Adjectif et participe passé

Bonjour,

J'aimerais savoir. Dans cette phrase "Martine est frappée par son frère" ou encore "Il est fatigué par sa maladie" ces deux phrases ont une connotation passive. Cependant, est-ce qu'on peut dire que le participe passé est employé en tant qu'adjectif ? Comment reconnaître un participe employé adjectivement ? Certaines personnes me disent que lorsqu'il y a un complément d'agent, le participe n'est pas employé comme adjectif. Cependant je doute. Si dans la phrase "il est fatigué" est un participe employé adjectivement pour moi dans "il est fatigué par sa maladie" est aussi un participe employé adjectivement. Il en est de même pour "sa chemise est déchirée" et "sa chemise est déchirée par le vent". Qu'en pensez-vous ? Merci.
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Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Monkey,

    Le participe est le mode adjectival du verbe comme l'infinitif est son mode nominal.
    Les participes que tu cites ne sont pas des "connotations" passives, ils sont des expressions de la voix passive.
    La différence entre participe et adjectif verbal n'a, à mon sens, d'intérêt que pour le temps présent car il peut déboucher sur des variations orthographiques.
    Par ex. : un enfant négligent, mais un enfant négligeant ses devoirs...
    L'expression du complément d'agent place assurément l'expression verbale comme un participe passé déclaré.

    Si Edy passe par là, il t'indiquera sûrement des nuances que j'ai pu oublier. On gagne beaucoup à fréquenter Edy.
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir,

    La question est intéressante, même si la distinction à l’intérieur du participe passé ne débouche pas sur des applications orthographiques. Je sors l’artillerie (= mes grammaires).

    Comme dit Jean-Luc, il en va autrement pour le participe présent :
    * Un argument non / peu convaincant. (Adjectif verbal ; épithète ; adverbe de degré)
    * Un argument ne convainquant personne. (Participe présent ; COD)
    On notera que l’expression « adjectif verbal » ne s’applique qu’au participe présent adjectival.
    LE PARTICIPE PASSE POSSEDE DEUX STATUTS :
    1 CELUI DE CONSTITUANT DU VERBE (forme verbale)
    a) à la VOIX ACTIVE avec l’auxiliaire avoir ou être, selon le verbe ;
    * Le premier homme qui est MORT a DÛ être drôlement surpris. (Wolinski)

    b) à la VOIX PASSIVE et à la FORME PRONOMINALE, avec l’auxiliaire être.
    * … être drôlement SURPRIS.
    * L’au-delà, je n’ai pas d’opinion là-dessus, m’étant plutôt SPECIALISÉ dans l’en-deça. (Tristan Bernard)

    2 CELUI D’ADJECTIF (forme adjectivale)
    Sa FONCTION peut être l’une des suivantes : épithète à valeur de proposition relative, épithète détachée à valeur de proposition circonstancielle , attribut du sujet ou du COD, soit dans le même ordre :
    * Un texte TRADUIT est un clair de lune EMPAILLÉ. (Cocteau)
    * PRISE avec modération, l’eau ne peut nuire à la santé. (Twain)
    * Le motif de ma requête en divorce : je suis MARIÉE. (Anonyme)
    * On est gauche quand on a le bras droit CASSÉ. (Anonyme)
    J’EN VIENS AU SUJET, sans quoi vous ne saurez plus quelle était la question.

    1 Martine est frappée par son frère. Il est fatigué par sa maladie.
    Il n’y a pas de connotation passive, il s’agit bel et bien de la VOIX PASSIVE.
    LA PREUVE : la présence de l’auxiliaire être ET du complément d’agent du verbe passif (avec par).

    2 LE PARTICIPE PASSE EMPLOYE ADJECTIVEMENT SE RECONNAIT A DIVERS CRITERES :
    a) l’absence d’AUXILIAIRE ;
    * Soldats TOMBÉS à Fontenoy, sachez que vous n’êtes pas tombés dans l’oreille d’un sourd. (Jacques Prévert)

    b) l’emploi d’une NEGATION autre que celle du verbe ;
    * Péché non AVOUÉ est déjà recommencé. → Péché qui n’est pas avoué…

    c) la possibilité d’avoir des DEGRES D’INTENSITE ;
    * Un texte traduit [pas de degré possible] est un clair de lune PLUS empaillé qu’il ne paraît.
    * Don Juan est un touriste SINGULIEREMENT PRESSÉ.

    d) la possibilité d’être EFFACÉ, comme expansion (facultative, par définition) du noyau nominal (avec lequel il forme un groupe ou syntagme nominal) ;
    * Un texte est un clair de lune. (La phrase reste grammaticalement correcte.)

    e) comme épithète, il peut, théoriquement, précéder ou suivre le nom, mais l’usage montre que la forme participe est toujours en POSTPOSITION (donc critère irrecevable) ;
    * Don Juan est un touriste PRESSÉ. (Donnay)
    * A côté des cocus honteux, il y a les cocus EMERVEILLÉS. (Etienne Rey)

    f) la possibilité d’avoir une EXPANSION (d’adjectif) ;
    * Ce ne sont pas les cœurs purs qui évitent l’averse, mais les gens MUNIS de parapluies. (Anatole France)
    Exemple pas convaincant, puisque justement le verbe munir (et donc son participe adjectival) ne peut pas se passer d’expansion. Tâchons de faire mieux !
    * Don Juan est un touriste PRESSÉ sous l’angle des rapports et sous le rapport de l’angle d’incidence que vous devinez…

    g) la possibilité d’être PREFIXÉS comme des adjectifs ;
    * Il est connu (de connaître) / inconnu (inconnaître n’existe pas).

    h) l’expression d’une QUALITE ou d’un ETAT de l’objet désigné.

