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Exemples contemporains de belles infidèles

Je suis en train d’écrire un thèse sur les belles infidèles (c’est à dire les traductions qui se conforment au goût de l’époque).

J’ai besoin d’un corpus.

Donc, pourriez-vous me présenter quelques exemples de belles infidèles qui sont contemporains?

Merci par avance

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Réponses

  • 29 oct. modifié

    Je ne comprends pas ce que tu veux dire par « belles infidèles » : tu parles bien de traductions qui privilégient le goût de l'époque plutôt que la fidélité au texte d'origine) C'est-à-dire de traductions qui seraient volontairement écrites dans un style qui leur est contemporain pour des questions d'accessibilité à un public peu lettré par exemple ?

  • lamaneurlamaneur Modérateur

    Cela me fait penser à cette traduction d'Ovide que citait récemment Dudule, qui utilisait un vocabulaire très moderne.

  • 30 oct. modifié

    C'est un bon exemple. Je pense aussi à certaines translations depuis l'ancien français, destinées à faire comprendre l'essence des textes avec un vocabulaire moderne.

    Cela entraîne un débat sans fin, celui de la fidélité des traductions en général et des translations en particulier : où se situe la limite entre adaptation raisonnée (considérée par les traducteurs comme nécessaires pour la pédagogie) et trahison ? Peut-on considérer que la traduction est fidèle dès lors que l'on utilise un vocabulaire contemporain ?

    Pour ces raisons et bien d'autres j'ai tendance à préférer les versions françaises des auteurs anglais et russes du XIXe siècle faites par des traducteurs du début du XXe siècle.

    Mais à l'autre bout de la chaîne il y a une autre limite : l'exemple type est celui des traducteurs de la fin du XIXe siècle qui souhaitaient par exemple faire connaître les auteurs russes mais ne maîtrisaient pas totalement la langue, d'où des traductions pas toujours fidèles aux textes originaux. Sans compter que ces traducteurs n'avaient pas toujours accès à l'intégralité des textes d'origine et qu'ils leur arrivaient même parfois de supprimer toute une partie de l'œuvre, effectuant là une sorte de « reader's digest » avant l'heure.

    Ensuite on peut évoquer les traductions de textes anciens (Antiquité du bassin méditerranée, textes de l'Inde ou de la Chine...) qui comportent par définition une part d'interprétation - cf. les traductions françaises du Dao de jing qui doivent aujourd'hui se compter par dizaines.


    Edit : je viens de m'apercevoir que ce sujet a déjà été évoqué dans le fil suivant https://www.etudes-litteraires.com/forum/discussion/61284/l-impossibilite-de-traduire

    Il me semble que l'on pourrait fusionner les sujets.

  • "Sans compter que ces traducteurs n'avaient pas toujours accès à l'intégralité des textes d'origine"

    Comment ça se fait ?

    "et qu'ils leur arrivaient même parfois de supprimer toute une partie de l'œuvre"

    Pourquoi ?

  • 30 oct. modifié

    Accès au texte : on découvre en permanence des nouveaux feuillets, manuscrits, des correspondances, des brouillons, voire des textes complets, de l'Antiquité au XXe siècle. Pour le XIXe, certains textes parus en feuilletons étaient différents de la version éditée, pour le XVIIIe les pièces de théâtre éditées évoluaient au fil des parutions et différaient des versions jouées (livrets). Nombreux exemples : découvertes des manuscrits disparus de Céline, manuscrits palimpsestes (Tristan et Iseult), refonte de son œuvre par Balzac, correspondance inédite de Kafka, découvertes de nouveaux textes « intermédiaires » (Dao de Jing), attributions erronées à un auteur, etc.

    La suppression d'une partie de l'œuvre par les traducteurs était souvent une histoire de goût (ils trouvaient l'original trop long), parfois de difficulté, parfois d'accès à l'original (voir au-dessus). On peut aussi mentionner les « adaptations » (passage de la censure, version pour la jeunesse, version scolaire, version illustrée...) dont certaines ont pu passer pour les originaux tant on les connaissait sous cette forme.

  • Intéressant, merci.

  • oui, je parle exactement de traductions qui privilégient le goût de l'époque plutôt que la fidélité au texte d'origine. Mais, elles ne sont pas pour un public peu lettré. Les belles infidèles sont des traductions qui, « pour plaire et se conformer au goût et aux bienséances de l'époque, sont des versions « revues et corrigées » par des traducteurs conscients (trop, sans doute) de la supériorité de leur langue et de leur jugement ». Les belles infidèles sont apparues au xviie siècle quand la langue française s’est imposée en Europe.

