Grammaire française Participe passé

Bonjour,

Je pensais avoir compris (à peu près) l'accord du participe passé des verbes pronominaux... et je découvre une nouvelle exception ! Est-il vrai que pour "s'assurer que" et "se persuader que" les participes passées sont au choix variables ou invariables ?

D'après ce que j'ai lu, cela donnerait : Ils se sont assuré(s) que j'étais bien arrivée.

Merci, si vous le pouvez, de me confirmer cette règle.
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Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Thildou,

    Ces deux exceptions n'en sont pas. La possibilité de faire l'accord ou non est liée en fait à deux possibilités de construction de ces verbes.

    1. Pour s'assurer :
    Le verbe assurer est transitif : assurer quelqu'un de quelque chose = l'engager à le croire, à s'y fier. Je vous assure, cher Monsieur, de mon entier dévouement.
    Assurer une chose à quelqu'un
    Au sens pronominal, il signifie agir de façon à acquérir une entière certitude au sujet de quelque chose : S'assurer de l'exactitude d'un témoignage.
    Donc dans l'exemple que tu cites "Ils se sont assurés que j'étais bien arrivée" je pourrais écrire ""Ils se sont assurés de mon départ". Dans ce cas, le COD d'assurer est le pronom se placé avant, donc je dois réaliser l'accord.
    Mais aussi assurer quelque chose à quelqu'un
    Ils ont assuré mon départ à eux-mêmes, dans ce cas pas d'accord. C'est d'ailleurs l'usage de l'invariabilité qui semble prédominer aujourd'hui.

    2. Pour se persuader :
    Le verbe persuader est transitif : Amener quelqu'un à être convaincu de quelque chose, à croire quelque chose : Il a persuadé les juges de sa bonne foi. Amener quelqu'un à faire, à vouloir faire quelque chose : Persuader un ami de renoncer à un projet dangereux.
    Deux constructions :
    Persuader quelqu'un d'une chose
    Persuader une chose à quelqu'un
    Dans la forme pronominale : Parvenir à se convaincre de quelque chose ; le croire, se l'imaginer : Ils se sont persuadé(s) de leur victoire.
    Deux interprétations possibles :
    · Ils ont persuadé eux-mêmes de leur victoire d'où l'accord.
    · Ils ont fait croire (persuadé à eux-mêmes qu'ils ont gagné) leur victoire à eux-mêmes, d'où l'absence d'accord (cette version se retrouve dans la langue littéraire).
  • thildouthildou Membre
    C'est beaucoup plus clair !
    Merci beaucoup.
  • EdyEdy Membre
    En bouquinant, je trouve chez Hanse la confirmation de la réponse de Jean-Luc :

    * Ils se sont persuadés qu'on n'oserait les contredire.
    (Contruction : persuader quelqu'un de quelque chose. Donc ici SE est COD)

    * Ils se sont persuadé qu'on n'oserait les contredire.
    (Construction : persuader quelque chose A quelqu'un. Donc ici SE est COI. Cette tournure COI est devenue moins vivante et plus limitée. )
  • Ah un plaisir de revenir ici ! J'avais perdu le lien, mais maintenant c'est fait : c'est dans mes favoris !
    Une mine d'or votre site, un gros bravo à tous et à toutes pour le travail de pro et de sérieux qui se sent à chaque ligne ! Je tenais à le dire avant ceci...

    Les verbes pronominaux, j'ai toujours eu un problème avec eux (si on pouvait me rappeler brièvement la règle :P)... Plus que tout, le verbe "s'écouler" m'embête ! Cette phrase par exemple : "Deux heures s'étaient écoulé". J'hésite à accorder... et si on accorde, pouvez-vous me dire pourquoi ? :(
    Un gros MERCI d'avance ! ;)
  • Rebonsoir Otis,

    Je mets l'accord dans ce cas sans scrupule. Quant au pourquoi, il s'agit peut-être du sens réfléchi du verbe pronominal.

    Méfiez-vous donc.

    ip.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Otis,

    Ipseite a raison.
    Pour la règle, il faut aller voir ici.

    S'écouler est un verbe pronominal de sens réfléchi.
    En effet, écouler existe : il écoule son stock de marchandises.
    Donc il faut réaliser l'accord du participe comme avec l'auxiliaire avoir.
    Deux heures avaient écoulées elles-mêmes (cod ici représenté par s', donc antéposé), il faut donc réaliser l'accord.
    Deux heures s'étaient écoulées.
  • EdyEdy Membre
    Voici, Otis.

