Fiches méthode Bac de français 2021

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Réponses

  • Il est permis d'hésiter entre
    la focalisation zéro (c'est le narrateur tout puissant qui informe le lecteur)
    et
    la focalisation interne (le héros pense Ah la la, que je suis fatigué, j'ai fait du sport toute la journée...).
    Une seule chose est sûre, ce n'est pas la focalisation externe !

    Il me semble que l'important n'est pas de déterminer la focalisation en soi, mais de dégager l'effet produit par le choix de telle ou telle focalisation.
    Ainsi, dans Un coeur simple, c'est en focalisation externe que Flaubert retrace la douleur de Félicité à la nouvelle de la mort de Victor. Focalisation externe, car une telle douleur ne peut être traduite en mots.
  • C'est bien ce que je pensais ...

    En effet, cela peut produire un très bel effet stylistique, c'est très interessant.

    Merci beaucoup.








    Bonjour, voici un extrait de "Une vie",de Maupassant:

    Jeanne, sortie la veille du couvent, libre enfin pour toujours, prête à saisir tous les bonheurs de la vie dont elle rêvait depuis si longtemps, craignait que son père hésitât à partir si le temps ne s'éclaircissait pas, et pour la centième fois depuis le matin elle interrogeait l'horizon.

    Quel est le point de vue utilisé ?

    Je dirais interne: nous avons l'impression d'être dans la tête de Jeanne, les informations données sont toutes récentes, elle a d'autant plus toutes les raisons d'y penser .
  • Dans cette première page d'une vie le narrateur est omniscient.
    Jeanne, ayant fini ses malles, s'approcha de la fenêtre, mais la pluie ne cessait pas.
    L'averse, toute la nuit, avait sonné contre les carreaux et les toits. Le ciel bas et chargé d'eau semblait crevé, se vidant sur la terre, la délayant en bouillie, la fondant comme du sucre. Des rafales passaient pleines d'une chaleur lourde. Le ronflement des ruisseaux débordés emplissait les rues désertes où les maisons, comme des éponges, buvaient l'humidité qui pénétrait au-dedans et faisait suer les murs de la cave au grenier.
    Jeanne, sortie la veille du couvent, libre enfin pour toujours, prête à saisir tous les bonheurs de la vie dont elle rêvait depuis si longtemps, craignait que son père hésitât à partir si le temps ne s'éclaircissait pas, et pour la centième fois depuis le matin elle interrogeait l'horizon.
    Puis elle s'aperçut qu'elle avait oublié de mettre son calendrier dans son sac de voyage. Elle cueillit sur le mur le petit carton divisé par mois, et portant au milieu d'un dessin la date de l'année courante 1819 en chiffres d'or. Puis elle biffa à coups de crayon les quatre premières colonnes, rayant chaque nom de saint jusqu'au 2 mai, jour de sa sortie du couvent.
    Une voix, derrière la porte, appela : " Jeannette ! "
    Jeanne répondit : " Entre, papa. " Et son père parut.
    Le baron Simon-Jacques Le Perthuis des Vauds était un gentilhomme de l'autre siècle, maniaque et bon. Disciple enthousiaste de J.-J. Rousseau, il avait des tendresses d'amant pour la nature, les champs, les bois, les bêtes.
    Aristocrate de naissance, il haïssait par instinct quatre-vingt-treize ; mais philosophe par tempérament, et libéral par éducation, il exécrait la tyrannie d'une haine inoffensive et déclamatoire.
    Sa grande force et sa grande faiblesse, c'était la bonté, une bonté qui n'avait pas assez de bras pour caresser, pour donner, pour étreindre, une bonté de créateur, éparse, sans résistance, comme l'engourdissement d'un nerf de la volonté, une lacune dans l'énergie, presque un vice.
    Homme de théorie, il méditait tout un plan d'éducation pour sa fille, voulant la faire heureuse, bonne, droite et tendre.
    Elle était demeurée jusqu'à douze ans dans la maison, puis, malgré les pleurs de la mère, elle fut mise au Sacré-Coeur.
    Il l'avait tenue là sévèrement enfermée, cloîtrée, ignorée et ignorante des choses humaines. Il voulait qu'on la lui rendît chaste à dix-sept ans pour la tremper lui-même dans une sorte de bain de poésie raisonnable ; et, par les champs, au milieu de la terre fécondée, ouvrir son âme, dégourdir son ignorance à l'aspect de l'amour naïf, des tendresses simples des animaux, des lois sereines de la vie.


    Extrait du chapitre 1 - Une Vie - Guy de Maupassant


    Il est vrai que dans la phrase que tu cites il exprime davantage les sentiments de Jeanne, mais on ne peut répondre en sortant ainsi la phrase de son contexte. Dans l'ensemble du passage le narrateur veut renseigner son lecteur sur la situation de cette famille et plus précisément de Jeanne, sur son passé surtout, qui permet de comprendre ses attentes pour l'avenir. Dans le passage il est bien omniscient.

