Montaigne, Essais, I, chapitre 28 - "De l'amitié"

Bonjour. Je dois effectuer un commentaire composé sur un extrait du chapitre de l'amitié ( de "Au demeurant" jusqu'à "ni qui fut ou sien, ou mien")
J'avais pensé a trois axe de lecture mais je ne suis pas très sûre de partir sur la bonne voie:

En première partie je pensais parler de la présence du destin dans leur amitié.
En deuxième partie, du fait que cette amitié était différente des autres.
Et en dernière partie, de fait que cette amitié était indicible.

Qu'en pensez-vous? Merci d'avance.
Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu'accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En l'amitié de quoi je parle elles se mêlent et confondent l'une en l'autre, d'un mélange si universel, qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant : « Parce que c'était lui ; parce que c'était moi. »

Il y a au delà de tout mon discours, et de ce que j'en puis dire particulièrement, ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus, et par des rapports que nous oyions l'un de l'autre, qui faisaient en notre affection plus d'effort que ne porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel ; nous nous embrassions par nos noms. Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche que l'un à l'autre. Il écrivit une satire latine excellente, qui est publiée, par laquelle il excuse et explique la précipitation de notre intelligence, si promptement parvenue à sa perfection. Ayant si peu à durer, et ayant si tard commencé, car nous étions tous deux hommes faits, et lui plus de quelques années, elle n'avait point à perdre temps et à se régler au patronelles amitiés molles et régulières, auxquelles il faut tant de précautions de longue et préalable conversation. Celle-ci n'a point d'autre idée que d'elle-même, et ne se peut rapporter qu'à soi. Ce n'est pas une spéciale considération, ni deux, ni trois, ni quatre, ni mille : c'est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange, qui ayant saisi toute ma volonté, l'amena se plonger et se perdre dans la sienne ; qui, ayant saisi toute sa volonté, l'amena se plonger et se perdre en la mienne, d'une faim, d'une concurrence pareille. Je dis perdre, à la vérité, ne nous réservant rien qui nous fût propre, ni qui fût ou sien, ou mien.

Michel de Montaigne, Essais, « De l'Amitié »
http://michel.balmont.free.fr/pedago/argument/montaigne.html
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Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Marmaille,

    Tes axes pourraient convenir.

    Mais as-tu remarqué que cette amitié de Montaigne pour La Boétie dépasse de beaucoup une amitié et ressemble fort à une passion ?
    Certains ont franchi le pas et ont considéré que Montaigne et La Boétie avaient entretenu une inclination homosexuelle.

    Ces considérations pourraient t'amener à reconsidérer l'ordre des parties pour défendre au moins l'idée d'une amitié passionnée.
  • J'ai de nouveau réfléchit à mon plan que j'aimerais améliorer.
    J'avais songer à développer également un axe sur la symétrie de leur amitié (symétrie brisée par la mort de La Boétie).

    Cela pourrait donner quelque chose comme:
    I. Présence du destin dans leur amitié.
    II. Une amitiée passionnée : différente des autres et indicible.
    III. Une amitié symétrique et obligation pour Montaigne de trouver un nouvel équilibre.

    Qu'en pensez-vous. Ce plan est-il plus judicieux que le précédent?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Marmaille,

    Il faudrait reprendre ce plan :

    1 la force contraignante
    2 des perceptions communes
    3 une relation fusionnelle

    Nous avons là toutes les caractéristiques de la passion.
  • Bonjour,
    Moi aussi je dois faire un commentaire composé sur le même texte et je voulais savoir si vous pouvez m'aidé parce que j'ai de très grosses difficultés en français.
  • Regarde le plan qui a déjà été donné, ça peut t'éclairer.
  • YppOYppO Membre
    bonjour,

    j'ai moi aussi ce commentaire à faire ... j'ai beaucoup de mal à établir un plan (c'est mon gros point faible)
    j'ai, je pense, les idées principales : Montaigne part d'une définition générale de l'amitié, amitié banale, pour ensuite continuer par son expérience personnelle avec La Boétie ... et faire une éloge de cette amitié hors du commun. Hors du commun car inexpicable, prédestinée, passionnée (qui pourrait être apparenter à l'amour) amitié unique (car "elle n'avait pas le temps de se régler au patron").
    J'ai du mal à comprendre la fin du texte, le professeur nous a dit que Montaigne avait envie de se perdre, de se fondre dans cette amitié, qu'il n'y ai plus aucune différence entre lui et La Boétie ... je comprend mal, et je n'aurais pas l'occasion de le revoir pour lui demander des explications. La Boétie est mort lorsqu'il écrit cet extrait, comment peut il se fondre dans cette amitié, qui ne vit que d'un côté ?

