Merçi pour tout début d'aide car je suis complètement larguée et ne parviens pas à trouver une méthode pour respecter la chronologie relative.

Sujet : Retracez l’évolution, du latin au français moderne, de :
*maturu(m) > mûr (AF meür)
capillos > cheveux
videre > voir (AF veoir)
credere > croire
camera(m) > chambre
laudare > louer
cinere(m) > cendre

Réponses

  • Cela n'est pas très compliqué.

    La première chose à faire est de déterminer la place de l'accent.
    Ensuite tu en déduis la longueur des voyelles.

    Les trois gros points de repères sont :

    La mutation du système vocalique (3° siècle)
    La chute de toutes les pénultièmes atones, et d'un grand nombre de prétoniques internes (3°-5° siècle)
    - Cette chute a des conséquences immédiates : assourdissement des sourdes au contact des sonores ; formation d'une consonne épenthétique entre n/m et r.
    La chute de la voyelle finale, remplacée dans certains cas par un e central (7°8°)

    autres phénomènes importants :
    2° siècle palatalisation de k devant i (accompagnée d'un déplacement vers la zone dentale, et de la formation d'un élément constrictif > ts)
    4° siècle sonorisation des sourdes intervocaliques ex capellos > cabellos.
    4° diphtongaison spontanée du e bref > ié
    5° palatalisation du k devant i. (accompagnée de la formation d'un élément shuintant)
    6° spirantisations de sonores intervocaliques d > ? b > ? (ce dernier renforce son point d'articulation en v).
    6° simplification de la diphtongue au en o.
    7°8° : disparation de la spirante ? quand elle reste entre voyelles.

    Enfin 12° siècle : les affriquées (ts, tch) se simplifient en fricatives (s, ch). Les diphtongues se simplifient (ié se simplifie en yé, par déplacement de l'accent sur la zone la plus ouverte, et consonnification consécutive du "i" atone devant voyelle.

    Dernier détail : le R apico alvéolaire devient le r post dorso vélaire entre le 13° et 17° siècle.
  • Merçi infiniment pour cette aide précieuse même si dans l'application cela n'est pas si simple...
    Bonsoir,

    Vraiment, ce n'est pas simple...Je n'arrive pas à trouver une méthode pour retracer l'évolution en toute cohérence...
  • Tu pourras toujours proposer des applications, je te dirai si ça fonctionne.
    Attention, je crois que j'ai donné une date trop tardive pour la spirantisation du b. J'ai de bons restes en phonétique historique, mais j'ai oublié quelques détails.
  • Bonjour,
    C'est entendu, je m'y mets et merçi encore!!!!
  • Voilà ce que j'ai fait (péniblement)...
    maturu(m)>mûr

    màturum > müR

    Mot à 3 sullabes.La pénultième contient une voyelle brève,l'accent remonte donc sur l'ante pénultième: c'est un proparoxyton.Dernière voyelle toujours brève dans les mots en "um".

    Ier siècle:amuissement de la voyelle pénultième atone màtru(m)

    Vème s : lors du boulev. voc tardif u>o losque u est dans la dernière syllabe. matro(m)

    VIème s: Les voyelles toniques et libres s'allongent;diphtongaison,sous l'accent elle se segmente et le 2nd élément se ferme d'un degré metro(m)

    VIIème s: Réduction de la diphtongue par assimilation puis monophtongaison en é de "vert"
    Amuissement de m des l'époque latine classique metr
    XVIIème s: Le r apico alvéolaire devient R dorso vélaire metR

    Et voilà et c'est comme ça pour chaque mot je bloque à certains moments de l'évolution...
  • Tu as commencé par le mot le plus difficile, à mon sens.
    màturum > müR