    Existent-elles, les belles infidèles aussi dans le temps contemporain? Si oui, présente-moi certains d'entre elles, s'il te plait.

  • C'est possible de me présenter certains exemples de belles infidèles dans le temps passé et contemporain, s'il vous plait?

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    @sepideh.nrbb

    Peut-être les œuvres de Poe traduites par Baudelaire

    Les contes d’Edgar Poe « ont été traduits par Baudelaire avec une identification si exacte de style et de pensées, une liberté si fidèle et si souple que les traductions produisent l’effet d’ouvrages originaux et en ont toute la perfection originale ».

    Théophile Gauthier, notice des ‘’Fleurs du Mal’’, dans « Les traducteurs d’Edgar Poe en France de 1845 à 1875 : Charles Baudelaire ». Léon Lemonnier, p. 159 ; Apud   Bentabet, Faffa, Op. cit., p. 191.

    Il faudrait regarder les traductions de Shakespeare autres que celles de François-Victor Hugo

    « François-Victor Hugo est le premier à traduire Shakespeare de manière non arrangée », explique ­Nicole Mallet, professeure émérite à l’université de l’Alberta (Canada) et spécialiste de la réception du théâtre élisabéthain en France. « Ses prédécesseurs, comme Pierre Letourneur, essayaient de plaire aux Français, et faisaient en réalité du Racine avec du Shakespeare. Sa traduction est fondamentale, car c’est la première à être véritablement fidèle au texte. »

    https://www.lemonde.fr/livres/article/2015/03/17/et-francois-victor-hugo-ressuscita-le-theatre-shakespearien_4595364_3260.html

  • La traduction du Dao de jing par le père Léon Wieger est parfois critiquée pour avoir fait passer l'esprit avant la lettre. Cela dit traduire le Dao de jing est une gageure.

  • Merci beaucoup pour la présentation des œuvres 🙏

    Est-ce que vous connaissez les belles infidèles contemporaines ou celles de 20e siècle?

  • Merci, mais Dao de jing est chinois. J'ai besoin d'une œuvre anglaise qui a été traduite en français et elle est considérée comme une belle infidèle.

  • 1 nov. modifié

    Je suis en train d’écrire un thèse sur les belles infidèles (c’est à dire les traductions qui se conforment au goût de l’époque).

    J’ai besoin d’un corpus.

    @SEPIDEH.NRBB si vous écrivez une thèse sur le sujet, vous pourriez peut-être nous parler des recherches personnelles que vous avez effectuées pour trouver ledit corpus : votre sujet de thèse est très intéressant et nous serons très heureux de vous lire.

  • sepideh.nrbbsepideh.nrbb Membre
    1 nov. modifié

    @freddy.lombard

    Merci beaucoup 🙏

    En effet, je n’ai pas encore trouvé un corpus convenable pour ma thèse. En plus je suis encore au début du parcours de la thèse.

    J’ai besoin aussi de deux autres corpus:

    1. une traduction qui a été faite par un traducteur migrant
    2. une traduction qui a été faite par un traducteur postcolonial

    Pourriez-vous m’aider s’il vous plaît?

  • Beaucoup de traducteurs sont migrants. Pour prendre un exemple contemporain, André Markowicz est très connu. Il a traduit de nombreux russes ainsi que Shakespeare. Apprécié par les uns, détesté par les autres, il a probablement effectué de nombreuses « belles infidèles ». Vous trouverez facilement sa bibliographie et des controverses sur son travail.

    Les traductions post-coloniales, si elles concernent des ouvrages qui traitent du colonialisme, ont de fortes chances d'être empreintes d'idéologie. Connaissant très mal les auteurs contemporains, je ne peux vous conseiller là-dessus.

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    @sepideh.nrbb

    Une piste classique pour le XXe siècle


  • Merci infiniment, je vais lire cet article 🙏

    Est-ce que vous savez à propos des œuvres traduites de Jane Austen?

    Par exemple Persuasion d’Austen a été traduit en français par Isabelle de Montolieu et Mme Letorsay.

    Est-ce que ces traductions sont considérées comme belles infidèles?

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Je ne suis pas un spécialiste de Jane Austen ni de ses traductions. Désolé !

  • duduledudule Membre
    4 nov. modifié

    Moi non plus, pour les œuvres du XXe. Ce concept existe-t-il encore pour le XXIe siècle ? Simple question.

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