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Baudelaire conseille à l'écrivain bizarre d'y persister...

Bonjour à tous

Je suis depuis quelques temps bloqué sur ma dissertation je ne vois pas du tout ce qu'il faut analyser .

Je vous joint mon sujet si pouvez m'aider cela serait vraiment gentil.

Cordialement

Sujet: "Baudelaire conseille à l'écrivain bizarre, s'il veut se défaire de sa bizarrerie, ou la rendre invisible, d'y persister: de la pousser à bout". Ainsi s'exprime l'écrivain Jean Paulhan dans son oeuvre intitulée Les Fleurs de Tarbes(1941). Pensez-vous que cette citation reflète le rôle que Baudelaire donne à la bizarrerie dans son recueil Les Fleurs du Mal?

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur

    Bonjour,

    D'abord, il faut replacer le terme bizarrerie dans son contexte. Baudelaire ne milite pas en faveur de la bizarrerie à tout prix. Il constate simplement que, dans son projet qui est de parvenir à l'idéal malgré les difficultés, le beau est toujours un peu bizarre.

    Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie naïve, non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau. C’est son immatriculation, sa caractéristique. Renversez la proposition, et tâchez de concevoir un beau banal !

    Curiosités esthétiques (1868) de Charles Baudelaire

    Attache-toi à définir un peu plus précisément ce beau bizarre

    • une part d'imperfection est nécessaire pour le rendre vivant : voir le poème "la Beauté" où l'idéal classique est froid.
    • Le bizarre, c'est l'étrange, il faut chercher hors des sentiers battus. Baudelaire choisit « d'extraire la beauté du Mal », en délaissant « les provinces les plus fleuries du domaine poétique ».
    • c'est l'imprévu, l'insondable, la déchirure imperceptible et fugace dans le réel que le poète doit explorer sans crainte de la réprobation de l'académisme attaché à la fausse sécurité des clichés.
    • il y a sans doute aussi, chez le dandy Baudelaire, un goût certain pour le non-conformisme et une volonté de choquer le bourgeois positiviste.

    Tu peux ensuite poser le syllogisme suivant: Le véritable écrivain doit s'attacher à poursuivre la beauté, or le beau est toujours bizarre, il doit donc cultiver la bizarrerie et y persévérer.

    Cependant, même si une bonne partie de l'inspiration des Fleurs offre cet aspect inattendu et scandaleux, certaines pièces comme "l'invitation au voyage", "élévation", "la beauté" restent classiques.

  • duduledudule Membre
    décembre 2021 modifié

    @Jean-Luc Je ne sais pas à quel niveau il est posé, mais, objectivement, c'est un sujet super difficile, non ?

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    décembre 2021 modifié

    Tu as raison, car l'affirmation fait référence à un syllogisme caché. Du moins c'est ce que je suppose.

    Pourtant Paulhan était un critique plein d'humour et sachant communiquer sans détour ce qu'il pensait.

    Quelques extraits croustillants :

     « Le devoir de la critique littéraire me paraît très simple. Il consiste à déterminer précisément les traits qui distinguent un bon livre d’un mauvais. Ce n’est pas si facile. Ah non, mais je suppose que cela vaut bien le travail de toute une vie. Et tant que nous n’aurons pas fixé ces traits, nous pourrons bien être de subtils moralistes, des psychanalystes astucieux, d’honnêtes sociologues, des dilettantes délicats, il faudra nous résigner à passer l’essentiel sous silence. Le critique est, de nos jours, dans la situation d’un homme à qui chacun viendrait demander l’heure et qui répondrait, comme les parents font à leurs enfants : "C’est l’heure d’être sage." Ou même : « C’est l’heure de dormir. » »

    Concernant l'énurésie romanesque : « Il me semble que nous sommes écrasés de romans. Je ne parle même pas des gens dont c’est le métier : Simenon. Mais les métaphysiciens eux-mêmes se sont mis à en écrire : Sartre. Et les dramaturges : Roger Martin du Gard. Et même les poètes : Aragon. Tenez : ce matin, j’achète un petit recueil de poèmes en prose, quelque chose d’allure tout à fait innocente et délicate. Et d’une femme encore. Eh bien, rien que dans la page 56, j’ai trouvé un aviateur (qui accomplit un exploit particulièrement hardi), un village qui prend feu avec ses habitants, un officier qui se saoule, un homme qui poursuit une femme avec l’intention évidente de la tuer, un drame psychologique dont on ne sait s’il faut l’expliquer par amour ou la haine ou l’intérêt. Tout cela en quinze lignes. Que d’émotions ! »

     Quant à sa fonction de critique : « Servir la littérature, c’est la séparer impitoyablement de tout ce qu’on est trop porté à confondre avec elle : la morale et la politique, la littérature de charme et de sensation, et jusqu’à la fausse littérature qui s’admire elle-même et se prend pour idole. »

  • La dernière citation est particulièrement salutaire, je trouve.

  • A propos de Paul Guth, dans Le Naïf aux quarante enfants, le narrateur, professeur de Lettres, nous fait part de se première année d'enseignement. Il y a deux passages intéressants : la manière dont il fait étudier Phèdre à ses élèves et, je crois, une pièce de Molière. De quoi redonner le moral !

  • la fausse littérature qui s’admire elle-même et se prend pour idole.

    Oui mais il ne la définit pas: trop risqué ?

  • fandixhuitfandixhuit Membre
    décembre 2021 modifié

    J'avais cru supprimer ce message. En effet, Guth n'a rien à voir avec Paulhan. Excusez-moi !

  • Ça ira pour cette fois.

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