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Verlaine, Mon rêve familier

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Réponses

  • Des repères d'abord :
    Ce poème fait partie des Poèmes saturniens publiés en 1866.
    Les Sages d’autrefois, qui valaient bien ceux-ci,
    Crurent, et c’est un point encor mal éclairci,
    Lire au ciel les bonheurs ainsi que les désastres,
    Et que chaque âme était liée à l’un des astres.
    (On a beaucoup raillé, sans penser que souvent
    Le rire est ridicule autant que décevant,
    Cette explication du mystère nocturne.)
    Or ceux-là qui sont nés sous le signe SATURNE,
    Fauve planète, chère aux nécromanciens,
    Ont entre tous, d’après les grimoires anciens,
    Bonne part de malheur et bonne part de bile.
    L’Imagination, inquiète et débile,
    Vient rendre nul en eux l’effort de la Raison.

    Mon rêve familier fut publié pour la première fois dans le Parnasse contemporain.
    La forme fixe du sonnet entre tradition et innovation.

    Une image de la femme
    Une évocation symboliste
    Un sonnet qui met en scène le poète et sa muse
  • Il faut partir du principe que le fait de lire un poème permet de comprendre là où le poète veut nous mener(facile à dire, je sais..). Par exemple dans «Aprés trois ans» (un poème qui ressemble à celui ci dans le but : la métamorphose d'un ancien style à un style neuf) il fait la reprise d'un thème romantique mais de manière très rigide, impassible (Parnasse) sauf que c'est la musicalité de tout le sonnet qui va permettre de rendre compte de la mélancolie du poète..

    Ici, il va simuler à travers un sonnet le rêve d'un refoulement amoureux (Verlaine a représenté la "structure" du récit du rêve au réveil dans la forme du sonnet) pour symboliser la transition de son esthétique romantique brouillonne, passionnée, à l'esthétique parnassienne, impassible. Verlaine nous parle ici d'un processus de refoulement. Il a donc lutté d'une certaine manière et cela se retrouve dans sa poésie désarticulée, hésitante et puis avec le thème du poème qui sont autant de "restes" romantiques.

    Ce qu'on peut dire c'est que c'est un récit de rêve qui est par nature incohérent, haletant.. Comme quand on se réveille les idées surchargées, emmêlées, on peine à définir les choses mais on a tout en tête, on ressent tout, ensuite on redescend un peu puis on tente d'affiner ses idées mais tout s'efface rapidement, on perd tout. Déjà à travers cette forme fixe, rigide qu'est le sonnet il tente de saisir son rêve, on peut voir ça tout au long avec des échos, des répétitions sonores, qui imitent le ressassement du rêve. Les quatrains qui imitent cette phase du réveil chamboulé, qui ressent, qui bégaie, qui se répète.. les phrases sont longues, hésitantes, relâchées.
    En ce qui concerne sa volonté de rendre boiteux les alexandrins il y a par exemple dans le premier vers deux lectures: soit celle d'un trimètre romantique : «Je fais souvent/ ce rêve étran /ge et pénétrant » qui nie complètement la césure, soit on garde la césure et cela donne «Je fais souvent/ ce rê//ve étran/ge et pénétrant» et dans ce cas le fait de marquer une légère pause à RE/VE permet de jouer l'hésitation, la confusion du rêve, mais cela insiste aussi sur l'adjectif « étrange » qui s'oppose directement avec le «familier » du titre, en fait il nous dit dés le début que cette femme est inconnue (étrangère), ce qui nous permettra d'élaborer une dernière partie sur l'aspect volontaire du sonnet qui s'oppose à l'inconscient du rêve; il feint le refoulement psychique inconscient (à travers le fait que la femme ne soit pas identifiable donc volonté de l'oublier etc...) pour élaborer son programme poétique (montrer son passage du Romantisme au Parnasse).

    Il faut voir que les quatrains s'opposent aux tercets de manière symbolique, pour faire un sonnet conforme à l'usage on doit faire opposer le huitain et le sizain, il le fait ici, comme pour s'assurer de la bonne rigidité de son sonnet. Ici les quatrains s'opposent dans le thème, mais aussi dans la forme, il y a une différence de style entre les deux blocs, les quatrains en deux longues phrases tandis que les tercets sont rigides et proposent un jeu rapide de question réponse. En fait les quatrains représentent le romantisme passionné tandis que les tercets représentent le Parnasse impassible. Ils s'opposent même dans le thème : dans le quatrain le poète ne cherche pas à décrire la femme de son rêve mais tente de décrire la relation qui l'unit à elle. Il parle d'intimité et non d'identité. Dans les tercets au contraire il tente de la décrire. De plus la Femme des quatrains est indéfinissable «ni tout à fait la même/ ni tout à fait une autre», elle est inconnue «Une femme inconnue» mais leur relation est intime, il y a une complicité. Dans les tercets la femme n'est plus décrite comme une inconnue dans la mesure où son nom ressemble à celui des « aimés », que sa voix a l'inflexion des «voix chères» pourtant elle devient de plus en plus froide, lointaine, inaccessible..

