Proust, Du côté de chez Swann

J'avais trouvé dans Du côté de chez Swann, « Noms de pays : le nom », une image étonnante :
"Contrainte interne d'un pli mental".

C'est une expression employée en résistance des matériaux, si on retire le mot "mental".

Proust avait-il connaissance de cette science ?

Le cerveau comparé à un matériau, la comparaison est audacieuse...

Aujourd'hui on parle de matériau élastoplastique... en résistance des matériaux.

L'homme est adaptable, et on pourrait dire également que sous l'alternance des pressions il finit par adopter un pli définitif...

Qu'il a fini par comprendre la leçon, et qu'il ne reviendra jamais à sa phase élastique, que son comportement est définitivement plastifié !!!
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Réponses

  • Bonjour Charles,
    votre intervention est passionnante. Je ne pense pas que M. Proust ait eu connaissance de domaine de connaissances scientifiques, mais n'en suis pas certain. Toutefois, le parallèle que vous faites entre le comportement et les matériaux me semble très intéressant, merci pour cette piste de réflexion.
    Livrophage
  • Bonsoir à tous,
    J'aimerais savoir ce que vous pensez de l'oeuvre de Proust : Du côté de chez Swann.
    Tous les avis, toutes les critiques sont les bienvenus...
    Merci de vos réponses.
  • webmestrewebmestre Administrateur
    Bonsoir,

    Est-ce pour un devoir scolaire ?
  • En fait, je voudrais le lire pour ma culture personnelle. J'en ai très vaguement entendu parler, et j'aimerai avoir des avis favorables ou non à la lecture de cette oeuvre...!!
  • Bonjour je suis en licence de lettre moderne et je viens justement de finir de le lire. Nous n'avions que la première partie à lire: Combray ... J'ai trouvé sa intéressant mais vraiment trés dur à lire, d'habitude les passages de description ne me dérange pas mais je dois avouer que là...surtout la dernière description à propos de la rivière ... enfin les passages où le narrateur parle de son enfance sont trés bien... Mais si je peux te donner un conseil lis-le et il ne faut pas hésiter à revenir en arrière car on perd souvent le fil !
  • Proust est comme Le nom de la rose de Éco ; faut passer les 50 premières pages pour plonger dedans !
  • Vous avez raison. La lecture de l'oeuvre de Proust n'est pas facile. Cependant, elle vaut plusieurs détours Du côté de chez Swann ou Du côté des Guermantes!

    Peu importe les motivations qui nous invitent à voyager dans À la recherche du temps perdu, ce Temps de lecture mémorable qui dure Longtemps demeure inoubliable dans le Temps.

    Ce n'est pas une perte de temps. J'y reviendrai avec bonheur longtemps dans le temps.
  • C'est un peu loin pour moi je l'avais lu dans le cadre de mon TPE de terminale où j'étudiais l'amour versus la haine, je me suis donc concentrée sur "Un amour de Swann" car le temps me manquais pour ce devoir. J'avais bien aimé, mais je me rapelle que j'avais mis quelques pages pour arriver à me faire à cette écriture et ne pas être obligée de revenir au début de la phrase (c'est à dire trois page avant...) pour comprendre ce que je lisais. Malgré mes difficultés premières je ne regrette pas de m'être pris la tête sur cette oeuvre. Si tu t'y jette tu ne le regretteras très certainement pas.
  • Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que ce premier tome pose d'abord les piliers, les bases, les caves, de cette immense cathédrale que va devenir "La Recherche".
    La première lecture de Combray peut sembler fastidieuse : en définitive, il n'y a quasiment pas une ligne qui ne "serve" pas par la suite, qui ne soit pas "réemployée", sur laquelle la spirale de l'oeuvre ne vienne pas repasser une seconde, voire une troisième, voire une quatrième couche, à chaque tour plus élevée et plus vertigineuse !...

    Idem pour la troisième partie, "Nom de pays : le nom.", dont l'intérêt - et même le sens - n'apparaîtront totalement que sur la partie complémentaire "Nom de Pays - le pays" (voir A l'Ombre des Jeunes Filles en Fleur, et même après...)

