François Villon, Le Testament

Je travaille sur Villon (testament, lais, petit testament) et je suis un peu perdu.

Voici ma dissertation: "Le testament présente une allure argumentative interne et externe: interne, car le poète explique et justifie ses points de vue en relation avec son expérience passée (...), externe, car il défend ses convictions et soutient ses idées à l'intérieur d'un débat imaginaire, qui établit tout un jeu de connivences idéales dans le temps présent avec son lecteur ou un interlocuteur éventuel"

J'ai réussi à faire un plan du type:

I) une fausse conviction chez villon/ Un ornement factice
II)la persuasion chez villon/ au service du véritable dialogue villonien
III) le masque de villon: symbole du personnage anti conformiste

Mais je ne trouve pas de pbmatique idéale à mon sujet...
Je vois très bien que Villon joue avec les codes testamentaires et feint la forme juridique pour mieux nous révéler une partie plus décadente, plus passionnelle, et plus palpitante de villon...

Léah, toi qui aimes la poèsie peux-tu m'aider...

Réponses

  • Merci Ben de cette marque de confiance... j'attends les textes et es-tu pressé, parce que d'ici dimanche j'ai pas vraiment le temps pour une étude aussi pointue (le sujet a l'air très interessant)
  • Je dois la rendre mardi au plus tard. Donc, j'ai pas mal de temps. Ensuite pour les textes, je ne les ai pas sous format numérique.
  • Le grand testament, est-ce bien tous ces poèmes ?
  • Oui c'est exactement ça !
  • « Je est un autre » disait si brillamment Arthur Rimbaud. En effet, François Villon est bel et bien ce « je » multiple. Allant même jusqu'à fausser compagnie sur son identité François de Mont Corbier de son vrai nom n’a de cesse de jouer avec l’ambiguïté et l’ambivalence. Car il nous paraît aujourd’hui à peu près acquis que la vie d’un auteur laisse dans son art de nombreuses traces. Nous imaginons même souvent la création littéraire comme la transposition d’expériences vécues. Lire Villon, c’est alors immédiatement constater à quel point cet auteur est capable d’accumuler tous les éléments du monde, de son monde dans sa poésie. Et cela dans le plus grand désordre en apparence. Pourtant un constat s’impose, celui du réalisme global du Testament, qui le différencie pleinement des autres œuvres basées sur l’accumulation et le renversement du monde ; mais qui ne serait que partiel, qui n’aurait pas comme les fatrasies par exemple l’ambition de montrer un « monde à l’envers » pour seule finalité. Mais en réalité, on a l’impression que la réponse au « qui est Villon ? » ne nous aidera pas nécessairement à comprendre le « qu’écrit Villon ? ». Véritable oscillation entre un « dire » et un « non-dire », François Villon mêle et entremêle l’ombre et la lumière jouant ainsi sur la pluralité et la diversité des sens. Ainsi, l’auteur, tout comme le Testament ne proposent qu’un simulacre subtil qui instaure un faux débat argumentatif ou convaincre et persuader se repousse pour mieux se confondre. Jouant alors entre un débat « interne » de conviction, et un débat « externe » de persuasion, Villon brouillent les codes testamentaires pour mieux nous révéler l’essence véritable de son œuvre et de sa personnalité.

    voilà l'intro qu'en pensez-vous?
  • J'ai détesté "Je, François Villon" une biographie romancée à la française.

    Ta problématique est donc la Vie de F. Villon comme représentation poétique?


    Ou bien "La Vie et la Mort: encore une ambiguité Villonienne?" Quelle part joue la Mélacholie dans tout cela?

    C'est pour quel niveau d'Études, benj?
  • Pffffffffffff tu nous bluffes complet Ben :) :)
    JSC, Benjamin est à la Sorbonne, (c'est bien ça Ben ?) je sais plus l'année mais au moins la deuxième
    François de Mont-Corbier ? on en est certain ?
    C'est un truc entre je et je, le jeu va être joli. En plus relier les deux enfants terribles de notre poésie
    Continue, Benjamin, j'adore lire des trucs auxquels je comprends pas grand-chose ;)

    Petites rectifications orthographiques
    convaincre et persuader se repoussENT pour mieux se confondre. Jouant alors entre un débat « interne » de conviction, et un débat « externe » de persuasion, Villon brouillE les codes
  • Leah a écrit:
    François de Mont-Corbier ? on en est certain ?
    Gospel?
  • benjamin a écrit:
    "Le testament présente une allure argumentative interne et externe: interne, car le poète explique et justifie ses points de vue en relation avec son expérience passée (...), externe, car il défend ses convictions et soutient ses idées à l'intérieur d'un débat imaginaire, qui établit tout un jeu de connivences idéales dans le temps présent avec son lecteur ou un interlocuteur éventuel"
    Il me semble qu'il y a des choses à expliciter déjà dans le titre.
  • C'est pour un niveau L3 (licence). En fait, je veux essayer de montrer en quoi Villon joue sur la forme testamentaire initiale (juridique, le "je" testamentaire) mais qu'en fait, tout ceci n'est qu'un ornement au service d'une poétique ironique et pamphlétaire basée sur l'antiphrase, les jeux de mots, les fausses questions rhétoriques, l'appel à Dieu mais à la fois l'appel à la Débauche.. bref, toute une déconstruction qui s'opère de l'intérieur mais garde ce contour testamentaire.

