Grammaire du français

Bonjour,
j'aimerais avoir votre avis sur la question suivante : Etudiez la négation.. c'est dans le roman d'Eneas; Voici ce que j'ai fait :

Introduction :

La négation est une inversion de la valeur de vérité, dont la portée peut être totale ou partielle. Sur le plan grammatical, l’Ancien Français comme le Français Moderne utilisent deux morphèmes issus d’un même étymon, l’adverbe latin non, qui a reçu un traitement différent selon sa position et son accentuation :
 En position accentuée, non s’est conservé sans affaiblissement pour aboutir à non
 En position proclitique, il s’est affaibli pour aboutir à nen devant voyelle, et à ne devant consonne.
L’adverbe non est donc un adverbe tonique et prédicatif qui peut faire phrase à lui tout seul. Alors que l’adverbe ne, de forme faible et non prédicatif fonctionne presque tjs comme satellite du verbe, auquel il est conjoint et antéposé.

I. Les emplois de NON
• L’adverbe non, étant prédicatif, nie tout ce qui n’est pas le verbe conjugué mais peut aussi nie Il peut aussi être l’équivalent d’une proposition indépendante.
• Il est employé comme une sorte de négation oratoire venant renforcer une proposition négative qui précède ou qui suit :

a) Il exprime une réponse négative
-« Non, mais Grieus » V 1836. En principe, contrairement au FM, l’AF emploie rarement non tout seul comme équivalent d’un énoncé autonome et préfère lui adjoindre une autre forme. Or, ici le « non » est autonome

b) Non négation du verbe exprimé

V1833, « je non ay voir, la moie amie. »
Il sert à nier les verbes avoir, estre, faire quand ils sont auxiliaires ou en emploi vicariant, lorsque l’élément auxilié ou suppléé n’est pas exprimé. Il sert donc ici à nier le verbe avoir.
Il reprend le contenu sémantique et notionnel du verbe qu’il remplace, exprimé en amont. Il a subi ce qu’on appelle une subduction.

1) Non nie ce qui n’est pas le verbe
Il nie un groupe de mots pour souligner un contraste« non pas pour moy, ne cuidiez mie » V1859

II. Les emplois de Ne adverbe de négation

-« Moy n’avez-vous fait el que bien. » 1835
-« Nenniel , dame , jel vous pluvis. »1839
-« Ce n’est par moy. »1841
-« qu’il n’eüst ordennement » 1848
N’allaisse oan de cest paÿs »1843
« Ne fust la volentéaus dieux » 1851
« Se nel vous puis guerredonner »1864
« ne le poraye mie oublier »1865

j'ai plus de difficultés à analyser le ne. Pouvez-vous m'indiquer des pistes. Merci

Réponses

  • Nous allons d'abord nous occuper de non.


    La négation est une inversion de la valeur de vérité, dont la portée peut être totale ou partielle. Sur le plan grammatical, l’Ancien Français comme le Français Moderne utilisent deux morphèmes issus d’un même étymon, l’adverbe latin non, qui a reçu un traitement différent selon sa position et son accentuation :
     En position accentuée, non s’est conservé sans affaiblissement pour aboutir à non
     En position proclitique, il s’est affaibli pour aboutir à nen devant voyelle, et à ne devant consonne.
    L’adverbe non est donc un adverbe tonique et prédicatif qui peut faire phrase à lui tout seul. Alors que l’adverbe ne, de forme faible et non prédicatif fonctionne presque tjs comme satellite du verbe, auquel il est conjoint et antéposé.


    B. Rien à rajouter.

    I. Les emplois de NON
    • L’adverbe non, étant prédicatif, nie tout ce qui n’est pas le verbe conjugué mais peut aussi nie Il peut aussi être l’équivalent d’une proposition indépendante.


    C'est insuffisant et un tantinet confus :

    Non sert :
    - à corriger, en la niant, une affirmation que l'on vient de produire soi-même,
    - à nier une affirmation que vient de produire une autre personne.


    • Il est employé comme une sorte de négation oratoire venant renforcer une proposition négative qui précède ou qui suit :

    B.

    a) Il exprime une réponse négative
    -« Non, mais Grieus » V 1836. En principe, contrairement au FM, l’AF emploie rarement non tout seul comme équivalent d’un énoncé autonome et préfère lui adjoindre une autre forme. Or, ici le « non » est autonome


    Cet emploi n'étant pas premier, il ne faut pas commencer par lui. Par ailleurs, juste avant ce cas ou non est à lui seul est prédicatif, il faut évoquer celui de nennil ( < nen il) où l'on constate la présence d'un pronom, donc d'un verbe effacé, même si ce pronom ne correspond plus à la personne logique, comme c'est le cas par deux fois dans votre texte.


    b) Non négation du verbe exprimé

    V1833, « je non ay voir, la moie amie. »
    Il sert à nier les verbes avoir, estre, faire quand ils sont auxiliaires ou en emploi vicariant, lorsque l’élément auxilié ou suppléé n’est pas exprimé. Il sert donc ici à nier le verbe avoir.


