Dont et l'emploi des pronoms relatifs

DONT, pronom relatif.
"Pronom relatif des deux genres et des deux nombres introduisant une proposition relative à l'intérieur de laquelle il joue le rôle d'un complément prépositionnel introduit par "de". Il est l'équivalent de "de qui", "duquel", "de laquelle", "desquels", "desquelles" lorsque l'antécédent, substantif ou pronom, désigne un être animé; de "duquel", "de laquelle", "desquels", "desquelles" lorsque l'antécédent désigne un inanimé; de de quoi lorsque l'antécédent est un pronom neutre comme "ce", "cela", rien."

Voici ce que dit le dico du site. En attendant, quand faut-il employer "dont" au lieu "duquel, de laquelle" et consorts ? Car en attendant, tant désignant un être animé, qu'un être inanimé ou un pronom neutre, pk utiliser les "de laquelle" etc si "dont" peut les remplacer ?
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Réponses

  • Laissez-moi un peu de temps pour réfléchir, s'il vous plaît.
  • A ma modeste connaissance, les pronoms relatifs composés sont utilisés avec des locutions prépositives: la maladie à cause de laquelle, le chien en compagnie duquel,.... "Dont" peut s'employer lorsque la construction du verbe demande la préposition DE: la chose dont il se souvient, les gens de qui (desquels) il s'occupe,etc.

    sous toutes réserves.

    ip.
  • D'accord... Ainsi, pour le verbe "se rappeler", on utilise : "La chose à laquelle il se rappelle" ? (pourtant, on écrit "la chose qu'il se rappelle")
    Ce qui m'incite à m'intéresser sur l'accord des participes passés par ces pronoms relatifs assez complexes : par exemple, "La chose qu'il se rappelle avoir commise" ? (et "la chose dont il se souvient (d' ?) avoir commise ?" Ici, le C.O.D est avant le verbe, et le pronom relatif "dont" est C.O.D, non ? (Après rectification, "Dont" est un COI, car "se souvenir" est un verbe transitif indirect, donc pas d'accord).

    Merci d'avance !
  • Jérémy a écrit:
    D'accord... Ainsi, pour le verbe "se rappeler", on utilise : "La chose à laquelle il se rappelle" ? (pourtant, on écrit "la chose qu'il se rappelle")
    Ce qui m'incite à m'intéresser sur l'accord des participes passés par ces pronoms relatifs assez complexes : par exemple, "La chose qu'il se rappelle avoir commise" ? (et "la chose dont il se souvient (d') avoir commise ?" Ici, le C.O.D est avant le verbe, et le pronom relatif "dont" est C.O.D, non ?

    Merci d'avance !
    * J'écris "la chose qu'il se rappelle", et jamais "à laquelle" au vu de la construction verbale de "se rappeler".

    * la chose qu'il se rappelle avoir commise

    * la chose qu'il se souvient d'avoir commise

    ip.
  • Merci beaucoup, de même on écrit "La chose dont il se souvient avoir commis" n'est-ce pas ?
    Et non "La chose dont il se souvient d'avoir commis" ?
  • Jérémy, d'un point de vue grammatical, la phrase « La chose dont il se souvient avoir commis » n'est pas correcte. Remarquez que « la chose » est ici le COD du verbe « commettre » (et non « se souvenir »).
    - La chose dont il se souvient / La chose qu'il se rappelle
    - La chose qu'il se souvient d'avoir commise / La chose qu'il se rappelle avoir commise
    - La chose dont il se souvient d'avoir eu une idée / La chose dont il se rappelle avoir eu une idée

    A confirmer ou infirmer...
  • D'accord, merci beaucoup Orientale ; il me reste à réflechir sur l'emploi de "dont" quand il est impropre ainsi que l'emploi des pronoms relatifs tels que "lequel, laquelle" etc. J'espère qu'Ipseite a raison...
  • Bonsoir !
    C’est la première fois qu’une question si pointue m’est posée. J’ai retourné Grevisse (et d’autres encore) dans tous les sens, avec parfois un sentiment de frustration. Je vous donne le résultat de cette investigation, sans une totale garantie, avec l’espoir que d’autres apporteront leur pierre et leur critique.
    Certains exemples semblent artificiels.

    POINTS COMMUNS ENTRE DONT ET DUQUEL
    1 Ils sont des pronoms relatifs compléments prépositionnels :
    - dont : la préposition (de) est implicite,
    - x + lequel : la préposition est explicite.