    Tu penses que je devrais définir davantage les termes du sujet: je t'écoute propose moi quelques phrases: ca m aidera pas mal.


    Jean-Luc peux-tu nous venir en aide toi aussi? O grand Jean-Luc à l'acuité pénétrante...
  • Benjamin, je n'ai aucunement, mais aucunement la culture de la dissertation. Je ne suis qu'un esprit cultivé et analytique qui aime stimuler les jeunes esprits. As-tu lu mes derniers liens? Il s'y trouve pas mal de "phrases".
    J'ai tendance à faire une lecture en contexte historique et social. La Peste. Les guerres. Le désordre. La précarité. La joie libertine de vivre de la banditerie. La solennité de rendre visite à un Notaire. Ses relations avec l'Église et les Évêques (l'autorité).
  • Je me demande comment je pourrais intégrer dans mon introduction les termes du sujet; et je me demande si l'interêt n'est pas dans convaincre ou persuader, bref je nage un peu
  • J'ai commencé à lire ces textes. C'est assez épuisant, et sans la connaissance des personnages et événements évoqués, il me semble difficile de se faire une idée du sens complet.
    As-tu au moins déterminé la vraie nature du testament?
    Les pages lisibles (colonne gauche) font baver pour lire tout ce bouquin
  • C'est en anglais! Oui, je pense avoir bien déterminé, je pense l'intention du testament. cf regarde tes messages.
  • Dans les pages en anglais (en quoi nous avons des bons chercheurs) ce que j'aurais pensé un étudiant en Lettres capable de déchiffrer :), on trouve que d'après la Loi Justinienne (?) on n'avait pas le droit de villipender les gens (et à fortiori les Évêques) dans un Testament!

    J'essai aussi de retrouver "item" chez Shakespeare.C'est drôle: il fait une introduction avec beaucoup de références bibliques et historiques (Louis, Charlemagene, Mathusalem...) mais est-il pour autant croyant? Il se dit pecheur, mais se justifie par un argument du genre "pourquoi es-tu bandit?" "car je n'ai pas les moyens de devenir roi". Je n'entends pas encore de regret ou remors pour ses méfaits.

    XXVIII première référence à la Mort? Le ton joyeux jusqu'à présent prend un détour.
    avec son lecteur ou un interlocuteur éventuel
    dialogue
    le poète explique et justifie ses points de vue
    les rôles qu'il joue
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Benjamin,

    Je n'ai pas beaucoup de temps à te consacrer.

    Je te joins quelques réflexions sur ce grand poète à l'identité douteuse : François de Moncortbier ou de Monterbier ou des Loges ou Mouton, qui a pris le pseudonyme de son père adoptif, le chanoine Guillaume de Villon comme indiqué dans Le Testament, huitain 87. Les prénom et patronyme Guillaume et Villon sont tirés du mot guille qui signifie ruse ; d'ailleurs la langue médiévale utilise villonner, villonnizer, au sens de « voler », « tromper ».

    Comment parler de portée argumentative devant un texte si contradictoire et composé comme un patchwork ? C'est une invitation à dépasser les contradictions pour retrouver une visée interne cohérente. En quoi ce testament est-il finalement plus qu'un testament parodique ?

    C'est une anthologie de Villon.
    C'est l'expression d'une personnalité partagée entre résignation et impudence, soumission et révolte.
    C'est un bilan lyrique et aussi plein de hargne avant la mort.
    C'est l'apologie du coquillard, du vin, du luxe et des filles.
    C'est la démonstration qu'on peut être un fils perdu, un mauvais garçon et même un assassin tout en restant un esprit subtil et un vrai poète.
    C'est un portrait d'une certaine face cachée de la société de son temps. Marot disait qu'il aurait fallu habiter à Paris en ce temps-là pour connaître les lieux et les gens décrits.
    Villon n'a fait que reprendre des thèmes et des formes antérieurs, il n'a rien inventé ; Mais il se pose en détracteur de l'amour courtois, en démystificateur des pastourelles. C'est un caricaturiste, un peintre vériste de la condition humaine. Le testament est bien finalement l'art poétique d'une personnalité complexe, subtile, la tentative d'un cœur cynique en apparence, mais désireux de recevoir le regard de pitié et de pardon que ses sarcasmes repoussent. Et si toute l'argumentation était une tentative de susciter un lecteur fraternel ?
  • Très bien. Donc tout l'interet est de montrer que le testament n'est pas a proprement dit une forme judiciaire, mais qu'il y a dessus une volonté chez villon de créer une complicité avec le lecteur
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