    B. à l'exception de faire, qu'il ne faut pas présenter ainsi

    Il reprend le contenu sémantique et notionnel du verbe qu’il remplace, exprimé en amont. Il a subi ce qu’on appelle une subduction.

    Dit comme cela, c'est faux ou mal compris. Quand vous dites "il reprend", c'est du verbe faire qu'il s'agit ; ce verbe, comme en FM, mais beaucoup plus largement, est le substitut unique des verbes autres que avoir et être (et quelques autres en fait).
    Pas d'exemple dans votre texte, je vous en donne un :
    Je morrai, bien lo sai,
    tant l'ai de cuer enameie
    Se Dieu plaist, non ferai,
    ainçois m'iert s'amors donee.

    (Colin Muset)


    non ferai = non morrai ; (remarquez au passage l'emploi de non pour nier ce qu'on vient juste d'affirmer soi-même).


    Par contre, avez-vous une étude complète à mener où devez-vous vous limiter aux cas rencontrés dans le texte ?

    Un petit oubli à propos de non (mais cela n'intéresse pas votre texte) :
    Dans les états de langue les plus anciens, c'est non qui semble être la négation universelle ; puis non et ne vont être employés concurremment ou conjointement, soit avec les effets procurés par leur caractère tonique ou atone, soit pour les besoins du style ou de la versification.

    Ex 1 La pulcelle cele cose non contredist (Sainte-Eulalie)

    Ex : Li reis Marsilie la (= Saragosse) tient, ki Deu nen aimet ;
    Mahumet sert et Apollin recleimet :
    Nes (= ne s') poet guarder que mals ne li ateignet.
    (Roland)
  • Pour ce qui est de ne, forme atone de non, comme on l'a dit, (à ne pas confondre avec son homonyme ne < lat. nec, "ni"), il devient peu à peu la particule négative par excellence (dès le milieu du XIIème).

    A - Il peut se suffire à lui même pour exprimer la négation.
    Ex : car se ce fust ma volenté,
    qu'il n'i eüst ordenement
    [...]
    n'allaisse oan de cest pays.


    En FM, cet emploi est figé ou archaïque (Ex : Je ne sais ; si ce n'est toi, etc...)

    B - Mais il est fréquemment accompagné d'un auxiliaire qui précise le sens ou donne de l'expressivité à la phrase.
    Cet auxiliaire peut être :

    a) un pronom (nul, nun, aucun...). Il faut signaler en effet, que nul, malgré son étymologie, a en AF un sens positif, la preuve en est donnét dans le passage qui suit celui que vous avez posté :
    Ne fust la volanté as deus,
    se de l'ocision des Greus
    remansiste nul, gel governasse...


    Mot à mot :
    "Si ce n'avait pas été la volonté des dieux
    que, si du massacre des Grecs
    il en réchappât un seul, je le guidasse...

    b) un adverbe (onques, ainc, mais, ja, gueres...). Vous avez dans votre texte un exemple de onques employé sans négation, dans le sens de "jamais", "une fois".

    c) un nom exprimant une très petite quantité ou un élément indéfini (pas, mie, point, goute, rien, chose...). Ce nom revient à dire "si peu que ce soit"
    Il y a dans le texte qui suit votre passage un exemple que vous avez trouvé :
    ne est par moi, nel cuidiez mie.


    On sait qu'en français moderne, c'est l'auxiliaire qui se chargera de la valeur négative au point d'assurer seul la négation dans la langue familière ou si le mot est employé absolument :
    Ex : J'ai pas fait mes devoirs.
    Ex : - Quand reviendras-tu ? - Jamais vs. Avez-vous jamais vu un tel spectacle ?

    C - Deux emplois particuliers :

    a) Pour exprimer une négation partielle, dite restriction, avec que.
    Ex : Moi n'avez vos fait el que bien (= Vous ne m'avez pas fait autre chose que du bien)
    La tournure subsiste en FM (Vous ne m'avez fait que du bien).

    b) Après une première négation, pour exprimer aussi une restriction (à ne pas confondre avec ne... mes = ne ... plus) :
    Ex : qu'il n'i eüst ordenemant
    ne mes lo mien tant solemant.
    (ne mes = pas plus que = si ce n'est).
  • Merci beaucoup pour votre aide; En ce qui concerne la négation, je dois faire une étude seulement dans les vers 1832 à 1866 a savoir tout ce que j'ai relevé dans ma demande;
  • Très bien. En ce cas, il faut adapter, mais le plan que je vous ai donné reste valable dans ses grandes lignes.
  • Bonjour,
    Merci encore pour votre aide. En ce qui concerne la bibliographie que m'avez envoyé dans un autre post, pouvez-vous s'il vous plait me préciser ce que je dois acheter en priorité; Merci
  • Ce n'est pas moi qui vous l'ai envoyé, mais il me semble que les auteurs de cette bibliographie établissent justement des priorités.
  • Bonjour, je sais que ça date, mais que pouvez-vous me dire sur la forme "non fait il", ça veut dire, "non faites" ?

  • JehanJehan Modérateur

    Difficile de répondre précisément sans contexte, mais je dirais plutôt "il ne le fait pas".

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