    j'ai bien lu les idées de plan du dessus, et j'ai une question, qu'entendez vous par "des perceptions communes" ?

    est ce le fait de ne former plus qu'un ? de ne plus voir "la couture" ?

    comment puis-je organiser mes idées ? avez vous une astuce (pour tous les commentaires)

    merci d'avance pour vos réponses
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Yppo,

    Tu as bien compris le texte et donc tu as tout pour établir ton plan.

    Ici, il s'agit de décrire une notion, de définir ce que Montaigne nomme l'amitié.
    Le plan le plus commun est d'aller de l'ordinaire au remarquable, du général au singulier, de l'apparent au caché...

    Tu as bien compris ce qu'étaient les perceptions communes. C'est ce que j'ai dénommé l'amour fusionnel.

    La fin du texte fait passer l'amitié à l'amour passionnel : vouloir être l'autre, abolir les différences, trouver la satisfaction de ses désirs dans l'autre et par l'autre. Cette dépendance passionnelle est dangereuse car elle prive de liberté les individus, elle les aveugle, elle est illusoire et sombre dans le conflit quand l'autre ne répond plus aux attentes. Mais Montaigne a pu idéaliser son amitié amoureuse pour La Boétie parce que justement La Boétie est mort au début de leur relation, la laissant ouverte à tous les possibles.
  • YppOYppO Membre
    merci beaucoup pour votre réponse, j'y vois déjà plus clair

    j'ai une autre question, qu'entendez vous par "force contraignante" pourquoi est-elle contraignante ? parce qu'elle est inexplicable ?

    j'ai vu dans mon livre que Montaigne et La Boétie avait dut se justifier de cette amitié, d'ailleurs, il me semble que cette phrase le fait "ayant si peu a durer et ayant si tard commencer [...] elle n'avait pas à perdre de temps et à se régler au patron des amitiés molles et régulières"
    ce serait ça, le côté contraignant ? être obligé de se justifier ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Yppo,

    Elle est contraignante parce qu'elle entrave la volonté. Finalement, Montaigne coule sa volonté dans cette force. C'est un des caractères de la passion qui signifie en latin subir.
  • YppOYppO Membre
    bon, eh bien, j'ai fait un plan ... et j'ai eu du mal ... je l'ai pas pris le votre jean luc, parce que j'avais plus de mal à le comprendre ...
    le voilà :
    I] Une amitié contraignante
    A) prédestinée
    B) obligé de se justifier

    II] Une amitié hors du commun
    A) amitié inexplicable
    B) amitié unique

    III] Une amitié qui s'apparente à de l'amour
    A) amitié passionée
    B) amitié fusionelle

    j'espère que ce plan est à peu prés bon ...
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    C'est un bon plan.
    Attention à ne pas te répéter entre I et III.
    Je crois que dans I, tu as voulu défendre le "coup de foudre", qui est aussi un des caractères de la passion.
  • Bonjours à toutes et à tous !

    Alors voilà, j'ai trouvé une citation de Montaigne, seulement j'aurais besoin d'aide pour l'analyser et réussir à mieux cerner ce que veux dire Montaigne.

    "Des enfants aux pères, c'est plutôt respect. L'amitié se nourrit de communication, qui ne peut se trouver entre eux, pour la trop grande disparité, et offenserait à l'aventure les devoirs de la nature."

    Est-ce que quelqu'un aurait la gentillesse de m'aider ? ;P

    Merci beaucoup !!!
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Aïla,

    A la place de communication, essaie égalité et liberté.
    La relation entre amis permet de se livrer, ce que n'autorise pas le lien filial.
    Montaigne affirme que le père ne saurait être l'ami de son fils et réciproquement sans dommage pour les deux. Entre eux existe une relation d'autorité voulue par la nature.
  • Merci beaucoup !!!

    Mais, je ne vois pas bien pourquoi remplacer communication par égalité et liberté ? :/
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Parce que l'amitié se nourrit de liberté et d'égalité. S'il y a contrainte et supériorité/infériorité, la relation amicale dépérit et meurt.
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