    Cette opposition permet d'imiter le réel, quand on rêve. Le poème suit le dormeur qui sort petit à petit de son rêve. Quatrains : sensation confuse mais totale. Tercets : Tentative vaine de perception claire.
    On peut dire que cette femme qui n'est ni tout fait la même ni tout à fait une autre représente finalement l'alexandrin de Racine, le lecteur croit reconnaître ce vers mais ne parvient pas à résoudre l'enigme de son identité dans la mesure où il y a des «inflexions» chères à son oreille mais il doit reconnaître qu'il est pourtant méconnaissable.
    Anatole France écrira à propos de l'alexandrin de Verlaine «Sa coupe ordinaire devient la grande exception tant l'auteur a de coupes nouvelles à sa disposition», Léon Bloy que Verlaine est un «romantique congelé sur le Parnasse du passage Choiseul».
  • Merci de votre aide :):)
  • Bonjour, je suis nouvelle sur le forum. Je suis en 1er st2s, je me prépare pour l'oral de français.

    L'une de mes lectures est le poème Mon rêve familier de Paul Verlaine

    Je voudrais savoir si les axes que j'ai trouvé vont avec cette problématique: Comment le poète à travers un renouvellement de l’écriture poétique traditionnelle représente-t-il la femme ?

    Alors mes axes sont :
    1) Un rêve paradoxal
    - une "inquiétante étrangère"
    - entre consolation et tristesse
    - la profonde solitude du poète
    2) La figure de la femme
    - une femme mystérieuse
    - une figure de l'Ideal
    - une figure maternelle
    3) Un poème incantatoire
    - la répétition
    - la musicalité du poème
    - l'enjeu du poème : vaincre l'oubli

    Ou si vous avez des idées d'axes, car je suis complétement perdue..

    Je n'arrive pas à trouver une ouverture pour ma conclusion

    Merci de bien vouloir m'aider
  • Tu ne connais pas la question de l'examinateur.
  • oceanea a écrit:
    3) Un poème incantatoire
    - la répétition
    - la musicalité du poème
    - l'enjeu du poème : vaincre l'oubli

    Ne pas séparer le fond de la forme : répétition et musicalité sont au service du sens.
  • Bonjour,

    je voudrais savoir quel sont les symboles de ce poème?

  • JehanJehan Modérateur

    Bonjour.

    Postons tout d'abord le texte :

    Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

    D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime

    Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

    Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.


    Car elle me comprend, et mon cœur, transparent

    Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème

    Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

    Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.


    Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.

    Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore

    Comme ceux des aimés que la Vie exila.


    Son regard est pareil au regard des statues,

    Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

    L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

  • Et je voudrais aussi savoir quel ton est utilisé dans ce poème car j'ai du mal à le distinguer

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    C'est le lyrisme élégiaque, l'évocation d'une présence lointaine qui s'efface pour rejoindre le domaine des morts (dernier vers).

  • Bonjour,

    je voudrais savoir quel sont les symboles de ce poème?

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Il n'y a pas de symbole. Des métonymies, des litotes, oui, mais de symboles, point.

    Peut-être que Verlaine développe le thème du songe et de l'apparition angélique rédemptrice, ce n'est pas un symbole mais une image.

  • Peut-être le symbole de la statue qu'on retrouve dans d'autres poèmes : L'amour par terre, Après trois ans ...

  • Le symbole ne serait pas le rêve en lui même ou la femme ?

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Le symbole est un être, objet ou fait perceptible, identifiable, qui, par sa forme ou sa nature, évoque spontanément (dans un groupe social donné) quelque chose d'abstrait ou d'absent.

    En quoi le rêve ou la femme évoqueraient une autre réalité (abstraite) qu'eux-mêmes ?

    Quand Floreale pointe sur la statue (dans le poème le "regard des statues"), on peut envisager une expression symbolique : par exemple un regard vide, appartenant déjà au domaine de la mort, la statue comme femme inanimée, froide (annonçant aussi l'image funèbre) ...

  • Je réfléchis à la dernière remarque de jujuLehaut : "Le symbole ne serait pas le rêve en lui même ou la femme ?".

    Le poème entier ne serait-il pas un symbole de l’idéal féminin de Verlaine ? A la fois amante, mère ou grand-mère, infirmière😉 ?

    "Ces voix chères qui se sont tues" (qui ont donc existé) = les personnes aimées de sa famille ?

  • es-ce que c'est correct si je met ça dans mon analyse : "En ce qui concerne le symbole, je ne pense pas qu’il y en a car un symbole est l’association d’une chose réelle avec une chose abstraite afin de combler un vide. Mais comme dans ce poème il y a que de l’imaginaire, il ne pourrait pas y avoir de symbole."

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Non, justement, le monde des rêves est habituellement peuplé de symboles qui laissent affleurer des pulsions inconscientes. Dans ce poème, comme déjà signalé, tu as peut-être seulement la statue qui évoque l'impossibilité amoureuse.

  • hahha je crois que j'ai pas très bien compris et je ne sais pas quoi mettre dans mon analyse pour les symboles

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