusions qui s'imposent et le font payer cher, très cher au professeur, qui peut perdre toute crédibilité. Nous aurions grand tort de supposer idiots les adolescents d'aujourd'hui sur ce chapitre. Ne parlons pas des relations avec les collègues...

    Un professeur de lettres est avant tout un lecteur solide. Son parcours de lecteur se doit d'être tout à la fois original et complet (ce qui inclut la connaissance d'un corpus commun, les fameux "classiques"). Au-delà de ce parcours de lecteur, un certain nombre de savoirs sont attendus : théorie, histoire littéraire, maîtrise des exercices académiques, etc.

    Il me semble que pour l'heure, l'agrégation est relativement épargnée. Il faut avouer que ce concours, qui tient du rituel pour certains, est dûment protégé par une petite élite, une minorité forte en gueule qui défend son credo. Nous avons aussi notre aristocratie... 😅

    Toutefois, l'agrégation apparaît chaque jour un peu plus anachronique...

  • AscagneAscagne Membre
    3 févr. modifié

    Je suis moi aussi convaincu qu'il faut en savoir plus, beaucoup plus, que le strict nécessaire ou que ce qui est simplement utile, pour pouvoir enseigner dans le secondaire. Il est évidemment légitime de chercher l'utilité et l'efficacité sociale (on a besoin d'enseignants) mais il y a beaucoup à perdre à tourner la formation des enseignants seulement dans cette direction-là, car après tout un utilitarisme extrême peut pousser à considérer qu'il suffit qu'un candidat ait une formation pédagogique, et à peine plus de connaissances que ce que nécessite le programme, pour le mettre devant des élèves. Dès lors tout le parcours du futur enseignant peut être hyper balisé dès le bac, mais on laisse de côté les apports généralistes de l'université et l'idée d'en profiter aussi pour former des intellectuels et des passeurs de culture au-delà du simple enseignement, si je pense aux lettres. Ou alors on ne réserve cela, encore plus que ce n'est le cas aujourd'hui, qu'à ceux qui peuvent se permettre de suivre des études plus longues et moins axées sur l'employabilité.

    Dans ma propre expérience, mes élèves étaient extrêmement sensibles au sens plus commun de "disciplinaire" (lié à la discipline comme règles de conduite) plutôt qu'au deuxième sens (la maîtrise des matières). C'est du côté de la question de l'autorité et de la projection de l'image de l'enseignant (ce qui est difficile sans avoir reçu de formation pratique ou quand on n'a pas de prédisposition au secondaire) que les lacunes se font payer cher, à mon avis, et j'ai connu la situation, ayant été confronté au secondaire sans acclimatation par le stage, devant des classes difficiles.

    Mes élèves étaient imprégnés de l'idée que l'enseignant fait un métier de bas étage, mentalité véhiculée par certains parents eux-mêmes (pourtant objectivement moins diplômés que l'équipe pédagogique, évidemment, mais ayant un meilleur salaire), mais aussi produite par les conditions mêmes d'exercice.

    Dans le système éducatif, il y a à la fois dissimulation et complaisance, qu'il s'agisse de ce qui est dit politiquement parlant ou de ce qui ressort d'un système qui fonctionne en partie comme il peut, à la débrouille, en ce qui concerne le public. C'est un drôle de mélange, qui s'explique aussi par plusieurs points, entre autre le fait que dans le public coexistent des situations très différentes selon les types d'établissement et l'environnement local ; que les familles qui peuvent se le permettre savent que le privé est là (sous contrat mais aussi hors contrat), si bien que la situation du reste de l'EN peut être jugée comme le problème "des autres". Je note aussi qu'une partie des décideurs et des groupes sociaux ayant le plus d'influence politique (en incluant les think tanks) se préoccupent davantage de compétition internationale dans certains secteurs-clés que des statistiques globales, et ce dans un contexte où le modèle traditionnel de l'éducation humaniste s'éloigne (à part pour la question de l'éducation civique) : c'est très sensible dans le supérieur (les prépas, les grandes écoles et quelques universités d'excellence sont considérées, les autres établissements sont de seconde zone dans cette optique car ils n'ont guère de place dans la compétition internationale), mais dans le secondaire ça joue aussi (tant qu'il y a quelques "bons" établissements publics, et le privé, c'est bon, tant pis si dans les autres collèges et lycées ça se passe différemment).

  • Bonjour,

    Je me permets de poster un nouveau message dans ce sujet pour poser une question à propos de l’agrégation et du capes. Avec la réforme du capes, sera t-il toujours possible de passer l’agrégation et le capes « en même temps » ? Je ne connais pas très bien les modalités exactes de la réforme ni ce qui était en place auparavant mais il me semble que les candidats préparaient souvent les deux à la fois afin pour certains d’avoir une solution de « repli » en cas d’échec à l’agrégation (non que je considère que le capes soit une solution de secours ou que je dévalorise ce diplôme, bien loin de là); est-ce que ce sera toujours possible ? Je ne suis qu’en khâgne mais si je m’interroge c’est parce que si les nouvelles modalités rendent impossible de passer le capes ET l’agrégation, cela serait vraiment discriminatoire pour des candidats qui ne peuvent pas financièrement se permettre de redoubler et de refaire une année en cas d’échec à l’agrégation par exemple.

    Merci d’avance pour votre réponse et excusez ma désinformation, j’essaie de me renseigner comme je peux mais je trouve les bulletins gouvernementaux fort peu clairs et je m’y connais très peu n’ayant aucun proche dans l’enseignement.

  • Ce sera toujours possible!

  • ElexaElexa Membre

    Bonjour à tous,

    J'écris à la suite de vos messages mais peut-être aurait-il mieux valu ouvrir un nouveau sujet ? Dites-moi, je suis nouvelle ici :)

    Concernant la réforme du CAPES, il est précisé dans la description de la seconde épreuve écrite que les questions de grammaire incluront une question de "sémantique historique depuis les origines de la langue française". La sémantique historique.... est-ce différent de la lexicologie ?

    Quel manuel me conseilleriez-vous pour réviser ce point ?

    D'avance merci pour vos réponses !

  • Titania91Titania91 Modérateur

    Bonsoir,

    Cela ressemblera sans doute à l'actuelle question de vocabulaire dans la partie "histoire de la langue" qui consiste en l'étude diachronique d'un mot : son évolution du latin au français moderne.

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