Après que / avant que

Bonjour,

Au vu de l'efficacité des réponses sur ce forum, je me tourne une fois de plus vers
vous.

Faut-il utiliser le subjonctif après "après que" ? Parce que je lis régulièrement les
deux dans la presse. Et le subjonctif sonne plus naturel que l'indicatif.

Ensuite, est-ce la même règle pour "avant que" ?

Merci,

Jean
«1345

Réponses

  • webmestrewebmestre Administrateur
    Bonjour,

    Pour « après que », je vous indique ce qu'on trouve dans Le Robert :
    Après que, suivi du subjonctif
    REMARQUE. Cet emploi, déjà signalé par Richelet et critiqué, tend à se répandre, concurremment à la construction à l'indicatif. Il apparaît ainsi comme le symétrique des tours introduits par avant que… : la distinction aspectuelle entre le procès en devenir (avant qu'il ne vienne) et la valeur accomplie (après qu'il soit parti), l'emporte ainsi sur l'opposition logique entre le fait supposé ou l'acte projeté (avant qu'il soit trop tard…, avant que je ne vienne) et le procès réel, puisque accompli (après qu'il a fini…).
    Riegel dit aussi que le subjonctif avec après que est critiqué par les puristes mais que cet emploi « n'est pas totalement dépourvu de fondements sémantiques ».
  • Bonjour, Jean !

    AVANT QUE
    Subjonctif, sans hésitation, à tous les niveaux de langue.
    * Casse-toi avant que je (ne) fasse une bavure !

    APRES QUE
    Le mode normal est l'indicatif.
    Mais je constate, moi aussi, que beaucoup emploient le subjonctif (en croissance irrésistible), alors qu'ils sont les premiers à médire de lui et à prédire ou même à souhaiter sa disparition.

    Voici des exemples "corrects" tirés de Hanse :
    * Ils nous a reçus après que notre ami l'en a prié.
    * Il ne partira qu'après que vous serez arrivé.
    * S'il consentait à nous promettre de venir, nous ne partirions qu'après qu'il serait arrivé.

    Grevisse confirme cette règle, mais donne une vingtaine de citations d'auteurs éminents qui ont employé le subjonctif.

    Par exemple, Sartre :
    * Autrefois - longtemps même après qu'elle m'ait quitté -, j'ai pensé...

    Moi, j'aurais écrit : m'a quitté / m'eut quitté / m'a eu quitté.
    Pourquoi introduire une nuance de potentialité et d'éventualité (propre au subjonctif) à propos d'un événement dont Sartre sait bien qu'il est réalisé ? Sartre aurait dû repenser l'emploi des modes ! Ou alors c'est de la provocation. Quant aux médias, ce ne sont pas des références, mais ils sont dangerereux à cause de leur audience et de leur aura.

    Je nous donne une arme supplémentaire : demandez-leur de remplacer après que par quand ou lorsque, et vous verrez nos "hérétiques" rentrer dans le rang :
    * Quand / Lorsqu'elle m'a quitté / m'eut quitté / m'a eu quitté.
    Il ne leur viendra pas à l'idée de dire :
    * Quand / Lorsqu'elle m'ait quitté.

    J'espère que je vous ai convaincus. La langue française est trop belle pour être dénaturée. Dénaturée contre toute logique, c'est cela qui est grave... Notre rebellion se trouverait ainsi justifiée. Chiche ?
  • C'est râlant de devoir écrire rébellion, à côté de rebelle et de se rebeller.
    Il est vrai que la prononciation n'est pas la même. mais on se demande bien pourquoi.
  • Bien dit Eddy ! Je rejoins aussi les militants du "après que", même s'il faut avouer que la forme n'est pas belle à entendre... J'ai aussi la méthode du "remplacer après que" par "une fois" : les "hérétiques" comprennent aussi vite leur erreur ! :P
  • Bonjour, Otis !

    Vous voulez sans doute dire "une fois QUE". Attention cependant aux nuances respectives !

    Quant à la sonorité, moi, j'aime bien les formes que j'ai citée, surtout la forme surcomposée, qui me rappelle mon long séjour dans le Midi :
    * Quand l'avion A EU décollé, nous nous sommes aperçus que le pilote était resté au sol.
    Le surcomposé surenchérit sur l'accompli, mais ici, en plus, il exprime l'antériorité par rapport à un événement lui-même passé.
  • Bonjour Edy,

    Dans votre phrase, on ne peut pas dire "Quand l'avion eut décollé, nous nous sommes aperçus que le pilote était resté au sol." ou c'est une faute de grammaire ? Et il faut donc mettre " Quand l'avion eut décollé, nous nous eûmes aperçu que le pilote était resté au sol." ?
  • Bonjour, Jérémy !

    D'abord, je rectifie à l'intention de tous : que j'ai CITéES.

    * Quand l'avion eut décollé, nous nous sommes aperçus que le pilote était resté au sol.
    Je ne vois pas la faute.

    * Quand l'avion eut décollé, nous nous eûmes aperçu que le pilote était resté au sol.
    Phrase non grammaticale : s'aperçevoir, verbe pronominal, s'auxilie avec être.
    Mais "nous nous aperçûmes" irait très bien.
    Et "nous nous nous fûmes aperçus" est un peu trop littéraire à mon goût.
  • "Quand l'avion eut décollé, nous nous aperçûmes..." me semble plus correct, non?