    Dans cette phrase seule, je pense que les 2 réponses sont acceptables, mais pour moi le narrateur est quand même plutôt omniscient car il nous apprend que jeanne vient de sortir définitivement du couvent et qu'elle est sur le départ, c'est le vrai but de cette phrase. Ensuite il se place effectivement dans sa tête pour nous montrer son impatience.
  • Très bien, merci beaucoup.

    Je pense que mon problème vient de la difficulté à dissocier la focalisation interne du point de vue omniscient. En effet, on trouvera parfois des passages où l'auteur joue avec les limites des points de vue.

    Comment faire la différence dans ces certains cas ??
  • C'est à dire que le narrateur omniscient peut se permettre d'adopter le point de vue de n'importe quel personnage dans un même passage, voire dans une même phrase. Quand on se limite à un tout petit extrait, on peut penser (et ce n'est pas faux pour ce passage précis) que la focalisation est interne. Il faut quand même un extrait un peu plus important pour juger, et s'apercevoir que le narrateur nous fournit des infos supplémentaires pour estimer qu'il est omniscient.
  • Merci beaucoup.

    Bonjour, voici un extrait de "Blue Jay Way", de Fabrice Collin:

    Je me revois, combiné en main, sourire idiot aux lèvres.

    Comment le narrateur peut-il se revoir ? Avons-nous le droit d'écrire de telles choses en interne, ou est-ce une grande faute de l'auteur ?

    Merci beaucoup !
  • C'est une expression, il ne se revoit pas vraiment hein...
  • Bonsoir,

    Dans un point de vue interne, si le narrateur émet un jugement, disons-nous que le point de vue est omniscient ?

    Exemple: Il s'ennuyait. Il ne savait pas quoi faire. En conséquence, il mangeait. L'ennui est vraiment le pire ennemi de l'homme.
  • Ici, c'est peut-être le personnage lui-même qui se livre à une auto-critique. Difficile de trancher.
  • Bonjour,

    Si on a dans un passage les pensées d'un personnage et une description de son physique, quel est le point de vue ?


    Exemple: La vue du monstre le terrifia. Il palit.
  • Omniscient.

    Attention : Il pâlit.
  • LFDMBryan a écrit:
    Merci beaucoup.

    Bonjour, voici un extrait de "Blue Jay Way", de Fabrice Collin:

    Je me revois, combiné en main, sourire idiot aux lèvres.

    Comment le narrateur peut-il se revoir ? Avons-nous le droit d'écrire de telles choses en interne, ou est-ce une grande faute de l'auteur ?

    Merci beaucoup !

    Bonsoir!

    Je ne parlerais pas d'une faute de l'auteur, mais comme il a été dit plus haut, le narrateur se voit lui-même, s'auto-analyse, et le présent employé ici aurait valeur d'énonciation...Un "je" présent analyserait un "je" passé, ce "je" est presque le même : il a évolué et le fait savoir avec un changement de temps choisi par l'auteur pour manifester le contraste.

    La distance que le narrateur prend avec lui-même n'empêche pas la narration d'être en focalisation interne... enfin je ne crois pas.

    Salammbô.
  • Comment justifier qu'un récit est rédigé en focalisation interne ?

    Bonjour, tout est dans le titre, je vous met l'extrait dans lequel je dois justifier qu'il est rédigé en focalisation interne :

    " Il entend le mugissement d'un orgue colossal, d'assourdissants coups de cymbales, le vrombissement des millions de tambours." Magnus, Sylvie GERMAIN

    Intuitivement je dirais "présence de verbe de perception" mais je me demande si cela suffit ? Est ce qu'il y a d'autre éléments à remarquer dans cet extrait ?

    Merci,

    Thomason

  • AmmyAmmy Membre

    Non, c'est bien ça, l'auteur décrit les perceptions (auditives ici) du personnage, peut-être aussi de façon subjective : "assourdissants"

  • HapoHapo Membre

    Tu peux aussi montrer ce que le personnage ne sait pas. Il entend des bruits qu'il n'identifie pas, et que, par là même, le lecteur n'identifie pas non plus. Le lecteur n'en sait pas plus que le personnage : nous sommes bien dans une focalisation interne.

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    " Il entend le mugissement d'un orgue colossal, d'assourdi(ss)ants coups de cymbales, le vrombissement des millions de tambours." 

    Une allitération en SS

    une assonance en EN

    beaucoup de voyelles nasalisées EN IN ON (la nasalisation allonge la voyelle et la floute)

    un rythme ternaire (valeur d'équilibre, de totalité), dont les sous-groupes ont d'ailleurs une longueur équivalente (11 / 9 / 11)

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