    Mot à 3 sullabes.La pénultième contient une voyelle brève,l'accent remonte donc sur l'ante pénultième: c'est un proparoxyton.Dernière voyelle toujours brève dans les mots en "um".
    Mal raisonné.
    Comment peux tu savoir que la pénultième est brève?
    Tu ne le démontres pas, tu l'affirmes.
    Par contre je peux te démontrer le contraire.
    Si la pénultième était brève, elle serait atone
    Or toute pénultième atone chute. On obtiendrait donc Matru ou madru. Le u final devient o, et disparait au 7° 8° siècle, dans ce cas. Donc on obtiendait une chose comme Marre, ou Merre. En tout cas, le "u" aurait totalement disparu.
    Pour que matuRum donne mür, Il faut donc supposer que le "u" est accentué ; il n'a pu retenir l'accent qu'en étant long.
    Ier siècle:amuissement de la voyelle pénultième atone màtru(m)
    Oui
    Vème s : lors du boulev. voc tardif u>o losque u est dans la dernière syllabe. matro(m)
    Aucune raison qu'il soit si tardif que cela.
    Les erreurs que tu fais découlent de la mauvaise analyse de la place de l'accent, ici.
    N'oublie pas la sonorisation du "t" entre voyelles. Même s'il y avait eu un R, cela ne l'aurait pas empêchée. Car un R et un l, situés après une consonne sourde, n'empêchent pas la sonorisation. Mais ici, ce n'est même pas le cas.
    VIème s: Les voyelles toniques et libres s'allongent;diphtongaison,sous l'accent elle se segmente et le 2nd élément se ferme d'un degré metro(m)
    Cela découle encore logiquement de ton erreur première.
    XVIIème s: Le r apico alvéolaire devient R dorso vélaire metR
    Euh oui, tu viens de démontrer par l'absurde que tes hypothèses de départ étaient fausses, puisque tu n'es pas arrivé à [mür]
    Sinon, tu as aussi oublié de faire disparaitre le [t], devenu [d] au 4° siècle. Plus tard il se spirantise. Plus tard encore, il s'amuit.

    Sinon, ce qui est nécessaire de savoir pour matuRum, c'est que parfois le "a" atone s'affaiblit en "e" central, qui finira par s'effacer devant la voyelle qui le suit. Je suppose que c'est vers le 7° siècle, avant la chute du ? intervocalique. C'est la principale difficulté de ce mot. Je précise aussi que vers le 7° siècle aussi le avance son point d'articulation vers la zone labio palatale, donnant [ü].
  • JehanJehan Modérateur
    Et il me semble qu'on aboutit alors à meür...
    L'accent circonflexe actuel est censé être un "rappel" du e disparu.
  • Oui, tout à fait... (voir ce que j'ai rajouté à la fin du message précédent). Je pense que le "e" a disparu de la prononciation vers le 16° siècle, mais ceci est une grosse approximation.
  • Je vous remercie vraiment de votre aide mais je suis totalement découragée,c'est ma première année de linguistique et je me sens incapable de faire une démonstration juste...
  • L'essentiel pour raisonner en phonétique historique, est de ne jamais perdre de vue ce que le mot est censé donner. Quand il y a plusieurs hypothèses possibles qui se présentent (par exemple : le mot est il accentué sur la pénultième ou l'antépénultième?), il faut examiner rapidement ce que chacune donnerait, et choisir celle qui vous arrange.
  • capillos>cheveux

    kapillos>sevoe

    Dans ce mot de 3 syllabes, la pénultième est longue car elle contient une voyelle entravée; elle reçoit donc l'accent: c'est un paroxyton.On ignore la quantité de la voyelle tonique ou initiale.

    IV Consonne sourde "p" intervocalique s'affaiblit en se sonorisant en "b"à la fin du IVe s.Au Vè s
    la consonne sonore s'affaiblit à son tour en se spirantisanten" B"qui se renforce en l consonne labio dentale "v" . Le groupe ll s'est simplifié en l après une voyelle longue.

    Vème s Palatalisation de "k" en position forte suivi de "a"sous l'influence du phonème palatalisé ,le "a" libre et atone se ferme de 2 degrès. kevilos

    Dentalisation de la consonne palatalisée tevilos

    V²ème s Assibilation et formulation d'une affriquée palatalisée .
    Ouverture de la voyelle finale (BSV) tsevoe

    VIIème s Dépalatisation de l'affriquée
    La voyelle finale s'amuit tsevol

    XIème s Affaiblissement de e en e central tsevol

    XIIIème s Réduction de l'affriquée par amuissement de l'élèment occlusif ."s" final s'amuit sevo