    La réponse est : s'étaient écoulées. (Sens réfléchi avec pronom COD antéposé, comme le dit Jean-Luc : accord avec le COD. On pourrait aussi y voir un sens passif : avaient été écoulées ; accord avec le sujet. Le résultat est pareil.)

    Un petit schéma :

    1 Si le verbe est ESSENTIELLEMENT PRONOMINAL (= il n’existe que sous cette forme, comme s’écrier, s’exclamer, ou bien il existe sous une forme non pronominale, mais avec une signification relativement différente, comme s’apercevoir, se douter, se taire) : accord avec le sujet.
    * Il était tellement bête que ses collègues s’en étaient aperçus. (Churchill)
    Quatre exceptions :
    * Elle s’est plu / déplu / complu / ri (de moi).

    2 Si le verbe a un SENS PASSIF : accord avec le sujet.
    * La nouvelle s’est répandue (= a été répandue) d’un oreiller à l’autre.

    3 Si le verbe a un SENS REFLECHI OU RECIPROQUE, il faut distinguer :

    a) Le PRONOM PERSONNEL (anteposé) EST COD : accord avec le COD et donc avec le sujet auquel il se réfère.
    * Elle s’est baignée / regardée / maquillée. (= ° Elle a maquillé elle.)
    * Elle s’est donnée à moi, et c’est elle qui m’a eu. (Sacha Guitry)
    * Elles se sont vues / rencontrées. (= L’une a vu l’autre, et réciproquement.)
    Même règle si le COD a un attribut :
    * Ils se sont déclarés malades. / Elle s’est crue sauvée. (° Elle a cru elle sauvée.)

    b) Le PRONOM PERSONNEL EST COI :
    1 pas de COD ; invariabilité.
    * Elles se sont écrit. (= ° Elles ont écrit à elles.)

    2 COD POSTPOSE : invariabilité.
    * Je ne me suis pas lavé LES MAINS depuis Ponce Pilate. (Jules Renard)
    → Elle ne s’est pas lavé les mains… (° Elle n'a pas lavé les mains à elle.)

    3 COD ANTEPOSE : accord avec le COD.
    * Avec tous les pastis QUE je me suis payés, qu’est-ce que je pourrais m’offrir comme apéritifs ! (Celmas) (QUE est COD : ° J’ai payé tous les pastis à moi.)
    * Mes mains, je ne me LES suis pas lavées depuis Ponce Pilate.
    (Il faut garder l’auxiliaire être des verbes pronominaux. ° Je ne me les ai pas lavées.)

    J'espère que je n'ai pas dérapé.

    Grammaticalement et cordialement vôtre,
    Edy
  • Merci beaucoup ! Sinon, "les artistes qui se sont emprisonné à puiser dans leur "cervelle d'or"", j'ai quelques hésitations d'accord. Je n'ai pas envie de mettre le "s", parce que "ils ont emprisonné eux-mêmes", ils ont emprisonné qui ? Eux-mêmes. "se" le COD est avant, donc on accorde ou pas ?
  • * ° Ils ont emprisonnés eux. → donc pronominal réfléchi.
    * Ils se sont emprisonnés. → SE est un COD antéposé.
    Donc accord avec SE et, à travers lui, avec ILS.
    Donc : emprisonnés.
  • Tjrs hésitant, permettez de revenir à la charge pour les phrases suivantes :
    "mes esprits s'étaient peu à peu détaché de leur toile" et "son attention s'était subitement détaché de la figure d'Halle Berry"
    Est-ce bien orthographié ? Tout de même, je l'ai orthographié ainsi car il me semble que "détacher" est un verbe essentiellement pronominal...
    Merci d'avance !
  • Si cela peut vous affermir, sachez que j'hésite souvent, moi aussi.
    Et, comme disait Jules Renard :
    * Ma décision prise, je balance longuement.

    Si c'étaient des verbes essentiellement pronominaux, il faudrait faire l'accord sans hésiter.

    Mais ce sont des pronominaux réfléchis : je détache, je me détache.

    Donc on fait l'accord avec le COD antéposé et, par-delà, avec le sujet.
    → détachés, détachée.

    * Elle s'est donnéE à moi, et c'est elle qui m'a eu. (Sacha Guitry)
    → Elle s'est attachéE à moi.
    → Elle s'est détachéE de moi.

    Le pronom n'est pas nécessairement COD ; il faut donc faire une petite analyse.
    * Elles se sont écrit. (COI)
  • Bonjour !

    Je reviens sur ce sujet parce qu'une phrase me chipotte!