    Je tendance à croire que le passé composé est un temps de la narration au présent, ce qui donnerait alors :

    "Quand l'avion a décollé, nous nous sommes aperçus..."
    ou "Quand l'avion a eu décollé, nous nous sommes aperçus..." (que je trouve personnellement très laid.)

    Finalement, la question est : peut-on "mixer" passé composé et temps du passé ? (mais je sais qu'on s'éloigne du sujet...)
  • Bonjour, Pierre !

    1 Tout autant que le passé composé, le passé simple exprime à la fois le narratif et l'accompli.
    Vos deux formes sont évidemment acceptables.

    2 Effectivement, le mixage des deux est déconseillé par certains ; moi, cela ne me gêne pas.

    3 Comme je l'ai dit plus haut, j'aime bien les formes surcomposées, du moins dans les phrases complexes : elles expriment une antériorité par rapport à une autre antériorité.
    Ce n'est pas utile avec "après que", alors que ça l'est, selon moi, avec quand et lorsque, qui à eux seuls ne marquent pas les temps. J'ai dit utile, pas nécessaire.

    Je n'ai jamais considéré ces formes comme laides ; au contraire, je leur trouve un charme particulier. Mais enfin les goûts ne se discutent pas.

    Elles appartiennent surtout à l'oral, mais elle sont également employées à l'écrit, et même en littérature.

    Je vous signale à cet égard que Grevisse, à propos du seul l'indicatif passé surcomposé, fournit onze citations. Je n'en donne que trois :
    * Je n'ai pas eu plutôt lâché cette parole que je me suis mordu la langue. (Académie)
    * Quand il m'a eu quitté, j'ai réfléchi que... (Julien Green)
    * Quand madame Phyliis a eu fini sa petite vaisselle, elle a enlevé son tablier. (Michel Butor)
    (Il n'y a pas de mixage...)

    Cordialement vôtre,
    Edy
  • J'ai une petite question avec le verbe oublier :
    "Avant que je n'oublie" ou "Avant que j'oublie" ?
  • Je crois pouvoir te répondre dans le cas général (et pas seulement avec le verbe "oublier"!...)

    Le "ne" qui suit "avant que" est autorisé... mais il est tout à fait facultatif.
    On peut aussi bien dire : "Avant qu'il ne vienne" que "Avant qu'il vienne"; "Avant qu'il ne raconte une grosse bêtise" que"Avant qu'il dise n'importe quoi sur la grammaire."

    Je crois qu'on dit d'ailleurs de ce "ne" (tout comme celui qui peut ou pas suivre le verbre "craindre") qu'il est explétif.

    Maintenant, je laisse aux spécialistes le soin de me corriger si j'ai fait une erreur.
  • Le problème de NE n'est pas lié au verbe oublier mais à la présence de la conjonction de subordination AVANT QUE.

    Ce NE est appelé explétif, ce qui signifie qu'il ne sert à rien.
    Il n'apporte en effet rien à la signification de l'énoncé ; au contraire, il est nocif, parce que certains le prennent pour une véritable négation.
    Il est facultatif ; personnellement, j'essaye de l'éviter.

    Je préconise : Avant que j'oublie...
    (En sachant que je vais soulever des protestations.)

    Grevisse donne six citations SANS ne avec "avant que", mais il en donne le double AVEC ne. Ne criez pas victoire !
    Pour une fois, je ne donnerai pas de citation d'auteur à l'appui de ce que je dis. Alors ? Alors, je vous donne deux citations de l'Académie. Pourquoi deux ? Parce qu'elles sont en sens contraire :
    * Avant qu'il NE fasse froid. (Académie)
    * J'irai le voir avant qu'il parte. (Académie)

    Le NE explétif se rencontre notamment (exposé sommaire) :
    1 après les verbes affirmatifs de crainte,
    * J'ai peur qu'il (ne) vienne.
    Différent de :
    * J'ai peur qu'il ne vienne pas. (Véritable négation)
    (Je plains les non francophones !)
    2 après les verbes d'empêchement,
    3 après les verbes de doute ou de négation à la forme négative ou interrogative,
    4 après les conjonctions de subordination : avant que, à moins que, de crainte que, de peur que,
    5 dans une subordonnée corrélative appelée par un adverbe d'inégalité ou par meilleur, moindre, autre, etc.,
    6 après certaines expressions comme "peu s'en fallut",
    7 après la locution que signifiant avant que, tant que, à moins que, lorsque la principale est négative (seul cas où le NE est obligatoire).
    * Tu n'auras pas de dessert QUE papa N'ait mangé sa soupe.
    = ... tant que papa N'aura PAS... (Véritable négation)
  • webmestrewebmestre Administrateur
    Bonjour,

    Je ressuscite cette discussion pour signaler un lien trouvé chez nos amis de languefrancaise.net et qui parle justement de après que : http://www.tv5.org/TV5Site/lf/merci_professeur.php?id=2609 [vidéo].

    Bonne journée !

    Cyril
  • Bonjour, Cyril !

    Voilà qui nous conforte ! Résistons...

    Bonne journée,
    Edy
  • sarnsarn Membre
    Bonjour,


    Je ne sais jamais s'il faut dire avant que je vienne ou avant que je NE vienne...
    Aidez-moi avant que je (ne ?) fasse une bêtise! Merci
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