    MF Labialisation de e central soevo

    XVII "oe" devient caduc sev

    Là il me manque le passage de la voyelle "o" final en eu (oe)
  • kapillos>sevoe
    Dans ce mot de 3 syllabes, la pénultième est longue car elle contient une voyelle entravée; elle reçoit donc l'accent: c'est un paroxyton.On ignore la quantité de la voyelle tonique ou initiale.
    Attention à la formulation.
    La voyelle pénultième est accentuée, parce qu'elle est entravée.
    Comme l'entrave suffit à expliquer pourquoi la pénultième a retenu l'accent, celle ci n'est pas nécessairement longue par nature. D'ailleurs elle est brève. En effet, pour expliquer "cheveux", il faut supposer que le i s'est ouvert en e. Cela n'est possible que si le i est bref.
    IV Consonne sourde "p" intervocalique s'affaiblit en se sonorisant en "b"à la fin du IVe s.Au Vè s
    la consonne sonore s'affaiblit à son tour en se spirantisanten" B"qui se renforce en l consonne labio dentale "v" . Le groupe ll s'est simplifié en l après une voyelle longue.
    Oui, même si je voyais la simplification de la géminée un peu plus tard.
    Vème s Palatalisation de "k" en position forte suivi de "a"sous l'influence du phonème palatalisé ,le "a" libre et atone se ferme de 2 degrès. kevilos

    Dentalisation de la consonne palatalisée tevilos
    Oui ça semble bon. La dentalisaiton est peut être une approximation, mais passons.
    V²ème s Assibilation et formulation d'une affriquée palatalisée .
    Attention formation, pas formulation. Précise plutôt formation d'un élément constrictif shuintant. Je ne me souviens plus exactement du point d'articulation. À chercher.
    on devrait donc arriver à : [tsevilos]. Je ne comprends pas du tout comment tu arrives ensuite à :
    Ouverture de la voyelle finale (BSV) tsevoe
    Tu fais disparaitre le l et le s, sans qu'on sache pourquoi. Aucune règle ne dit qu'à cette époque la finale s'ouvre. Enfin la voyelle oe ne représente pas un o plus ouvert.
    La mutation du système vocalique n'a normalement qu'une seule conséquence ici : le i bref s'ouvre en e fermé.
    [tsevelos]
    VIIème s Dépalatisation de l'affriquée
    Je ne sais pas si la date est bonne, mais soit.
    La voyelle finale s'amuit tsevol
    Oui la voyelle finale s'amuit, mais le s ne disparait toujours pas.
    [tsevels]
    Le l parce qu'il se retrouve devant une consonne (s), modifie son point d'articulation, et devient, si mes souvenirs sont bon, apico alvéo dental. Ensuite il se vocalise en u. Cette voyelle forme avec le e qui précède une diphtongue par coalescence.
    [tseveus]
    Je te conseille vivement de rechercher dans tes cours ou ailleurs ce qui est dit à propos de l'évolution des diphtongues par coalescence. Avec les e fermés, c'est assez simple : cela suit la même évolution que la diphtongaison romane du e fermé. Par assimilation régressive, le "e" avance son point d'articulation vers la zone labio-palatale. Ensuite par assimilation progressive, plus tard, vers le 12°, je crois, le "u" recule son point d'articulation vers la zone labio-palatale. Les deux phonèmes se fondent en un : [oe] fermé, monophtongaison.

    Le "s" ne disparait que progressivement de la prononciation entre le 13° et le 17° siècle.
  • videre>voir (AF veoir)

    widere>vwar

    Mot de 3 syllabes.L'accent français nous indique que la voyelle "e" est longue puisqu'elle se maintient.C'est un paroxyton.

    Au IIème s "e" s'ouvre en "e" de vert widere

    Au IIIème s le phonème "v" fait son apparition en latin.Ce qui s'écrit "v"en LC se prononce W videre
    Au VIème s "d" s'affaiblit en se spirantisant en 0

    VIIème s Les voyelles finales autres que "a" s'amuissent. vider

    IXème s La spirante 0 s'amuit vewar

    Je ne sais pas quand le e s'amuit?
  • Mot de 3 syllabes.L'accent français nous indique que la voyelle "e" est longue puisqu'elle se maintient.C'est un paroxyton.
    Oui, mais tu oublies de préciser quelle est la quantité du "i". Tu peux le savoir si tu connais la mutation du système vocalique.
    Au IIème s "e" s'ouvre en "e" de vert widere
    Tu veux dire e ouvert ?