    REMARQUE
    Certains participes ont acquis une valeur TELLEMENT ADJECTIVALE que :
    - les dictionnaires leur donnent une entrée distincte de celle du verbe dont ils sont dérivés ;
    - ils peuvent acquérir des significations distinctes : un conseiller avisé, des cheveux frisés ;
    - ils ont perdu leur valeur temporelle au point de pouvoir être remplacés par des adjectifs qualificatifs :
    * Un visage coloré → Un visage rouge, vermeil, etc.
    LE PARTICIPE PASSE A-T-IL UNE VALEUR PASSIVE ?
    1. SUREMENT LORSQU’IL A UN COMPLEMENT D’AGENT.
    * Le Titanic a été construit PAR des professionnels, et l’arche de Noé PAR un amateur.
    * Je suis possédé DU (= de le) percepteur. (Devos)

    MEME DANS SA FORME ADJECTIVALE :
    * Un mélodrame n’est souvent qu’un drame vu PAR un confrère. (De Flers)
    On va jusqu’à préciser (Riegel) qu’il joue le rôle de verbe par rapport à son complément d’agent et d’adjectif / épithète par rapport au nom dont il est l’expansion. Double valeur !

    2 EN L’ABSENCE DE COMPLEMENT D’AGENT :

    a) LA FORME VERBALE n’a de sens passif que lorsqu’elle peut être transformée en une tournure active :
    * Quand on ne travaillera plus les lendemains des jours de repos, la fatigue sera vaincue. (Dac)
    → ... on aura vaincu la fatigue.
    Ce qui exclut les énoncés dans lesquels le verbe auxilié avec être ne peut pas être ainsi transformé :
    * Le bonheur est la somme de tous les malheurs qui ne nous sont pas arrivés. (Achard)
    * Cet homme est devenu un centenaire confirmé en commençant très tôt.
    On a également fait observer que, lorsque le participe énonce une qualité, il est plutôt un atrribut qu’un élément de voix passive :
    * Je ne suis plus vierge, mais je suis décoiffée ; c’est plus grave. (Géraldy. Eh ! oui…)
    On peut d’ailleurs remplacer la copule (c'est bien l'occasion de parler ainsi) par un autre verbe d’état : → …mais je parais décoiffée.
    Ou lui donner un adverbe de degré en expansion : → …mais je suis très décoiffée.
    Ce qui n’est pas possible avec un verbe : → ° l’arche de Noé a été très construite par un amateur.

    b) LA FORME ADJECTIVALE a, en principe, UN SENS PASSIF.
    * Une vierge décoiffée. → …qui a été décoiffée par….
    Mais ce n’est PAS VRAI pour les verbes intransitifs auxiliés avec être :
    * Un homme mort. → Un homme qui est mort. (Auxiliaire être propre au verbe.)
    → ° qui est mort par…
    * Qui est mort par asphyxie / d’amour. Ce sont des CC de cause.

    Elle peut aussi avoir :
    - une valeur active : un homme réfléchi (= qui a réfléchi, qui réfléchit par habitude),
    - une valeur pronominale : une jeunesse endormie /évanouie / enfuie (= qui s’est endormie / évanouie / enfuie),
    - une valeur circonstancielle : une place assise (= où l’on peut s’asseoir).

    Bonne nuit !
    Amicalement vôtre,
    Edy
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Edy,

    J'avais bien raison : Votre fréquentation est source de progrès.
    Moi qui ai osé parler de "nuances", alors que vous nous brossez un véritable tableau !

    Pour me racheter, je vous donnerai une définition personnelle pas très grammaticale ni orthodoxe du complément d'agent : ce sera donc "procés-verbal" devant lequel d'ailleurs vous avez tout intérêt à rester "passif".
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir, Jean-Luc !

    Je suis sûr que, en plus d'Alphonse Allais, vous avez aimé Raymond Devos et que vous avez en mémoire pas mal des jeux de mots qu'il nous a offerts.

    Personnellement, je me suis beaucoup inspiré de son livre "Matière à rire", édité en 1991, pour ce projet de grammaire qui n'a jamais vu le jour.

    J'ai même obtenu de lui l'autorisation écrite de le citer. Par la même occasion, j'ai un autographe...