    2 Ils ne sont jamais que des représentants : ils ont un antécédent, qu’ils représentent.

    3 Leur antécédent peut être quelconque : animé ou non-animé.

    DIFFERENCES
    1 Dont ne s’emploie que lorsque la préposition de est admissible ; lequel s’emploie avec une préposition quelconque : de, à, pour, contre…

    2 Dont est une forme simple, synthétique.
    Les autres formes sont composées :
    - soit autonomes : lequel,
    - soit contractées : duquel, auquel,
    - soit non soudées : pour lequel, contre lequel, avec lequel, sans lequel, etc.
    - soit les deux : à l’encontre duquel, à partir duquel, près duquel, etc.

    3 Dont est invariable ; il est utilisable quels que soient le genre et le nombre.
    Les autres formes s’accordent avec leur antécédent en genre et en nombre, qu’ils communiquent aux termes qui en dépendent :
    - lequel, laquelle, lesquels, lesquelles,
    - duquel, de laquelle, desquels, desquelles,
    - auquel, à laquelle, auxquels, auxquelles,
    - sans lequel, sans laquelle, sans lesquels, sans lesquelles,
    - à partir duquel, à partir de laquelle, à partir desquels, à partir desquelles.

    4 Dont, duquel et auquel sont les éléments de tête de la proposition relative.
    Quant aux autres formes, l’élément de tête est :
    a) soit la locution prépositive,
    * J’ai été choqué par la violence AVEC LAQUELLE il m’a répondu.
    b) soit le groupe prépositionnel dont il dépend.
    * … en s’asseyant près du poêle A LA BOUCHE DUQUEL elle présenta ses souliers. (Balzac)

    5 Duquel introduit une relative explicative (accessoire), alors que dont peut introduire aussi une relative déterminative.

    LA QUESTION
    Quand faut-il utiliser dont, duquel, de qui, de quoi ?
    * Dont, en français moderne, tend à supplanter tous les pronoms relatifs introduits par de. (Grammaire Larousse)

    1 DE QUI s’applique :
    a) ordinairement, à des PERSONNES,
    * Ceux qu’on appelle savants sont des gens DE QUI l’ignorance a des limites. (Donnay)
    b) à des choses personnifiées et à des animaux, surtout domestiques, selon beaucoup de grammairiens,
    * Les rossignols DE QUI l’on crève les yeux. (Barrès)
    c) à des choses, selon pas mal d’écrivains, qui se veulent archaïsants.
    * On sait qu’il y a des fleurs DE QUI l’épanouissement est nocturne. (Colette)

    NOTE DE GREVISSE
    De qui est concurrencé par duquel et dont.
    Si l’on s’en tient au a), l’application est cantonnée aux personnes.

    2 DE QUOI s’applique :
    a) normalement, pour la représentation d’un pronom NEUTRE (ce, rien, quelque chose, etc.)
    * Il n’y a rien DE QUOI je puisse avoir peur.
    * C’est quelque chose DE QUOI je ne me souvenais plus.
    (Exemples forgés : Grevisse ne donne que des exemples avec à quoi.)
    b) dans la langue écrite, surtout littéraire, en représentation d’un nom non animé (en concurrence avec lequel),
    * C’est une situation DE QUOI je n’avais plus le souvenir. (Exemple forgé : Grevisse ne donne que des exemples avec d’après quoi, à quoi, par quoi…)
    c) en représentation d’une phrase ou d’une partie de phrase.
    * Je partis aussitôt, DE QUOI je me repentis. (Exemple forgé : Grevisse ne donne des exemples qu’avec pour quoi, à quoi, moyennant quoi, etc. ; outre ce pour quoi.)

    NOTE PERSONNELLE
    Le a) restreint l’application de cette tournure : représentation d’un pronom neutre.
    Sous cette réserve, c’est sans doute la moins naturelle des tournures.

    3 DUQUEL : complément prépositionnel :
    a) dont l’antécédent désigne des PERSONNES,
    * L’homme DUQUEL la flèche a été retirée… (Exemple forgé : Grevisse ne donne des exemples qu’avec auquel, sous lequel, pour lequel, etc.)
    b) dont l’antécédent est un nom de CHOSE.
    * Le livre DUQUEL est tiré cet extrait. (Exemple forgé)
    * Nul rayon de soleil ne perçait son feuillage, dans l’épaisseur DUQUEL tous les vents s’égaraient. (Valéry)

    NOTE DE GREVISSE
    Duquel pourrait suppléer les insuffisance de de qui et de de quoi.
    Mais il est souvent concurrencé par dont.
    Dont est obligatoire si l'antécédent est ce, cela, rien...
    J’ajoute que duquel a cet avantage, sur tous les autres, de bien marquer l’antécédent :
    * Voilà la femme de mon frère, de qui j’ai confisqué le passeport.
    → … duquel ou de laquelle j’ai confisqué le passeport.

