Flaubert, L'Éducation sentimentale, III - Les tambours battaient la charge...

Bon voila, j'ai commencé à faire un plan pour mon commentaire sur la scène d'insurrection de "l'éducation sentimentale" à la partie 3:

I) Frédéric
1) incompréhension qui contraste avec la violence des actions décrites
2)le protagoniste est un pretexte pour décrire une scène d'insurrection populaire

II)Athmosphère
1)les bruits
2)vie dans le combat
3) violence implicite

III)Attitude du peuple
1)acharnement pour le combat
2)Cruauté du peuple qui rit de la souffrance

Pour la problèmatique je n'ai aucune idée. Mais en attendant est-ce que c'est un bon plan pour mon commentaire?L'extrait:
Les tambours battaient la charge Des cris aigus, des hourras de triomphe s'élevaient; Un remous continuel faisait osciller la multitude. Frederic prit entre deux masses profondes, ne bougeait pas, fasciné d'ailleurs et s'amusant extrêmement. Les blessés qui tombaient, les morts étendus n'avaient pas l'air de vrais blessés, de vrais morts. Il lui semblait assister à un spectacle.
Au milieu de la houle, par dessus des têtes, on aperçut un *vieillard en habit noir sur un cheval blanc, à selle de velours. D'une main, il tenait un rameau vert, de l'autre un papier, et les secouait avec obtination. Enfin, désespérant de se faire entendre, il se retira.
La troupe de ligne avait disparu et les municipaux restaient seuls à défendre le poste. Un flot d'intrépides se rua sur le perron; ils s'abattirent, d'autres survinrent; et la porte, ébranlée sous des coups de barres de fer, retentissait; les municipaux ne cédaient pas. mais une calèche bourrée de foin, et qui brûlait comme une torche géante, fut trainée contre les murs. On apporta vite des fagots, de la paille, un baril *d'esprit-de-vin. Le feu monta le long des pierres; l'édifice se mit à fumer partout comme une *solfatare; et de larges flammes, au sommet entre les balustres de la terasse s'échappaient avec un bruit strident. Le premier étage du Palais Royal s'était peuplé de gardes nationaux. De toutes les fenêtres de la place, on tirait; les balles sifflaient; l'eau de la fontaine crevée se mêlait avec le sang, faisait des flaques par terre; on glissait dans la boue sur des vêtements, des *shakos, des armes; Frédéric sentit sous son pied quelque chose de mou; c'était la main d'un sergent en capote grise, couché la face dans le ruisseau. Des bandes nouvelles de peuple arrivaient toujours, poussant les combattants sur le poste. La fusillade devenait plus pressée. Les marchands de vin étaient ouverts; on allait de temps à autre y fumer une pipe, boire une chope, puis on retournait se battre. Un chien perdu hurlait. Cela faisait rire.
*Le vieillard en habit noir est le maréchal Gérard chargé d'une mission de conciliation. C'est pourquoi il tient un rameau d'olivier, symbole de paix et un papier qu'il veut lire aux insurgés.

*esprit-de-vin: alcool ethylique, produit dégageant de plus une forte odeur.

*solfatare: terrain volcanique qui dégage des émanations de vapeur et de gaz chaud.

*shakos:coiffure militaire rigide à l'arrière.

*Capote: grand manteau militaire.

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Antechrista,

    Tu ne peux rédiger un plan tant que tu n'as pas défini une problématique.
    Sénèque disait : "il n'y a pas de vent favorable pour le marin qui ne sait pas où est le port".

    Pour revenir à ton texte, tu as identifié qu'il s'agissait de la relation des émeutes de 1848.
    Hugo avait déjà retranscrit des émeutes populaires (celles des Trois glorieuses) dans les Misérables, mais selon une tonalité très différente.

    Dans cette différence de traitement, n'aurais-tu pas là une piste intéressante pour mener ton parcours de lecture ?
  • Comme problèmatique je pourrais mettre:

    Comment Flaubert transcrit-il la violence des émeutes républicaines de 1848?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Antechrista,

    Tu as simplement oublié le mot essentiel : réaliste, dans ta problématique.
    Flaubert situe son héros entre incompréhension et exubérance devant cette grande "kermesse" horrible et ridicule.
    Ces pages qui laissent transpirer un mépris certain pour le peuple ont valu à Flaubert quelques passes d'armes avec ses amis socialistes, particulièrement George Sand.
    Flaubert démystifie un grand mythe fondateur de la République ce qui n'eut pas l'heur de plaire à certains.
  • Il n'était cependant pas royaliste ?
  • le plan n'englobe pas du tout la totalité du texte ! c'est trop shématique ! tout est trop fragmenté, mais je n'ai pas vraiment le temps de me pencher sur le sujet tout de suite. Je pourrai te donner d'excellentes pistes demain.