    "Marie s'est vite doutée de mon amour pour elle".

    Est-ce que comme pour les exemples du haut avec s'assurer ou se persuader on peut accorder ou ne pas accorder le p. passé? j'ai du mal à interpréter cette phrase de la façon suivante : Marie a douté elle de son amour....

    Merci beaucoup d'avance pour votré réponse!!
  • EdyEdy Membre
    Bonjour, Christineh !

    Si le verbe est ESSENTIELLEMENT PRONOMINAL (= il n’existe que sous cette forme, comme s’écrier, s’exclamer, ou bien il existe sous une forme non pronominale, mais avec une signification relativement différente, comme s’apercevoir, SE DOUTER, se taire) : accord avec le sujet.

    Voilà ce qui était inclus dans une de mes réponses antérieures.
    Donc accord avec le sujet, sans qu'il faille faire une analyse de la fonction du pronom.
    * Marie s'est vite doutée de mon amour pour elle.
    Exact.

    Explication :
    Se douter existe sous une forme pronominale (douter), mais avec une signification différente : se douter ne marque pas le doute (comme douter), mais se rapproche de croire. (Hanse)

    Cordialement,
    Edy
  • Bonsoir Edy!

    J'ai bien lu ce que vous aviez écrit en page 1!

    Il me semble quand même qu'on est dans la même situation que pour :

    Ils se sont assuré(s) que j'étais bien arrivée
    ou
    Ils se sont persuadé(s) de leur victoire

    Me tromperais-je? :rolleyes:
  • EdyEdy Membre
    Bonjour Christineh !

    S'assurer et se persuader ne sont pas des verbes essentiellement pronominaux, mais des verbes pronominaux réfléchis.

    S'assurer : affermir sa propre pensée ; contrôler, vérifier.
    Se persuader : persuader sa propre personne ; se mettre dans la tête, comme dit le Petit Robert.

    L'action du sujet s'exerce ainsi sur lui-même.
    Il faut donc analyser la fonction de SE.
    Sous réserve de "se persuader", qui peut encore se construire avec un COI, la fonction de SE est COD pour les deux verbes.
    Puisque SE est antéposé, le pp doit s'accorder avec lui et, à travers lui, avec le nom qu'il représente, soit le sujet.
    → assurés, persuadés.

    Pour gouverne, SE peut aussi être COI non seulement dans se persuader (je n'y reviens plus), mais encore dans s'assurer.
    Voici un exemple où la présence d'un COD nominal vous le montre.
    * Hitler avait dû s'assurer l'Afrique (COD) avant d'attaquer la Russie. (Drieu la Rochelle)
    → Elle s'était assuré un mari avant de larguer son amant.

    Cordialement,
    Edy
  • Bonjour Edy et merci pour votre patience!

    Ca m'aura pris du temps pour admettre enfin ce que vous dîtes depuis le début en fait ! : contrairement à s'assurer et se persuader qui sont réfléchis, se douter est essentiellement pronominal même s'il a une forme transitive douter qui a un sens différent ...

    Par contre, je ne garantis pas que je ne reviendrai pas là-dessus lors d'un prochain doute!

    cordialemement,
  • hum, bonsoir! me revoilà avec un nouvel exemple!

    ils s'en sont aperçus tout de suite :

    aperçus est accordé parce qu'essentiellement pronominal, quant à en on ne s'en occupe pas et de toute façon il n'est même pas COD ! dites-moi que j'ai raison !!!

    merci d'avance!
  • EdyEdy Membre
    Bonjour, Christineh !

    C'est bon.

    1 Essentiellement pronominal, parce que s'apercevoir a un sens différent de apercevoir ; donc accord avec le sujet.
    * Elle s'est aperçue de son erreur.

    S'apercevoir peut aussi avoir un sens réfléchi ; dans ce cas, accord avec "se" et donc avec le sujet qu'il représente.
    * Elle s'est aperçue dans la glace.
    Ou un sens réciproque : même accord.
    * Elles se sont aperçues dans la rue.

    2 En équivaut à de cela ; donc COI. (S'apercevoir de.)

    Cordialement,
    Edy
  • pour une fois, j'ai tout bon, ça fait plaisir! ça commence à rentrer, piaaano, piaaano...

    merci beaucoup pour les exemples complémentaires!!

    cordialement,
  • J'avouerais de mon côté que j'ai du mal à comprendre en quoi un verbe peut être jugé "essentiellement pronominal" par rapport à d'autres. Ici, à titre d'exemple, "Apercevoir" et "s'apercevoir" ont un sens très proche pour moi...
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