    4 DONT
    Il équivaut à un complément introduit par de :
    a) complément du sujet,
    * L’homme DONT les biens ont été vendus.
    b) complément du verbe,
    * Les faveurs DONT vous m’avez comblé.
    c) complément de l’attribut,
    * Une catastrophe DONT nous sommes nous-mêmes les victimes. (Chateaubriand)
    d) complément du COD.
    * Ce livre DONT j’ai lu quelques pages.

    NOTE DE GREVISSE
    Dans la plupart des cas, dont peut être remplacé par de qui, duquel ou de quoi, avec leurs valeurs propres.

    Il ajoute :
    1 Dont peut être complément d’un pronom numéral (cardinal ou indéfini).
    a) pronom sujet,
    * Vous m’avez prêté des romans dont trois m’ont intéressé.
    b) pronom CO,
    * Des adorateurs, dont on a le droit de nommer quelques-uns. (Sainte-Beuve)
    c) pronom régime de voici / voilà,
    * J’ai reçu deux lettres, dont voici l’une. (Hermant)
    d) pronom « sujet réel ».
    * Les gens dont il n’y a pas un sur cent mille à qui je voudrais ressembler. (Vialar)

    2 En principe, dont ne peut pas dépendre d’un complément prépositionnel.
    * ° Je flaire une comédie dont je ne suis pas dans le secret. (Montherlant)
    → … dans le secret de laquelle…
    Sauf lorsqu’il dépend aussi d’un syntagme non prépositionnel sujet ou COD.
    * Un écrivain dont l’œuvre est à peu près inséparable de la vie.
    Un possessif peut alors être introduit :
    * Les vrais écrivains sont ceux dont la pensée occupe tous les recoins de LEUR style. (Hugo)
    Il y a donc là des CONTRAINTES propres à dont.
  • Merci beaucoup Edy pour cette réponse fournie en exemples. Ce problème reste complexe malgré tout. Par contre, "dont" étant un pronom relatif, s'il est placé avant le verbe avoir, il s'accorde avec le sujet n'est-ce pas ? Exemple : "Les vérités dont il avait pensées ?" (même si on serait tenté de dire "Les vérités auxquelles il avait pensées" ? Franchement, merci d'avance ! :P
  • Bonsoir, Jérémy !

    C'est effectivement complexe. Mais on y arrivera !

    * Les vérités dont il avait pensées.
    Penser est un verbe transitif, qui se construit avec un COD ou (ci-dessous) avec un COI.
    Dont n'est jamais un COD : il inclut la préposition DE.
    → Les vérités qu'il avait pensées.
    Auxiliaire avoir. COD (qu') antéposé. Accord avec qu', donc avec les vérités, son antécédent.

    Mais :
    * Les vérités dont il avait pensé se débarrasser.
    = Il avait pensé se débarrasser "de DONT", c'est-à-dire des vérités.

    * Les vérités auxquelles il avait pensées.
    Auxiliaire avoir. Pas de COD. Donc invariabilité.
    → ... pensé.

    Bonne nuit !
    Comme je l'ai déjà dit, je vais compter mes moutons. Mais, quand il y en a un qui s'échappe, je suis obligé de me lever pour aller le chercher.

    Cordialement,
    Edy
  • Bonjour Edy,

    pourriez-vous avoir l'amabilité de me distinguer "les vérités qu'il a pensées" de "les vérités auxquelles il a pensé", sémantiquement parlant ? comme le cas de "penser" transitivement employé est à mon insu.

    merci d'avance.

    ip.
  • Je prends le Petit Robert pour vous répondre.
    Ma réponse sera sommaire, car l’article fait plus de deux colonnes.
    L’illustration (elle vaut ce qu’elle vaut) est de « bibi ».

    1 Penser, utilisé INTRANSITIVEMENT, sans complément d’objet.
    Faire fonctionner son esprit : juger, raisonner, réfléchir, spéculer, méditer.

    2 Penser, utilisé comme VERBE TRANSITIF DIRECT (avec COD)
    Avoir quelque chose comme idée, comme pensée.
    Avoir quelque chose dans l’esprit.