    Aide : étudie bien la figure du Peuple, qui, comme l'a précisé jean luc je crois, fait tout à fait référence à la figure du peuple dans l'histoire (Michelet et Hugo) → intertextes.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Léah,

    L'expression "amis socialistes" peut prêter à confusion. Pour moi, elle signifie simplement que Flaubert avait des amis socialistes avec lesquels il a correspondu. Elle ne prétend pas que Flaubert était socialiste lui-même. Flaubert s'est toujours montré très méfiant à l'égard de l'Histoire, haut-lieu de l'affairisme et de l'opportunisme. Sur le fond, Flaubert a lutté toute sa vie pour régler ses comptes avec lui-même. Flaubert a constamment refusé d'être le jouet de ses illusions idéalistes, particulièrement dans les idéologies ou la vie sentimentale.
  • Je tiens à apporter une nuance. Flaubert écrit a posteriori sur des évenements auxquels il croyait lui-même, il l'explique très bien dans sa correspondance. Au moment où tout cela a eu lieu, lui aussi pensait que les choses pouvaient changer et partageait cette fièvre. Effectivement quelques années plus tard son regard est empli de cette éducation sentimentale qu'il s'être imposée à lui-même avant tout. Du coup tout est très dur dans cette scène.
  • Il me semble qu'il y a des trucs de ce genre dans ses lettres à Louise Colet
  • Merci de vos réponses mais du coup pour le plan je pourrais parler de la manière d'exprimer la violence, des sentiments de Frédéric, de l'attitude du peuple non?
  • Le peuple qui est censé etre a peu pres éduqué devient ici euphorique et violent. Toute la description est péjorative. Tout 'part en live'. C'est la révolution. Le respect n'existe plus. Dans cette scène, Frédéric est admiratif du peuple au début, mais après avoir vu comment il se comporte, comme une masse informelle et impersonnelle et destructrice, il n'est plus du tout admiratif et l'extrait se termine même par cette phrase de Frédéric : 'ce peuple me dégoûte'. Mais à travers la voix de F. on sent bien évidemment celle de Flaubert. Ici, Flaubert remet en cause l'historiographie romantique (comme je l'ai dit, la vision du Peuple d'Hugo et Michelet) : le peuple n'est pas une grande puissance mais une masse animale.

    Pour situer ton texte, tu peux dire que la IIIeme partie s'ouvre sur les journees de février 1848 : le peuple, dont différentes classes sociales se sont alliées, renverse la Monarchie de Juillet et proclame la République. Le 24 fevrier 1848 = Palais-Royal = saccage des Tuileries (résidence royale depuis l'Empire).

    Le peuple ici apparaît de manière négative,s ous le signe de l'animalité. Masse = unité collective dotée d'un pouvoir d'action : c'est une nouvelle force historique qui dépasse les individualités. Il y a une profonde haine de Flaubert pour cette masse qui sera "toujours haïssable". Cette même masse est infantilisée car elle satisfait à un désir de possession de luxe. On peut même voir un motif de viol symbolique avec la pénétration dans l'intimité du Palais.

    Ainsi je te propose la problématique suivante :
    Comment ces lignes nous livrent-elles une contre-idéologie du fait révolutionnaire au moyen d'un discours non dogmatique permettant une marge de sens critique ?

    C'est peut-être un peu poussé pour ton niveau, mais je crois qu'il est important de souligner l'aspect ambivalent du texte : un peuple montré comme sauvage et en meme temps une réflexion sur les actions de ce meme peuple.

    Comme plan, hum...

    I La révolution comme violence de l'Histoire : le bruit et la fureur
    II Le crépuscule de l'historiographie romantique : le renversement des mythes du peuple
    III Une quête de sens problématique : le chaos généralisé.

    Ton extrait est court donc vois ce que tu peux faire avec ça et si ça te convient.
    J'espère que oui.

    Bon courage !
  • Bonjour, je dois rendre un commentaire sur le chapitre 1 de la partie 3 de l'Education Sentimentale de Flaubert mais je sèche totalement et le texte ne m'inspire pas beaucoup, auriez vous quelques pistes?
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