    Heureusement, la partie centrale, "Un Amour de Swann", peut fonctionner en autonomie. C'est d'ailleurs en général à travers elle qu'on "accroche" à l'oeuvre de Proust.
    Dire que ce récit forme une miniature de La Recherche est un peu faux. Là comme ailleurs, il ne s'agit en réalité que d'un point de départ, d'une ébauche, des premières lignes sur lesquelles se construira l'oeuvre. Premières lignes qui sont toutefois d'une profondeur et d'une finesse déjà hors du commun... même si le meilleur est encore à venir !

    Si vous accrochez à Swann, et si vous avez la persévérance de plonger plus avant, vos efforts seront récompensés au centuple. Vous êtes au seuil d'un fort beau voyage, croyez-moi...
  • :)Je devais lire ce livre en licence, je redoutais que ce soit un peu "rude", rébarbatif. J'ai été agréablement surprise! Il y a certes de longues phrases, mais si bien rythmées, si claires qu'on ne perd pas le fil. C'est un chef-d'oeuvre, vraiment novateur sur le plan littéraire. Il ne faut pas, à mon avis, lire seulement "Un amour de Swann", car les trois parties forment un tout cohérent et on n'apprécie pas autant "Un amour de Swann" si on n'a pas lu au préalable la première partie.
    Je n'ai pas encore lu les autres volumes d'A la recherche du temps perdu, mais j'ai lu celui-ci trois fois (je ne m'en lasse pas!), pour moi c'est un des meilleurs livres au monde.
  • je suis moi-même en train de lire ce monument de la littérature et je le conseil vivement !
    pour ceux qui apprécient le talent incroyable des grands auteurs comme Proust ,ce livre est fait pour vous.J'ai fait la découverte de A la recherche du temps perdu en classe quand nous avons lu le célèbre passage :de la madeleine de Proust que j'ai beaucoup appréciée !Je me suis donc procuré du côté de chez Swann pour découvrir ce que Proust pouvait réservé encore de plus beau et de plus interessant ...et je n'en suis absolument pas déçue.Il est vrai que les passages de description sont plutôt longs mais ils sont sublimement écrits ce qui rend toujours ce livre aussi appréciable...néanmoins ,certains passages sont plutôt difficiles à lire surtout pour une jeune fille de 17 ans comme moi ,mais il m'arrive de les relire plusieurs fois et de rechercher la signification de certains termes pour que rien ne m'échappe!la réflexion de Proust et la manière dont il nous divulgue ses souvenirs sont fascinants...
    A lire pour sa culture personnelle et pour le plaisir ...
    Et pour des yeux avides de talent !
  • ade60ade60 Membre
    Proust a un style magnifique, une fluidité du texte, c'est sûblime! Pour commencer tu peux lire Combray, la première partie, et aviser ensuite pour la suite de la llecture!! Mais c'est une oeuvre vraiment géniale! Bien sûr tu tomberas sous le charme de l'épisode de la madeleine, il arrive sans que l'on s'y attende et est d'un tel style, c'est épatant! Mais cet épisode n'est qu'une petite goutte d'eau dans cette oeuvre faite de véritables perles. Un bonheur pur pour le lecteur!!
  • Où se trouve le fameux passage de la madeleine? Merci
  • webmestrewebmestre Administrateur
    Socrate a écrit:
    Où se trouve le fameux passage de la madeleine? Merci

    Ici :
    Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et la drame de mon coucher n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, je me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblaient avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.
    Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n’apportait aucune preuve logique mais l’évidence de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s’évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s’enfuit. Et, pour que rien ne brise l’élan dont il va tâcher de la ressaisir, j’écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j’abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c’est, mais cela monte lentement ; j’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées.
    Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l’image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu’à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément ; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l’insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne puis distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m’apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s’agit.
    Arrivera-t-il jusqu’à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l’instant ancien que l’attraction d’un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi ? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être ; qui sait s’il remontera jamais de sa nuit ? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute œuvre importante, m’a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d’aujourd’hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine.
    Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.Proust, Du côté de chez Swann, Combray.
  • Attention pour boucler la boucle comme Proust il faut aussi retrouver la madeleine à la fin !
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