    3 Penser, utilisé comme VERBE TRANSITIF INDIRECT (avec à, donc avec COI)
    Appliquer sa réflexion, son attention à quelque chose.
    Evoquer quelque chose par la mémoire ou l’imagination.

    S’il fallait ILLUSTRER ces trois sens, je dirais dans le même ordre :

    1 Il y a des gens dont l’esprit s’arrête de fonctionner quand ils arrivent au bureau. C’est comme s’ils arrêtaient leur ordinateur personnel. Ils ne pensent plus.

    2 Ce qu’ils n’arrêtent pas de faire, c’est de regarder leur montre.
    Le moment du départ est l’objet de leur pensée. Cela fait même tic-tac dans leur tête.

    3 A quoi pensent-ils ? A leur femme ou à leur maîtresse, par exemple.
    C’est cela qu’ils évoquent par-delà l’heure du départ.

    Mais on peut aussi intervertir 2 et 3.
    Ils ne pensent qu’à l’heure du départ (3), parce qu’ils n’ont que l’amour en tête (2).

    REPONSE A VOTRE QUESTION
    J'ai substitué idées à vérités, pour amener mon illustration.

    1 * Les idées que j’ai pensées.
    Puisque penser signifie étymologiquement « peser », on peut considérer que vous pesez ce que vous pensez ; vous en faites une estimation, une appréciation. Vous mettez vos idées « en balance ».

    2 * Les idées auxquelles j’ai pensé.
    Le sens est différent. Ce sont les choses, les objets qui vous sont venus à l’esprit.

    ILLUSTRATION
    Tout à coup, vous pensez à vos prochaines vacances : 2.
    Et vous voilà en train de peser le pour et le contre de telle destination et du choix de la personne qui vous accompagnera (ou que vous accompagnerez) : 1.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Ipseite et Edy, chers amis grammairiens,

    Les réponses d'Edy sont toujours d'une grande précision et ne demandent en principe aucun complément.
    Toutefois dans le cas présent, je ferai une exception pour généraliser et faire comprendre à Ipseite le "génie" de la langue française.
    Voilà donc une petite leçon de philosophie grammairienne sur la fonction linguistique du complément d'objet, un complément sur le complément ;) :
    Le complément d'objet sert à limiter le sens d'application exprimé par le verbe.
    Ainsi si je dis : "Il boit", tout le monde comprendra qu'il s'agit d'un ivrogne parce que cette personne boit de tout et n'importe quoi. En revanche si je dis : Il boit de l'eau", j'ai limité le sens d'application du verbe boire, et j'ai mis fin à l'ambiguïté.
    Le complément d'objet peut être direct ou indirect : Quelle est la différence sémantique entre les deux constructions ? ce qui était la question d'Ipseite.
    Si j'écris "je pense ma réponse", j'ai une construction directe qui signifie mon effort de concentration et de volonté. Si j'écris "je pense à ma réponse", la construction indirecte marque au contraire un certain éloignement entre ma conscience et le sujet de ma réflexion qui, de manière plus involontaire, vient traverser mon esprit.
    Ma généralisation est moins succulente que le théâtre intérieur des employés décrit par Edy, mais il doit se trouver que j'ai moins d'expérience que lui ! :)

    Le businessman américain est un monsieur qui, toute la matinée, parle de golf à son bureau et qui, le reste de la journée, discute affaires sur un terrain de golf.
    Jerry Lewis

    Le réel n'est jamais ce qu'on pourrait croire, mais il est toujours ce qu'on aurait dû penser.
    Gaston Bachelard

    Nous comprenons tous le français si naturellement qu'il ne nous vient jamais à l'idée que la langue française est un système fort compliqué et fort peu "naturel" de règles et de signes.
    Roland Barthes

    Messieurs, ce que nous vous demandons à tous, c'est de nous faire des hommes avant de nous faire des grammairiens.
    Jules Ferry

    Sur ces sentences "pensées", je vous souhaite une bonne journée.

    Amicalement.
  • Bonjour, Jean-Luc !

    Merci pour les citations (je n'avais que la première) et pour l'analyse intelligente que vous faites des CO.
    J'en ai pris copie.
    Bonne journée,
    Edy
  • Recevez s'il vous plaît mes meilleures reconnaissances. J'ai consulté mon dictionnaire et trouvé cet emploi transitif du verbe "penser" que j'employais toujours intransitivement.

    ip.
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