    Ceci me rappelle qu'à une dame qui lui en demandait un, Sacha Guitry a répondu par écrit :
    * Madame, je ne donne jamais d'autographe.
    Signé Sacha Guitry.

    Bonne nuit !
    Amicalement,
    Edy
  • Cher Monkey, c'est sur ce forum que vous avez eu la réponse la plus satisfaisante ? ;)
  • EdyEdy Membre
    Non seulement votre hypertexte est introuvable, mais en plus votre français ressemble furieusement à de l'anglais... J'ai eu beau mettre mes lunettes, pas le moindre petit morceau de participe passé à se mettre sous la plume !


    Veuillez m'excuser Edy, on va croire que vous répondez à Orientale ou que vous parlez tout seul. Il n'en est rien : ringt0nes vient faire régulièrement un peu de publicité pour un site culturel qui n'existe plus ! =D
  • EdyEdy Membre
    Bonjour, Orientale !

    C'est vrai que, le message en anglais ayant disparu, ma réponse a l'air farfelue. Heureusement, vous êtes là pour l'honneur !

    Quant à faire régulièrement de la pub pour un site qui n'existe plus... C'est vraiment pédaler dans la semoule ! Où sont les Shadoks ? Au secours !
  • webmestre a écrit:
    ringt0nes vient faire régulièrement un peu de publicité pour un site culturel qui n'existe plus ! =D
    Pourquoi "un site culturel qui n'existe plus" ? me demandé-je
  • webmestrewebmestre Administrateur
    C'était manifestement un site qui parlait de sonneries pour téléphones mobiles !
  • Doit-on écrire "la question s'est posée à moi" ou alors "s'est posé à moi"
    Merci

    L'envoi initial est incorrect. Voici mon interrogation:
    Doit-on écrire "s'est posée à moi la question de..." ou bien "s'est posé à moi..."
    Merci encore
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir, Omar !

    * La question s'est posée à moi.
    Verbe pronominal : se poser.
    Valeur passive : la question a été posée.
    Donc, accord avec le sujet "la question".

    Cela reste vrai même si vous faites l'inversion du sujet et du verbe.
    * S'est posée à moi la question...
  • Considère-t-on qu'une phrase comprenant des participes passés adjectivaux a valeur de proposition relative comme dans la phrase si dessous :
    Une population naît alors, animée par la même foi chrétienne et regroupée sous l'autorité d'un seul roi.
    forme autant de propositions qu'il y a de participes passés? En gros ici, y aurait-il 3 propositions?ou une seule?
  • Pour moi, il y a une seule proposition

    animée par la même foi chrétienne et regroupée sous l'autorité d'un seul roi est une épithète détachée coordonnée qui s'analyserait ainsi :
    1re épithète : le groupe adjectival animée par la même foi chrétienne, avec pour noyau le participe passé à valeur d'adjectif animé et pour complément par la même foi chrétienne
    2e épithète : le groupe adjectival regroupée sous l'autorité d'un seul roi, avec pour noyau le participe passé à valeur d'adjectif regroupée et pour complément sous l'autorité d'un seul roi

    Mais j'avoue que cette analyse très structrurale occulte la valeur verbale des participes passés
  • Bonsoir !

    Si l'on met à part les phrases averbales et elliptiques, il y a, dans une phrase complexe, autant de propositions qu'il y a de verbes conjugués.

    Les participes passés employés adjectivement ne sont pas une forme conjuguée : ils sont une des formes adjectivales du verbe.
    Ils n'interviennent donc pas dans le calcul du nombre de propositions (sauf évidemment s'ils font partie du verbe conjugué : j'ai voté, je suis parti).

    Exemple :
    * Quand un philosophe vous REPOND,
    on FINIT par oublier ce
    qu'on lui AVAIT DEMANDE. (Gide)

    Respectivement :
    - une subordonnée circonstancielle,
    - une principale,
    - une subordonnée relative.
  • Bonsoir,

    Je vois qu'on côtoie des experts ici (bonsoir Edy), j'en profite donc pour poser quelques questions qui me taraudent, à propos de ce fameux participe passé adjectivé.

    Ma question est la suivante (à peu près similaire à celle d'annju) : est-ce qu'un participe passé adjectivé peut être le noyau verbal d'une proposition?

    Vous répondez que non, mais pour le Bescherelle, dans la phrase "La décision prise par les officiers fut écoutée", il y a bien une proposition participiale à valeur de relative (→ "la décision qui fut prise..."). Un autre exemple est : "Son repas à peine terminé, il partit.". Là encore le Bescherelle voit une proposition participiale, à valeur de complément circonstanciel de temps cette fois. Or dans ces deux cas, le participe passé semble pourtant bien adjectif non? Alors qu'en penser?

    Dans l'exemple d'annju ne pourrait-on pas considérer qu'on a deux participiales, formées autour de "animée" et "regroupée"? Car en effet cette phrase est équivalente de "une population naît alors, "qui est animée... et qui est regroupée...). Or on a pourtant bien un participe passé à valeur adjectivale non?

    Merci de votre temps
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