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Villiers de L'Isle-Adam, Véra

bonsoir,

j'ai un commentaire composé à faire sur Véra tiré des Contes Cruels de Villiers de l'Isle-Adam.
Voici l'extrait:
Véra, Villiers de L’Isle-Adam , Contes cruels (1883)
Auteur de la fin du XIXème siècle, Villiers de L’Isle-Adam est surtout connu pour son recueil de contes mêlant une atmosphère sombre, mystique et irréelle.
Dans « Véra », le deuxième des Contes cruels, le comte d’Athol et Véra vivent à l’écart du monde, unis par un amour passionné. A la mort brutale de la jeune femme, le comte n’accepte pas la séparation et continue de vivre comme si Véra était encore présente. Dans ce passage, la comtesse est morte depuis un an ; rien n’a bougé dans sa chambre.
Il se leva, et dans la glace bleuâtre, il se vit plus pâle qu’à l’ordinaire. Il prit un bracelet de perles dans une coupe et regarda les perles attentivement. Véra ne les avait-elle pas ôtées de son bras tout à l’heure, avant de se dévêtir ? Les perles étaient encore tièdes et leur orient 1 plus adouci, comme par la chaleur de sa chair. Et l’opale de ce collier sibérien, qui aimait aussi le beau sein de Véra jusqu’à pâlir 2, maladivement, dans son treillis d’or, lorsque la jeune femme l’oubliait pendant quelque temps ! Autrefois, la comtesse aimait pour cela cette pierre fidèle !…Ce soir l’opale brillait comme si elle venait d’être quittée et comme si le magnétisme exquis de la belle morte la pénétrait encore. En reposant le collier et la pierre précieuse, le comte toucha par hasard le mouchoir de batiste 3 dont les gouttes de sang étaient humides et rouges comme des œillets sur la neige !…Là, sur le piano, qui donc avait tourné la page finale de la mélodie d’autrefois ? Quoi ! la veilleuse sacrée s’était allumée dans le reliquaire ! Oui, sa flamme dorée éclairait mystiquement le visage, aux yeux fermés, de la Madone ! Et ces fleurs orientales, nouvellement cueillies, qui s’épanouissaient là, dans les vieux vases de Saxe, quelle main venait de les y placer ? La chambre semblait joyeuse et douée de vie, d’une façon plus significative et plus intense que d’habitude. Mais rien ne pouvait surprendre le comte ! Cela lui semblait tellement normal qu’il ne fit même pas attention que l’heure sonnait à cette pendule arrêtée depuis une année.
Ce soir-là, cependant on eût dit que, du fond des ténèbres, la comtesse Véra s’efforçait adorablement de revenir dans cette chambre tout embaumée d’elle. Elle y avait laissé tant de sa personne ! Tout ce qui avait constitué son existence l’y attirait. Son charme y flottait ; les longues violences faites par la volonté passionnée de son époux y devaient avoir desserré les vagues liens de l’Invisible autour d’elle !…
Elle y était nécessitée. Tout ce qu’elle aimait, c’était là.

Villiers de L’Isle –Adam ,« Véra », Contes Cruels –1883
1. Reflet nacré des perles.
2. L’opale, pierre précieuse, se ternit si on ne la porte pas.
3. Toile de lin très fine.

mon axe d'étude est:"En quoi ce texte relève-t-il du genre fantastique?"

J'ai une petite idée des idées générales:A.Un cadre réaliste B.L'irruption de l'étrange et c'est tout. :(
De plus, j'ai très peu d'argument pour ma première idée générale: un cadre réaliste.
Bref, je n'arrive pas à dégager un plan cohérent de cet extrait.

Merci de m'aider. :)

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Laeti,

    Je te livre quelques pistes à creuser pour nourrir ton plan :

    L'acuité du regard, L'attestation des sens.
    Un musée qui reprend vie.
    Réalité ou hallucination ?
    Une atmosphère religieuse, un lieu clos.
    Regarde la focalisation : point de vue du comte, puis d'un observateur impartial (apparemment) à la fin. Quel effet est produit ?
    Recherche aussi ce qui relève de l'incantation.
    Les portes qui séparent la mort de la vie sont en train de se rouvrir.
    Un fantastique romantique à la manière de Gautier, fondé sur le surnaturel, sur les improbables passerelles qui existent entre corps et esprit, mort et vie. La force du désir passionnel.
  • je trouve ton axe trop général. Il pourrait coller à n'importe quel texte (d'ailleurs, il serait très intéressant de rapprocher cette histoire avec Bruges-la-Morte, dans laquelle un homme veuf voue un véritable culte à sa femme qui est décédée, et pareil, tout est resté tel quel, rien n'a bougé, il pousse même le vice jusqu'à garder sous une cloche la tresse de cheveux de sa femme), et vit dans son souvenir en permanence. Il croise une femme en marchant dans la rue, dans laquelle il reconnaît immédiatement son épouse, et en tombe amoureux. C'est très court et vraiment agréable à lire, je te le conseille).
    Tu pourrais aussi t'appuyer sur la définition du fanstastique selon Todorov pour voir si ton extrait est vraiment fantastique ou non (chercher sur google tu trouveras en moins de deux).

    Quoi qu'il en soit je crois que tu devrais trouver un axe qui collerait plus au texte.

    Bon courage !
  • Læti
    Si tu as peu d'arguments pour ton premier axe (cadre réaliste) c'est que déjà celui-ci ne l'est pas tout-à-fait. Relis, et vois avec quelle subtilité Villiers distille le merveilleux à chaque ligne. Je suis assez d'acc avec Angel pour définir si ce passage est vraiment fantastique (tu remarqueras que merveilleux est le mot qui m'est venu naturellement)
  • Voici la définition du fantastique selon Todorov :
    "Le fantastique, c'est l'hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturelle."(p.29) que l'on peut compléter pour se rapprocher de ce que disait Léah : " Le fantastique occupe le temps de cette incertitude ; dès que l'on choisit l'une ou l'autre réponse, on quitte le fantastique pour entrer dans un genre voisin, l'étrange ou le merveilleux.".
    Dans cet extrait, il faut voir comme un retour de fantôme : toutes les pistes sont là, les questions oratoires (qui a fait ceci, qui a fait cela ?), les perles qui sont tièdes comme si elles avaient été portées, et surtout des mots comme "embaumait" qui rappelle évidemment la mort, la mise en bière du corps, et en même temps une odeur qui se répand partout, omniprésente. Pourtant, rien ne nous confirme la venue d'un fantôme ici : c'est à toi de choisir le parti que tu prends : soit ce sont des impressions du personnages uniquement, soit il y a bien le retour du fantôme. C'est toi qui éprouve cette hésitation dont parle Todorov, Léah semble avoir pris le parti du merveilleux.

    Je pense que tout cela peut grandement t'aider, bon courage en tout cas !
  • Le comte lui n'hésite pas : il ne trouve même pas étrange que la pendule se soit remise à sonner
    Angel, je rends à César ce qui n'est pas à moi :)
    " Le fantastique occupe le temps de cette incertitude ; dès que l'on choisit l'une ou l'autre réponse, on quitte le fantastique pour entrer dans un genre voisin, l'étrange ou le merveilleux.".
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