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Mallarmé, Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx... — Forum littéraire

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Mallarmé, Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx...

Salut, je dois analyser sonnet en X de Mallarmé mais j'y comprends presque rien, le français est ma deuxième langue et le prof nous a pas donné des clefs de lecture.

J'ai compris que l'auteur voulait faire une sorte d'exercices de style avec des rimes en X assez complexes pour atteindre une musicalité extrême. Chez Mallarmé le langage se fait obscure voire hermétique et qu'il travaille bcp sur la langue afin de transformer la poésie en une sorte de religion qui ne parle qu'à ses adeptes.

Il est profondément marqué par la mort de sa sœur Maria qui sera à la base de plusieurs poèmes.

Pourriez vous me donner d'autres axes pour analyser ce sonnet? Svp

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,

L’Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,

Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix

Que ne recueille pas de cinéraire amphore


Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,

Aboli bibelot d’inanité sonore,

(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx

Avec ce seul objet dont le Néant s’honore.)


Mais proche la croisée au nord vacante, un or

Agonise selon peut-être le décor

Des licornes ruant du feu contre une nixe,


Elle, défunte nue en le miroir, encor

Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe

De scintillations sitôt le septuor.


Réponses

  • Bonjour,

    Je n'ose pas me lancer dans l'analyse, tellement c'est compliqué même pour nous autres, de langue française ! On sait que Mallarmé est à la recherche de l'Essence, de l'Etre, qui risque d'aboutir sur une forme de néant dans la mesure où l'harmonie de l'univers reste intraduisible. => Chez Mallarmé, il y a de l'absence, du vide : cf. "inanité" ou "abolie", deux termes réunis dans un vers célèbre.

    Bon courage ! 😉

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Bonjour,

    Comme Fandixhuit, j'ai quelque crainte à me lancer dans l'analyse de ce poème bien connu.

    Comme elle, je crois qu'il faut creuser le thème du néant. Note le nombre important de négations.

    Il est associé à celui de la mort.

    Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,

    L’Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,

    Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix

    Que ne recueille pas de cinéraire amphore


    Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,

    Aboli bibelot d’inanité sonore,

    (Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx

    Avec ce seul objet dont le Néant s’honore.)


    Mais proche la croisée au nord vacante, un or

    Agonise selon peut-être le décor

    Des licornes ruant du feu contre une nixe,


    Elle, défunte nue en le miroir, encor

    Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe

    De scintillations sitôt le septuor.

    Le poème commence par l'allégorie de l'Angoisse. Elle est caractérisée par sa cruauté : les ongles, l'onyx (Peut-être à cause de la nette séparation entre la couche claire et la couche sombre, l'onyx est la seule pierre que le Moyen Age considérait comme maléfique : elle provoquerait la discorde, séparerait les amoureux. Albert le Grand disait : « Pour causer à quelqu'un du chagrin, du souci ou de l'angoisse, il suffit d'employer l'onyx ; celui qui porte cette pierre s'attriste bientôt, devient anxieux et souffre de terribles vertiges la nuit. » De même une tradition arabe nomme l'onyx eljaza, tristesse, et prétend que cette pierre est si crainte en Chine que seuls les esclaves vont l'extraire et qu'elle est immédiatement vendue hors du pays, de même, nul Maghrébin sensé ne doit la porter ni la placer parmi ses trésors.)

    Elle est paradoxale : lampadophore, elle est lumière qui éclaire, mais elle est l'alliée du Phenix (celui qui renaît sans cesse de ses cendres) qui transforme le rêve en cendres, en ténèbres. L'allusion au Phenix est une forme moderne et intellectuelle des tourments infernaux (feu éternel).

    Le deuxième quatrain peint un intérieur.

    Ptyx : Ce mot est considéré comme un hapax (emploi unique dans la langue). Stéphane Mallarmé l’a rendu célèbre dans un de ses poèmes, puis dans une seconde version de ce poème, mais sans en révéler le sens. Au lecteur donc de l’imaginer. Dans une de ses lettres, il révèle qu'il recherchait une rime en -ix qui n'existait dans aucune langue, il aurait donc inventé ce mot pour l'occasion. On peut quand même noter l'opposition sémantique entre "phyx (fixe)" et aboli comme inanité. Ce salon comme son propriétaire se définit par l'absence. Le Styx est un des fleuves qui encercle le domaine des morts. Le maître a emporté le phyx, un vase ?

    Note les allitérations en B et N "Aboli bibelot d’inanité sonore," Il faut les justifier.

    Les deux tercets évoquent la décoration de l'intérieur d'abord peut-être un tableau au cadre doré, le sujet est funèbre. Dans la tradition alchimique, la licorne représente allégoriquement une des trois parties de l'homme corps/âme/ ici esprit. Elle tente de chasser une nixe. Cette créature aquatique est réputée dangereuse pour les humains qu'elle cherche à séduire afin de les noyer dans l’étang où elle les attire Cette opposition entre esprit et réalité (matière) séduisante mais trompeuse est caractéristique de Mallarmé.

    Le dernier tercet évoque "Elle", la morte que le maître est allé honorer. Un portrait ? un souvenir, une image qui se fixe (voir plus haut), tout l'opposé de la vie qui est changeante, voire illusion (ce que pourraient signifier "les scintillations") ? Ou un miroir qui ne reflète plus celle qui venait s'y regarder ?

    Note les allitérations en S "De scintillations sitôt le septuor."

    Le dernier terme renvoie à la musique ou du moins une œuvre en sept parties. Ici c'est sans doute le symbolisme du sept qui est en cause : Le sept représente « la totalité manifestée en mouvement ». En lui, s'associent le trois, symbole du Ciel et du Spirituel et le quatre, symbole de la Terre et de la matière. Divers courants ésotériques ont utilisé dans leurs enseignements une conception septénaire de l'Homme.

    J'ai essayé de présenter une interprétation cohérente de ce poème volontairement hermétique à l'autotélisme assumé. Mais ce ne sont que des suppositions à partir d'un réseau de sens peut-être contraint. Je reconnais que, sans cette mise en perspective, ce poème est difficile à apprécier.

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