    Au IIIème s le phonème "v" fait son apparition en latin.Ce qui s'écrit "v"en LC se prononce W videre
    Magie le v apparait!
    Il faut expliquer comment [w] devient [v]. Si mes souvenirs sont bons, par relâchement articulatoire, le phonème complexe [w], qui est bilabio vélaire, avance son point d'articulation vers la zone bilabiale simple, ce qui aboutit à la constrictive [?]. Ensuite la bilabiale par renforcement articulatoire, se dentalise, et devient labiodental [v].
    en LC le "v" n'existe pas, on écrit "u".
    Au VIème s "d" s'affaiblit en se spirantisant en 0
    en ? oui.
    VIIème s Les voyelles finales autres que "a" s'amuissent. vider

    IXème s La spirante 0 s'amuit vewar
    Comment es tu passé de de i à e?
    Comment es tu passé de e à wa?
    revois donc :
    La mutation du système vocalique.
    La diphtongaison spontanée du "e" fermé accentué (diphtongaison romane).
  • Bonjour,

    voici la suite...

    credere>croire

    kredere>KRwàr

    Mot de 3 syllabes.En français, c'est la dernière voyelle qui est accentuée.On peut constater que la voyelle entre le "d" et le "r" a disparu en latin.C'est un proparoxyton.La pénultième n'étant pas accentuée,la syllabe est brève.

    Au IIème s (bsv) Les voyelles s'ouvrent Kredere (e ouverts)

    Vème s Amuissement de la voyelle pénultième qui est entourée à gauche d'une occlusive et à droite d'une liquide "r". kredre

    VIème s Diphtongaison spontanée de la voyelle tonique et libre qui s'allonge,se segmente.Le second élément se ferme d'un degré.
    "d" s'affaiblit en se spirantisant en ? krei?re

    VIIème s Les voyelles finales autres que "a" s'amuissent. krei?r

    IXème siècle la spirante ? s'amuit entre le IX et le XIème s.

    XII1 ème s Evolution de la diphtongue par différentiation,le 1er élément devient vélaire et ouvert kroir

    XIIème s Evolution de la diphtongue par assimilation o se ferme et i s'ouvre kruer

    XII²ème s Reduction de la diphtongue, l'accent bascule sur l'élèment devenu atone,se ferme et passe à la semi consonne krwàr

    XVIIème s r devient R kRwàR
  • MurielMuriel Membre
    Bonjour Staoueli,

    Je ne fais que passer pour te dire que ce serait bien que tu rebondisses un peu sur les demandes de Lucretius. Il passe du temps à te répondre. Tu passes au-dessus de ses messages en poursuivant ton idée...

    Réponds-lui : ce sera beaucoup plus enrichissant pour toi... C'est un dialogue... =)

    Muriel
  • Bonjour,

    Oui désolée vous avez raison.En fait je tiens parfaitement compte de ses remarques mais sur ma copie et c'est vrai que je ne rebondis pas par faute de temps (retard important!).
    Croyez bien que j'apprecie énormement le temps consacré par Lucretius!
    Sans cette aide,j'envoyais une copie blanche...J'avance au fur et à mesure!Merçi!!!!!
  • Bonjour!

    Je relance ce topic car je dois faire le même exercice pour un travail... Je dois faire l'évolution phonétique du mot forum à l'ancien français fuer au français fur (au fur et à mesure)... Si quelqu'un pouvait me corriger, ce serait très très gentil et ça m'aiderait beaucoup!

    Voilà ce que j'ai fait pour le moment:
    forum : accentuation paroxytonique normale sur la syllabe initiale

    au 1er siècle : amuissement du m de flexion
    forum → foru

    au 4ème siècle : évolution de 'o' tonique: allongement sous l'accent, segmentation de la voyelle, et phase première de différenciation: le premier segment vocalique se ferme en u
    o → uo (u porte l'accent)
    foru → fuoru

    au 7ème siècle : évolution de uo: rapprochement des deux segments vocaliques par fermeture du 2ème élément (o se ferme)
    fuoru → fuoru

    au 8ème siècle : effacement de la voyelle finale absolue
    fuoru → fuor

    au 11ème siècle : nouvelle différenciation pour réagir contre un risque de monophtongaison : passage du 2ème élément dans la zone avant de la bouche (o postérieur, e antérieur)
    uo → ue
    fuor → fuer

    au 12ème siècle : palatalisation du u (passage du son 'u' au son 'ü')
    fuer → fuer

    Après, il me reste le 'e' à enlever pour arriver à fur... Est-ce que je peux simplement parler d'un effacement du e au 16ème siècle (comme vu sur ce topic) ?

    J'espère n'être pas trop dans l'erreur...

    Merci d'avance pour votre aide qui me sera d'un grand secours!

    Ludy
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